.< -?^ AINiNALES DES SCIENCES NATURELLES CINQUIÈME SÉRIE ZOOLOGIE paleuntoi,ogie Paris, — Imprimerie de E. Maktu(et, rue MignoD, 2. ANNALES DES SCIENCES NATURELLE CINQUIÈME SÉRIE ZOOLOGIE ET PALEONTOLOGIE COMPRENANT I/ANATOMIE, LA PHYSIOLOGIE, LA CLASSIFICATION ET L'HISTOIRE NATURELLE DES ANIMAUX PUBLIEES SOUS LA DIRECTION DE M. MILNE EDWARDS VIII •-.t'A M '.":?;>. PARIS VICTOR MASSON ET FILS, PLACE DE L'ÉCOLE-DE-MÉrEC>J!E 1867 ANNALES DES SCIENCES NATURELLES ZOOLOGIE ET PALEONTOLOGIE MISCELLÂNÉES ZOOLOGIQUES Par 11. Ed. CX.APARÈDE, Professeur à rAcadinuie de Genève. I Sur la manière dont certains Rotateurs introduisent la nourriture dans leur bouche. Le nombre de ceux qui se sont occupés des Rotateurs est aujourd'hui légion. Depuis l'ère nouvelle ouverte par le magni- fique ouvrage d'Ehrenberg, œre perennius, comme l'a qualifié un de ses successeurs, une foule d'observateurs exacts se sont adonnés à qui mieux mieux à l'étude de ces intéressants ani- malcules. Les travaux de MM. Leydig, Dalriraple, Huxley, Cohn, Williamson, Gosse et bien d'autres resteront des monu- ments durables de l'esprit investigateur de noire époque. Cependant, même derrière ces coryphées de la microscopie, il reste à glaner quelques épis qui valent la peine d'être relevés. Mon but est ici d'attirer l'attention sur un seul fait physiolo- gique, fort simple sans doute, mais qui ne paraît pas avoir été apprécié jusqu'ici à sa juste valeur. On sait que beaucoup de Rotateurs sonl armés dans leur partie antérieure d'un organe 6 CLAPARËDE. vibratile dont les cils sont animés d'un nionvement propre à prodnire une illusion d'optique particulière. L'observateur croit voir les cils se déplacer et parcourir graduellement tout le pour- tour de l'organe. De là l'illusion d'une roue tournant aulour de son essieu. Mon intention n'est point d'analyser ici la théorie de ce mouvement. Il me suffit de rappeler qu'on attribue généra- lement à l'appareil vibratile soit la progression de l'animal dans l'eau, soit l'ingestion des aliments dans la bouche (1). Or, chez beaucoup de Rotateurs, à savoir les Zygotroques de M. Ehrenberg, l'appareil vibratile peut être considéré comme double. Dès lors, deux alternatives possibles : ou bien le mou- vement des deux roues est semblable, ou bien celui de l'une est opposé à celui de l'autre. Dans le premier cas, à savoir si les cils des deux roues battent dans le même sens, la progression pourra s'effectuer sans difficulté, mais, la bouche étant placée entre les deux roues, il est clair que si l'une de celles-ci amène les particules nutritives à l'ouverture buccale, l'autre devra les en éloigner. Au contraire, si les cils des roues battent en sens contraire, les aliments seront amen(>s à la bouche de chaque côté, mais en revanche, la locomotion sera entravée, chaque roue tendant à faire cheminer l'animal en sens différent. L'observation enseigne qu'une seule de ces alternatives est réalisée dans la nature. Chez tous les Rotateurs zygotroques, les cils des deux roues se meuvent dans le même sens. Le mou- vement apparent est constamment inverse de celui des aiguilles de la montre (pi. 3, fig. 3; pi. k, fig. 1). Il est donc dirigé vers la bouche dans la roue droite, il s'éloigne au contraire de la bouche dans la roue gauche. Seulement l'observation enseigne en outre, et ce fait est consigné depuis longtemps dans les an- nales de la science, que les aliments se précipitent vers la bouche non-seulement du côté droit, mais encore du côté gauche.  priori, nous avions conclu que cela ne saurait avoir lieu. Cette (1) M. Leydigr en particulier, dans un mémoire remarquabli; par la richesse et l'exactitude des observations, attribue de la manière la plus positive ces deux fonctions à l'organe vil)rafile (voy. Vcber don linii untl dir sii<:tomnthclif Stellnng derMih'itldere, von D' Franz Tz-ydig-; Zeitsrhr. f. wii. Zoo/o^ ,>, Bil. VI, 1855, p. 105). OBSERVATIONS SUR LES ROTATEURS. 7 conclusion est-elle illogique? Non certes : seulement nous étions parti d'une prémisse fausse, bien que généralement admise, savoir, que l'organe vibratile rotatoire engendre les courants qui convergent vers la bouche. L'examen des Rotateurs que M. Ehrenberg appelle mono-- troques- scliizolroques (Mélicertes, Lacinulaires, etc.) conduit au même résultat. Chez eux l'organe vibratile est beaucoup plus grand que chez les Zygotroques et divisé souvent en plu- sieurs lobes qui forment cependant un tout continu. Si nous prenons une Melicerta ringens, par exemple, à organe vibratile quadrilobé, nous trouvons que sur tout son pourtour le mouve- ment apparent des cils est inverse de celui des aiguilles de la mbntre (1). Les cils forment une rangée continue qui n'est interrompue que dans un court espace, sur le dos. Les ondes vibratiles conmiencent sur le dos, du côté droit et courent tout le long des deux lobes droits, passent devant la bouche, et, continuant leur progression sur les lobes du côté gauche, vien- nent mourir sur le dos, tout près de leur point de départ (pi. 3, fîg. 2). Si donc la moitié droite de l'appareil amenait les aliments à la bouche, la moitié gauche devrait les emmener loin de celle-ci, et pourtant l'observation enseigne encore dans ce cas que les particules nutritives se précipitent des deux côtés vers la bouche. Après ces observations et ces réflexions, il n'y avait plus de doute pour moi que les mouvements de l'organe vibratile rota- toire ne peuvent engendrer les courants qui se précipitent vers la bouche. Un examen attentif de la Melicerta ringens ne tarda pas à me révéler la cause véritable de ces courants. A la face inférieure de l'organe vibratile membraneux des Mélicertes s'élève une crête (pi. 3, fig. 2, 6; flg. 1, b), mem- braneuse aussi, qui court parallèlement au bord de l'organe, à une petite distance de ce bord. On peut donc considérer l'organe vibratile comme formé par une membrane dédoublée sur son bord en deux lames, la lame supérieure dépassant toutefois (1) L'organe étant vu pardessus. 8 CI.APARÈDi:. nolal)leiiienl l'inférieure. L'espace compris entre ces tleux lames forme, comme l'on voit, une profonde gouttière (pi. li, fig. 2) circulant sur tout le bord de l'organe vibratile. Le bord delà lame supérieure porte les gros cils dont le mouvement produit l'illusion d'ondes courant tout le long de l'organe. Celui de la lame inférieure porte également une rangée de cils. Ceux-ci sont longs et ténus. Ils s'agitent aussi, mais leur mouvement est bien différent de celui des cils de la lame supérieure. Ils ne donnent naissance à aucune illusion d'optique semblable. La pointe de cbaque cil bat continuellement dans un même plan parallèle au bord de l'appareil, mais la direction du mouvement est inverse dans les deux moitiés de l'organe vibratile. Cette rangée de cils est éminemment propre à conduire les particules nutritives à la bouche. En effet, les corpuscules qui s'engagent dans la gouttière y continuent leur chemin jusqu'à la bouche, poussés qu'ils sont par les cils de la lame inférieure. Ceux-ci sont d'ailleurs implantés de manière à transformer la gouttière en une sorte de prisme triangulaire, dont l'une des faces est formée par la rangée de cils battant parallèlement à l'axe du prisme. Les corps étrangers, une fois introduits dans la cavité de ce prisme, y sont maintenus emprisonnés. Un examen un peu prolongé fait reconnaître avec certitude le rôle que joue chacune des deux rangées de cils dans la pré- hension des aliments. La rangée supérieure, celle que tous les observateurs connaissent, engendre des courants tangentiels à l'organe vibratile et perpendiculaires au plan de cet organe. Ces courants sont fermés; leur courbe paraît voisine de celle d'une ellipse. Aussi voit-on la même particule entraînée par l'un de ces courants venir raser un grand nombre de fois de suite le bord de la lame supérieure de l'appareil vibratile. Dans ce mouve- ment giratoire longtemps répété, il arrive parfois qu'une par- ticule choque la pointe des cils de la rangée inférieure. En effet, cette pointe atteint et dépasse même un peu la base des cils de la lame supérieure. Dans ce cas, la particule se trouve un peu déviée et précipitée dans la gouttière, où les cils de la lame infé- rieure l'entiaînent rapidement vers la bouche. OBSERVATIONS SUR LES ROTATEURS. 9 Une seule difficulté s'élève encore, mais elle se laisse facile- ment résoudre. J'ai dit que dans les deux moitiés de l'appareil vibratile, les cils de la rangée inférieure battent en sens inverse. Or, ce mouvement paraît au premier abord avoir lieu de ma- nière à chasser de chaque côté les particules loin de la bouche. U y a une contradiction apparente entre le mouvement de trans- lation des corpuscules étrangers logés dans la gouttière et l'action des cils. Toutefois il ne s'agit là que d'une illusion due à la persistance des impressions sur la rétine. Ce phénomène bien connu s'explique par le fait que les cils se relevant beau- coup plus lentement qu'ils ne s'abaissent pour chasser les par- ticules, l'impression plus durable du relèvement des cils efface l'impression plus fugitive de l'abaissement. I^es Mélicertes, de même que les Lacinulaires (chez lesquelles le phénomène est identique) ont été étudiées par des observa- teurs si nombreux et si habiles, que la lame inférieure de l'ap- pareil vibratile ne saurait guère avoir échappé à tous. Aussi n'ai-je point été surpris de trouver après coup qu'elle avait été décrite dès l'année ISS^ par M. Huxley (1) dans un mémoire dont je ne saurais trop admirer la scrupuleuse exactitude. M. Williamson (2), qui publia à peu près à la même époque un travail également fort remarquable sur l'anatomie de la Meli- certa ringens, conflrme dans une note additionnelle l'existence de la seconde rangée de cils qui lui avait échappé au premier aboi'd . En même temps que les observateurs anglais, ou même quelques mois avant eux, M. Leydig (3) découvrait de son côté le dédoublement du bord de l'organe vibratile chez les Lacinu- laires. Toutefois, il représente la chose moins exactement que M. Huxley, en ce sens qu'il ne parle point de la duplicité de la (1) Lacixularia sociAus, a Contrihution to the Anatomy and Phijsiology of the Bodfera, by Th. Huxley {Transactions of the Mkroscopical Society of London, 1852, vol. I, p. 1). (2) On the Anatomy o/^Melicerta kingens, by prof. W. C. Williamson {Qunrterli/ Journal of Micro^copical Science, 1852 et 1853, vol. I, p. 3 à 8 et p. 65 à 71). (3J Zur Anntnmic raid Eniwickelungsyeicldclde der Lacin'ii.aria socrvMS, von D' Franz Leydig {Zeitschr. fiir wiss. Zoot., 1852, 13d. III, 4"=» Heft., p. tib'i). ]0 CLAPARÈDR. rangée de cils. Il se contente de dire que les cils sont confinés dans l'intérieur de la gouttière. La figure qui accompagne la description est d'ailleurs plus exacte que celle-ci. Dans un mémoire postérieur (1), il attribue très-décidément à tous les Mégalotroques une double rangée de cils vibratiles. Toutefois ces divers auteurs ne sont entrés dans aucun détail physiolo- gique sur le rôle distinct de chacune de ces rangées de cils, et je ne saurais dire s'ils l'ont entrevu. Quoi qu'il en soit, leurs observations n'ont pas éveillé l'intérêt dont elles étaient dignes. M. Pritchard {'}■), dans son Histoire naturelle des Infusoires, tout en empruntant à MM. Williamson et Huxley un grand nombre de figures, laisse de côté précisément celles qui con- cernent la division en deux lames de l'appareil vibratile. Il ne s'agit point d'une observation extrêmement délicate; cependant il faut un examen attentif pour reconnaître la seconde rangée de cils. Je n'en veux pour pi-euve que le silence complet sur ce sujet d'un observateur extrêmement exact, M. Gosse, dans un mémoire circonstancié sur les Me/tcerto ringens, mé- moire qui contient pourtant des faits très-nouveaux et d'obser- vation délicate. Les contours de la lame inférieure lui sont pourtant fami- liers, bien que les cils lui aient échappé. Mais il est disposé à les prendre pour un filet nerveux. Cette hypothèse erronée est reproduite dans un ouvrage plus récent du môme auteur qui renferme une histoire très-attrayante et fort exacte des mœurs des Mélicertes. La découverte de MM. Leydig et Huxley, con- firmée par M. Williamson, lui a donc entièrement échappé. En 1861, M. Slack (3), dans un ouvrage accompagné de figures médiocres et qui n'affiche d'ailleurs pas de prétentions scientifiques, mentionne encore l'anneau prétendu nerveux de M. Gosse (/i), mais il ignore la seconde rangée de cils. (1) Uberden Bau, etc., loc. cit., p. 15. (2) On the Structure, Funclinm, Habits ami Development of Mel[Certa ringevs, by P. H. Gosse {Quarterhj Journal of Microscopical Science, 1853, vol. I, p. 71). (3) Marvels of Pond-life, or a Year's Microscopic Récréations Among the Po- lyps, etc., by Henry Slack. Lniulnn, 1861, p. 94). (4) Tenbij : a sea-side Holiclay,hY V. H. Gosse, London, 1856, p. 313. OBSERVATIONS SUR LES ROTATEURS. Il ft Nul n'est prophète en son pays », aurait le droit de dire M.Huxlev(l). Le problème résolu pour les Rotateurs Schizotroques (2), il était probable que la même solution pourrait s'appliquer aux Zygotroques. En effet, les choses se passent chez eux tout à fait de la même manière. Chez eux aussi, il existe une rangée infé- rieure de cils vibratiles. Le Rotifer inflatns Duj. m'a paru le plus propre à l'étude sous ce point de vue. Les cils de cette seconde rangée sont portés par une crête oblique par rapport au plan de la roue vibratile. Cette crête (fig. 4, b, et 5, b) naît sur le dos tout auprès de la roue ciliée et s'en éloigne gra- duellement en descendant sur les côtés vers la bouche. Elle porte une rangée de cils très-fins et donne lieu à une gouttière oblique comprise entre elle et le disque de la roue ciliée. Les courants engendrés par celle-ci sont tous tangentiels au disque et perpendiculaires à son plan; mais dès qu'une particule s'en- gage dans la gouttière, elle est entraînée vers la bouche par le mouvement des cils de la seconde rangée. Ce mouvement est, en effet, inverse dans les deux moitiés de l'appareil. Il faut éviter de confondre la crête vibratile avec la lèvre inférieure qui est également ciliée. Chez le Rotifer vulgaris Ehrb., les choses se passent de la même manière, mais l'observation est plus délicate que chez le (1) Je dois (lire que l'on trouve diius l'épaisseur de l'organe vibratile, en dedans de la lame vibratile inférieure, des cellules, fort bien figurées par M. Leidig, qu'on pourrait être tenté de considérer comme nerveuses. Elles appartiennent dans tous les cas à la même nature de tissu que les organes dont iVI. Oscar Schmidt a fait chez les Rotateurs des ganglions abdominaux. Cependant l'opinion de M. Williauison et de M. Leydig, d'après laquelle ce tissu serait de nature purement connective me semble plus vraisemblable. Dans tous les cas, ni M. Gosse^ ni M. Slack n'ont ces cellules en vue. (2) L'observation de la lame ciliée inférieure, sous la forme d'un trait plus ou moins parallèle nu bord de l'organe vibratile, est fort simple et n'exige que de faibles grossissements. Aussi, le pasteur Eichhorn a-t-il déjà figuré ce trait, sinon chez les Mélicertes, du moins chez les Lacinulaires [Beitrage zur Naturgeichichte der kleiasten Wastserthiere, von Johann Conrad Eichhorn. Berlin, und Stettin, 1781, Tab. 1, fig. 6). SchiifTer l'avait aussi dessiné d'une manière vague chez la Mclicerfa riiigens, (Die Blumcnpolyppn (1er smsen Wasser, von J. C. Schàffer; Regensburg, 4755, Tab. 1, fig. 3). )2 CLJtPAItÈnK. R. infîaliis. La crête ciliée (fig. 6, b, et 7, ^) court comme une corniche autour de la base de l'appareil vibratile, et le jeu de ces cils est celui que j'ai décrit. Chez les Zy^otroques non plus, la seconde rangée de cils vibratiles n'a point échappé à tous les observateurs. M. Huxley l'a décrite et figurée chez les Philodines (genre qui ne saurait d'ailleurs guère être séparé des Rotifères), Seulement il ne s'explique pas davantage sur sa fonction. Son mémoire ayant essentiellement pour but une comparaison morphologique des Rotateurs avec les larves d'Échinodermes, comparaison que je n'ai pas à apprécier ici, le côté physiologique de la question n'a pas été envisagé par lui (1). II Sur le Balatro calvus nov. geii. et sp. et les Rotateurs entièrement dépourvus de cils vibratiles. Sous le nom (VApsIlus lentiformis, M. Mecznikow (2) a récem- ment décrit un Rotateur dont le caractère le plus remarquable est d'être totalement dépourvu de cils vibratiles. L'absence de cils chez un animal appartenant à ce groupe est à peu près nou- veau pour la science (o) et bien digne d'attention. En effet, jusqu'ici l'existence d'un appareil vibratile a été considéré par lu plupart des auteurs comme un caractère indispensable pour (1) Je ue puis quitter ce sujet saus remarquer que je suis parlaitemcut d'accord avec M. Gosse sur la manière très-siugulière dont le Melicerta ringens pétrit les boules de matières étrangères qui servent à la construction de son tube. Je crois nécessaire d'insister sur cette confirmation. En effet, si les observations de M. Gosse ont trouvé un crédit général en Angleterre, elles ue paraissent pas avoir attiré l'attention sur !e continent. C'est ainsi que M Leydig {Ueher den Bau, etc., loc. cit., p. 17;, bi jn que contredisant de la manièie la plus formelle la description tout hypotliétique que M. Ebrenberg donne de la formation de ces boules, ne dit pas un mot des faits très- positifs délicatement observés par M. Gosse. Le mémoire de ce savant ne lui était pourtant point inconnu, du moins en cite-t-il le titre très-exactement. (2) Apsilus kntiformU ein Raderthier, von El. Mecznikow {/eilsclirift f. wismi- schaftliche Zoologie, 1866, Bd. XVI, p. 346). (3) Moins cepenilant que ne le croit M. Mecznikow, comme je le montrerai plus loin. OBSKUVATIO.NS SLR LES RUTATLIJRS. i'6 un Rotateur. L'iiésitatlon n'est d'ailleurs pas possible : c'est à bon droit que M. Mecznikow classe son genre Apsilus parmi les Rotateurs. Pour ceux qui en douteraient, l'examen des jeunes individus décrits par M. Mecznikow ferait bientè)t tomber tonte hésitation, car eux, du moins, portent les cils caractéris- tiques de ce groupe zoologique. L'absence de ces organes chez les adultes doit donc être considérée comme un cas de métamor- phose répressive. La publication de M. Mecznikow a été moins surprenante pour moi que pour beaucoup d'autres. Je connais, en effet, depuis plusieurs années, un Rotateur dépourvu de cils vibra- tiles. Je ne l'ai point décrit plus tôt, espérant avoir l'occasion d'en faire une étude plus approfondie. Toutefois l'animal n'est point commun, et le mémoire de M. Mecznikow me pousse à faire connaître mes anciens croquis. Le Rotateur en question n'a du reste rien à faire avec Y Apsi- lus kntiformis. Je l'ai trouvé dans la Seime, petite rivière du canton de Genève, où il rampait sur le corps des Trichodriles et d'autres petits Oligochètes. Je lui donne le nom de Balalro cal- vus (1). L'animal est plus ou moins vermiforme (pi. û, fig. 3 et h). Son corps est très-contractile et variable, par conséquent, dans ses contours. L'extrémité postérieure, correspondant à ce qu'on appelle le pied chez les autres Rotateurs, est divisée en deux lobes : l'un ventral, l'autre dorsal. Le premier a une forme semi-lunaire; il a donc un côté convexe, un côté rectiligne et deux angles. Le côté rectiligne est disposé transversalement et regarde en arrière. Les deux angles sont très-aigus et sus- ceptibles de se rétracter, on s'invaginant comme un doigt de gant qui se retrousse (fig. h, a). Le lobe supérieur est un pro- cessus en forme de cylindre aplati, terminé par trois mamelons (fig. h, b). Entre les deux lobes est situé l'anus. 1) Le parasite Balnlro ne quittait Mécène pas plus que son oinbie. De même ce rotateur uc s'éloigne guère du corps des Oligochètes : Summus ego, et prope me Viscus Thurinus ctinfra Si momini, Varius, cum Servilio Balatronc Vibidius, quos Mœcenas adduxerat umbras. (Horace, Sat., lib. H, 8.) itl €l«pakède;. L'extrémité antérieure du Balalro calvus, vaguement anneiée, est susceptible de se rétracter à l'intérieur comme celle des autres Rotateurs. On voit alors par transparence le mastax rela- tivement peu développé, armé d'un incus fort petit et de deux malléaux crochus (1). Celui-ci débouche directement dans un intestin à paroi épaisse, dont la couche interne est colorée en brunâtre. Ce tube digestif est plus simple que celui de la plupart des autres Rotateurs ; il s'étend en ligne droite de la bouche à l'anus. C'est à peine si la partie antérieure, plus étroite, mérite le nom à' œsophage. Je n'ai pas vu trace des glandes annexes de l'estomac si générales dans cet ordre. Lorsque l'animal s'étend et fait saillir sa trompe, les mâchoires crochues se montrent à découvert à l'extrémité du corps. Il n'y a dans le voisinage de cette trompe rien qui représente les organes vibratiles, même à l'état rudimentaire. Tous les individus observés étaient des femelles. L'ovaire occupe la partie ventrale du corps, au-dessous de l'intestin (fig. 3) ; il n'offre rien de particulier. Les ovules mûrs sont ovoïdes, et occupent l'extrémité postérieure du corps. Le système de canaux excréteurs existe-t-il ? Je n'ai pas acquis de conviction complète à cet égard. Je n'ai pas étudié le système nerveux, ni l'appareil musculaire. Il n'existe ni tache oculaire, ni processus tactile (antenne, Schaeffer, Schrauk ; tube respira- toire, Ehrenberg). Ce nouveau genre peut se caractériser de la manière suivante : Genre Balatro. — Rotateur à corps vermiforme, très-con- tractile. Extrémité postérieure terminée par deux lobes : l'un ventral, de forme semilunaire, transversal ; l'autre dorsal, à peu près cylindrique, fonctionnant comme pied. Malléaux en forme de crocs. Pas d'organes vibratiles, pas d'yeux. Espèce : Balatro calvus Clprd. — Habite la Seime (canton de Genève), où il rampe sur les Olygochètes limicoles. (1) J'adopte la terminologie de M. Gosse; ce naturaliste a en cfTet étudié mieux que personne l'appareil masticateur des Rotateurs (voy. On the Structure, Functions and Homo/ogies of the Manducatory Organs in the C/ass Rotifera, by P. A. GosseEsq.; Philosophkal Transactions of the R. Soc, London; MDCCCLVI, p. 420). OBSERVATIONS SUR LES ROTATEUllS. 15 Je dois remarquer eu terminant que les Apsilus et les Balatro ne sont point les seuls Rotateurs dépourvus d'appareil vibratile. Longtemps avant xM. Meczuikow et avant moi, savoir dès l'an- née 1851, M. Gosse (1) décrivait, sous le nom de Taphrocampa^ un nouveau genre de Rotateurs, auquel il assignait une place auprès des Notommata et des Furcularia. L'observateur anglais n'avait pas réussi à trouver la moindre trace de cils vibratiles chez ces singuliers animaux. M. Gosse avait reconnu avec une grande justesse de coup d'œil les véritables affinités de ce nou- veau genre. Cela ne l'a pas empêché de renoncer récemment à l'opinion qu'il avait premièrement entretenue, et de classer la Taplirocampa annulosa Gosse à côté des Chœtonotus, parmi les Gastrotriches. Ce changement est malheureux. Les Tapliro- campa ont en commun avec les Gastrotriches les seuls carac- tères que ces derniers partagent avec les Rotateurs, sans pré- senter aucun des caractères particuliers aux Gastrotriches. En revanche, ils possèdent un mastax, appareil buccal si caracté- ristique des Rotateurs, et entièrement étranger aux Gastro- triches. Cet appareil complexe est fort voisin de celui des Fur- culaires et des Monocerques, comme M. Gosse nous l'apprend lui-même. Il consiste en un incus, avec un long fulcrum, et en une paire de malléaux recourbés. L'existence de ce mastax est suffisante pour que je n'hésite pas à laisser les Taphrocampes parmi les Rotateurs, et à les éloigner des Gastrotriches (2), M. Gosse n'est d'ailleurs pas davantage le premier à avoir dé- couvert un Rotateur dépourvu de cils vibratiles. Déjà Dujar- din (3) affirme de la manière la plus positive que son genre Lm- dia n'a pas de cils. Je suis d'autant plus disposé à croire à l'exactitude de cette observation (4), que le genre Lindia appar- (1) Annals and Mag, ofNatural History, sept, 1851. (2) The Natural History of the Hainj'Backed Animalculs {Chœtonotidœ) (the Intel' iectual Observer, July 1864, p. 405). (3) Histoire naturelle des Zoophytes {Infusoires, p. 653). (4) Je sais que M. Gohn {Bemerkungen iiber Riiderthiere; Zeifschr. f. wiss. Zool,, IX, 1858, p. 207) identifie avec la Lindia torulosa T>uj., un Rotateur orné de deux petites zones vibratiles. Mais cette identification est-elle bien légitime? La présence même de ces deux organes vibratiles permet d'en douter. M. Cohn lui-même u'a pas IG il.tP.tRÈDK. lient très-vraisembldblenient à la même famille des Rotateurs que le genre Balatro. 11 est, dans tous les cas, intéressant de voir l'appareil vibratile pouvoir s'atrophier jusqu'à disparition complète dans les familles de Rotateurs les plus différentes. Au point de vue des affinités naturelles, le Balatro calvus est encore plus voisin des JlberliaDu]. que des Idndia, bien que les premières aient un appareil vibratile, il est vrai, rudimentaire. Soit \ Alberliavermiciilm Duj., soit X ^ . crystallina M, Sch? (l), rappellent les Balatro par la simplification de tout l'organisme et la conformation de l'appareil masticateur. Les Darwinistes ne manqueront pas de remarquer que, de ces deux genres si voi- sins, l'un, celui des Alberties, vit en parasite dans l'intestin des Olypachètes ; l'autre, celui des Balatro, comprend des Épizoaires de ces mêmes Annélides. III Tjpc d'un nouveau genre de Gastérotj-ichcs. Les genres Chœtonotus Ehrb. et Ichthtjdium Ehrb. n'ont occupé jusqu'ici qu'une place incertaine dans les cadres zoolo- giques. M. Ehrenberg les associe aux Ptygara et aux Gleno- phora pour former une famille de Rotateurs; Dujardin lésa tenus longtemps pour des Infusoires; M. Vogt les classe d'une manière générale parmi les Vers; M. Schmardaen fait presque des Annélides; M, Khlers les rapproche môme des Nématodes. L'opinion la plus généralement accréditée est celle qui les con- sidère comme des Turbellariées. M. Max Schultze fut le premier à développer cette manière de voir, lorsqu'il fit connaître sous le nom de Tnrbanella (-2) un nouveau genre appartenant au mcme recule devant cette dilficullc, parce que, dit- il, l'absence de cils chez un Rotateur serait une anomalie flagrante dans cette classe et en conlradiciion avec son caractère essen- tiel. Mois c'est là une pétition de principe. (1) Beitriirje zur Naturgeidiivhtc der Turbeltarien, vou D' Max Sigismond Schultze (Greifswald, p. 69). (2) i'e/jcr Choctonolus vnd khthydium und eine neue verwandte Gatluny Turbanella (Muller's Archiv, 1863, p. 241). OBSKRVATIONS SUR LES ROTATEURS. 17 groupe. Les deux auteurs qui se sont occupés avec le plus de soins de ces intéressants animaux à une époque récente sont M. Gosse et M. Mecznikow (1). Le premier, tout en faisant connaître plusieurs espèces nou- velles, évite de se prononcer sur la position naturelle à assigner à la famille des Chœtonotides {Hairy-backed Animalcules, comme il les appelle). Le jugement était en effet rendu fort difficile pour lui par suite de l'adjonction malheureuse à cette famille de deux genres hétérogènes, savoir : les Taphrocampa Gosse et les Echinoderes Duj. Or les Taphrocampa sont, comme je l'ai mon- tré plus haut, de véritables Rotateurs. Quant aux Echinoderes, leurs affinités, soit avec les Rotateurs, soit avec les ïurbellariés, sont nulles. La méprise de M. Gosse à leur sujet s'explique, parce que ce savant ne connaissait les Échinodères que d'après un mauvaisdessin de Dujardin. Après les travaux récents sur ce singulier type, M. Gosse ne songerait plus à le rapprocher des Chœtonotus. M. Mecznikow (2) non-seulement décrit plusieurs espèces inconnues avant lui, mais encore fait connaître, sous les noms de Chœtura et de Cephalidium, deux nouveaux genres fort remarquables évidemment voisins des précédents. Ce sa- vant passe en revue toutes les opinions émises avant lui sur la position zoologique à accorder à ce singulier groupe ; il les dis- cute avec soin, et finit par les rejeter toutes. Lui-même conclut à ériger les genres que nous avons énumérés en un ordre à part sous le nom de Gasterotriches, ordre qui formerait avec celui des Rotateurs une classe particulière dans le sous-embranchement des Vers. En définitive donc, leslchthidiniens, car tel est le nom qui leur a été le plus généralement donné, après avoir été bal- lottés en sens divers sur l'océan des classifications, reviennent jeter l'ancre à peu près k leur point de départ. L'opinion représentée par M. Mecznikow (3) a beaucoup (1) The Natural History ofthe Hnirij-Backed Animalculs {loc. cit., p. 307-406). (2) Ueber einige ivenirj bekannte niedere Thierformen, von Elias Meczuikow {Zeitschr. f. wiss. Zoologie, 1865, Bd, XV, p. 450). (3) Beobachtungen ûber Anatomie und Entwicklungsgeschichte wirbello^er Thiere ander Kiiste von Normandie, angestellt von D"' R. E. Claparède, Leipzig, 1863, p. 90 5^ série. Zool. T. VUL (Cahier n" 1.) 2 2 ' 18 CLAPABÈDB. pour elle. J'accepte dans tous les cas son ordre des Gastrotriches, caractérisé essentiellement par le vêtement de cils vibratiles restreint à la surface ventrale du corps, et par quelques autres circonstances secondaires, telles que l'absence de mâchoires, etc. L'affinité de cet ordre avec les Rotateurs me semble aussi incon- testable. La convenance de réunir tous ces animaux en une classe à part pourrait seule être encore sujette à discussion. On sait d'ailleurs combien les vues des zoologistes sont encore partagées au sujet de la position naturelle à attribuer aux Rotateurs. Laissant de côté cette dernière question, nous trouvons donc aujourd'hui Tordre des Gastrotriches composé de six genres : Chœtonotus Ehrb., IchthydiumY\\vh., 6'/»œ^um Mcznk., Cepha- lidiiim Mcznk., Dasydites Go^s,e, Turbanella Schh (1). Tous ces genres ne comptent jusqu'ici que des espèces des eaux douces. Il est donc intéressant de faire ample connaissance avec un Gastrotriche marin ; il s'éloigne, il est vrai, beaucoup des types jusqu'ici décrits, et j'ai dû former pour lui un genre nouveau, que je caractériserai plus loin sous le nom de Hemi- dasys (2). LHemidasys agaso (pi. Ix, fig. 5) vit en abondance dans les pi. XVI, fig. 7-16; et Bemerkungen àber Echinoderes, von EMsis Mecinikovi (Zeitschr . f. wiss. Zoologie, 1865, Bd. XV, 4t«s Heft., p. 458). Dans l'ouvrage cité, je décris deux espèces sous les noms d' Echinoderes Dujardinii et A'E. Monocerem . Une année plus tard, sans connaître mes observations, M. Gosse baptisa de nouveau la première de ces espèces. Mais comme il l'a dédiée également à Dujardin, il n'en résulte aucun incon- vénient pour la synonymie. M. Gosse écrit Echinodera ei non Echinoderes. (1) Il est juste de dire que M. Perty, sans discuter la question avec le même soin que M. Mecznikovv, était povirtant arrivé déjà à peu près au même résultat {Zur Kenntniss kleinster Lebensformen nach Bau, Function, Systematik, etc., von D"' Maxi- milicn Perty. Bern, 1852, p. 35). (2) M. Mecznikovv mentionne aussi le genre Sacculus Gosse. En revanche, le savant russe ne nomme pas le genre Dasydites Gosse, dont la diagnose remonte pourtant à l'année 1851 {Annals and Magazine of Nat. History, sept. 1851). Dans tous les cas, le genre Sacculus n'a rien à faire ici. 11 a été, il est vrai, classé dans le principe parmi les Holofroques, Ehrb. Mais dans cet ordre peu naturel rentraient, en outre des Gastro- triches, certains Rotateurs pur sang. Les Sacculus ont un mastaxavec deuxmalléaux et un incus. Leurs mâles sont dépourvus d'appareil digestif ; bref, ils sont de vrais Rota- teurs sous tous les points de vue. M. Mecznikovv ne les connaissait certainement point lorsqu'il les énumérait parmi les Gastrotriches. M. Gosse n'en fait d'ailleurs aucune mention dans son travail récent sur ce groupe; OBSERVATIONS SUR LES ROTATEURS. 19 endroits les plus fangeux du port de Naples ; de là son nom spé- cifique {agaso, palefrenier). Je l'ai longtemps considéré comme un Épizoaire. Le moyen le plus sûr de se le procurer est en effet d'examiner avec soin la Nereilepas caudata [Spio cawc^aiws Délie Chiaje). On ne tarde pas à rencontrer des individus portant un ou deux Hemidasys ; ceux-ci sont fixés par leur extrémité posté- rieure entre les pieds del'Annélide. Leur corps, très-contractile, s'allonge et se raccourcit alternativement, l'extrémité antérieure palpant rapidement dans tous les sens pour chercher sa nourri- ture entre les soies de la iNéréilèpe. Ces mouvements rappellent ceux de beaucoup de Rotateurs; toutefois, en cherchant attenti- vement dans la vase, on finit par trouver quelques Hemidasys libres. Leur parasitime n'est donc qu'occassionnel ou acciden- tel. Je n'ai pourtant jamais rencontré û' Hemidasys sur d'autres Annélides de la vase que les Neréilèpes. L'Hemidasys agaso atteint une longueur de 0"""^^ à 0'"'",5 sur une largeur m.oyenne de 0"'",12 ; sa forme est celle d'une ban- delette ou épaisse lanière, à bords presque parallèles. En somme, il est bien plus aplati que la plupart des autres Gaslrotriches. La surface du corps est formée par une mince cuticule séparée du parenchyme sous-jacent par une couche do liquide faible- ment rosé. La couleur de ce liquide est probablement due à un simple effet de contraste, comme celle des vacuoles et des vési- cules contractiles chez les Infusoires. La couche liquide est tra- versée par un grand nombre de petites brides, qui se rendent directement du ])arenchyme à la cuticule. Au point où elle s'attache à cette dernière, chaque bride se dilate quelque peu, et paraît renfermer un petit noyau. Ces dilatations se présentent au premier abord comme de petites taches de la cuticule, et celle-ci apparaît, par suite, à un grossissement suffisant comme ponctuée. La surface dorsale du corps est unie. En revanche, sa surface ventrale porte de petits appendices déforme conique, dont la po- sition et le nombre sont constants. Tous présentent la même con- formation ; ce sont des cônes formés par un prolongement de la cuticule, et renfermant un cordon axial, qu'on peut facilement 20 CLAPARÈIIE. poursuivre jusqu'au parenchyme du corps. Ce cordon est séparé de son enveloppe cuticulaire par une couche Hquide ou semi- hquide. Nous trouvons d'abord six de ces appendices coniques (fig. 5, e) disposés en demi- ceinture, un peu en arrière de l'extrémité buccale : les deux externes sont les plus grands, les deux internes les plus petits, les deux intermédiaires ont une grandeur aussi intermédiaire. Les appendices suivants sont distribués par paires (fig. 9, h, i) aux deux côtés du corps, de telle sorte cependant que les deux premiers cinquièmes de la longueur du corps en sont dépourvus. Entre les deux appendices de la dernière paire {i) en sont dispo- sés huit autres plus petits sur une ligne transversale. Enfin il en existe encore deux (fig. 6, c) placés près du pore générateur. Dans tous les cônes de la partie postérieure du corps, l'axe m'a paru double. Tous ces appendices sont mobiles, et servent sans doute d'or- ganes tactiles, peut-être aussi de leviers facilitant la progression. Ceux qui forment des rangées transversales (fig. 5, e, et fig. 6, a, b) paraissent solidaires les uns des autres, et se meuvent avec ensemble comme un peigne. La cuticule porte aussi les cils vibratiles, qui paraissent jouer le rôle principal dans la locomotion lorsque lanimal est libre. Ces cils sont exclusivement ventraux ; ils forment une bande qui s'étend de la paire antérieure d'appendices coniques jusqu'aux deux cinquièmes environ de la longueur totale de l'animal. En ce point, qui est exactement au niveau de la réunion de l'œso- phage et de l'intestin, la bande ciliée cesse brusquement. En arrière il n'existe plus aucun cil vibratile. Les Hemidasys sont donc à proprement parler Thararjolriches plutôt qu'entièrement Gastrotriches. L'extrémité antérieure est séparée du reste du corps par une légère conslriction au niveau de la paire antérieure d'appendices veutaux. Cette partie peut èti'e désignée sous le nom de lobe céphalique, bien que la bouche mise à part, elle ne présente rien qui puisse caractériser une tête. Ce lobe est hérissé de soies ténues et roides semblables aux soies tactiles des Mollusques, des OBSERVATIONS SUR LES ROTATEURS. 21 Aniiélitles, des Turbellariés, et en particulier à celles des autres Gastrotriches. La bouche est terminale, entourée d'une lèvre circulaire, découpée en petites papilles obtuses et couvertes de cils vibratiles (fig\ 5, c). Elle conduit dans une cavité {k) qui peut être considérée comme la cavité buccale, et de là dans un œsophage musculeux (/), rectiligne qui s'étend dans les deux premiers cinquièmes du corps. Seule cette partie du tube diges- tif peut faire comprendre le rapprochement que M. Ehlers a tenté de faire entre les Gastrotriches et les Nématodes. Toute- fois cette analogie est sans importance. La cuticule de l'œso- phage est un peu épaissie immédiatement en arrière de la cavité buccale. L'intestin est cylindrique, d'un jaune verdàtre, à paroi remplie de granulations et de gouttelettes ; il s'étend en ligne droite jusqu'à l'anus. Le rectum est incolore. Le système nerveux est inconnu chez tous les Gastrotriches jusqu'ici étudiés. Chez VHemidasys Ayaso, ce système semble aussi faire défaut, à moins qu'on ne puisse considérer comme de nature nerveuse quatre paires de globes homogènes et inco- lores (tig. 5, n, 0, o\ o") logés dans l'épaisseur du parenchyme. Une pareille interprétation serait dans tous les cas très-hypothé- tique. On pourrait faire valoir en sa faveur le fait que la pre- mière paire de ces organes (n) est en relation avec une paire de . petites fossettes vibratiles de la surface. Ces petits organes font involontairement songer aux fosses vibratiles des Némertes et de beaucoup d'autres Turbellariés, ainsi qu'à celles de quelques Annélides, organes auxquels on a souvent attribué des fonctions sensibles. Cependant, môme dans ces cas-ci, la fonction sensi- tive est loin d'être démontrée. L'idée d'un système aquifère ou excréteur s'est naturellement aussi présentée à mon esprit; toutefois rien dans mes observations n'a pu l'étayer. VHemidasys Agaso est hermaphrodite. Dans le principe, j'ai entretenu au sujet de ses caractères sexuels une opinion diamé- tralement inverse. En effet, je n'avais rencontré que des indivi- dus à testicules bien développés ; toutefois, plus tard, j'en trou- vai d'autres chargés de leurs œufs, mais conformés d'ailleurs comme les premiers, munis en particulier comme eux d'un tes- 22 CLAPABÈDE. ticule. Si les individus contenant des zoosperraes, tout en étant dépourvus d'œufs, sont fréquents, je n'ai en revanche jamais rencontré d'individus pourvus d'œufs et privés de zoospermes. Voici comment je m'explique cette forme particulière d'herma- phrodisme : chaque individu n'engendre qu'un œuf, rarement deux à la fois. Après la ponte et avant de produire un nouvel œuf, il perd momentanément tous les caractères du sexe fémi- nin. Cependant son appareil mâle continue de renfermer les zoospermes ; de là une prédominance apparente du sexe mas- culin. Le testicule (fig. 5, p) est une poche ovale, située auprès de l'intestin dans la partie postérieure du corps. Je l'ai toujours trouvé rempli de zoospermes groupés en régimes fasciculaires (fig. 9), longs de 0'"'",04/i. Leur tiers antérieur est ondulé ; les deux autres tiers sont simplement filiformes. A proprement par- ler, on semblerait devoir taxer cette poche de vésicule séminale plutôt que de testicule, car je n'ai vu dans son intérieur que des zoospermes mûrs. Mais je n'ai trouvé aucun autre organe sus- ceptible d'être revendiqué comme glande sexuelle mâle. Le canal déférent (fig. 5, q) est toujours rempli de zoospermes, et aboutit à un pénis (fig. 5, r). Cet organe (fig. 8) est formé d'une vési- sule pleine d'un liquide granuleux, et d'un spicule perforé d'un canal suivant l'axe. La pointe est dirigée vers le pore sexuel, qui est protégé lui-même par deux petites plaques (fig. 6, d). Je n'ai pas su voir d'ovaires proprement dits. Un œuf isolé, à des degrés divers de croissance, a seul frappé mes yeux ; quel- quefois il y en avait deux. L'ovule mûr (fig. 5, s) est ovale, son vitellus granuleux. Le grand axe atteint une longueur de 0'""', 088. La vésicule germinative renferme d'ordinaire deux taches de Wagner; il n'existe pas de pore féminin spécial. Le pore sexuel que j'ai décrit conduit, selon toute vraisemblance, dans un atrium commun à l'appareil mâle et à l'appareil femelle. L'hermaphrodisme de VHemidasys ^gfaso mérite d'être relevé tout particulièrement. Déjà M. Max Schultze avait cru les Gas- trotriches hermaphrodites. Cette opinion a été combattue de la manière la plus positive par M. Mecznikow. Chez tous les autres OBSERVATIONS SUR LA LAMIPPE. 23 Gastrotriches, les éléments niàles n'ont été rencontrés qu'excep- tionnellement, et M. Mecznikow a pu supposer que la présence simultanée de zoospermes et d'ovules signalée par M. Scliultze s'expliquait par des femelles fécondées. Chez VHemidasys Agaro, la présence de zoospermes est au contraire la règle, et l'herma- phrodisme incontestable. Je termine cet article par une diagnose du genre : Genre Hemidasys. — Gastrotriches de forme linéaire, à vête- ment vibratile, restreint à la région antérieure de la surface ventrale. Corps armé d'un certain nombre d'appendices co- niques ventraux, qui renferment dans l'axe un prolongement du parenchyme. Espèce : Hemidasys Agaso Clprd. — Habite dans la vase du port de Naples, se fixant volontiers au corps de la Nereilepas caudata Délie Chiaje. IV Sur un Crustacé parasite de la Lobularia digitata Délie Cbiaje. Sous le nom de Lamippe rubra (l), M. Bruzeliusa décrit, il y a quelques années, un très-singulier parasite de la Pennatule rouge {Pennatula rubra) des côtes de Bohuslân. Cet être lui parut si anormal, qu'il hésita à lui assigner une position déter- minée dans le cadre zoologique. Il trouvait, en effet, à sa Lamippe des affinités soil avec les Crustacés, soit avec les Acariens. Je ne puis partager cette hésitation. Il s'agit très-décidément d'un Crustacé de forme; il est vrai, assez exceptionnelle. Mais les Lernées, les Brachielles, les Tanypleurus, les Herpyllabius, les Philichtys, les Sacculma, sont, à tout prendre, bien plus étranges encore à l'état adulte. La métamorphose régressive peut atteindre chez les Crustacés un degré tel, que l'importance de la forme des adultes diminue beaucoup. Le type de la classe se reconnaît, en revanche, toujours d'une manière claire dans le jeune âge. (1) Ueber einen in rler Pennatula rubba lebeuden Schmarotzer {Archiv /. Natur- gesch., 24 Jahrg, 1859, Bd. 1, p. 286). 2/i CLAFARËOe. J'ai été assez heureux pour rencontrer à Naples un Crustacé fort voisin des Lamippe; il appartient dans tous les cas à la même famille naturelle, et, malgré certaines différences très- marquées, je ne juge pas nécessaire de former actuellement pour lui un genre nouveau. Je le désignerai donc sous le nom de Lamippe Proteus. Une élude circonstanciée de cette nouvelle Lamippe est d'au- tant moins superflue, que M. Bruzelius n'a guère étudié que la forme externe du L. rubra^ et que l'un des sexes seulement (femelle) a été connu de lui. La L. Proteus est parasite de la cavité du corps d'une Alcyo- naire : la Lobularia digitata Délie Chiaje (1). Ce Polype est assez transparent pour permettre de reconnaître immédiatement la présence des Crustacés dans son intérieur. Ceux-ci apparais- sent sous la forme de petits granules allongés, d'une couleur orangée pâle, dont la longueur ne dépasse pas l^^jo. La forme de cette Lamippe (pi. 5, fi g. 1 et 2) ne peut être caractérisée, tant elle varie d'un instant à l'autre. Seules, cer- taines Grégarines, très- contractiles, peuvent donner une idée de ce passage constant d'une forme linéaire, par exemple, à une forme globuleuse, en passant par une foule d'intermédiaires bizarres. Le corps est, il est vrai, entouré d'une épaisse cuti- cule ; toutefois la souplesse, l'élasticité extrême de cette couche, ne saurait permettre de la supposer formée de chitine. Je ne l'ai malheureusement pas étudiée au point de vue chimique ; seuls les appendices et Textrémité céphalique conservent une forme invariable. L'extrême contractiHté est due à une couche musculaire sous- cutanée, dont les fibres transversales se montrent déjà à un faible grossissement sous la forme d'un système de stries circu- laires. Il n'existe pas de couche antagoniste de celle-là. Les fibres longitudinales sont remplacées par des ponts musculaires, qui, à des intervalles assez rapprochés, unissent les fibres, traus- (1) Je ne garantis pas l'identité de respècc de DcUe Cliiajc avec V Akyonum digi- tatum L. Une seconde espèce de ce genre, la Lobularia palinata Pallas, est également commune à Naples. Je n'a jamais rencontré de Lamippesdans son intérieur. OBSERVATIONS SUR LA LAMIPPE, 25 versales entre elles. L'ensemble forme donc un véritable réseau de mailles contractiles (pi. 5, fig. 7). La surface du corps ne présente que des traces très-vagues d'articulation ; seule, l'extrémité postérieure est divisée eu deux segments bien accusés, dont le ÙGmier [WyIg la. Furca caudale. Ces deux segments s'iuvaginent souvent dans la région du corps qui les précède. Les appendices sont au nombre de quatre paires, dont deux paires d'antennes et deux paires de pieds. Les antennes de la première paire (fig. 3, a, et fig. /i, a) sont les plus épaisses ; elles sont formées de trois articles, dont le dernier est dédoublé suivant sa longueur ; l'une des pièces ré- sultant de ce dédoublement est fort longue, et tubulée ; l'autre (fig. h, c) est petite, trapue, hérissée de poils. Les antennes postérieures sont plus grêles et composées de (juatre articles, dont le dernier a la forme d'une grifié. Les deux paires de pieds sont identiques. Chacune d'elles (fig. 5) s'articule à une pièce steruale en forme de T, due à une induration et un épaississement de la cuticule. Le pied est com- posé de deux articles très-courts, dont le second porte deux angles ou crochets terminaux. Ce dernier seul m'a pnru mobile. Le premier paraît soudé aux téguments. En avant de son bord antérieur sont implantés deux poils, dont chacun repose sur un article basilaire fort large. Ces pieds rudimentaires jouent à peîlie un rôle locomoteur ; ils servent au Crustacé à s'ancrer dans les tissus de la Lobulaire. La locomotion a lieu à peu près exclusivement par les contractions de tout le corps. Chacune des branches de la fourche terminale est armée de cinq processus cyhndriques (fig. 6), constituant autant de poils de structure remarquable. Chacun d'eux renferme, en effet, dans l'axe une soie ténue et rigide, qui peut saillir par une ou- verture ménagée à l'extrémité du poil. On peut, je pense, com- parer ces organes aux poils étudiés avec grand soin par divers auteurs (Schôdler, Leydig, Fritz Mùller, Hensen, etc.) chez des Crustacés des groupes les plus variés, et auxquels on attribue des fonctions sensitives. Je leur trouve surtout une ressemblance 26 . CLAPARÈDE. frappante avec les poils que j'ai fait connaître chez la larve des Lépades. Enfin, pour terminer ce qui concerne les téguments, il me reste à signaler deux petites ouvertures (fig. 1, o, et t2, o) situées à la surface ventrale, immédiatement en avant de la région postérieure articulée. Chacune d'elles est entourée chez les fe- melles par un cadre dur (chitineux). Chez les mâles, elles sont séparées par une petite plaque dure bifurquée en avant : ce sont les pores générateurs. Le système digestif est très-simple. La bouche est comprise entre deux plaques triangulaires, striées transversalement, qu'on doit peut-être considérer comme des mandibules rudimentaires ; elle est évidemment plus propre à la succion qu'à la mastication. A la suite commence un tube digestif qui s'étend en ligne droite jusqu'à l'anus. Ce tube digestif est entouré, sauf à son extré- mité antérieure, d'un tissu rempli de gouttelettes de couleur orangée ; c'est à ces gouttelettes que l'animal doit sa couleur mentionnée plus haut. Ce tissu doit-il être considéré comme un corps graisseux ou comme une glande hépatique? C'est une question que je n'ose décider. Du système nerveux, je ne connais rien qu'un petit ganglion ovoïde placé sur la nuque, et sur lequel repose un œil rouge impair. Cet œil est, du reste, réduit à une tache pigûientaire dépourvue de milieux réfringents. Chez les individus femelles, les ovaires (fig. 1, A et fig. 2, f) se présentent sous la forme de deux tubes aveugles qui s'éten- dent dans la plus grande partie de la longueur de l'animal. Leur extrémité antérieure se recourbe en arrière, et se termine eu cul-de-sac; elle est remplie de très- petits ovules incolores. A partir de ce point, les ovules se succèdent dans toute la longueur de l'appareil, en augmentant graduellement de volume jus- qu'aux pores générateurs; en même temps, ils prennent peu à peu une couleur rosée. Les œufs mûrs qui occupent la partie la plus postérieure du tube ovarique, l'oviducte si l'on veut, sont d'un beau rose carminé. Les mâles sont conformés extérieurement comme les femelles. OBSERVATIONS SUR LA LAMIPPE. "27 Les seules différences concernent l'appareil reproducteur ; celui- ci se présente sous la forme de deux longs tubes aveugles, dans chacun desquels on peut distinguer un testicule, une région à fibres musculaires transversales (fig. 8, a), un canal déférent, dont la partie inférieure (6) est amincie, et enfin une vésicule séminale {c). Chaque vésicule séminale renferme, dans la règle, un Spermatophore (fig. 9). Ce dernier a une forme coniculée, atténuée à une des extrémités ; il est formé d'une enveloppe résistante (a) d'une couche de petites cellules (A), qui atteint son maximum d'épaisseur à l'extrémité large du Spermatophore, et enfin une substance centrale homogène (c), destinée, sans doute, à produire l'explosion du Spermatophore par sa dilatation. Les petites cellules de la couche externe sont, sans doute, les zoo- spermes. Déjà chez la Lamippe rubra, dont les mâles sont restés incon- nus à M. Bruzelius, ce savant a décrit et figuré un SpermatO' phore analogue, qu'il avait trouvé fixé auprès du pore génital d'une femelle. Après la description qui précède, la position naturelle des Lamippe ne me semble pas pouvoir être mise en doute. Ce sont des Copépodes modifiés par les conditions du parasitisme, un exemple de plus du polymorphisme étonnant de ce groupe, dans lequel sont venus se fondre à côté des Copépodes normaux (Gnathostomes de Dana) tous les Siphonostomes de Latreille [Siphonostomes et Lernéens de M. Milne Edwards, Cormostomes de M. Dana). Si je devais rapprocher les Lamippe d'un autre genre, je chercherais leurs plus proches parents dans les Polyclinio- philes (17), dont la seule espèce, comme P. carisoformis Hesse, vit en parasite chez les Ascides du genre Polyclinium. M. Hesse ne nous apprend, il est vrai, pas grand'chose sur l'organisation, interne de ces animaux, mais par leur conformation externe qu'il a soigneusement étudiée, les Polyclinophiles ont un rap- (1) Observations sur des Crustacés rares ou nouveaux des côtes de France, par M. Hesse, troisième article. Annales des sciences naturelles , 1864, p. 333. 28 CI.APARÈDi;. port incontestable avec les Lamippes ; ils possèdent cependant une paire de pattes de plus. Il est intéressant de constater que les deux seules espèces de Lamippes connues sont des parasites de Polypes anthozoaires. V Sur le Loxosoma KefersteiniiY. Sp., Bryzoaire mou du golfe de Naplcs. En 1862, je découvris à Saint-Vaast-la-Hougue, sur les côtes de Normandie, un singulier animal épizoaire d'Annélides Capi- telliens du genre Notomastus. Mon ami, M. le professear Kefer- stein, visita Saint-Vaast à la môme époque, et je lui fis part de mes observations sur ce sujet. Puis, la maladie étant venue me ralentir dans la publication de mes observations, je fus devancé par M. Keferstein, qui fit connaître au public l'épizoaire en question sous le nom de Loxosoma singulare (1). Heureusement cette nouvelle m'arriva à temps pour me permettre d'adopter le nom de M. Keferstein et de ne pas charger la nomenclature d'un synonyme inutile (2). Le Loxoso7na singulare Kh'si. fut reconnu être un Bryozoaire, voisin des Pedicellina Sars., dans lequel l'extrémité anale de l'intestin vient percer la paroi du pharynx et s'ouvrir à l'exté- rieur au milieu de la bouche. Il est entièrement mou, dépourvu de téguments durs si répandus chez les Bryozoaires. La baie de Naples renferme en grande abondance une seconde espèce du genre Loxosoma, longue seulement d'un demi-millimètre environ (pédoncule non compris) (3). Elle vit, fixée par son pédoncule, sur divers animaux, principale- ment sur des Bryozoaires du genre Acamarchis. Je la dédie à . (1) Uniersurhungen iibcr niedcre seethiere, sonV^ilh. Keferstein. Lcipïig, 1862, p. 131. (2) Beohachtungen ûber Anat. u. Enhcickl. wirbnlloscr ThiPre an cler Kûsfe von Normandie anrjestellt von R. Ed. Claparèdc. Lcipïi;;, 1863, p. 105. (3) Une observation fort juste de M. Leuckart {Berkid uk-r die wiss. Ldstungen in d. Niederenthiere. Berlin, 18G5, p. 79) m'a fait remaniucr une fente d'impression qui s'est glissée dans mes Beobachtungen. La grandeur du Loxosoma singulare y est indi- quée comme variant de 3 à i millimètres, c'est 0™™,3 à 0™™,/i qu'il faut lire. OBSERVATIONS SUR LE LOXOSOMA. 29 M. Keferstein, afin que cette fois du moins le nom de ce savant soit attaché à bon droit à celui d'un Loxosoma. M. Mecznikow l'avait rencontrée avant moi, mais sans en faire l'objet d'une étude spéciale. Le corps du L. Kerfersteinii (pi. 6, fig. 1 , 2) a la forme d'un ovoïde allongé, tronqué obliquement en avant par l'entonnoir buccal, orné de sa couronne de bras ciliés. Pour l'ordinaire, dans les conditions un peu anormales qui nécessitent Tobserva- tion, l'animal replie ses bras dans l'intérieur de l'entonnoir. Celui-ci se contracte et sa paroi plissée vient former un dia- phragme (fîg. 1 et 2, a) au-dessus de la bouche et de l'anus. L'occlusion n'est toutefois, en général, point complète ; il sub- siste toujours une ouverture plus ou moins large (6) au centre du diaphragme. L'eau peut donc toujours pénétrer librement dans la cavité de l'entonnoir, où elle est constamment renouvelée par le mouvement des cils qui recouvrent la surface interne de la paroi de cette cavité et le côté interne des bras. Les bras m'ont paru être au nombre de quatorze. Je n'en avais compté que dix chez le L. singulare. Le tissu qu'enserre leur cuticule m'a semblé homogène. Il est semé de nombreux nucléus larges de 0°"",006 (fîg. 3). L'appareil digestif est disposé comme chez l'espèce de la Manche. L'extrémité inférieure de l'entonnoir buccal passe graduellement à l'œsophage (c), diffi- cile à distinguer, qui s'étend jusqu'à l'extrémité postérieure du corps. Là il se recourbe et débouche dans un large estomac (d) d'un jaune verdtàtre. La face supérieure de cet organe offre une paroi fort épaisse. Il en naît un intestin cylindrique (e) assez court qui perce la paroi du pharynx pour s'ouvrir à l'ex- térieur au milieu de la bouche. La partie anale de l'intestin ne s'élève point, comme chez le L. singulare^ en une espèce de cheminée jusqu'à la région la plus élevée de l'entonnoir buccal. Je dois d'ailleurs remarquer que cette interprétation des diverses parties du tube digestif des Loxosoma ne me semble pas hors de toutes espèces de doutes. Je ne serais point étonné que l'ouverture désignée par M. Keferstein et par moi sous le nom de bouche fût l'anus, et vice versa. Dans ce cas, la bouche serait 30 CLAPARËDB. au centre de l'anus. Le L. Kefersteinii est si timide que je n'ai pu l'amener à prendre de la nourriture sous le microscope. La question reste donc indécise. Le pédoncule, très-contractile, est de longueur variable, mais toujours bien plus long que chez l'espèce de Normandie. Il se termine par une sorte de ventouse de succion produisant l'ad- hérence aux corps étrangers. Six ou sept bandes de muscles longitudinaux courent d'un bout à l'autre du pédoncule. Elles sont séparées les unes des autres par autant de rangées très- régulières de nucléus larges de 0'""\006. Les individus observés ne renfermaient pour la plupart pas d'organes sexuels. Chez quelques-uns seulement j'ai rencontré des ovaires parfaitement semblables à ceux que j'ai décrits chez le L. singulare. Les mâles me sont restés inconnus. En revanche, la plupart étaient en voie de reproduction par bourgeonnement. Les gemmes se forment exclusivement en deux points, l'un à droite, l'autre à gauche, dans le tiers postérieur du corps. C'est aussi en ces deux points-là que se fait la gemmation chez le L. singulare. Le nombre des bourgeons peut s'élever jusqu'à cinq ou six de chaque côté. Lorsqu'ils ont atteint une certaine taille, ils se détachent, sans doute spontanément, et se fixent sur \ Acamarchis dans le voisinage de leur parent. VI Sur les Licnophora, nouveau genre de la famille des Urcéolariens (inl'usoircs ciliés). M. Stein ('!) a récemment séparé des Vorticellines, sous le nom d' Urcéolariens, une famille d'infusoires ciliés dans laquelle il distingue trois genres : Tiichodina Ehrh., Trichodi- 7iopsis Clprd. et Lachm., et Urceolaria St. Ce dernier genre ne compte qu'une espèce, décrite précédemment sous le nom de Tricliodina mitra St., espèce pour laquelle M. Stein reprend la dénomination d' £/rceo/ana, jadis employée par Lamarck et Du- jardin pour les Trichodines et d'autres lufusoires. (1) Ber Organismus der Infusionsthiere, von D' Friedcrich Stein., 2te Ablh. Leip- zig, 1867, p. 147. OBSERVATIONS SUR LES LlCîVOPHORES. 3t La convenance d'ériger les Trichodines en une famille à part à côté de celle des Vorticellines me paraît indiscutable. C'est une autre question de savoir si les familles des Urcéolariens, telle que l'entend M. Stein, est très-naturelle. L'extrême affinité des genres Trichodina Ehrb. et Urceolaria St. est évidente. Mais la parenté des Trichodinopsis Clprd. et Lachm, avec ces deux genres est sujette à contestation. M. Stein remarque que les Trichodinopsis, avec leur revêtement à peu près complet de cils vibratiles, ne peuvent rester dans la famille globée des Vorticel- lines, car une Vorticelle ciliée serait un contre-sens. En cela il a parfaitement raison. Mais pourquoi une Trichodine ciliée ne serait-elle pas, elle aussi, un contre-sens? En définitive, les dif- férences sont grandes entre les Trichodines et les Trichodi- nopsis. La conformation de la rangée adovale de cils, celle de l'œsophage, la position du nucléus, sont tout autant de carac- tères différentiels venant s'ajouter à ceux do la cuticule, carac- tères qui tous éloignent considérablement ces deux genres l'un de l'autre. D'autre part, la ressemblance est indéniable. Elle frappe l'œil au premier abord, car elle tient à la iorme générale du corps et à la ventouse de fixation de la région postérieure. Cependant, à tout prendre, la ressemblance tient surtout à des caractères superficiels et les dissemblances résultent de dif- férences profondes d'organisation. Même après le travail appro- fondi de M. H. James Clark (1), qui tend à éloigner toujours davantage les Trichodines des Vorticelles, je trouve les affinités plus considérables entre ces deux groupes qu'entre les Tricho- dines d'une part et les Trichodinopsis d'autre part. Si ce n'était la présence de l'organe fixateur et locomoteur, personne ne songerait à rapprocher les Trichodines des Tricho- dinopsis. On me répondra, sans doute, que la présence de cet organe dans les deux cas suffit à justifier ce rapprochement. Mais ne s'agirait-il pas là plutôt d'un de ces cas de ressemblance superficielle si remarquable, que M. Wallace,M. Bâtes et d'autres (1) The Anatomy and Physiologij of thc Vorticellidan Parasite {Trichodina pedi- culus Ggrb.) of Hijdra, by Prof. H. James Clark (Memoirs o( ihe Boston Soc. ofNai. Hist., voJ. 1, part, I, Cambridge, 1866). 32 CLAPARÈOE. nous ont fait connaître : ce qu'ils appellent les Mimic species ou Mocking species ? La découverte d'Infusoires ciliés entièrement différents, soit des Trichodines, soit des Trichodinopsis, mais doués comme celles-ci d'une ventouse d'adhérence, vient corroborer singu- lièrement cette manière de voir. Ces Infusoires, pour lesquels je crée le nom générique de Licnophora (Porte-van), ne sont, du reste, point entièrement nouveaux. M. Cohn (1) en a déjà observé une espèce, sans doute identique avec une de celles que j'examine ci-dessous, pendant un séjour dans l'île de Helgoland ; il l'a décrit sous le nom de Tricliodina Auerbachii. Les figures qui accompagnent cette description rendent assez bien les faciès de l'animal, sans nous renseigner sur ses particularités les plus remarquables. Les deux espèces de Licnophora que j'ai rencontrées sont longues de 0'"",05 à 0™'",06. Je les ai observées à Naples. L'une vit en grande abondance sur le Thysanozoon tubercula {Planaria tuberculata Délie Chiaje, Thysanozoon Diesingii Griibe) : l'autre habite sur les branchies du Psyrmobranchus protensus Phil. La première est sans doute identique avec la Trichodina Auer- bachii Cohn, observée par le savant prussien sur une Davis d'Helgoland. Ce sera donc dorénavant la Licnophora Auerbachii. Je désignerai la seconde sous le nom de Licnophora Cohnii. La ressemblance des Licnophores avec les Trichodines est si considérable au premier coup d'oeil, que la confusion de ces êtres, au fond très-différents, est bien compréhensible. Je m'y suis laissé prendre dans le principe, aussi bien que M. Cohn. Le corps est composé de deux parties charnues, le corps pro- prement dit et la ventouse de fixation, réunies l'une à l'autre par une sorte de pédoncule plus ou moins comprimé. La ventouse de fixation tourne constamment sa concavité contre la surface du corps de l'hôte sur lequel la Licnophora vit en Épizoaire. C'est à elle surtout, ou même exclusivement, que cet Infusoire doit sa ressemblance avec une Trichodine. Même (1) Neue lafusorien in Seeaquarium, von D"^ Ferd. ColiUj in Breslau, Zeitschr. f. Kiss. Zoologie, 1866, Bd. XVI, p. 292. OBSERVATIONS SUR LES ROTATEURS. o'à cette ressemblance là est d'ailleurs superficielle. La ventouse (pi. 6, fig. 8, b) est en effet bordée d'un bourrelet charnu cir- culaire, duquel naît un anneau membraneux fort délicat (c), dont le bord lacinié se prolonge en un cercle de longs cils vibra- tiles. Les ondulations, à l'aide desquelles la Licnophora pro- gresse, s'étendent de la membrane aux cils qui en sont la conti- nuation. L'anneau membraneux et la couronne de cils ne sont donc point distincts comme chez les Trichodines, mais ne for- ment qu'un seul et unique organe; d'ailleurs aucune trace de cet anneau solide si caractéristique, qui forme en quelque sorte le squelette de l'organe fixateur dans les Trichodines, les Urceola- ria et les Trichodinopsis. La partie antérieure du corps est fort difficile à étudier; elle oscille en sens divers sur son pédoncule charnu, et il est illu- soire de chercher à fixer l'animal par des procédés mécaniques ou chimiques, car, à la moindre lésion, il difïlue avec la rapidité de l'éclair, et ne laisse qu'un amas informe de granules sous les yeux de l'observateur. Cette région antérieure, variable de forme, est en général ovoïde et tronquée par un péristome plus ou moins aplati ou même concave (voy. fig. /j. à 5, L. Cohnii; fig. 6 à 10, L. Auerbachii). Ici l'analogie avec les Trichodines a complètement disparu. Chez ces Infusoires en effet, de même que chez les Vorticellines, le péristome porte une rangée adovale de cils qui décrit une spire dexiotrope, les cils battant dans une direction opposée au mouvement des aiguilles de la montre. Ici, au contraire, la courbe est léotrope, et le mouvement des cils est léotrope avec celui des aiguilles de la montre. Chez le Licnophora Auerbachii^ la forme du péristome n'a d'ailleurs aucune ressemblance avec le péristome des Tricho- dines. Dans les rares instants où l'animal tourne sa face ventrale vers l'observateur, on peut s'assurer que les contours de ce péri- stome est à peu près piriforme ou plutôt virgulaire (fig. 8, e). La bouche se présente sous la forme d'une fente arquée (fig. 8, a, fig. 6, a) sur le bord gauche. L'œsophage est nul ou du moins d'une brièveté extrême. 5« série. Zool. T. VHl (Gabier 11° 1.) 3 3 3Ù CLAPARèoE. La Licnophora Cohnii (fig. k et 5) a un périslome beaucoup plus large que le L. Auerbacliii. Sa forme m'a paru à peu près circulaire. Je suis moins sûr chez elle de la forme de l'ouverture buccale. Son pédoncule est beaucoup plus aplati et orné de raies transversales arquées, dont la concavité est tournée vers le haut. Peut-être d'ailleurs conviendra-t-il de considérer ces deux formes comme des variétés d'une même espèce. Le pédoncule charnu n'est point assimilable à celui des Vor- ticellines. Il est susceptible de se courber en sens divers, mais ne présente rien de comparable à un muscle. Les aliments ne pénètrent pas dans son intérieur. Cette description est fort incomplète ; le lecteur n'apprend rien, ni sur le nucléus, ni sur la vésicule contractile, et pourtant je me suis donné quelque peine pour les découvrir. Je conviens cependant que cette étude, faite incidemment au milieu de re- cherches d'une autre nature, demanderait à être reprise avec plus de suite. Un fait reste acquis à la science, c'est que les Licuophores sont ce que les Anglais appelleraient une Mocking form des Tri- chodines, mais ne sauraient guère être réunies à la famille des Urceolarius. Leur péristome rappelle en définitive bien plus celui de certains Stylonychiens, c'est-à-dire certains Infusoires hypotriches que celui d'aucun Infusoire péritriche. La ventouse de fixation est un organe susceptible de se rencontrer chez le Infusoires épizoaires d'organisation très-variée. EXPLICATION DES FIGURES. PLANCHE 3. Fig. 1. Melicer ta ringens E\\rh.,\ue çax le côté gauche. «, lame marginale supé- rieure de l'organe vibratile; 6, lame marginale inférieure ; c, ligne de soudure des deux lames; d, lèvre latérale gauche; e, cavité ciliée dans laquelle l'auimal forme les boules nécessaires à la confection de son tube; f, processus tactiles^ soit antennes; g, tube digestif; h, anus; i, ovaire; k, œuf mûr; l, mâchoire. Fig. 2. Partie antérieure de la Melicerta rinqens dans la supination, o, bouche. Les autres désignations comme ci-dessus. OBSERVATIONS SUR LES ROTATEURS. 35 Fig. 3. Rotifer inflatus Duj., vu eu raccourci par l'extrémité céphalique. a, bouche; 6, lèvTB inférieure; c, antenne ; rf, zone vibralile gauche; e, zone vibratile droite. Fig. 4. R. w/Zn^M? dans la pronation, a, organe vibratile; 6, crête ciliée ; c, lèvre inférieure. Fig. 5. R. inflatus, vu par le côté droit. Mêmes désignations. Fig. 6. Rotifer vulgaris Ehrb. Extrémité céphalique dans la pronation, a, organe vibratile; 6, crête ciliée; c, antenne; d, mâchoire. Fig. 7. R. vulgaris. Extrémité céphalique dans la supination, a, organe vibratile ■ h, crête ciliée ; c, bord labial inférieur. PLANCHE U. Fig. 1. Rotifer vulgaris. Extrémité céphalique vue de face, a, antenne; o, bouche. Fig. 2. Partie de l'organe vibratile de la Melicerta ringens, vue en coupe optique. a, plan de l'organe vibratile; 6, lame marginale supérieure; c, lame marginale inférieure; d, les gros cils de la lame supérieure; e, les cils fins de la lame infé- rieure ; f, section de la gouttière prismatique comprise entre les deux lames. Fig. 3. Balatro calvus Clprd.jdans la supination, a, lobe caudal inférieur ou sémi- lunaire ; b, lobe caudal supérieur; c, tube digestif; d, ovaire; e, ovules mûrs; 0, bouche; m, mâchoires. Fig. II. Le même, dans la pronation. Mêmes désignations. Fig. 5. Hemidasys Agoso Sprd., en supination, a, cuticule; b, brides unissant le parenchyme à la cuticule; c, bouche ; d, anus; e, ceinture antérieui-e des processus tactiles coniques; f, g, h, i, les processus coniques de la région postérieure; k, cavité buccale; », œsophage; w, intestin; n, globe hyalin antérieur avec toufl'e vibratile; o, o', o", globes hyalins; p, testicule; q, canal déférent; r, pénis; s, ovule ; t, t', champ de cils vibratiles. Fig. 6. Extrémité postérieure du même, plus fortement grossie, u et b, processus coniques postérieurs; c. processus coniques auprès de l'ouverture anale; d, plaques génitales. Fig. 7. Tissu du même, fortement grossi, a, cuticule; 6, parenchyme; c, brides. Fig. 8. Pénis de \' Hemidasys Agaso, isolé. Fig. 9. Régime de zoospermes du même. PLANCHE 5. Fig. 1. Lnmippe proteus Clprd. Ç, vue par le côté gauche, a, antennes de la première paire; è, antennes de la seconde paire; c, patte de la première paire; d, patte de la seconde paire; e, furca caudale; f, ovaires ;o, pores sexuels. Fig. 2. La même, en supination et très-allongée. Mêmes désignations. Fig. 3. Extrémité céphalique de la L. proteus en supination, a, antennes de la pre- mière paire; 6, antennes de la seconde paire; c, pièces buccales. 56 CLAPARÈDE. Fig. à. La même, vue de profil, a et b, comme ci -dessus; c, appendice de l'anteuue antérieure. Fig. 5. L'une des paires de pattes avec la pièce sternale médiane. Fig. 6. L'une des moitiés de la furcn caudale, a, soie axiale dégainée; b, soie axiale rétractée. Fig. 7. Réseau musculaire sous-cutané. Fig. 8. Partie de l'iui des appareils reproducteurs de la L. proteus <3* . a, région large et plissée du canal déférent; h, région rétrécie; c, poche dans laquelle se forme les spermatophores ; d, pore sexuel . Fig. 9. Deux spermatophores. a, gaine; h, courhe de zoospermes; c, substance amorphe centrale. PLANCHE 6. Fig. 1. Loxosoma Kefersteinii Clprd., vu de profil, a, diaphragme buccal contracté, les bras cachés à l'intérieur; h, ouverture centrale du diaphragme; c, œsophage ; d estomac; f, rangées de nucléus du pédoncule; g, muscles longitudinaux. Fig. 2. Le même, vu de profil; e, intestin. Fig. 3. Extrémité d'un bras du L. Kefersteinii avec ses cils et ses nucléus. Fig. h. Licnophora Cohnii Clprd., vue obliquement par le côté gauche, rt, bouche; h, organe fixateur ; c, membrane laciniée en cils. Fig. 5. Lamêmej vue de face. Fig. 6-10. Licnophora Atierhachii {Cohn)SYiTd. n,ho\iche ; b,\ento\if'e; c, membrane laciniée en cils sur le bord ; d, bord antérieur du péristome ; e, champ du péristome ; f, dos. Fig. 6. L. Auerhachii, vue par le ventre et le côté droit. Fig. 7. L. Anerbachii, vue par le côté droit. Fig. 8. L. Auerhachii, vue par la face ventrale. Fig. 9. L. Auerhachii, vue obliquement par le côté droit. Fig. 10. L. Auerhachii, vue de face, le péristome appliqué contre la ventouse pédieuse. OBSERVATIONS SUR LE MÉMOIRE DE M. PÉREZ CONCERNANT LE RHABDITIS TERRIGOLA OU ANGllLLULE TERRESTRE ^'\ Par M. BARTHËIiEMY , Professeur au Lycée de Pau. Je n'ai pu prendre connaissance que tardivement d'un travail très-remarquable de M. Pérez sur VJngwUule terrestre^ travail où quelques faits avancés par moi, il y a déjà quelques années, se trouvent discutés (2). J'ose espérer qu'il me sera permis d'insérer dans le même recueil quelques mots de réponse. M. Pérez discute la valeur de ma détermination et du genre Ascaroïdes que j'avais créé pour mon Vermicule. Je renoncerais volontiers à ce terme, si mon contradicteur avait signalé chez son Rhabditis la présence d'un caecum ana- logue à celui que j'ai dessiné à la suite de l'intestin, et s'il avait reconnu la tendance de l'intestin à déborder l'estomac. Il est d'ailleurs très-possible que nous ayons étudié dans deux localités différentes des espèces voisines, mais non identiques. Le savant observateur regarde comme impropre le nom de valvule que j'ai donné à une ouverture qui me semblait séparer l'estomac de l'intestin, et que je voyais s'ouvrir et se fermer dans les mouvements de déglutition. Cependant la description même de cet organe contenue dans le mémoire me paraît justifier cette interprétation. Il est vrai que cette ouverture serait munie de trois pièces cornées, dont l'auteur fait un organe de mastication bien inutile pour le mode de vie de l'animal. (1) Ânn.des se. riat., 1866. (2) Mœurs et migmiioas d'un Sématoide parasite de l'œuf de la Limace grise. (Ann. des se. nat., 1859.) 38 BARTnÉLEnnr. Ces pièces cornées, peu distinctes, ne sont pas des produc- tions spéciales, comme les dents stomacales ou œsophagiennes, d'autres Annelés supérieurs, et loin de voir là des dents, je n'y reconnais que des muerons analogues à ceux que présentent sou- vent les ouvertures valvulaires dans le règne animal tout entier. Enfin M. Pérez considère comme accidentel l'arrangement régulier des cellules hépatiques de l'intestin que j'ai figuré dans l'animal parfait. En histoire naturelle, la régularité ne saurait être un accident. J'avais considéré, et je le dis dans mon mémoire, la grande quantité de granules accumulés dans l'intestin comme un fait embryogénique. L'observation intéressante des changements de peau, des mues observées par M. Pérez, me confirme dans cette idée. TjCS changements de peau, en effet, ne se produisent d'ordi- naire que chez les larves, et il suffit de s'être un peu occupé de métamorphoses pour savoir que, pendant la plupart des trans- formations, l'estomac et l'intestin sont pleins d'une substance particulière, destinée à subvenir aux besoins de la morphose. Je pense donc que la disposition régulière de ces cellules, que je crois devoir appeler hépatiques, est la conséquence du développement de l'animal, et l'un des caractères de l'état par- fait. M. Pérez se refuse encore à reconnaître le parasitisme vrai de l'œuf de la Limace par notre Bestiole. Les raisons que le savant observateur m'oppose sont les sui- vantes : 1° Il a trouvé surtout l'animal dans les œufs en partie dé- ruits. Ce fait n'a rien d'étonnant, et serait la conséquence naturelle du parasitisme. 2° Il a pu faire des éducations artificielles du Rhabditis, mais avec un milieu spécial albumineux analogue à celui de la Li- mace (1). (1) Page 166. SUR l'anguillule terrestre. 39 L'auteur reconnaît ainsi que ce milieu est nécessaire au déve- loppement de l'animal. Placé dans les conditions qu'il trouverait dans l'œuf, le Vermicule doit naturellement suivre son évolu- tion normale : c'est une éducation au biberon. 3° M. Pérez n'a jamais vu de Vers dans l'œuf (1); il dit ce- pendant en avoir trouvé quelques-uns qui étaient plus ou moins engagés dans les enveloppes. L'auteur du mémoire n'énonce là qu'un résultat négatif; dans mon travail, j'affirme avoir vu des Vers dans l'œuf ; je signale même l'observation d'un Ver attaché à la boule cépha- lique de l'embryon de Limace. Pendant la durée de mes expériences, j'ai rendu plusieurs personnes témoins de ce fait intéressant. M. Pérez n'est-il pas en contradiction avec lui-même lorsqu'il dit plus loin : « C'est ainsi que, dans les œufs de Limace récem- » ment pondus, on rencontre souvent des Vers à corps grêle et » effdé, d'une maigreur et d'une faiblesse évidente, résultat » d'un séjour bien long, peut-être, dans le corps du Mollusque, » dans un inilieu relativement pauvre en aliments (2). » k" Mon savant contradicteur croit trouver une objection sé- rieuse dans la difficulté qu'il y aurait pour le Vermicule de tra- verser les parois de l'estomac. Il oublie que la perforation des tissus vivants par la porosité n'est pas une perforation simplement mécanique, mais pour ainsi dire une fonction physiologique, et que son objection s'adresse aussi à d'autres Nématoïdes évidemment parasites, et aussi dépourvus que notre Anguillule d'appareil de perforation : les Hématozoaires, les Pilaires, les Trichines, etc., etc. 5" L'introduction du Vermicule dans l'œuf en voie de forma- tion dans l'ovaire est aussi niée, par ce motif que l'ovule est en- touré d'une membrane propre avant la formation du vitellus. Cette objection, qui repose d'ailleurs sur un fait encore sujet à discussion, a la même valeur que la précédente. (1) Page 163. (2) Page 167. ÛO BAHTHÉLEMÏ. — SUR l'aNGUFLLULE TERRESTRE. 6° M. Pérez a trouvé l'Auguillule dans une truffe ; il aurait pu aussi la trouver dans un grand nombre de champignons recher- chés avec avidité par les Limaces. 7° Enfin M. Pérez cite une expérience dans laquelle les jeunes Anguillules n'ont pas pu pénétrer dans les œufs dépouillés de leur enveloppe extérieure. Cette expérience ne prouve que la nécessité de l'introduction directe dans l'ovaire et dans l'intérieur même de la Limace. Remarquons aussi que, d'après le savant naturaliste, les mêmes Vermicules pourraient s'introduire par des ouvertures faites acci- dentellement aux œufs par des dents d'Insectes! En un mot, M. Pérez a reconnu pour son Vermicule et pour le mien la communauté d'habitat, la nécessité d'une nourriture spéciale albumineuse douée d'une certaine fluidité, soit natu- relle, soit artificielle; enfin il n'a point démontré d'une manière irrécusable l'impossibilité du parasitisme. Quelques-unes de ses objections ne sont même pour moi qu'une confirmation. Telles sont les quelques observations que je crois devoir vous soumettre ; je me plais à espérer (jue l'on ne verra dans ces lignes que le désir de maintenir la vérité de faits que j'avais le premier indiqués. Nota. — M. Kowalewsky a récemment décrit une nouvelle espèce de Loxosoma du golfe de Naples,_sou8 le nom de Loxosoma neapolitanum. Cet animal présente divers caractères très-curieux qui le distinguent ininiédiatouiciil des deux autres espèces. Son pied ofifre en particulier ■««£ structure sui geiieris fort remarquable. Dans ce travail, M. Kowalewsky mentionne aussi, en passant, le Loxosoma décrit ci-dessus sous le nom de L. Kefersteinii, mais il le suppose spécifiquement identique avec le L. singutare Kef. Cette assimilation ne paraît guère possible. NOTE SUR UN URSUS NOUVEAU DÉCOUVERT DANS LA GRANDE CAVERNE DU THÂYA (PROVINCE DE CONSTANTINe), Par M. BOUR&UIdMAT. (Extrait.) §1. Ce n'est pas l'histoire complète d'un animal ni une descrip- tion détaillée de ses organes que je présente, mais seulement quelques notes rédigées à la hâte et destinées à prendre date. Ces notes, consacrées à la découverte d'une espèce nouvelle du genre Ursus, sont, pour plusieurs motifs qu'il est inutile d'expliquer eu ce moment, devenues nécessaires, en attendant la publication d'un travail plus important sur le Djebel Thaya et sur les ossements fossiles de la grande caverne de la mosquée. Parmi les fossiles recueillis dans cette caverne, notre maître et ami, M. Lartet, auquel je les ai conmiuniqués, fut surtout frappé par les ossements d'un Ursus. Ces ossements, en petit nombre (1;, malheureusement le temps m'avait fait défaut, présentaient des caractères si parti- culiers, offraient des différences spécifiques telles, que ce savant paléontologiste n'hésita pas à regarder ces débris comme ceux d'un Ursus inconnu. Je dois ajouter que ce qui donnait un mérite tout spécial à cette découverte, c'est que j'avais récolté ces os en compagnie d'une lampe funéraire, d'une lampe romaine (2) s'il en fut, qui, (1) Trois mâchoires inférieures, un bassin, un humérus, deux péronés, un cubitus, une vertèbre, etc., etc. (2) Cette lampe a été soumise aux regards exercés de MM. le sénateur Mérimée, /i2 BOVRCVICilMAT. par sa présence, venait prouver l'existence de l'Ours en Algérie au commencement de notre ère, et cela lorsque Pline disait, en racontant l'histoire des Ours de Doniitms Ahénobarbus : « Je m'étonne qu'on les ait appelés Ours de Numidie', puisqu'il est bien positif que l'Afrique ne produit pas un animal de ce genre. Miror adjectum [Ursos) numidicos fuisse, cum in Africa Ursuni non gigni potest. » L'Ours de l'époque romaine dont j'ai rapporté les ossements devait être un Ours des plus petits. Semblable à lOurs malais par la taille, il était trapu, ramassé sur lui-même et court sur jambes. 11 possédait une tête relati- vement grosse, peu allongée, terminée par un museau très- étroit, et devait être essentiellement frugivore, d'après sa den- tition. Lorsqu'on examine, comme l'a si bien fait M. Lartet, les trois mâchoires inférieures que j'ai rapportées (1), on reconnaît : r Que les canines sont plus récurrentes que celles de l'Ours des Asturies; 2° Qu'il existe une petite molaire gemmiforme à la base des canines ; o° Que la pénultième prémolaire manque dans les trois mâ- choires inférieures, même dans celle du plus jeune individu, tandis que cette prémolaire se trouve fréquemment dans VUrsus arctos et particulièrement dans les jeunes sujets; /i° Que, dans la série des quatre mâchelières inférieures, les deux premières (c'est-à-dire la dernière prémolaire et la pre- mière vraie molaire) occupent proportionnellement un moindre espace longitudinal que dans les espèces ou variétés euro- péennes ; 5° Que la dernière prémolaire a sa couronne plus réduite d'arrière en avant et (jue sa base interne est relevée d'une sorte de bourrelet saillant légèrement crénelé; Pruner bey, A. Bertrand, etc. — D'après M. Adrien de Longperrier, cette lampe serait le type de forme des lampes du vi» siècle après J. G. (1) Sur ces trois mâchoires, deux appartiennent à des individus très-adultes ; la troisième provient d'un individu relativement plus jeune. NOTE SUR UN URSUS NOUVEAU. 43 6° Que la première molaire, proportionnellement plus courte, a sa couronne plus étranglée dans son milieu; T Enfin, que la dernière molaire, normalement contractée en arrière, est fortement triangulaire^ ce qui ne se voit chez aucune des espèces d'Ours connues. Il résulte de ces caractères et de ces signes différentiels fournis par la dentition que cet Ours est une espèce nouvelle, à laquelle je me fais le plaisir d'attribuer le nom iVUrsus Faidherbianus en l'honneur de M, le général Faidherbe, ancien gouverneur du Sénégal, maintenant commandant supérieur de la subdivision de Bone. Je saisis cette occasion pour remercier publiquement M. le général Faidherbe de son affabilité et de son extrême obligeance, surtout des peines qu'il a bien voulu se donner en allant lui-même continuer les fouilles que je n'ai pas eu le temps de mener à bonne fin, fouilles qui viennent de fournir les plus beaux résultats. Ce n'est pas la première fois que l'on signale la présence de l'Ours en Algérie. Plusieurs auteurs en ont parlé, les uns d'une façon problématique, les autres d'une manière positive. Parmi ces auteurs, comme je le prouverai tout à l'heure, il s'en trouve qui ont eu en vue VUrsus Faidherbianus^ tandis qu'il en existe qui, selon toute probabilité, ont eu affaire à des espèces diffé- rentes. En tous cas, voici les notions relatives aux Ursidœ que je suis parvenu à rassembler. Dans son énumération des animaux de la Libye occidentale, Hérodote sionale l'Ours. Pline, au contraire, professe une opinion différente. Ainsi, dans son Histoire naturelle des animaux (1), il raconte (2) : « Les annales attestent que, sous le consulat de Pison et de Mes- sala, le l/i^ jour avant les calendes d'octobre, Domitius Ahéno- barbus, édile curule, fit combattre dans le cirque cent Ours de (1) Traduite par Guéroult. Paris, 1802. 3 vol. in-l2. (2) Tome I, p. 359. Nuinidie contre un égal nombre de chasseurs éthiopiens. Je suis étonné, ajoute Pline, qu'on les ai dits de Numidie, puisqu'il est constant que l'Afrique ne produit point cet animal (1). » L'abbé Poiret, de son côté, croit à l'existence de l'Ours. Il consacre à cet animal un chapitre entier (2). « Le climat brû- lant de l'Afrique, dit le brave abbé, ne convient point à l'Ours, qui ne se plaît qu'au milieu des neiges et des glaces. Cependant, comme le mont Atlas s'élève très-haut dans le royaume d'Alger vers celui du Maroc, et que plusieurs montagnes sont couvertes d'une neige presque continuelle, les Ours bruns y habitent; ils sont très-carnassiers; quelquefois ils descendent dans les plaines. Pendant mon séjour chez Aly bey, à la Mazoule, un Arabe rapporta la peau d'un Ours qu'il avait tué à la chasse... Cet Arabe me montra une blessure qu'il avait reçue à la jambe, étant poursuivi, disait-il, à coups de pierres par l'Ours qu'il avait tué. Ce rapport ne nous convainquit point, étant très- possible que ce chasseur, poursuivi par l'Ours, ait frappé le pied contre quelque pierre et se soit blessé en fuyant un ennemi trop à craindre pour laisser de sang-froid celui qui l'attaque. » On ne peut être plus affirmatif. Ce qui donne, selon moi, beaucoup de poids à celte affirmation, c'est que l'abbé Poiret a été un botaniste et un zoologiste assez distingué pour son époque, et qu'il était parfaitement capable de reconnaître la dépouille d'un Ours. En 1835, dans un voyage que fît en Algérie M. Milne- Edwards, maintenant doyen de la Faculté des sciences de Paris, ce savant a recueilli, entre Oran et Mers-el-Kebir, à une cin- quantaine de mètres au-dessus du niveau de la mer, dans une brèche formée d'un tuf calcaire de couleur rouge, un fragment assez considérable de crâne d'Ours. Cette découverte, constatée en 1837 sous le titre de « Note sur (1) «Annalibus notatum est, M. Pisone et M. Messala Coss. A. D. XIV Kalendas octobr. Domitium Ahenobaibum sedileni curulera Ursos numidicos centuni, et totidem venatores œthiopas in circo dédisse. Miror adjcctiim nuniidicos fuisse, cuni in Africa Ursum non gigni potest.» (Pline.) (2) Voyage en Barbarie, ou Lettres écrites fie l'uncienne Numidie pendant les années 1785 et 1786, t. I, p. 238, 1789. NOTE SUR UN URSUS NOUVEAU. /l5 une brèche osseuse située entre Oran et Mers-el-Kebir (l) » , a été depuis mentionnée par Blainville en 18il (2) et par Pictet eu 1853 (3). En 1841, M. Edward Blyth, dans une lettre adressée au pré- sident de la Société zoologique de Londres (4), raconte la cap- ture, faite en iS'àk, d'un couple d'Ours {Bear ofmount Jtlas), au pied de la montagne de Tétouan, au Maroc, à environ 35 milles de la chaîne de l'Atlas (5). Ces Ours, envoyés à sir Peter Schousboe, ont été étudiés par M. Crowther, du 63' régiment de la reine. L'année suivante, le mammalogiste Schinz (6), sur les indica- tions fournies par M. Crowther, établissait pour ces Ours la nouvelle dénomination cVUrsus Crowtheri, qui a été adoptée par Pucheran en 1855 (7), et par Gray en 1864 (8). Enfin, d'après un savant auteur d'ouvrages mammalogiques sur l'Algérie, le capitaine Loche, l'Ours brun (Ursus arctos) existerait dans la chaîne atlantique du Maroc, d'où il descen- drait souvent dans nos possessions du nord de l'Afrique (9). Enfin ce même naturaliste affirme avoir vu à Marseille, voici sept à huit ans, un Ours brun (10), envoyé par l'empereur du Maroc. Comme on le voit, l'Ours existe donc dans le nord de l'Afrique. Si l'on pouvait avoir des doutes à cet égard, je pense les dissiper entièrement en reproduisant une lettre de notre ami Letourneux, conseiller à Alger. Sur une question aussi intéressante que celle de l'existence d'un animal nouveau dans nos possessions algériennes, je ne pouvais mieux faire que d'interroger M. Letourneux. Tous les (1) In: Ann. se. nnt., 2" série, Zool., t. VU, p. 216, 1837. (2) Chtéographie, ou Desc. iconogr. anim.vert. G. Ursus, p. 52, 1841. |3) Traité de paléontologie, oiiHist. anim. foss., t. I, p. 189, 1853. (4) In : Proceed. zool. Soc. Lomhn, p. 64 et 65, 1841. (5) Voyez également Wiegmann, ^rc/iré., .p. 27, 1842. (6) Veber seine Synops. Mamm., p. 302, 1842. (7) Esquisse sur In mammalogie du contin. africain, in : Rev. et mag. zool,, p. 499, 1855. (8) Helarctos? Crowtheri, Gray, Revis, gênera and species of Ursine, elc., in : Pt'O- ceed. zool. Soc. London, p. 698, 1864. (9) Catalogue des Mamm. et Ois. de l'Algérie, p. 30, 1858. (10) //«/. nat. Mamm. et Ois. de l'Algérie, p. 52, 1867. /i6 BOVRGtllcniAT. savants connaissent ce conseiller, non-seulement comme la per- sonne la plus obligeante, mais encore comme l'homme le plus modeste et en même temps le plus instruit de l'Algérie. Il n'existe pas un point du Tell ou du Sahara qu'il n'ait parcouru, il ne se trouve pas un fait relatif à l'histoire naturelle de n<.)tre colonie qu'il ne connaisse ou qu'il n'ait étudié. J'ai donc consulté mon ami M. Letourneux. « Pendant que j'étais procureur impérial à Bone (1), j'ai appris des Arabes de l'Édough qu'autrefois, d'après le dire des anciens, il y avait une grande quantité d'Ours dans la contrée, et que ces animaux dévastaient surtout les vignes des vergers exposés au midi de l'Édough. » Une autre fois, pendant que j'explorai le Djebel-Bou-Abed, entre la Cheffia et la plaine de la Seybouse, les Arabes d'un douar des Ouled-sidi-Bekri m'ont tous affirmé que l'Ours exis- tait encore voici une cinquantaine d'années dans leurs mon- tagnes. Un Arabe m'a même raconté qu'un des derniers Ours du pays avait été tué par son père. D'après ces habitants, cet Ours, petit, trapu, brun, avec une tache blanche sous la gorge, était très-friand de miel, aimait beaucoup les fruits et se dres- sait sur ses pattes de derrière pour combattre (2). » Le caïd Bou-Roubi des Zardeza, dont le territoire s'étend presque jusqu'au Thaya, m'a affirmé souvent qu'il avait vu les traces et qu'il avait entendu les cris de l'Ours dans les Djebels Gherar et Debhar. » D'un autre côté, le cheikh Si Mokhtar des Beni-Addi, qui habite actuellement près d'Héliopolis, le même que vous avez rencontré à votre passage à Guelma, enfui le père de celui qui vous a conduit et guidé dans vos explorations de Roknia et du Thaya, m'a assuré également qu'il avait vu plusieurs fois l'Ours et qu'il l'avait poursuivi le soir dans la montagne môme du Thaya. » Voilà, je pense, des affirmations qui, sans nul doute, doivent reposer sur un fond de vérité. (1) Je dois dire que Tauteur de cette lettre parle l'arabe aussi bien que le français. (2) 11 est étonnant comme ces caractères se rapportent avec ceux que nous avons, M. Lartet etmoi^ constatés à V Ursus Faid/ierbianus, NOTE SUR UN URSUS NOUVEAU. (il En rassemblant ces documents, certains faits qui, au Thaya, avaient glissé inaperçus, parce que, clans le moment, je n'en soupçonnais pas l'importance, se sont de nouveau représentés à mon esprit. Ces faits peuvent être une preuve de plus à ajouter à celles de l'existence de l'Ours en Algérie. Je me rappelle parfaitement, lorsque j'accomplissais l'ef- froyable descente de la grande caverne du Thaya, en compagnie de quelques soldats de la garnison de Guelma, du cheikh Si Mokhtar, le fils de celui dont le nom vient d'être cité, du cheikh Khtar et d'une dizaine d'Arabes de leur suite, je me rappelle donc qu'à peu près à moitié de la descente, je vis les Arabes s'accroupir subitement et examiner les rochers avec attention. 11 se passait évidemment quelque chose d'insolite. Je regardai : entre les roches se trouvait, en cet endroit, une terre humide, noirâtre, vrai humus boueux. Dans cet humus, je vis de larges empreintes de pas, mais des empreintes si nettes, si délicates, si je puis mexprimer ainsi, qu'elles ne devaient pas avoir plus d'une heure ou deux de date. • Je vois encore cette boue, repoussée par la pression du pied, former tout autour un bourrelet si tranché, si frais, qu'à son arête la boue presque liquide ne s'était pas encore affaissée sur elle-même et que la gouttelette d'eau suspendue aux angles saillants, comme la rosée à l'extrémité d'une feuille, n'avait pas encore eu le temps de s'écouler. La marche de l'homme ou de l'animal avait dû être gauche et pesante, car les pas avaient produit une profonde empreinte, et la terre, fortement comprimée, avait été comme fouettée de tous côtés. Grand émoi parmi les Arabes. A leurs paroles rapides et bruyantes, je vis que le cas était grave. Les uns prononçaient avec vivacité le mot « Deb, Deb » , que j'ai su plus tard signifier Ours, mot qui, pour le moment, vu mon ignorance, n'avait aucune signification. D'autres exprimaient, au contraire, l'avis que des maraudeurs arabes, connaissant notre intention de visiter la caverne, avaient dû nous précéder pour nous voler et ensuite pour nous massacrer. Comme cet avis avait été émis par le cheikh Khtar qui, entre parenthèses, ne m'a pas paru un kS BOUItCiUIGNAT. héros de bravoure, je vis les Arabes, d'abord indécis, puis effrayés, sur le point d'exécuter un sauve-qui-peut général. Il ne fallut rien moins que la présence de mes soldats et mon rire d'incrédulité pour les rappeler à la dignité d'eux-mêmes. Et le fait est que nous descendîmes toujours et que nous ne rencon- trâmes âmes qui vivent, si ce n'est quelques cadavres, c'est-à- dire les ossements d'une chèvre et de deux ou trois moutons. Mais la présence de ces animaux pouvait facilement s'expliquer par une chute. Cette caverne n'est pas une caverne comme toutes les autres, avec des salles, des galeries de plain-pied ou des couloirs plus ou moins larges; mais cette caverne est un p^récipice, ou, pour mieux dire, une salle-précipice de 120 pieds de large en moyenne avec une voûte de 70-80 à 100 pieds d'élévation, qui va en s'enfoncant dans les entrailles de la montagne en suivant la direction des couches. Cette salle, qui s'incline peut-être à plus de 1200 à lî^OO pieds de profondeur, doit plonger, selon toute probabilité, jusqu'aux eaux de cette magnifique source qui, à plus d'une lieue de là, s'élance de la montagne pour entretenir de fraîcheur et de verdure de si nombreux jardins. J'ai constaté, du reste, que parmi ces Arabes, même parmi ceux qui se vantaient le plus haut, que pas un seul, à l'exception du cheikh Si Mokhlar peut-être et encore, ne connaissait cette caverne; que pas un seul n'en avait jamais vu le moindre détail ou exploré la plus petite galerie. Si cette caverne a jamais été visitée, elle ne l'a été que par des Français, et, parmi les Français qui ont osé descendre, je ne connais guère que le minéralogiste Fournel, les ingénieurs Dubocq et Dombrowsky, un inspecteur des contributions dont j'ai oublié le nom ; enfin, tout dernièrement, M. de Rouvière, officier d'ordonnance de M. le général Faidherbe. Notre ami, le conseiller Letourneux, a essayé d'y pénétrer. Dieu sait s'il est intrépide ! pourtant il s'est arrêté à moitié de la première des- cente. Ce ne pouvaient donc pas être des pas de maraudeurs arabes que j'avais vus. Que pouvaient être ces empreintes? NOTE SUR UN URSUS NOUVEAU. 49 Ce n'étaient pas les empreintes du lion ou de la panthère, leurs pas sont trop reconnaissables pour qu'on puisse s'y trom- per; ils ne s'abritent, du reste, jamais dans les cavernes. Ce n'étaient pas non plus ceux de l'hyène. L'hyène se cache dans des trous, se glisse dans des fissures; elle ne choisit jamais pour sa retraite de vastes salles aux profondeurs inconnues. Elle n'aurait, surtout, pas préféré celle-ci, quand de tous côtés dans le Thaya, qui est troué comme une ruche à miel, il y a une si grande quantité de petites retraites. De plus, les cadavres ren- contrés dans la descente, bien qu'ils eussent été dévorés, ce qui était évident par le mode de dispersion des os, ne l'avaient pas été par des hyènes ; les hyènes broient les os ! or, les ossements étaient intacts. Ces pas ne pouvaient donc être que les pas d'un seul animal, de l'Ours, du Deb de mes Arabes. Maintenant, plus j'y réfléchis, plus je considère que j'ai peut- être vu, sans m'en douter, les traces d'un des derniers repré- sentants de cet Ursus Faidherbianus, dont je viens de décrire sommairement une mâchoire fossile, un des derniers représen- tants d'une race qui s'éteint comme la race des Aurochs est en train de s'éteindre actuellement en Lithuanie. L'Ours est un animal nocturne, il aime les grandes cavernes, les profondes salles ; il est frugivore, et carnassier lorsque la faim lui ronge les entrailles. Alors seulement il dévore le cadavre d'un animal, mais toujours sans toucher aux os. Or, les os n'étaient pas rongés. L'empreinte de son pied imite assez bien celui d'un homme; or, les traces si fraîches que j'avais vues ressemblaient assez à celles que laissent les Arabes lorsqu'ils portent leurs sandales. Je le répète donc, ces traces devaient être des traces d'Ours. Et, qu'y aurait-il d'étonnant à ce qu'un dernier représentant de VlJrsus Faidherbianus existât encore au Thaya. Je ne doute plus maintenant que le récit si précis que fit le cheikh Si Mokhtar des Beni-Addi à notre ami le conseiller Letourneux ne soit, un de ces jours, confirmé par de nouveaux témoignages. 5« série. Zoou. T. VHI. (Caliier n» 1) * 4 50 BooRGuiewAT. §3. J'ai, tout à l'heure, avancé l'opinion que, parmi les personnes qui avaient signalé l'Ours en Algérie, les unes avaient dû avoir en vue YUrsus Faidherbianus, les autres des espèces différentes. Les citations doivent, en effet, se rapporter à trois Ours dis tincts : 1°  un Ursus fossile encore innommé ; 2" A r Ursus Crowlheri ; 3" A X Ursus Faidherbianus. «Le crâne d'Ours, dit M. Milne Edwards (1), trouvé dans une brèche ossifère entre Oran el Mers-el-Kebir, se compose de la partie supérieure de l'occipital, des deux pariétaux et d'une portion des frontaux. Il appartient évidemment à un jeune indi- vidu, car toutes les sutures sont parfaitement distinctes, et les os sont même séparés entre eux par une ligne de ciment rouge; néanmoins, ses dimensions sont très-considérables, car les pa- riétaux ont environ 80 millimètres de long sur plus de 70 nnlli- mètres de large, ce qui suppose un individu de grande taille. On ne peut donc le rapprocher de \ Ursus priscus de Cuvier, et l'on serait porté à le considérer comme appartenant à l'une des grandes espèces nommées par ce naturaliste Ursus spelœus, Ursus arctoidevs; mais, en comparant notre fossile avec les crânes de ces deux espèces, j'ai été frappé d'une différence remarquable : les pariétaux, au lieu d'être très-déclives latéra- lement, se portent d'abord en dehors presque horizontalement et forment une large voûte surbaissée. Cette disposition, qui donne au crâne une grande largeur et suppose des fosses tem- porales moins vastes que chez les autres Ours fossiles, se rap- proche, il est vrai, de celle que tous les animaux présentent dans le jeune âge, mais est portée à un plus haut degré que chez aucun individu, même beaucoup plus petit, que j'ai eu l'occa- sion d'observer, et elle donne à notre crâne d'Oran beaucoup trop de ressemblance avec celui de XOurs à longues lèvres, actuellement vivant, qu'avec aucune autre espèce. Je suis donc (1) Voyez les Arin. des se. nat., 2« série, t. VU, p. 216, 1837. Note sur un ursus nouveau. 51 porté à croire qu'elle a dû appartenir à une nouvelle espèce fossile, etc. » Comme on le voit, d'après ces caractères, le crâne appartient à une espèce qui ne peut être assimilée à aucune de celles con- nues vivantes et fossiles. Je crois qu'il faut rapporter à X Ursus Crowtheri de Schinz les Ours des montagnes du Maroc que le capitaine Loche a dési- gnés sous le nom (ï Ursus arctos. Cet Ours, qui paraît une variété un peu plus petite de Y Ursus pyrenaicus de Fr. Cuvier, connu également sous la dénomina- tion d'Ours des Asturies, semble être une forme spéciale parti- culière à l'Atlas du Maroc. Voici ce qu'en dit Blyth (1 ) : « Upon questioning M. Crowther respecting the Bear of » mount Atlas, which bas been suspected to be the syriacus, he » kne wit well, and it proves to be a very différent animal. An » adult female was inferior in size to be American blackBear, but » more robustly formed, the face much shorter and broader, » though the muzzlewas pointed, and both its toes and claws » were remarkably short (for a Bear), the latter being also par- )) ticularly stout. Hair black, or rather of a brownish black, and » shaggy, about four or five inches long ; but, on the under parts, » of an orange rufous coloui; the muzzle black. It is considered » a rare species in that part, and feeds on roots, acorns and » fruits. Does not climb with facility; and is stated so be very » différent looking from any other Bear. » Maintenant, quant h ces Ours constatés par Poiret à laMazoule, par les Arabes à l'Édough, aux Zardeza et ailleurs, ils doivent] selon toute probabilité, appartenir à cette nouvelle espèce que je viens d'appeler Ursus Faidherbianus. Il y aurait donc, dans le nord de l'Afrique, VUrsus Crowtheri à l'occident, le Faidherbianus à l'orient, enfin dans les brèches ossifères d'Oran un Ursus fossile encore inconnu. (1) lu : Proceed Zool. Soc, p. 65, iStil. NOTICE SUR UNE STATION DE L'AGE DU RENNE RÉCEMMENT DÉCOUVERTE A SCHUSSENRIED (WURTEMBERG) Par II. O. FKAAS (1). En 1866, un meunier de Schussenried (Wurtemberg) fut obligé de faire creuser un canal très-long et très-profond pour ramener dans son bief des eaux qui en avaient été détournées par le dessèchement d'un marécage voisin. Ces travaux consi- dérables amenèrent la découverte d'une grande quantité de débris d'ossements et de bois de Rennes, ainsi que d'objets tra- vaillés en pierre et en os. M. le docteur Fraas fit exécuter sous ses yeux des fouilles importantes pour exploiter à fond ce gise- ment, et les surveilla lui-même avec le plus grand soin ; il en a exposé les résultats dans un mémoire très-intéressant et fort détaillé. La coupe du terrain dans lequel a été creusé le canal présente, en allant de bas en haut, un lit de gravier erratique, un banc de tuf renfermant des coquilles terrestres et tluviatiles d'espèces identiques avec celles qui vivent aujourd'hui dans le pays, puis une couche épaisse de tourbe formant le sol actuel. Les ossements et les objets travaillés se trouvent dans une sorte de grande excavation ou de poche creusée dans le gravier et remplie de mousse et de sable. La mousse qui forme une couche épaisse entre le gravier et le tuf est dans un état de conserva- tion si parfait que les espèces ont pu être exactement détermi- nées par M. Schimper; ce sont : Hypnum sarmentosum Wahl., Hypnum aduncum var. Groenkmdicuni Hedw. et Hypnum flui- tans var. tenuissimum. Ces mousses vivent maintenant, ou bien (I) Cet extrait) dû à un paléontologiste éininent de Genève, est tiré de la Hihlio- Il l'-qvo imiverseUe et Revue xuisse, n" 1 13. mai 1867. SUR UNE STATION DE LAGE DU RENNE. 53 à une très-haute latitude, ou bien à une grande élévation au- dessous du niveau de la mer, ordinairement près des neiges ou de l'eau glacée qui en découle; elles accusent une flore très- septentrionale, 70" de latitude environ, ou, pour VHypnum sarmentosum en particulier, !a limite des neiges éternelles. Le gravier inférieur est évidemment erratique ; la plaine maréca- geuse que traverse le canal s'appuie contre une colline composée également de gravier qui n'est qu'une ancienne moraj^ie. Or, d'après M. Desor, on trouve dans le voisinage des glaciers des excavations en entonnoir dans le genre de celle qui renferme les ossements et les autres objets, et qui est considérée par M. Fraas comme ayant servi de dépôt d'immondices à une peu- plade de l'époque du Renne qui avait ses habitations tout auprès. Tous les ossements qui se trouvent dans la mousse, toujours humectée par de nombreuses sources, sont parfaitement con- servés; tous ceux qui en sortaient et pénétraient dans le gravier sont entièrement décomposés. Les fouilles opérées dans l'ex- cavation ont amené la découverte d'une quantité prodigieuse d'ossements et de bois de Renne ; les os sont tous brisés, ils ont été fendus pour en extraire la moelle; les bois en très-grand nombre, les uns entiers, ayant appartenu à de jeunes animaux, les autres employés à divers usages et. jetés là comme hors de service. Chose singulière, les dents sont soigneusement extraites des alvéoles; elles servaient à quelque usage incoiinu. Sauf quelques débris d'une espèce de Bœuf, on n'a pas trouvé d'os ayant appartenu à d'autres Ruminants, mais des restes de Cheval. On a pu constater la présence du Glouton, d'un Ours autre que l'Ours des cavernes et rappelant l'Ours arctique, du Loup, du Renard polaire, du Cygne, et l'absence complète du Chien. La faune, comme la flore, témoigne d'un climat septen- trional ; elle ne se compose que d'animaux ne craignant pas le froid et ne présente aucune trace de mélange, observé ailleurs, d'animaux du Nord avec d'autres provenant de régions tempé- rées ou méridionales. Quant aux débris de l'industrie humaine, ils consistent principalement en silex taillés (600 pièces), pointes de lances, pointes de flèches, etc. (pas de haches, quelijues nu- ^h O. FRAAS. cléus), et en objets de bois de Renne et d'os, aiguilles, hame- çons, etc. Les silex sont de provenance étrangère, il ne s'en trouve pas dans le pays. En outre, des cailloux roulés ont évi- demment servi de marteaux, etc. Des pierres plates, portant les traces du feu, des charbons, attestent également la présence de l'homme. Aucune trace de poterie quelconque, ni d'ossements humains. Du reste, rien de bon, rien d'entier ne s'est trouvé dans cène fosse; on n'y jetait évidemment que ce qui ne valait plus rien. La faune et la flore ont, comme on l'a vu, un caractère par- ticulièrement boréal, beaucoup plus que celles des stations de l'âge du Renne du Languedoc par exemple. C'est là un fait remarquable qui donne une réelle importance à la découverte de M. Fraas. Faut-il en conclure que la station de Schussenried appartient à une époque plus ancienne? C'est là un fait pro- bable, mais dont la constatation demande de nouvelles décou- vertes. Il importe de remarquer l'état d'infériorité apparent de la civilisation de cette peuplade, qui ne connaissait pas l'art du potier et n'ornait ses ustensiles d'aucune sculpture. Évidemment la station de Schussenried est postérieure à l'époque glaciaire proprement dite, c'est-à-dire au temps où le glacier du Rhin formait des moraines et accumulait des graviers; mais on peut conclure de la présence des mousses boréales et du caractère de la faune, qu'il n'y avait peut-être pas bien longtemps que le pays était débarrassé des glaces loi'sque la peuplade dont on retrouve les traces vint s'y établir. Il est bien probable que de nouvelles recherches sur d'autres points amèneront la décou verte de nouvelles stations et de nouveaux points de comparai- son, qui permettront de fixer d'une manière plus précise l'âge de la station de Schussenried, et de compléter les documents qu'elle a fournis jusqu'ici. CONTRIBUTION A L'ETUDE DE L ORGANISATION DU PIED CHEZ LE CHEVAL. Par 11. S. ARL.Oi:V<.i, Chef des travaux anatomiques à l'École vétérinaire de Lyon. Les premiers naturalistes ont été frappés des analogies (jui existent dans l'organisation des animaux supérieurs. Mais ces analogies se trouvent associées à un assez grand nombre de différences apparentes qui peuvent faire naître des doutes sur l'unité de composition des êtres mammifères. Ainsi, pour ne par- ler que du membre tboracique de ces derniers, est-ce qu'un observateur superficiel ne sera pas profondément frappé par la diversité de ses formes? Pourtant, ces formes si variées, toutes en harmonie avec la destination physiologique du membre, n'impliquent pas dans l'organisation profonde de celui-ci de dif- férences notables. En d'auties termes, le membre antérieur ou supérieur des animaux mammifères est constitué sur le môme plan, et le pied du Cheval, qui paraît ne renfermer qu'un seul doigt, peut être aisément rapproché des divers types polydactyles. Et même, ainsi qu'il résulte du savant travail de MM. Joly et Lavocat, publié en 1853, le Cheval peut être rapproché du type polydactyle le plus parfait, la main de l'Homme. Rappelons brièvement les idées renfermées dans ce travail. Pour MM. Joly et Lavocat, qui considèrent le carpe comme la base de la main humaine, il y aurait dans cette région dix os, cinq à chaque rangée, c'est-a-dire qu'il existerait un rapport numérique exact entre les os du carpe et le nombre des doigts. Cela s'étendrait à tous les animaux. Pour arriver à cette conclu- sion, ils se sont appuyés sur l'observation de la série des êtres mammifères et sur des faits tératologiques. Si ce même chiifre n'existe pas toujours dans tous les ani- 56 ARLOING. maux, c'est que quelques-uns des os du carpe se sont soudés entre eux pour donner au membre plus de solidité aux dépens de la souplesse. Tout le monde n'a pas admis cette opinion. Ainsi, M. Gou- baux, dans un Mémoire lu à la Société centrale de médecine vétérinaire, a dit : que le nombre des os du carpe n'est pas le même chez tous les animaux domestiques; que, dans le Cheval, ces os sont au nombre de sept, quatre pour la rangée supé- rieure et trois pour la rangée inférieure. « En effet, dit-il, tous les os du carpe se développent par un seul noyau d'ossification ; à aucune époque de la vie fœtale, je n'ai jamais vu deux noyaux dans la même couche cartilagineuse qui devaient, sous Tinfluence du travail de l'ossification, devenir plus tard des os carpiens. » Nous ne chercherons pas si, dans le carpe du Cheval, on doit compter dix os comme dans l'archétype de MM. Joly et Lavocat; nous voulons voir seulement si certains faits ne peuvent pas nous conduire à considérer le carpe du Cheval comme tout à fait identique avec celui de l'Homme. Jusque dans le milieu du siècle dernier le Cheval a été consi- déré comme un animal monodactyle. Dans l'antiquité, on avait bien observé des cas de polydactylie, mais à cette époque on ne pouvait donner à ces faits leur véri- table signification. Ainsi, d'après Valère-Maxime, le Cheval d'Alexandre le Grand, Encéphale, était polydactyle. Aldrovande parle d'an Cheval à huit pieds, chez lequel le doigt antérieur est bien développé. Plus près de nous (1753), Buffon et Daubenton tendaient à regarder le Cheval comme un animal polydactyle. Pour Dauben- ton, s'il n'existe pas huit os dans le carpe du Cheval, c'est que le trapézoïde est soudé avec le grand os. Le métacarpien principal représenterait les trois métacarpiens médians de l'Homme, et les os latéraux du Cheval seraient les métacarpiens du premier et du cinquième doigt. Mais lorsque cet habile naturaliste arrive à la région digitée, il dévie de la route qu'il avait suivie jusque- là, et il ne voit plus chez le Cheval qu'un doigt unique. Dans le commencement de ce siècle, Etienne Geoffroy Saint- ORGANISATION UU PIED DU CHEVAL. 57 Hilaire a observé deux cas de polydactylie, l'un à Lyon, l'autre à Alfort. Ces monstruosités ont été interprétées savamment par l'auteur de la Philosophie analomique. Enfin, MM. Joly et Lavocat, dans leur travail publié en 1S53, considèrent, au fond, le Cheval comme un animal pentadac- tyle. Us ne sont pas d'accord avec Daubenton sur la signification à donner à chaque pièce du métacarpe. Pour eux, le métacar- pien principal représenterait le deuxième et le troisième os du métacarpe, c'est-à-dire ceux de l'annulaire et du médius. S'ils sont confondus en une seule colonne, c'est afin de constituer un pilier assez puissant pour résister au poids du corps, à l'éner- gie et à la rapidité des allures. L'extrémité supérieure de ce métacarpien médian offre la même disposition et affecte les mêmes rapports que l'extrémité correspondante des premier et troisième métacarpiens du Chien, du Porc et du Bœuf. Le contour antérieur de la portion osseuse qui représente le troisième métacarpien porte une surface rugueuse qui sert d'insertion à l'extenseur antérieur du métacarpe, exactement comme sur le troisième métacarpien du Porc et des Ruminants. La surface articulaire phalangienne est doublement condy- loïde, comme l'extrémité inférieure de tout métacarpien chez les Quadrupèdes dont la main sert principalement à l'appui. « Les équivalents du deuxième et du troisième doigt dans le Cheval ne sont pas démontrés seulement par l'examen de la pièce principale du métacarpe ; on les reconnaît encore et sur- tout dans la troisième phalange. » En effet, cette phalange du Cheval est demi-circulaire, comme les deux phalanges du Bœuf rapprochées l'une de l'autre, et, par suite, il y a une grande ressemblance de forme entre la moitié de la phalangette du Cheval, et une phalangette de Bœuf tout entière. » En outre, le bord inférieur de l'os présente, dans le plan médian, une échancrure qui n'est certainement pas, comme on l'a dit, un résultat de la ferrure, mais bien un indice de la divi- sion de cet os en deux phalanges. Plus ou moins marquée selon 58 ABLOIN«. les sujets, cette échancrure n'est pas apparente, il est vrai, dans la jeunesse, mais elle se prononce avec l'âge. » Un ordre de preuves, sans doute plus significatif que la con- figuration extérieure, nous est encore fourni par la disposition intérieure de l'appareil vasculaire si richement déployé dans la phalange unguéale des Mammifères à sabot. » Chez le Bœuf, comme chez le Porc, chacune des deux pha- langettes reçoit deux branches artérielles, l'une externe et l'autre interne. Ces deux divisions convergentes se rencontrent et s'anastomosent dans un sinus iriterosseux. Elles fournissent avant et après leur réunion des rameaux intérieurs pour la substance de l'os, et des divisions extérieui'es, plus fortes, qui suivent des canaux divergents et arrivent ainsi à la périphérie de la pha- lange pour se distribuer à la membrane tégumentaire modifiée pour la sécrétion de l'ongle. )) Il en est de même dans chacune des deux moitiés de la troi- sième phalange du Cheval. Déplus, les deux systèmes latéraux sont réunis dans le plan médian, au moyeu d'une branche qu'ils s'envoient mutuellement et qui forme, dans le sinus interosseux, une véritable arcade anastomotique par inosculation. » Sans qu'il soit nécessaire aussi d'examiner le système vei- neux et la disposition des nerfs (jui, du reste, nous donneraient des conclusions analogues, il est fiicile de reconnaître que la troisième phalange du Cheval équivaut à deux troisièmes pha- langes confondues en une seule par rapprochement latéral, puisque la même loi qui a réuni les éléments osseux a établi une libre communication entre les appareils vasculaires compris dans chacun d'eux. » Cette opinion leur a paru confirmée par l'examen anatomique de la région digitée d'une Mule fissipèdequi naquit à l'École de Toulouse en janvier 1855. « Le premier et le quatrième doigt sont évidemment repré- sentés par les stylets métacarpiens. Reste le cinquième ou le pouce. Comme nous l'avons établi, c'est celui qui se modifie le plus dans les Quadrupèdes, en raison de son peu d'importance. » Dans les Chevaux proprement dits, le pouce est représenté à ORGANISATION DU PIED DU CHEVAL. 59 la surface de la peau par une plaque de corne, la châtaigne, dont le niveau peut être élevé ou abaissé sans que sa significa- tion soit changée. Enfin l'ergot, unique en apparence, en vaut deux ; il est ana- logue aux ergots des Ruminants et représente l'extrémité infé- rieure des premier et quatrième doigts. Au reste, l'ergot du Cheval repose sur un petit coussin fibro -graisseux analogue au coussinet plantaire. En outre, il est fixé sur une lame fibreuse qui, de chaque côté, se relie par une bandelette à l'extrémité inférieure des métacarpiens ludimentaires. De chaque côté aussi, la lame qui supporte l'ergot descend sous forme d'une bride fibreuse qui va se réunir à l'enveloppe du grand coussinet plantaire, et se fixer à la partie postérieure de la troisième pha- lansfe du deuxième et du troisième doiu:t réunis. Telle e.st, rapidement exposée, la manière de voir de MM. Joly et Lavocat. Elle a ti'ouvé des contradictieurs. (>itons les pa- roles suivantes de M. le professeur d'anatomie de l'École d'Alfort. «Le Cheval peut-il être ramené au type pentadactyle? Ce n'est pas du tout par la théorie de MM. Joly et Lavocat, mais bien par les faits anatomiques eux-mêmes. » Suivant MM. Joly et Lavocat, le métacarpien principal est formé par deux moitiés latérales comme dans les Ruminants, et résulte, par conséquent, de la fusion de deux doigts, en sorte que le métacarpien ludimentaire externe correspond à l'auricu- laire, la moitié externe du métacarpien principal correspond à l'annulaire, la moitié interne du métacarpien principal corres- pond au médius, le péroné ou le métacarpien rudimentaire interne correspond à l'index; enfin la châtaigne, qui, suivant MM. Joly et Lavocat, est dans la région carpienne, correspond au pouce. » D'abord il n'est pas exact de dire que le métacarpien prin- cipal se développe par deux moitiés latérales, les faits anato- miques prouvent le contraire ; c'est un os simple et non pas un os double, comme celui du Bœuf, du Mouton et de la Chèvre. Ensuite la châtaigne n'est pas dans la région carpienne, elle est 60 ARLOIKG. dans la région de l'avant-bras. On ne peut donc pas trouver dans la châtaigne le rudiment d'un doigt.» M. Goubaux a vu un petit os pisiforme articulé par conti- guïté avec le contour postérieur du troisième os de la rangée inférieure du carpe. Il a rencontré ensuite sur chacun des carpes d'un Cheval deux os supplémentaires; l'un du côté interne, l'autre du côté externe. « Il n'est pas douteux, dit-il, que ces os représentent des doigts : leur position, leur comparaison avec le pouce rudimen- taire du Cochon, tout en un mot concourt aie prouver. » Or, comme il est assez rare de rencontrer le petit os situé du côté interne, et bien plus rare encore de rencontrer celui du côté externe, ce n'est donc que dans des cas tout à fait exceptionnels que le Cheval et l'Ane peuvent être ramenés au type pentadac- tyle, et ce sont ces deux animaux, parmi les domestiques, qui s'en éloignent peut-être le plus. Ce n'est donc que par une sorte d'oscillation qu'ils tendent à revenir au type le plus per- fectionné. » Il n'est pas sans intérêt d'ajouter encore, pour justifier ma manière de voir qui repose seulement sur les faits, que les os du carpe présentent absolument la même forme lorsque les os existent ou lorsqu'ils n'existent pas, et qu'ils sont toujours articulés par contiguïté les uns avec les autres. On ne peut donc pas admettre qu'ils soient des noyaux détachés des os qui les supportent. » Ce qui précède nous donne l'état de la science sur la question que nous étudions. Nous y voyons que les points contestés sont : 1° la présence de dix os dans le carpe ; 2" la duplicité du méta- carpien et du doigt médians ; 3° la signification accordée à la châtaigne et à l'ergot. Quelques-unes de ces dissidences d'opinion seront peut-être atténuées par l'examen minutieux des deux pièces tératologiques dont nous allons donner la description. Sans doute, nous ne prétendons pas nous poser comme arbitre entre les savants anatomistes qui se sont occupés de cette question, et pour lesquels nous professons le plus grand ORGANISATION DU PIED DU CHEVAL. 61 respect; nous désirons simplement apporter sur ces points encore litigieux les faibles lumières dont nous pouvons disposer, et que nous avons acquises par l'impartiale interprétation des faits que nous possédons. Nous allons faire aussi rapidement que possible la description de nos deux pièces tératologiques (1). PREMIÈRE PIÈCE. DOIGT SURNUMÉRAIRE CHEZ LE CHEVAL. Il s'agit du membre antérieur droit d'un Cheval adulte qui portait, en dedans du boulet, un véritable doigt enveloppé par un sabot, se distinguant du doigt principal par son plus faible volume. Nous allons procéder à la description des parties intéressantes de ce membre en allant des régions profondes à la superficie. APPAREIL OSSEUX. Humérus. — Radius. — Rien de particulier à signaler. Cubitus. — Il est un peu plus développé que dans les cas ordi- naires. Son extrémité inférieure a été légèrement brisée; mais, en rétablissant par la pensée la partie absente, on juge qu'elle devait descendre au-dessous du quart inférieur du radius. La partie de la tubérosité externe et inférieure de ce dernier, qu'on regarde généralement comme une dépendance du cubitus, pré- sente un volume relativement plus considérable que chez les sujets normalement conformés. Carpe. — Cette région se compose de huit os : quatre à la rangée supérieure et quatreà la rangée inférieure. Pour la ran- gée supérieure, nous ferons remarquer l'énorme développement du quatrième os (scaphoïde de l'Homme). (Voy. pi. 1, fig. 1 et 2 6.) La rangée inférieure mérite de nous arrêter davantage. Le (1) Nous devons ces deux pièces à l'extrême obligeance de M. Chauveau, qui a bien voulu, dans l'orrasiou, nous aider de ses conseils. 62 «RLOING. premier os (os crochu) répond, par en haut, au deuxième et au troisième os de la rangée supérieure ; par en bas, au métacarpien principal et au métacarpien rudimentaire externe. Le deuxième (grand os) s'articule, en haut, avec le troisième et le quatrième os de la rangée supérieure et par en bas avec le métacarpien princi- pal. Le troisième (trapézoïde) est peu volumineux, à peu près cubique (l); il répond, en haut, au scaphoïde, en bas, à une portion de l'extrémité supérieure du métacarpien interne. Enfin, le quatrième représente bien le trapèze de l'Homme {"2); il est plus développé que le précédent et il offre un prolongement qui descend le long delà l'ace postérieure du métacarpien rudimen- taire interne (3). Cet os trapézoïde répond par une surface arti- culaire au scaphoïde ; en bas, au métacarpien sus-nommé. Nous regardons son prolongement inférieur comme un métacarpien rudimentaire; il représente un deuxième métacarpien rudimen- taire interne dont il sera question plus bas. Méiacarpe. — Notre pièce présente quatre os métacarpiens : un principal et trois rudimentaires. Le métacarpien principal ou médian offre les particularités suivantes : r le bord interne est épais, déprimé, c'est-à-dire que cette partie est convertie en une surface articulaire vaste qui répond au premier métacarpien interne ; "T la face antérieure porte encore vers le milieu de sa hauteur, et près du bord interne, une éminence allongée de haut en bas. convexe, lisse, qui se confond insensiblement avec le reste de l'os. Le métacarpien rudimentaire externe ne présente rien de bien saillant à signaler ; peut-être est-il un peu plus développé que d'ordinaire. Quant au premier métacarpien rudimentaire interne, c'est un os volumineux, complet, à peu près aussi long que le métacar- pien médian {h). Sa partie moyenne, prismatique, est soudée, par sa tace externe, avec l'os principal ; dans le tiers supérieur, (1) Voy. pi. 1, fis. 1 c. (2) Fig. 1 et 2 /. (3) Fig. 2 n. \ (4) PI. 1, fig. 1,2, 3 r. \, . J ORGANISATION DU PIED DU CHEVAL. 6,S Tadhérence n'est que médiate; elle est établie en ce point par des fibres ligamenteuses très-courtes. Son extrémité supérieure, très- développée, répond au trapèze et au trapézoïde. Son extrémité inférieure est détachée de l'os médian ; elle se termine par une surface articulaire diarthrodiale, composée d'une gorge comprise entre deux éminences convexes, allongées d'avant en arrière. Le deuxième métacarpien rudimentaire interne est formé par un prolongement pyramidal de l'os trapèze. Ce prolongement (I ) est séparé du reste de l'os par un rétrécissement manifeste, mais il n'a que o centimètres et demi de longueur ; il se ternune par une pointe mousse. Ce métacarpien est en rapport, en avant, avec la face interne de celui que nous venons d'étudier. Hégion digitée. — Elle est représentée par deux doigts com- plets, inégalement développés : l'un fait suite au métacarpien principal ; l'autre au premier métacarpien rudimentaire interne. Nous n'avons rien à dire sur le premier, formé par trois pha- langes normales. Le deuxième est peu volumineux, muni de son sabot; sa longueur totale n'excède pas 0", 15. La première pha- lange, la seule qui soil mise à découvert sur la prépai-ation, pré- sente à peu près les dimensions d'une première phalange de Boeuf; son extrémité s'unit par articulation diarthrodiale avec le premier métacarpien latéral interne. On trouve, en arrière de cette extrémité, deux petites masses cartilagineuses dans les- quelles soni très-probablement noyés des rudiments de sésa- moides. Son extrémité inférieure s'articule avec la deuxième phalange. Une partie de cette dernière est, avec la troisième, renfermée dans un sabot. (Voy. fîg. o.) MUSCLES. Région antibvachiale antérieure. Extenseur anlérieur du métacarpe. ( Radiaux externes. ) (Fig. '! E.) — Le tendon de ce muscle s'insère surtout sur la tubérosité antérieure de l'extrémité supérieuie du métacarpien (1) Fig. 2 u. 6h ARi.oiive. médian ; mais quelques-unes de ses fibres se fixent aussi sur la tête du premier métacarpien latéral interne. Extenseur oblique du métacarpe. [Long abducteur et court exten- seur dupouce.) — Rien à dire sur la partie charnue. Son tendon, confondu vers sa terminaison avec le ligament latéral interne du carpe, allait se fixer sur le prolongement inférieur du tra- pèze, c'est-à-dire sur le deuxième métacarpien latéral interne. (Fig. h t.) Extenseur antérieur des phalanges. [Extenseur commun des doigts.) — Son tendon s'unit par une lame fibreuse au ten- don du muscle extenseur latéral sur la face antérieure du méta- carpien médian (1). Arrivé vers le milieu de cet os, le tendon de l'extenseur antérieur se divise en deux branches formant entre elles un angle aigu (2), La plus petite branche [i) se dirige obli- quement en bas et en dedans, passe en avant de l'articulation du premier métacarpien interne avec la première phalange du doigt surnuméraire, et va se fixer sur la troisième phalange de celui-ci. Quant à la branche principale (a), elle descend directe- ment sur le dernier os du doigt médian. Kégion antibrachiale postérieure. Rien à dire sur les muscles fiéchisseurs du métacarpe. Fléchisseurs superficiel et profond des phalanges. — Lorsque les portions tendineuses de ces deux muscles arrivent vers le milieu de la région métacarpienne elles se bifurquent, et les branches de la bifurcation suivent une direction particulière : les plus grosses continuent le trajet du cordon unique ; les plus petites se dévient en dedans et vont se terminer sur la deuxième et la troisième phalange du doigt surnuméraire. Ces dernières glissent, pour atteindre le lieu de leur termi- naison, dans une gaine semblable à celle qui existe à la face postérieure du doigt médian . (Fig. 5, /"et /"'.) Le ligament suspenseur du boulet fournit une branche pour le doigt interne. (1) Fig. a, p. (2) Fig. li, B. ORGANISATION DU PIED DU CHEVAL. 05 VAISSEAUX. Artère radiale postérieure. [Radiale de l'Homme.) — Cette artère fournit près du carpe une branche fine, légèrement récurrente, qui se bifurque pour se rendre dans la peau qui sou- tient la châtaigne. (Fig. 5, a.) Une de ses branches terufiinales, la collatérale du canon (fig. 5 d), s'anastomose avec un rameau de la cubitale (c) pour former l'arcade palmaire superficielle. De cette dernière arcade descend le rameau cubito- radial, qui s'anastomose avec le tronc commun des interosseuses métacarpiennes (1), deuxième bran- che terminale de la radiale, pour former l'arcade palmaire pro- fonde. Collatérale du canon. — Vers le tiers inférieur de la région du métacarpe, elle gagne la face postérieure des tendons fléchis- seurs des phalanges, et, en se divisant sur la ligne médiane (e), elle fournit les deux collatérales des doigts. Collatérales des doigts. — Au niveau de l'articulation méta- carpo-phalangienne, la collatérale interne (h) fournit une bran- che qui se distribue au bord externe du doigt surnuméraire (h'). De la digitale externe se détachent deux branches : l'une au- dessous de l'extrémité inférieure du métacarpe, l'autre au niveau de l'articulation métacarpo-phalangienne. La première (n) (fig. 5) se dirige transversalement en dedans, en avant du ten- don fléchisseur profond, et vient ensuite se perdre le long du bord interne du doigt surnuméraire. La deuxième, très-grêle, se rend dans la peau qui soutient l'ergot. (Fig. 5, r.) Veines. — Les veines forment des réseaux très-riches à la surface des cartilages complémentaires du doigt surnuméraire. De ces réseaux partent des branches disposées comme dans le doigt principal ; elles viennent toutes se réunir aux veines qui s'élèvent de ce dernier. Il existe à la surface du coussinet plantaire du doigt médian (1) Fig. 5, t. 5« série. Zool. T. Vlll. (Cahior n» 2.) 1 66 ABLOIKG. des canaux veineux assez volumineux qui se portent transversa- lement d'un cartilage complémentaire à l'autre. (Fig.5, v.) APPAREIL NERVEUX. Cubito-piantaire ou médian. — Avant sa terminaison au-dessus du carpe, le tronc principal du nerf fournit un rameau bifide, récurrent, destiné à la châtaigne. Au milieu de la région métacarpienne, il se détache du nerf plantaire deux cordons; l'un se dirige en dedans, vers le doigt surnuméraire ; l'autre, en dehors, pour le renforcement du nerf plantaire externe (1). Enfin, en arrière du boulet, à sa bifurca- tion, il abandonne une branche qui va sur le bord interne du doigt anormalement développé. (Fig. 5, o.) Cubital et plantaire externe. — Le nerf plantaire externe four- nit à son origine un rameau qui se rend à la face postérieure du ligament suspenseur du boulet. Un peu plus bas, il laisse échap- per un fin ramuscule qui, après avoir marché parallèlement à lui (2), c'est-à-dire aux tendons fléchisseurs, vient se confondre avec le rameau de renforcement provenant du plantaire interne. A la hauteur du boulet, deux de ces branches se rendent dans la peau qui supporte l'ergot. Sabot du doigt surnuméraire. — La troisième phalange du second doigt est enfermée dans un sabot aplati de dessus en des- sous et allongé d'avant en arrière. Tant par sa forme que pai' ses dimensions, ce sabot se rapproche beaucoup de celui d'un Ane. Une bride fibreuse (3) réunit le coussinet plantaire de ce pied à celui du pied principal ; par conséquent, cette bride se trouve située dans une direction oblique de haut en bas et de dedans en dehors. Nous n'avons plus qu'un mot à dire sur deux productions épi- théliales situées à la surface de la peau. (1) Fig. 5, gl. (2) Fig. 5, b. (3) Fijf. 5, m. ORGANISATION UU PIED DU CHEVAL. 67 Châtaigne. — La châtaigne est située en face du tiers inférieur du radius ; la peau qui la soutient reçoit deux branches artérielles et trois rameaux nerveux. De cette châtaigne part une veinule qui se rend dans la sous- cutanée médiane de l'avant-bras. Ergot. — Il est représenté par une petite lamelle de tissu corné située en arrière de l'articulation métacarpo-phalangienne et légèrement en dehors de la ligne médiane. Ses dimensions sont très -réduites, bien que l'animal appartînt à une race com- mune. (Fig. 5, er.) La peau qui supporte cet ergot reçoit une artériole provenant de la digitale externe et deux rameaux qui émanent du nerf plantaire du même côté. (Fig. 5, r.) Cette description vient donc de nous montrer : un doigt sur- numéraire complètement développé, avec des vaisseaux, des nerfs et des tendons particuhers, placé à l'extrémité d'un méta- carpien latéral volumineux ; un carpe composé de huit os isolés, au lieu de sept, chiffre habituel chez le Cheval ; enfin un ergot très- réduit lequel ne reçoit que la moitié des vaisseaux qui, dans l'état normal, se rendent dans cette région. nEVXIÈHE PIÈCE. DIVISION DU DOIGT PRINCIPAL CHEZ LE CHEVAL. APPAREIL OSSEUX. Tous les rayons, jusqu'aux phalanges, ne présentent rien d'anormal; la bifidité ne porte que sur celles-ci. Notre pièce est un peu altérée par des végétations osseuses, mais elle permet néanmoins de saisir les particularités sui- vantes. Première phalange (1). — Dans ses deux tiers inférieurs, elle est divisée en deux portions divergentes. L'espace angulaire qui sépare ces dernières est beaucoup mieux marqué sur la face (1) PI. 2, %. 5. 68 ARLOIIVG. postérieure que sur la face antérieure de l'os. Cela tient à une subluxation de la première articulation interphalangienne ; aussi les secondes phalanges couvrent presque la moitié de la face antérieure des deux premières. Chacune de ces portions est légèrement déprimée d'un côté à l'autre; elle se rapproche beaucoup de la forme d'une première phalange de Bœuf. Deuxième phalange (pi. "2, fig. 7). — La division est com- plète; il existe donc deux secondes phalanges tout à fait indé- pendantes. Elles sont un peu plus courtes que chez les Chevaux bien conformés. L'extrémité articulaire inférieure est disposée comme dans le Bœuf; la supérieure est notablement déformée par des exostoses. Troisième phalange (1). — Division complète. Les deux der- nières phalanges sont les moins altérées. Toutes deux figurent très-bien la moitié d'une troisième phalange de Cheval, c'est- à-dire qu'elles sont un peu moins allongées que celle du Bœuf, De plus, la situation des scissures plantaires et préplantaires rappelle mieux la disposition de ces mêmes particularités chez le Cheval que chez le Bœuf. Deux grands sésamoïdes (2) soudés l'un à l'autre se trouvent en arrière de l'extrémité supérieure de la première phalange, et deux petits en arrière des troisièmes (fig. 8, B). 11 existait aussi deux appareils de ligaments sésamoïdiens inférieurs. Les tendons des muscles fléchisseurs des phalanges se divi- saient, au-dessus de la coulisse grande sésamoïdienne, en deux branches qui se comportaient comme chez le Bœuf. Il en était encore ainsi pour le tendon de l'extenseur antérieur des pha- langes. Les extrémités de tous ces tendons étaient très-difficiles à disséquer, à cause de la présence de nombreuses exostoses dans la région phalangienne. L'arlère digitale externe fournissait une branche qui se jetait entre les deux premières phalanges, dans un pertuis. (1) PI. 2, fio. 8 A. (2) PI. 2, Hg. 6. ORGANISATION DU PIED DU CHEVAL. 69 Les troisièmes phalanges avec leur grand sésamoïde étaient logées dans deux sabots. Chacun d'eux ressemble à la moitié d'un sabot de Cheval ; en effet, la sole (1 ) est légèrement concave et l'on aperçoit à sa surface une éminence pyramidale placée le long du bord interne, éminence qui n'est pas autre chose que la moitié de la fourchette. Une dépression de la face interne du sabot répond à cette saillie de la face externe. Le Cheval qui a fourni cette pièce a été suivi par M. Chau- veau pendant cinq ou six années consécutives. Il a été sacrifié pour cause de vieillesse. Toute sa vie, ce sujet a satisfait à la né- cessité des travaux agricoles. Sur son pied droit, on appliquait une ferrure semblable à celle dont on fait usage pour le Bœuf. Cette pièce nous montre la bifidité du doigt unique du Che- val. Cette bifidité de l'extrémité osseuse a entraîné la division des tendons fléchisseurs et de celui de l'extenseur antérieur des phalanges. Il est encore utile de noter l'existence d'une artère interdigitale fournie par la digitale externe. Cette pièce est extrêmement remarquable par la netteté et la profondeur de la division du doigt. Après cette description, commençons notre étude compa- rative. Pour la rendre plus facile, nous envisagerons la main de l'Homme dans l'état de pronation ; nous suivrons l'exemple de MM. Joly et Lavocat. Cette position la rapproche de celle du membre de presque tous les Mammifères. De cette façon, lorsque nous emploierons les mots externe, interne, premier, deuxième, etc., ces mots pourront s'appliquer à toutes les espèces sans que l'esprit éprouve aucun embarras. 11 est admis, en anatomie comparée, que le développement du cubitus est en rapport avec le nombre des doigts. Nous trou- vons sur notre première pièce une preuve en faveur de ce prin- cipe. Ici le membre du Cheval tend à se rapprocher de la main de l'Homme, un doigt prend plus de développement; aussi voyons-nous en même temps le cubitus devenir plus long que (1) PI. 2, flg. 2. 70 ARLOINO.' dans les membres normaux, faire un pas de plus vers la per- fection. Carpe. — En quoi le carpe du Cheval diffère-t-il de celui de l'Homme? Par l'absence d'un os à la rangée inférieure. Cette différence apparente cesse d'exister quand on réfléchit sur la disposition de certaines pièces anatomiques. En effet, Girard, Rigot et M. Goubaux ont rencontré, en arrière du troisième os de la rangée inférieure, une ou deux petites pièces osseuses que les premiers ont regardées comme des sésamoïdes, et, le dernier, comme, les rudiments de doigts avor- tés. Si maintenant nous examinons notre pièce à doigt surnumé- raire, nous compterons huit os dans la région carpienne. Le huitième os se trouve à la rangée inférieure (^pl. 1 , fig. l et 2, t). Il est à coup sûr l'analogue du trapèze de l'Homme, car il est plus volumineux que le troisième os de la même rangée {trapé- zoïde, pi. 1, fig. 1 et 2, c) et il ne répond par aucun point de sa surface avec le troisième métacarpien, c'est-à-dire la moitié interne du métacarpien médian. Tout effet est hé à une cause. La présence de ce huitième os dans le carpe de notre pièce était devenue nécessaire; il fallait, en effet, une base pour deux doigts plus développés que d'ha- bitude, nous voulons parler du quatrième et du cini[uième, auxquels il est exclusivement destiné (pi. I, fig. '2, r, u). Si habituellement ce huitième os fait défaut, c'est qu'il est devenu inutile, et qu'étant atrophié, il est fusionné avec le trapézoïde (troisième os). Métacarpe. — Dans l'espèce humaine, le métacarpe est géné- ralement considéré comme formé par la réunion de cinq os placés à peu près parallèlement les uns aux autres. Tous les anatomistes ne sont pas unanimes pour ranger le premier rayon du pouce dans le métacarpe ; il en est quehiues-uns qui le regar- dent comme une première phalange. Il est de fait que le pouce n'a que trois rayons au lieu de quatre, comme tous les autres doigts. Pourtant, comme le disent MiM. Joly et Lavocat, si l'on envisageait les choses de très-près, on remarquerait que le métacarpien du pouce possède un noyau d'ossification pour son ORGANISATION DU PIED DU CHEVAL. 71 extrémité supérieure, noyau qui pourrait bien être regardé comme le cinquième métacarpien, et le reste de l'os comme la première phalange. Cette opinion ramènerait à l'uniformité la constitution des doigts. Les Solipèdes ont trois métacarpiens distincts : un médian et deux latéraux, rudimentaires . Ces deux derniers os ont été nonmiés, simultanément ou successivement, épines, stylets, péro- nés, éclisses, noms qui étaient bien imaginés pour faire oublier leur véritable nature. Aujourd'hui, nous nous plaisons à le dire, le langage des anatomistes vétérinaires est devenu plus exact. De l'examen des deux pièces précédemment décrites, il résulte qu'il existe toujours virtuellement, et quelquefois matériellement, cinq os métacarpiens chez le (Cheval, et, par conséquent, les re- présentants de cinq doigts. Sur la première pièce, nous comptons, en allant de dehors en dedans (voy. pi. 1, fig. 1) : 1" le métacarpien rudimentaire externe (o) qui sera, pour nous aussi, le métacarpien de l'auri- culaire ; "2° le met icarpien principal (m) qui en figure deux, ceux de l'annulaire et du médius ; 3° le métacarpien rudimentaire in- terne (rj ou métacarpien de l'index ; k" enfin, le prolongement de l'os trapèze (fig. '2, u) qui représente le cinquième métacar- pien ou celui du pouce. Expliquons-nous maintenant sur chacune de ces assertions. Le métacarpien médian, disons-nous, est double; il contient le premier rayon de deux doigts, le médius et l'annulaire. U est vrai qu'il ne se développe pas par deux moitiés latérales, comme chez le Bœuf; mais le tubercule qu'il présente à l'extrémité supérieure de sa face antérieure est entièrement reporté sur la moitié interne, et c'est sur cette tubérosité que vient s'insérer, eu partie, sur notre pièce, le tendon de l'extenseur antérieur du métacarpe (voy. fig. 4, E). Eh bien ! que représente ce dernier muscle? Le second radial externe de l'Homme, qui se fixe sur la face dorsale de l'extrémité supérieure du troisième métacarpien. Si 1 on divise l'extrémité inférieure de ce métacarpien principal en deux parties, en passant sur la ligne médiane, on obtiendra deux suifaces articulaires disposées comme l'extrémité infé- 72 ARLOING. rieure des métacarpiens de l'Honirae. De plus, quoique les condyles latéraux soient à peu près semblables, il est encore juste d'ajouter que le diamètre antéro-postérieur du condyle interne l'emporte légèrement sur celui du condyle opposé. Autrement dit, la surface qui répond au médius est plus étendue que celle qui répond à l'annulaire. C'est bien ce qui se présente chez l'Homme, où le médius est un peu plus volumineux que l'annulaire. Enfin la preuve de cette duplicité du métacarpien principal, ainsi que celle du doigt unique du Cheval, ne la trouvons-nous pas sur notre deuxième pièce (voy. pi. 2) ? N'y voit-on pas de la façon la plus parfaite la division des trois phalanges? Jusque-là on n'avait pu apporter à l'appui de cette opinion une preuve aussi frappante. La mule fissipède de MM. Joly et Lavocat était bien loin d'offrir quelque chose d'aussi beau, d'aussi complet. En effet, notre pièce nous montre deux doigts indépendants, deux doigts qui possèdent trois phalanges, des tendons et des vaisseaux particuliers. Elle nous indique réellement la duplicité du doigt des Solipèdes, et nous avertit que cette môme duplicité existe encore dans le métacarpien médian. Après l'exposé de ces faits matériels, disons qu'il ne peut pas être irrationnel d'admettre la soudure de deux doigts chez le Cheval, quand on sait qu'une fusion de cette nature s'est ren- contrée chez des animaux normalement didactyles, conformés pour posséder une remarquable élasticité dans la région digi- tée. Le docteur Leuckart a vu et disséqué un Veau complète- ment monodactyle en apparence. On trouve des exemples sem- blables sur le Veau et le Mouton dans V Atlas tératologique de Gurtz. Personne ne se refuse à regarder les métacarpiens latéraux du Cheval comme le premier rayon de deux doigts. S'il existait quelques esprits réfractaires, on pourrait aisément les convaincre en leur montrant un pied d' Hippoteriœum où les métacarpiens latéraux sont très-développés, et suivis de deux doigts formés de trois phalanges; on y arriverait encore en leur mettant sous les yeux la région digitée signalée dans YAnalomie de Uigot, ou ORGÂINISA.TION DU PIIÎU DU CHEVAL. 7â encore, en leur présentant notre première pièce. Là, on voit le métacarpien interne très volumineux, prescpie aussi long que le métacarpien médian, et uni par arthrodie avec un doigt com- plet, muni d'un sabol (vuy. pi. 1, fig. o). Ainsi se trouve dé- voilée la signification de ces os avortés. Mais tout le monde n'est pas d'accord sur le rang des doigts représentés par ces métacarpiens rudimentaires. Pour nous, comme nous l'avons dit ailleurs, le métacarpien externe repré- sente celui de l'annulaire, l'interne celui de l'index. L'anatomie normale nous l'indique presque suffisamment. Toujours le métacarpien interne est un peu plus épais et un peu plus long que l'externe ; ce qui existe chez l'Homme. Et chez l'Homme encore, le métacarpien interne ne répond qu'au troi- sième os du carpe, le trapézoïde. Enfin, la tératologie va affir- mer cette opinion, car, sur notre première pièce, nous voyons une partie des fibres du tendon de l'extenseur antérieur du mé- tacarpe gagner le métacarpien interne plus long et plus gros que d'habitude (fig. li, E). Cette portion tendineuse représente le premier radial externe de l'Homme, qui vient s'insérer sur l'ex- trémité supérieure du métacarpien de l'index. Quant au cinquième métacarpien, il avorterait complètement dans les membres normaux ; mais si le membre se rapprochait de son type, on pourrait voir le trapèze se détacher du trapé- zoïde, et celui-là présenter un prolongement situé en arrière de la tête du métacarpien rudimentaire interne (fig. '2, n). Dans notre premier membre, le prolongement osseux dont nous venons de parler représente le métacarpien du pouce, c'est- à-dire le noyau supérieur du premier rayon de ce doigt. Tout semble nous le démontrer, il se trouve sépai'é du trapèze par un rétrécissement marqué, rétrécissement placé à la hauteur de la tête des autres métacarpiens ; il est en rapport avec la face in- terne du métacarpien de l'index; enfin, c'est sur lui qu'allait s'insérer, par l'intermédiaire du ligament funiculaire interne du carpe, le tendon du muscle extérieur oblique du métacarpe, et nous savons que ce muscle est l'analogue du long abducteur et du court extenseur du pouce de l'Honune (fig. /i, /). Ih ARLOIN». Il est vrai que ce cinquième métacarpien est considérahleraent atténué ; mais il ne faut pas oublier qu'il répond à un doigt inu- tile et atrophié chez les Solipèdes. C'est le cas de se rappeler ce principe : bien que l'organe cesse d'exister, l'analogie ne cesse pas encore. Il est très-important, dirons-nous encore, de noter la position de ce prolongement osseux du trapèze : il est situé dans la direc- tion des pièces du métacarpe ; sa longueur est relativement considérable ; il est en rapport avec le métacarpien rudimen- taire interne. Le petit volume et la position des os supplémentaires du carpe, signalés très-brièvement par M. Goubaux, nous disposent peu à les considérer comme des métacarpiens avortés : nous sommes porté plutôt à les regarder comme des sésamoïdes, appelés à jouer un rôle tout mécanique. Le pouce est donc le doigt dont les matériaux s'atrophient le plus complètement chez le Cheval. Pourtant il est toujours indi- qué, parla châtaigne, à la surface de la peau du membre. La châtaigne est, chez le Cheval, un caractère constant, un caractère d'espèce. Placée à la face interne de l'avant-bras, dans une ré- gion élevée, au-dessus du sol, à l'abri des chocs et des frotte- ments réitérés, elle ne peut pas être une production acciden- telle qui, en se présentant très-communément, a fini par se perpétuer par la génération. C'est donc quelque chose de spé- cial, et ce quelque chose c'est le représentant du pouce. Il ne nous paraît pas juste de se baser sur la position qu'occupe la châtaigne, au-dessus du carpe, pour nier qu'elle représente un doigt. En etï'et, il ne faut pas oublier que la châtaigne est une production qui apfiarticnt exclusivement au système tégumen- taire; qu'elle n'est liée en aucune façon au système osseux ; par conséquent, sa position peut ou pourrait varier, sans que sa si unification soit altérée. Il suffisait que cette châtaigne fût [ilacée dans un point où elle ne gênât en rien la locomotion ; c'est pour cela que nous la voyons à la face interne du tarse dans le membre postérieur, et à la face interne de l'avant-bras dans le membre antérieur. ORGANISATION DU PIED DU CHEVAL. 75 Dans ce dernier, on voit d'ailleurs que cette production épi- héliale est un ors:ane déplacé, puisque les vaisseaux et les nerfs qui lui sont destinés affectent une disposition récurrente. Ces vaisseaux et ces nerfs présentent une distribution tout à fait analogue à celle des vaisseaux et des nerfs du pouce de l'Homme. Il est bien évident que, lorsqu'une plaque de corne, ou la peau qui la supporte, reçoit des vaisseaux et des nerfs disposés comme nous l'indiquons, il ne s'agit pas d'une production accidentelle ou insignifiante, mais bien d'un doigt avorté. Chez le Cheval, l'existence du premier et du quatrième doigt est décelée à l'extérieur par l'ergot. Indépendamment des argu- ments de MM. Joly et Lavocat cités au commencement de ce travail, nous avons sur notre première pièce la démonstration palpable que l'ergot est double, et qu'il rappelle à la surface de la peau l'auriculaire et l'index. Sur cette pièce, nous voyons le premier métacarpien rudi- mentaire interne suivi d'un doigt complet, et, à la face posté- rieure de l'articulation métacarpo-phalangienne, un peu en dehors de la ligne médiane, nous voyons un ergot remarquable l)ar ses dimensions très-exiguës (fig. 5. ei'). Le doigt surnumé- raire, c'est l'index ; l'ergot rudimentaire, l'auriculaire. L'ergot s'est divisé en deux parties : l'une s'est développée sous la forme d'un véritable doigt, l'autre a persisté dans son premier état. Les preuves que le doigt surnuniéraire est bien une partie distraite de l'ergot, nous les trouvons : 1° dans l'existence d'une bride fibreuse (fig. 5, m) qui s'étend obliquement du talon du doigt surnuméraire (index) au talon du doigt principal, pendant que l'ergot, placé en dehors de la ligne médiane, ne possède puisqu'une seule bride de cette nature (m'); -l" dans la distri- bution des vaisseaux et des nerfs : l'artère digitale interne et le nerf plantaire interne envoient des divisions au doigt surnumé- raire, et rien à l'ergot, qui n'en reçoit ([ue de l'artère digitale et du nerf plantaire externes (r). La petitesse remarquable de l'ergot, qui n'est jamais aussi minime dans les races les plus nobles, est causée par l'énorme 76 ABLOINU. développement qu'a pris le doigt anormal. Le grand principe des balancements organiques trouve là son application. « Un organe normal ou pathologique, avance Geoffroy Saint-Hilaire, n'acquiert jamais une prospérité extraordinaire, qu'un autre de son système ou de ses relations n'en souffre dans une même rai- son. Ainsi une augmentation, un excès sur un point, suppose une diminution sur un autre, et comme le dit Goethe, le budget de la nature étant fixe, une somme trop considérable affectée à une dépense exige ailleurs une économie. » Voyons, maintenant, si la distribution des vaisseaux et des nerfs viendra à l'appui de ce que nous avons avancé jusqu'à présent. L'artère collatérale du canon chez le Cheval répond à une in- terosseuse métacarpienne palmaire de l'Homme (pi. j , fîg. b,d). On peut la considérer comme descendant de l'arcade sus-car- pienne ou radio-palmaire superficielle, puisqu'elle sert de base à cette arcade appuyée, de l'autre côté, sur l'artère épicondylienne (cubitale de l'Homme). Elle remplace l' interosseuse palmaire comprise, dans l'Homme, entre le métacarpien du médius et celui de l'annulaire. Formant d'abord un tronc unique et volumineux, nous la voyons se séparer inférieurement en deux branches divergentes (pi. 1, fig. 5, e), les artères digitales : l'interne représente l'in- terosseuse palmaire, comprise entre les métacarpiens de l'index et du médius ; l'externe, la même artère placée chez l'Homme entre les métacarpiens de l'annulaire et de l'auriculaire ; toutes deux fournissent un rameau pour l'ergot. Si nous examinons avec attention notre premier membre anor- mal, nous verrons que les interosseuscs palmaires s'y distribuent conune dans la main de l'Homme, et que le doigt surnuméraire est bien un index et une dépendance de l'ergot. En effet, l'artère digitale, ou troisième interosseuse palmaire, arrivée au niveau du boulet, se partage en deux rameaux : le plus volumineux (fig. 5, h) longe le bord interne du doigt prin- cipal; le deuxième, plus petit (fig. 5, h), se dévie en dedans, pour se placer sur le bord externe du doigt surnuméraire. Con- ORGANISATION DU PIED DU CHEVAL. 77 traireinentà ce qui se montre dans l'état normal, la digitale in- terne ne fournit rien à l'ergot. Cependant la branche de l'ergot existe ; mais elle se rend au doigt surnuméraire, dont les élé- ments ont été enlevés à la masse de cette production cornée. Le volume de cette branche est proportionné à celui du nouvel or- gane auquel elle est destinée. Les divisions de la digitale interne représentent donc les ar- tères collatérales externe de l'index et interne du médius. Les artères collatérales externe du médius et interne de l'annulaire manquent complètement, ainsi que le rameau qui de- vrait les fournir ; mais cela s'explique aisément, puisque ces deux doigts sont confondus en un seul. L'artère digitale externe (première interosseuse palmaire dans une partie de sa longueur) descend le long du bord interne des phalanges, en abandonnant dans son trajet deux rameaux d'un volume différent. Un de ces rameaux se sépare de l'artère principale au niveau du boulet, et il se rend dans la peau qui supporte l'ergot (pi. 1, fig. 5, r] : quant à l'autre, né au-dessus de l'articulation métacarpo-phalangienne, il se dirige transver- salement en dedans, en passant sous les tendons fléchisseurs des phalanges, puis il rampe sur le bord interne du doigt surnumé- raire (pi. 1, fig. 5, n). Jusqu'au niveau du boulet, la digitale externe peut être con- sidérée comme la première interosseuse palmaire. A partir de ce point, elle forme les collatérales de deux doigts : l'artère qui paraît en être la continuation remplace la collatérale externe de l'annulaire ; la branche de l'ergot, la collatérale interne du petit doigt. Le rameau, que cette digitale externe émet au-dessus du bou- let, constitue l'artère collatérale interne de l'index. Il peut pa- raître extraordinaire que cette artère de l'index provienne de la digitale externe ; mais on comprendra cette origine, en appa- rence anormale, si l'on songe que la digitale interne avait déjà à fournir une collatérale volumineuse (l'externe de l'index, /i'), tandis que la digitale externe ne devait donner qu'une artériole presque insignifiante à un ergot très-réduit 78 ABLOING. Les nerfs qui se ramifient dans le pied du Cheval proviennent du médian et du cubital. Le médian^ dans sa portion humérale, abandonne une longue branche qui descend jusqu'au-dessous du carpe ; elle repré- sente une partie du nerf musculo-cutané de l'Homme; dans sa portion antibrachiale, il fournit des rameaux aux muscles flé- chisseurs du pied et des phalanges, et à la peau de la châ- taigne. Arrivé vers le quart inférieur du radius, le nerf médian se bifurque; la branche interne forme le nerf plantaire interne ; la deuxième se dirige en dehors, s'anastomose avec une branche du cubital, et ensuite décrit un trajet analogue à celui de la précé- dente ; de cette anastomose résulte le nerf plantaire externe. Le nerf plantaire interne laisse échapper vers le milieu de la région métacarpienne une branche assez forte, qui se dirige obUquement en dehors pour se réunir au nerf plantaire externe (fig. 5, /). Quant à ce dernier, qui fait suite au nerf cubital, il fournit au- dessous du carpe un rameau profond destiné aux muscles intei- osseux palmaires, représentés par le ligament suspenseur du boulet. Enfin les deux nerfs plantaires, lorsqu'ils atteignent le niveau de l'articulation du boulet, se divisent en trois branches appelées digitales, et distinguées en antérieure, moyenne et postérieure. La digitale postérieure fournit un ramuscule pour Fergot. Cette distribution est analogue à celle qu'on observe chez l'Homme. S'il paraît manquer quelques rameaux, ou plutôt si ceux-ci sont un peu déplacés ou diminués en volume, cela tient uniquement aux très-petites dimensions des doigts avortés. Dans quelques cas, ces rameaux, si minimes qu'on pourrait presque en mer l'existence, apparaissent à nos yeux avec plus de volume et avec leur véritable signification. C'est ce que nous allons voir sur notre première pièce tératologique. Nous avons déjà fait connaître notre manière de voir sur les divisions que le médian et le musculo-cutané fournissent au- dessus (lu carpe ; nous n'y reviendrons pas. ORGANISATION DU PlEO DU CHEVAL. 79 Chez l'Homme, le nerf médian se partage en trois branches à la hauteur de l'espace compris entre les éminences thénar et hypothénar. Dans notre pièce, même distribution ; seulement la séparation de ces branches se fait un peu plus bas. En effet, le nerf plantaire interne forme, vers le milieu du métacarpe, trois rameaux (pi. I , fig, 5) : 1" un interne {g) destiné au doigt sur- numéraire, "2" un moyen {i) qui continue le trajet du tronc prin- cipal jusque dans l'angle compris entre les articulations méta- carpo-phalangiennes du doigt anormal et du doigt médian ; ?)° un externe (/) qui se dirige obliquement de haut en bas et de dedans en dehors pour aller se confondre avec le nerf plantaire externe. Le premier représente le nerf collatéral de l'index ; comme chez l'Homme, il fournit un petit filet figurant le nerf du pre- mier lombrical. Ce nerf collatéral, que nous trouvons relative- ment volumineux avec un point d'émergence placé très-haut, existe dans tous les Chevaux ; mais alors il est excessivement fin, ne se détache du plantaire qu'au niveau du boulet, et enfin il se perd dans la peau de l'ergot. Si nous ne le rencontrons pas ainsi sur notre pièce, c'est parce que les conditions sont changées : l'index s'est séparé de l'ergot, par conséquent son nerf ne devait plus se rendre dans cet ergot ; l'index a pris de grandes dimen- sions, son nerf devait être plus volumineux, et partir du même point que les branches destinées aux autres doigts. Preuves frappantes de la loi des affinités électives. Le deuxième forme la branche commune des nerfs collatéraux palmaires externe de l'index et interne du médius. Effective- ment, lorsqu'il arrive au niveau de l'articulation métacarpo- phalangienne, il se divise en deux filets principaux, qui se por- tent, l'un sur le côté exterre du doigt surnuméraire (o), l'autre sur le côté interne du doigt médian. Enfin le troisième n'est pas autre chose pour nous que la branche commune des nerfs collatéraux externe du médius et interne de l'annulaire. Les doigts auxquels cette branche devait se distribuer sont soudés par leurs bords adjacents ; par cela même, elle devenait inutile. Néanmoins, elle existe ; mais après s'être détachée du médian, elle s'enroule obliquement autour 80 ARLOlINCi. des tendons fléchisseurs des phalanges, et se jette sur le nerf plantaire externe qu'elle renforce. Du nerf plantaire externe s'échappe une branche fuie (fig. 5, 6) qui suit un trajet à peu près parallèle au tronc principal, et qui vient rejoindre celui-ci vers son anastomose avec le rameau pro- venant du plantaire interne. La manière dont se comporte cette ramification nerveuse nous la fait regarder comme l'analogue de cette branche qui, chez l'Homme, s'étend du cubital au nerf commun des collatéraux externe du médius et interne de l'annu- laire ; de plus, elle nous engage à considérer le rameau de ren- forcement du plantaire externe comme étant bien réellement la branche commune signalée ci dessus. Quant au nerf plantaire externe lui-même, il représente le tronc des nerfs collatéraux externe de l'annulaire et interne du petit doigt. La branche de l'auriculaire est fournie par le nerf commun au niveau du boulet ; elle se rend dans l'ergot en y pénétrant toutefois par son bord inférieur. Nous considérons enfin comme le nerf collatéral externe du petit doigt le fin ra- muscule que nous voyons se détacher du plantaire au-dessus du boulet, et atteindre l'ergot par sa partie supérieure. La petitesse de ce rameau collatéral, ainsi que sa situation intérieure, sont liées à l'avortement de l'auriculaire et aux dimensions de l'ergot qui remplace ce dernier. Cet examen vient de nous enseigner que la châtaigne, la moitié interne de l'ergot et du doigt principal, reçoivent leurs nerfs du médian, tandis que la moitié externe de l'ergot et du dernier doigt paraissent surtout tenir les leurs du cubital. Quels sont chez l'Homme les doigts qui reçoivent les nerfs analogues? Pour le médian, ce sont le pouce, l'index, le médius et le bord interne de l'annulaire ; pour le cubital, le côté externe de l'annulaire et l'auriculaire. Yoilà donc une analogie de plus qui nous permet d'avancer que, chez le Cheval, la châtaigne représente le pouce ; la moitié interne de l'ergot, l'index ; la moitié interne du doigt unique, le médius; et les parties homologues à ces deux dernières, l'an- nulaire et l'auriculaire. ORGANISATION DU PIED DU CHEVAL. 81 EXPLICATION DES PLANCHES. PLANCHE 1. Fig. 1. Carpe^ vu par sa face antérieure, o, radius; 6, scaphoide; c, trapézoïde; /, trapèze; m, métacarpien médian ; ?-, métacarpien rudimentaire interne. Fig. 2. Carpe, vu de profil, côté interne. «, radius; é, scaphoïde ; c, trapézoïdc ; /, trapèze; r, métacarpien rudimentaire interne; n, prolongement du trapèze repré- sentant le métacarpien du pouce. Fig. 3. Région digitale. «, métacarpien médian ; ?î, métacarpien rudimentaire interne ; Pj f-, phalanges du doigt surnuméraire ; c, c', cartilages complémentaires des troi- sièmes phalanges. Fig. 4. Membre vu par sa face antérieure, l, tendon du muscle extenseur oblique du métacarpe (long abducteur et court extenseur du pouce); c, trapézoïde; t, trapèze ; E, tendon de l'extenseur antérieur du métacarpe (radiaux externes), il s'attache, à la fois, sur le métacarpien médian et sur le métacarpien rudimentaire interne ; B, bifur- cation du tendon extenseur antérieur des phalanges (extenseur commun) ; u, sa branche principale; i, la branche destinée au doigt surnuméraire; P, tendon de l'extenseur latéral des phalanges, réuni par une aponévrose au tendon extenseur commun des doigts. Fig. 5. «, vaisseau delà chàt:iigne; /, tronc commun des inlerosseuses métacarpiennes- d, artère collatérale du canon ; c, sa bifurcation ; li, artère digitale interne; h' bran- che collatérale externe de l'index; n, collatérale interne du même doigt provenant de la digitale externe; v, veine du coussinet plantaire; pi, nerf plantaire interne, suite du médian; ;je,ncrf plantaire externe, suite du cubital; b, branche i)arallèle de ce dernier; 51', branches pour l'index; /.branche de renforcemest du plantaire externe; f, tendons fléchisseurs du doigt principal; /', tendons Qéchisseurs du doigt surnuméraire; er, ergot ; r, vaisseaux et nerfs de l'ergot; m, m', brides fibreuses unissant les portions de l'ergot au coussinet plantaire. PLANCHE 2. Fig. 1. Extrémité recouverte par la peau et les sabots. Fig. 2. Les deux sabots, vus par leur face inférieure. Fig. 3. Sabots, vus par leur face supérieure. Fig. II. Membre, vu d'ensemble (face antérieure). Tout est normal jusqu'au niveau de l'articulation mctacaipo-plialangienne. Fig. 5. Première phalange (face postérieure). On saisit très-bien sa bifurcation. Fig. 6. Les deux grands sésamoïdes confondus par leur bord interne. Fig. 7. Les deux secondes phalanges complètement indépendantes. • Fig. 8. a/-, les deux troisièmes phalanges; 6, les deux petits sésamoïdes. 5' série. Zool. T. VIII. (Cahier n» 2). 2 RECHERCHES SUR LA SALIVE ET SUR LES ORGANES SALÏVAIRES DU DOLIUM GALEA Par MM. S. DE liUCA e* P. PAIWCERI. § i. Ce Mollusque, connu de toute antiquité, porte le nom de Tofa parmi les pécheurs -napolitains. Notre savant Délie Chiaje en a décrit la partie anatomique dans le grand ouvrage de Poli. Deux glandes accouplées, qui occupent dans l'animal la place des organes salivaires, et dont les conduits excréteurs, très-contractiles sur le vivant, débordent tout près des organes masticateurs, renferment un liquide fortement acide. Cette aci- dité est due à la présence de l'acide sulfurique libre qui, dans le liquide normal, s'y trouve en une proportion supérieure de 3 pour 100. Nos observations et nos expériences ont été faites sur deux individus de Doliwn galea, pêches dans le golfe de Pozzuoles : en voici un court résumé. Les glandes, au nombre de deux pour chaque animal, lorsqu'elles sont remplies de liquide, ont chacune une grosseur remarquable, supérieure à celle des œufs de poule ordinaires, et un poids de 70 grammes environ. Elles sont formées de deux parties distinctes, l'une petite et opaque tout près du point où le conduit excréteur sort de la glande, l'autre grande et transparente à cause de la membrane qui l'enveloppe et qui est très-mince et très-blanche. Lorsque, par des incisions, la partie intérieure des glandes est mise au contact de l'air, on voit se dégager dans les tuyaux à cul-de- sac, dont se compose la presque totalité de la glande, des bulles SALIVE DES MOLLUSQUES GASTÉROPODES. 85 gazeuses d'acide carbonique pur. Une glande du poids de 75 grammes a dégagé sous l'eau 200 centimètres cubes d'acide carbonique. L'acidité du liquide contenu dans la glande du Dolium galea a été d'abord constatée par sa saveur agréable au goût, et qu'on a comparée à celle du jus de citron ou bien à celle de la limonée minérale; par son action sur le marbre, d'où se dégageait en abondance de l'acide carbonique, et par le chan- gement de couleur qu'il a causé au linge imprimé en couleur, lequel se trouvait à la portée de nos expériences. Ensuite nous avons soumis le liquide provenant des glandes du Dolium galea à une série d'expériences chimiques, dans le but de déterminer exactement la nature et la proportion de l'acide qui y était contenu. En voici les résultats : Le liquide obtenu par la simple pression des glandes est incolore, avec une légère opalescence qui est due à la présence d'une matière organique, contenant du soufre et de l'azote, et précipitable p;ir l'alcool. La saveur du même liquide est très-acide : il décompose les carbonates, agit fortement, à la manière des acides minéraux, sur le sirop de violettes et sur le tournesol, et neutralise les alcalis et les oxydes basiques. Lorsqu'on l'éva- poré sur une lame de platine, il produit des vapeurs irritantes, blanches, très-denses et très-acides, en laissant un résidu peu sensible et à peine noirâtre, qui perd cette teinte par l'action simultanée de la, chaleur et de l'air, et qui contient en très- petite quantité de la soude, de la potasse, de la chaux, du fer, des phosphates, des sulfates, etc. Le même liquide, bien concentré, lorsqu'on le chauffe avec du cuivre, dégage de l'acide sulfureux et produit du sulfate de cuivre soluble dans l'eau. Le liquide primitif donne avec les sels solubles de baryte un précipité blanc, insoluble dans l'eau, et dans les acides : ce précipité, fortement chauffé avec du. charbon, donne naissance à un composé soluble qui dégage do l'hydrogène sulfuré par l'action de l'acide chlorhy- drique. La composition centésimale du lic[uide normal, contenu dans Sli s. DE LICA CT PANCeitl. les glandes du Dolium galea, est représentée par les chifTres suivants : 1. II. Acide sulfurique libre (S08; 3,i2 3,3 Acide sulfurique combine (MO, SO^j 0,2 0,1 Chlore à Fétat de chlorure fixe (MCI) 0,58 0,6 Potasse, soude, iiingucsie, fer, acide phospliorique, matière organique azoto-sulfurée, ctc 1.8 2,4 Eau 94,0 93,0 100,0 100,0 On savait déjà que le Dolium galea éjaculait i)ar la bouche un liquide qui produisait une vive effervescence avec les carbo- nates, et l'un de nous, se trouvant à Nice en 1857, fut engagé par M. J. Mûller à répéter les observations relatives à la sin- gulière fonction de ce Mollusque. Nous ne connaissions aucun autre fait au coinmencenient de nos recherches ; mais après avoir constaté et démontré la présence de l'acide sulfurique libre dans les glandes du Dolium ^a/ea, nous avons pensé qu'il était nécessaire de faire des recherches dans le but de savoir si la constatation de cet acide avait été faite avant nos expériences. Voici ce que nous avons pu trouver : M. Troschel, à Messine, constata en 185/i que le Dolium galea peut émettre par la bouche un jet de liquide de la longueur d'un pied. Une seule analyse faite, sur l'invitation de M. Troschel même, par M. Bœ- deker, montre que ce liquide contient 2,7 pour 100 d'acide sulfurique libre calculé à l'état d'hydrate (HOt.SO'^). Cette élaboration ou assimilation d'acide sulfurique par les glandes du Dolium galea a été oubliée, et, on peut dire aussi., mise en doute; car, à l'exception de M. Bronn, aucun auteur à notre connaissance n'a fait mention de ce fait singulier dans les plus récentes publications scientifiques, soit de chimie, soit de physiologie animale. En soumettant à l'appréciation de l'Académie des sciences ces premiers résultats de notre travail, nous déclarons en con- tinuer activement les recherches au point de vue de l'anatomie physiologique et de la chimie ; car il est important, à notre avis, de connaître non-seulement l'origine de l'acide sulfurique dans SALIVE DES MOLLUSQUES GASTÉROPODES, 85 les glandes du Dolium galea, mais aussi de savoir à quelles fonctions il est destiné dans l'économie de l'animal. C'est le premier animal qui, à notre connaissance, fabrique de l'acide sulfurique par des procédés inconnus jusqu'à présent. § 2. Par la précédente communication du 30 septembre der- nier, nous avons fait connaître à l'Académie les résultats des premières recherches sur la composition du liquide des glandes salivaires du Dolium galea [Tonne cannelée)^ et en particulier sur l'acide sulfurique libre qui s'y trouve dans la proportion de â à 4 pour 100. Une nouvelle analyse du liquide salivaire de ce même Mollusque a donné en centièmes : Acide sulfurique i,05 Chlore 0,02 Potasse, soude, chaux, magnésie, acide phospliorique, fer, matières organiques azotées et sulfurées, etc 6,43 Eau 89,50 100.00 Il est à remarquer que l'acide sulfurique libre a été constaté dans l'estomac, qui reçoit le produit des glandes. Dans le Dolium, les glandes ont un volume et un poids considérables relative- ment au volume et au poids de l'animal. Voici, en effet, les rapports que nous avons trouvés chez deux individus de Dolium galea, péchés dans le golfe de Pozzuoles, el dont l'un pesait 2 kilogrammes environ et l'autre 855 grammes. I II. Mollusque 1305 grammes. 520 grammes. Coquille 550 — 225 — Glandes salivaires 150 — 80 — 2005 855 Le conduit excréteur des glandes, de même que la tunique dont elles sont revêtues, a une contractilité très-manifeste, qui persiste quelque temps après la mort de l'animal; il suffit de toucher avec le doigt un point quelcoufjue de la surface des é6 s. BE fLt]V\ KT PAXCE«I. glandes, pour observer un mouvement de ooiitractilité qui se propage dans toute la masse. Dès que les glandes ont été détachées de l'animal et mises au contact de l'air, on voit se former au-dessous de leur tunique externe, qui est blanche et transparente, des bulles dont le nombre augmente peu à peu, ainsi que le volume. Si l'on intro- duit ces glandes dans une éprouvette, sous l'eau ou sous le mercure, le gaz qui se dégage lentement et sans interruption présente toutes les propriétés de l'acide carbonique pur; et en effet, il est entièrement absorbable par la potasse. Le même gaz se dégage plus facilement lorsque les glandes sont en contact avec un acide très-étendu, ou lorsqu'elles sont soumises à la chaleur modérée d'un bain- marie. Si l'on ouvre des glandes de Dolium galea, en les coupant ou en y pratiquant des incisions, le dégagement gazeux devient abondant et produit une effervescence comparable à celle de la bière ou du vin de Champagne sous la pression ordinaire de l'atmosphère. Ainsi, le tissu des glandes mis en contact avec le liquide acide semble se comporter comme une matière analogue aux carbonates soumise à l'action des acides libres. Cette matière est- elle de nature minérale ou organique? L'acide carbonique se trouA'e-t-il à l'état de combinaison, ou est-il libre et retenu en dissolution sous la pression que la tunique extérieure exerce sur les parties internes des glandes? Le sang apporte-t-il dans les glandes cet acide carbonique, et, dans ce cas, sous quelle forme ? Ces questions et plusieurs autres ne pourront être réso- lues que par les recherches ultérieures que nous jious proposons d'entreprendre. Les glandes de notre plus grand Dolium (celui qui pesait 2005 grammes) ont fourni en totalité o/i3 centimètres cubes d'acide carbonique, sans tenir compte de la quantité de gaz qui n'a pu être recueillie au commencement des expériences. Une seule glande, pesant 75 grammes, en a donné 206 centi- mètres cubes, ce qui équivau(h'ait pour les deux à un volume de /|12 centimètres cubes de gaz. Les glandes du Dolium qui SALIVE ftïfs 1m*oï,lus^uV:s gastV:ropodes. 87 pesait 855 grammes, détachées de l'animal six heures après sa ïrtort, ne dégageaient pas d'acide carlionique. Le Dolium gaka n'est pas le seul Mollusque dont les glandes salivaires contiennent de l'acide sulfurique libre; nous avons constaté que le même acide se trouve également à l'état de liberté dans les glandes des Gastéropodes suivants : Tritonium nodiferum Lk., Tritonium corrucjatum Lk., Tri- tonium cutaceum Lk., Tritonium hirsutum Fab. Col. (1), Cassis snlcosa Lk., Cassidiara echinophora Lk., Murex trunculus h., Murex brandaris L., Aplysia camelus Cuv., etc., etc., etc. Le liquide salivaire du Dolium galea a une propriété impor- tante : il n'est pas putrescible comme le sont en général les hquides organiques des animaux. Il ne s'altère nullement au contact de l'air. Au bout de trois mois, ce liquide conservé ne révélait aucune odeur désagréable. On doit même le regarder comme conservateur, car de l'albumine coagulée, des matières animales, quelques fragments d'organes d'autres Mollusques, maintenus dans ce liquide pendant plusieurs semaines, n'ont manifesté aucune altération apparente. L'acide sulfurique libre se trouve donc comme élément néces- saire aux fonctions organiques dans une class(3 nombreuse de Mollusques, vivant au voisinage de localités pierreuses, et por- tant une coquille formée presque exclusivement de carbonate de chaux avec destraces de carbonate de magnésie. Cet acide énergique se trouve en présence d'un acide faible, l'acide car- bonique, qui peut agir sur les calcaires pour les rendre solubles et par conséquent assimilables par l'organisme animal. Il est hors de doute que l'acide sulfurique, aussi bien que l'acide carbonique, doit remplir des fonctions importantes dans les or- ganes dont il est question, fonctions sur lesquelles nous ne pos- sédons aucune notion précise. Mais, à notre avis, ce qu'il y a de plus important, c'est de (1) Fabii Columnae. Aquatilium et terestriuni aliq. animalium aîiorumq.nat. rer. observationes-, tab. fol. XH {Bucc. kirsuhmi), V. Opornt Eiphrasis minus cognit. rario- rumq. stirp. RoniaR, 1616. 88 s. nE MJCA Kl PAIVCERI. chercher à déterminer l'origine de l'acide sulfurique dans les glandes salivaires de ces Mollusques. Cette production est pro- bablement due à une oxydation du soufre des matières sulfu- reuses, ou bien à la décomposition des sulfates contenus dans les eaux de la mer, provoquée par une action d'électrolyse, comme cela se réalise dans nos laboratoires. Pour résoudre cette question, nous poursuivrons notre travail, en profitant des renseignements que les savants voudront bien nous communi- quer, et en mettant en pratique les conseils de M. Milne Edwards à ce sujet. I AGE DU RENNE DANS LA GROTTE DE LA VACHE VALLÉE DE NIAUX, PRÈS DE TARASCON (ARÎÉGE) Par le D-^ F. «ARRIGOU. Exilait (1). Le village d'Alllat, sur la rive gauche du Vic-de-Sos, est situé environ à 3 kilomètres au S. 0. de Tarascon, en face du village de Niaux. J'ai déjà décrit à la Société d'anthropologie, à l'Aca- démie des sciences de Paris, à celle de Toulouse, et à la Société géologique, quelques gisements paléo-archéologiques de cette région du canton de Tarascon. Je résumerai leurs conclusions après avoir fait la description de la caverne de la Vache. Pour aller d'Allial à la grotte de la Vache, on doit suivre le chemin de Sacany, redescendant la vallée jusqu'à 800 mètres du village. On laisse à gauche les grottes murées {caougniés) et l'on arrive au pied d'un talus d'éboulement, au sommet duquel on voit les deux entrées de la caverne, regardant l'une vers l'est, l'autre vers le sud-est. Leur niveau : 1" au-dessus du pont de Tarascon, est de 100 mètres; 2" au-dessus de la mer, de 578 mètres. Deux vastes salles, communiquant largement entre elles, correspondent aux deux ouvertures visibles du dehors. Celle de gauche se prolonge par un long couloir, dans lequel on ne peut avancer que courbé et dont je n'ai pu parcourir les pro- fondeurs. Après une demi-heure de marche, dans une position pareille à celle qu'oblige de prendre le peu d'élévation de la voûte, il est impossible de prolonger la promenade. L'humidité excessive des profondeurs de cette caverne ne permet pas de prendre sans imprudence le repos nécessaire pour faire une exploration complète. (1) Extrait du Bulletin de lu Société d'histoire uatiirelle de Toulouse, avril 1867. 90 F. GARRieOV. La surface du sol, daus les salles de l'entrée, est couverte de dél)ris de roches venant du dehors; le talus d'éboulement de l'extérieur se continue dans la caverne. Creusée jusqu'à kO cen- timètres de profondeur, la terre de la surface m'a fourni plu- sieurs instruments en fer et en bronze brisés, fragmentés ; des poteries grossières, d'autres tournées, quelques-unes vernies, et des ossements nombreux de Ruminants, Bœufs, Moutons, sem- blables à ceux de l'âge de la pierre pohe (1). Les os de ces ani- maux avaient servi à la confection de quelques poinçons et d'une petite cuiller ressemlilant à nos palettes pour prendre le sel dans une salière. Il y avait aussi des cendres, du charbon, des hélix. Le Sus particulier de cette faune m'a permis de rapporter l'âge de cet ensemble à une époque plus récente que celle de la pierre polie. La présence des métaux (bronze et fer) est venue confirmer les données fournies par la paléontologie. La partie la plus inférieure du gisement renfermait, avec les ossements taillés, des fragments de meules en granit. Au-dessous de la première couche de terre que je viens de décrire, argileuse et assez compacte, se trouvait une stalagmite résistante et dure, offrant une épaisseur qui a varié de 25 à 30 centimètres et 1 mètre 30. L'existence de cette épaisse sta- lagmite rendait le travail de déblai pénible et très-lent. Il a fallu détruire ce plancher solide sur une étendue de 1 50 mètres carrés environ pour étudier convenablement la seconde couche fossi-^ lifère. Celle-ci, épaisse de 30 à 35 centimètres, était formée par une sorte de brèche osso- pierreuse, noirâtre, contenant des cendres et du charbon. Elle reposait sur une argile sa- bleuse jaunâtre, avec cailloux roulés, qu'il m'a été facile de reconnaître comme faisant partie des dépôts tertiail^es (2) de la vallée. Les animaux qui composent la faune caractérisant la couche (1) Le Sus seul faisait exception. (2) Je signalerai simplement ici ces dépôts tertiaires très-ciirieux, très-importants, qui n'ont encore été reconnus par aucun des géologues qui ont écrit sur l'Ariége. Je les décrirai dans un travail prochain. AGE DU RENNE DAÏTS L\ GR'OITE Dli LA VACHE. 91 iuira-stalagiiiitique sont les suivants : Renne, grand Cerf {€er- vus elafhus), Bœuf (indéterminable), Bouquetin, Chamois, Chèvre, Mouton de grande taille, Sus de grande taille. Lapin, Lièvre, Cheval (très-rare), Loup, Renard, Ursus arctos, F élis spelœa, Oiseaux nageurs, Échassiers, Broclvel ou peut-être Sûl- monide. Hélix nemoralis, H. aspersa, H. pomatia. Les os des Mammifères que je viens d'énuraérer sont tous cassés comme ceux des grottes de l'âge du Renne déjà connues. J'ai recueilli plus de 60 000 ossements ou fragments d'ossements, et 6000 environ portaient des empreintes indiquant que des instruments tranchants avaient servi à les diviser et à les dé- pouiller. Les bois de Cerf et de Renne sont aussi fort abondants. Je n'en ai trouvé aucun entier; tous sont fragmentés, et l'on voit sur chacun les traces profondes laissées par l'instrument qui a servi à les diviser ainsi. On reconnaît que ces bois ont été atta- qués avec des haches en pierre et avec d'autres outils équiva- lents; souvent on retrouve les traits de scie et les empreintes de grattoirs ayant servi à unir leur surface raboteuse. Les" objets fabriqués par l'homme avec la dépouille osseuse des animaux énumérés plus haut sont les mômes que ceux retirés des grottes de Massât (inférieure), du Mas-d'Azil, de Mon- tesquieu-A vantés, de Lourdes, d'Espalungue, de Bruniquel, de la Dordogne, du Poitou, etc. : flèches, harpons, poinçons, spa- tules, pointes de flèche, poignards (la poignée seule), etc., rien ne manque. J'ai trouvé en outre quelques pièces qu'on n'avait encore citées nulle part jusqu'ici. Ce sont : T un fragment de bois de Cerf, long de lli à 15 centimètres, graduellement diminué dans son épaisseur jusqu'à son extrémité la moins forte, et creusé dans toute la longueur en forme de cuiller allongée. — 2° Une série d'objets, taillés dans des bois de Renne, auxquels on a donné la forme de pointes de flèche, de 8 à 10 centimètres de long, ayant sur chaque bord deux crans symétriquement placés et percés, les uns sur la gauche, les autres sur la droite de la ligne mé- diane. Était-ce là un ornement fabriqué de manière à montrer 92 F. «ABRieOU. la face polie lorsqu'il serait suspendu? en un mot, ne sont-ce pas des ornements destinés à être attachés aux oreilles? La forme et le travail de ces pièces permettent de le supposer. — o° Une sorte de plaque osseuse, percée à l'une de ses extrémités, con- stitue un objet dont il me serait difficile de donner la desti- nation. Les n"' 1 , 2, /i sont des fragments d'os portant des dessins. Le n" 1 est un dessin assez caractérisé pour me permettre d'in- sister sur le Vertébré qu'il représente. Je ne crois pas qu'il soit possible de rapporter la tête qui y est tracée à un autre animal qu'à un Cétacé herbivore, et je crois, pour ma part, que le des- sinateur a voulu faire la silhouette d'un Morse. La tête est peut- être trop allongée, mais la défense, qui descend verticalement de la mâchoire, indique suffisamment le Cétacé que je viens de nommer. Il n'est pas étonnant que les hommes contemporains du Renne aient pu voir ce Mammifère, car la présence de nombreuses coquilles marines, principalement du peigne de S. Jacques (Peclen Jacobœus), de cardite, etc., dans le gisement d'AUiat, nous prouve que ces montagnards allaient quelquefois jusque sur les bords de la mer (1). La découverte de ce dessin de Morse fait supposer, connue du reste tout l'ensemble de la faune de l'âge du Renne, que le climat régnant alors dans les lieux que nous habitons aujour- d'hui devait être sensiblement le même que celui des îles Scan- dinaves, sur les bords desquelles vivent de nos jours les Morses et les autres Cétacés. Le dessin n" 2 est tronqué; cependant je crois possible d'y reconnaître un Rœuf, peut-être un peu velu, dont la tête serait tournée vers la gauche. Je signalerai surtout à l'attention des observateurs les n"' o et 5. Le n" 5 représente des signes particuliers auxquels je ne saurais encore donner de détermination exacte. Examinées par mon ami M. Pruner-Rey, ces pièces sont restées pour lui une (1) Quelques personnes ont vu dans ce dessin la représentation d'un brochet. Je ne partage pas leur avis, car la dérense du poisson est très-neUemont indiquée. AGE DU RENNK DANS LA GROTTE DE LA VACHE. 93 éiiieçme. Depuis lors, la pièce 3 a eu exactement sa pareille clans la grotte do Tàge du Renne, de Massât. Cette coïncidence de deux pièces, portant des signes semblables, et retrouvées dans deux cavernes du même cage, éloignées l'une de l'autre, donne beaucoup à penser. Ne serait-ce pas là une série de signes ayant une valeur conventionnelle? Ces pièces ne mettraient-elles pas sur la voie d'une découverte nouvelle, celle des premiers caractères qui ont servi à représenter une idée par des signes? Les recherches consciencieuses apprendront, plus tard, ce qu'il faut penser sur la valeur réelle des deux objets que je signale aujourd'hui. Du reste, je crois, pour ma part, que trouver les premières traces de l'écriture chez un peuple qui savait si bien figurer les images des animaux uni l'entouraient, le peuple de l'âge du Renne, ne serait pas une chose extraordinaire. Attribuer aux tribus d'Asie l'introduction, dans l'Europe, de la civihsation et des avantages qui l'accompagnent, est aujourd'hui une chose impossible. En assignant l'Asie comme le berceau tout entier du genre humain, on oublie en général que l'introduction de la pierre polie et des métaux dans tout l'univers n'est pas le pre- mier bienfait dû au progrès de l'intelligence humaine. Avant d'avoir su polir la pierre, l'homme avait borné sa science à la tailler; avant d'avoir vécu avec le Renne, l'homme avait été le contemporain du grand Ours des cavernes et du Mammouth. L'ancien continent renferme les restes de ces temps géologiques si reculés ; partout où l'on fouille, partout les preuves se multi- plient, partout on rencontre les traces des diverses phases géo- logiques dont fut témoin l'homme qui taillait la pierre, et tout montre que le globe a continué à subir les lois géologiques qui le régissent depuis que les peuples apprirent à polir les roches les plus dures. Ce n'est donc pas avec les données fournies par l'histoire qu'il faut songer à retrouver les premières étapes de la civilisation. C'est l'archéologie qui seule peut permettre de rassembler les feuillets épars du livre de la nature dans lequel est raconté ce qu'était l'homme primitif, et nous permet aussi, par la com- 94 ^- «J^BBICiOU. paraison du présent et du passé, d'eutrevoir ce qu'il pourra deveair. Quant au fait particulier de ces signes hiéroglyphiques dont je viens de parler, il est bon d'appuyer mon interprétation de celle de M. Van Beueden, au sujet a d'une plaque de pierre, couverte de signes et de caractères » , découverte en Belgique, près de Dinant, dans le foyer de la grotte de Chaleux. M. Van Beneden, qui a décrit cette caverne dé l'âge du Renne avec MM. Dupont et Hauzeur, croit que ces signes « pourraient bien être de l'écriture » . L'ensemble des fossiles de la grotte de la Vache permet de dire que le peuple qui a laissé tant de débris dans ce coin des Pyrénées, est bien le môme que celui dont les dépouilles et les outils jonchaient Jiussi le sol du centre de la France et des autres points des Pyrénées, pendant que le Renne abondait dans les pays dont je parle. Un fait assez singulier, cependant, me semble devoir fixer l'attention. Quelques cavernes du centre de la France contenaient des fragments de poteries en môme temps que la faune du Renne ; aucune grotte des Pyrénées (et je les ai à peu près toutes étudiées par moi-même) ne renfermait en même temps le Renne et des vases en terre. Parmi les outils retirés de la grotte de la Vache, il en est (juel- ques-uns dont j'ai pour ainsi dire pu suivre la confection au moyen des débris que j'ai mis tout mon soin cà recueillir. Je veux parler des aiguilles avec chas. Ces aiguilles ont été taillées dans des os d'oiseaux principalement. Mieux que tous les autres^ ces os présentent les qualités nécessaires pour obtenir ces objets destinés sans doute à la couture : ils sont peu épais et en môme temps très-résistants. L'os était entamé longitudinaîement avec un silex; et, parallèlement à la première rainure ainsi produite, une seconde entaille permettait de détacher une esquille longue et facile à appointir. Le chas était ensuite obtenu avec un silex taillé pour cet usage. Le gisement de la Vache contenait des myriades de silex taillés; parmi les formes principales, je signalerai les suivantes : rebuts^ noyaux^ couteaux longs^ couteaux larges, grattoirs, pointes AGE DU RENNH DANS, LA GJiO'ÇTE Dli LA VACHE. 95 allongées, pointes triangulaires, scies (fort rares), et pierres de fronde ou plutôt nucleus. Ce u'est pas tant au poiut de vue des pièces paléo-archéolo- giques qu'elle coutenait, que la nouvelle caverne que je viens de décrire est intéressante. On y voit, en effet, la série des objets d'induslrie humaine et de Mammifères (1) caractérisant d'ordi- naire toutes les cavernes habitées par l'hooime pendant l'époque dite du Renne. Le fait essentiellement remarquable, c'est la découverte de l'âge du Renne dans une caverne des environs de Tarascon. 11 vient confirmer, de la manière la plus complète, la théorie que j'ai émise en 1865 (2) sur les diverses époques du remplissage des cavernes. Guidé par ses savantes études, M. Lartct avait établi quatre âges paléontologiques des temps quaternaires anciens. Mais des recherches nouvelles avaient montré à cet éminent naturaliste que les époques de l'Ours, du Mammouth, du Renne, de l'Au- rochs pourraient bien subir quelques changements. Prévenu par lui, je m'étais décidé à chercher et à comparer. C'est donc en partant des premières données fournies par M. Lartet, que j'ai réduit à deux, pour l'ouest de l'Europe et surtout pour le Midi de la France, les quatre âges admis par ce savant. L'âge de l'Ours et du Mammouth ne formeraient plus qu'une seule époque caractérisée surtout par le preuiier de ces Mammifères ; le Renne serait aussi le Mammifère caractéristique d'une époque plus récente, ayant précédé l'âge de la pierre polie, et comprenant celui de l'Aurochs. Ji'étude de la grotte du Maz-d'Azil, au nord du département de l'Ariége, avait déjà montré la superposition directe de trois dépôts appartenant res- (1) Je ferai remarquer, en passant, que je ne suis pas d'accord avec M. Alplioiisc Miliic Edwards au sujet de la non-cohabitation de plusieurs Cerfs avec le Kennc (voyez VÉtude de la grotte de Lourdes, par ce savant). Ici deux Cerfs ont été les contemporains du Renne. (2) Etude comparative des allavions quaternaires ancienaes et des cavernes à osse- ments. ~ Paris, J.-B. Baillièrc; Toulouse, Delboy. ^)6 F. «AKRIGOU. pectivemeiit H chacun des trois âges précédents, âges de TOurs, du Renne, de la pierre polie (l). Les fouilles de la grotte d'AUiat ont donné la certitude que ces trois âges paléontologiques (2) ont existé autour de Tarascon, sur un rayon de 3 kilomètres au plus, suivant les conditions de gisement indiquées dans mon travail déjà cité. On aurait donc sur ce point seul des Pyrénées, développés sur le même lieu et par conséquent d'une manière successive, des fossiles dif- férents indiquant que l'homme a existé pendant : 1° L'âge de VUrsus spelœus (grand Ours des cavernes); 2" L'âge du Cervus tarandus (Renne); 3° L'âge de la pierre polie ; /f L'âge du bronze et du fer. Nous pourrons donc plus que jamais applif[ner à la vallée de Tarascon, désormais la plus caractéristif[ue au point de vue de l'antiquité de l'homme, cette phrase de M. d'Archiac : « Nous aurions ainsi, dans celte seule vallée de l'Ariége, les » éléments d'une chronologie humaine que nous n'avons encore » trouvée nulle part aussi complète sur un aussi petit espace. » (1) J'ai donne a l.i Société d'antliropologio de Paris la description dos grottes de rage du bronze et du fer dans la vallée de Tarascon. (2) J'ai dit aussi, dans le travail déjà cité, que VElephtis uniiqmts deviendrait peut être le Maniniiférc caractéristique d'une époque quaternaire plus ancienne que celle de lOurs et du Manunouth. OBSERVATJONS SUR QUELQUES POINTS DE i;ilISTOmE NATURELLE DES CÉPHALOPODES, Par M. P. FISCHER. (Suite.) Depuis la publication de ma première note sur les Céphalo- podes (1), j'ai étudié de nouveau ces Mollusques dans l'aqua- rium d'Arcachon, Mes récentes observations, faites durant les mois de juillet et août 1867, m'ont permis soit d'ajouter quel- ques détails à l'histoire naturelle des Céphalopodes, soit de rectifier quelques assertions inexactes. Sèche {Sepia officinalis). L Nourriture. — L'usage des bras tentaculaires des Sèches m'était absolument inconnu avant que j'aie eu la satisfaction de les voir en mouvement dans une matinée du mois d'août. Un caisson de l'aquarium renfermait depuis près d'un mois une Sèche de taille moyenne qui, pendant ce temps, n'avait jamais pris de nourriture. On lui jeta un Poisson vivant iCaranx) d'assez grande dimension ; celui-ci nagea sans défiance et se dirigea vers la retraite de la Sèche. A peine l'eut-eile aperçu que, par un mouvement d'une rapidité et d'une précision pro- digieuses, elle déroula et lança ses deux bras tentaculaires, saisit le Poisson et l'attira vers sa bouche. Les bras tentaculaires se rétractèrent aussitôt et disparurent, mais les bras sessiles s'enroulèrent solidement autour de la tète et de la partie antérieure du corps du malheureux Poisson. Les deux premières paires de bras sessiles étaient placées au-dessus du dos et les deux autres paires au-dessous de l'abdomen de la victime ; leurs ventouses étaient appliquées sur ses téguments. (1) Annales des sciences naturelles, Zool. 5'^ série, t. VI, p. 308. 5<^ sénc. ZuoL. T. VUl. (Cahier n" 2.) 3 7 98 FISUER. Le Poisson, enlacé de la sorte, ne put exécuter aucun mou- vement. Assurée de sa proie, la Sèche ne la quitta plus et, malgré son poids relativement énorme, la transporta dans toutes les directions en nageant aisément; elle ne se reposa jamais sur le fond du bassin ou sur les rochers. Le corps du Poisson était maintenu horizontalement; sa queue libre dépassait à gauche les tentacules de la Sèche ; sa tête était cachée sous la base des bras. Une heure après l'avoir saisi, la Sèche le laissa tomber au fond de l'eau ; le crâne avait été ouvert; le cerveau était mangé ainsi qu'une partie des muscles du dos. L'usage des bras tentaculaires n'est donc plus douteux; ils servent à saisir les aliments (l). J'ai pu vérifier le fait une deuxième fois en examinant les Calmars. Placés au milieu d'une troupe de petits Poissons, ils les poursuivaient et cherchaient à les atteindre avec leurs bras tentaculaires. Ces bras, norma- lement appliqués l'un contre l'autre par leur surface munie de ventouses, s'écartaient alors et s'allongeaient légèrement. IL Progression. — La progression modérée en avant ou en arrière n'est pas due seulement à l'action des nageoires margi- nales, comme je l'ai avancé; le jeu de l'entonnoir est manifeste et l'on peut s'en assurer en suivant ses modifications dans les différentes directions que prend l'animal. S'il se porte en avant, l'entonnoir est recourbé en avant et forme presque un angle droit avec le grand axe du corps. Dans la natation rétrograde, le siphon devient horizontal ; il se place à droite ou à gauche quand la Sèche veut tourner, et se recourbe fortement d'avant en arrière lorsqu'elle monte vers la surface de l'eau. Ces changements de forme de l'entonnoir sont indiscutables et l'on ne peut mettre eu doute leur influence sur la direction suivie par l'animal, mais les nageoires marginales ne sont pas moins utiles et je soutiens que leur rôle est considérable dans la natation modérée. On voit leurs ondulations commenceu à la (1) « Elle (la Sèche) attrape les poissons avec les longs appendices que j'ai décrits, » et ce n'est pas seulement des petits poissons qu'elle prend ainsi, mais jusqu'à des ") Muges. » (Aristote, Histoire des uidmaux, trad. Camus. 1783, liv. x, p. 595.) I OBSERVATIONS SBft LES CÉPHALOPODES. 99 partie antérieure quand la Sèche se porte en avant, à la partie postérieure si elle se dirige en arrière ; elles changent brusque- ment lorsque la direction est modifiée. De même, les ondula- tions des nageoires du Calmar varient d'après la direction que suit l'animal. Pour trancher définitivement la question, il est nécessaire d'instituer des expériences directes; elles ont dû être pratiquées à Arcachon par plusieurs physiologistes et leurs résultats seront, je l'espère, prochainement publiés. Poulpe (Octoput vulgaris). I. Attitude normale. — En 1866, je n'ai pu examiner que deux Poulpes de petite taille. En 1867, j'en ai eu sept à ma dis- position, dont trois assez grands. Ils étaient répartis dans des caissons d'aquarium et des grands bassins. On avait disposé un abri pour chacun d'eux en taillant des excavations dans des fragments de roches. Ils ont pris posses- sion de leurs nouvelles demeures et s'y sont blottis. Quand l'un d'eux quittait son rocher et venait explorer le trou occupé par un autre, celui-ci s'irritait, changeait de couleur et cherchait à saisir l'intrus avec un des bras de la deuxième paire. Mais, soit que l'adhérence des ventouses s'obtienne difficilement sur leur corps, soit que les Poulpes aient l'art de s'en débarrasser, le combat se bornait à quelques étreintes saus gravité. Les bras de la deuxième paire (qui sont les plus allongés) servent principalement à l'attaque ou à la défense; les bras de la première paire sont employés plutôt à l'exploration; l'animal les glisse sous les pierres ou dans leurs intervalles, et s'il trouve une proie, l'attire vers sa bouche. Les Poulpes remuent peu dans la journée ; ils exécutent par- fois une manœuvre très-singulière ; leurs bras repliés sont agités d'une sorte de mouvement péristaltique rapide qui les enroule et les entortille. On croirait que l'animal se Hvre à une gymnas- tique spéciale. Les changements de couleurs surviennent par moments sans motifs plausibles; j'ai vu, mais une seule fois, un Poulpe pré- 100 FIJSUER. senter une coloration d'un brun vineux intense sur la moitié droite du sac et de la tête; l'autre moitié conservant une teinte •^via pâle. Quand le corps se couvre de verrues, on remarque un tubercule aigu à l'extrémité du sac. II. Nourriture. — Les Poulpes sont très-voraces; ils font une grande consommation de coquilles bivalves. On leur don- nait tous les jours une certaine quantité de Cardium edule vivants; ils les saisissaient et les maintenaient près de leur bouche, cachés sous la membrane interbrachiale et la base des bras. Après un tenqis variable, mais ne dépassant guère une heure, ils rejetaient les valves ouvertes et ne rentèrmant plus que quelques débiis du Mollusque (1). Ces valves étaient parfaitement intactes, on n'y apercevait aucune fracture ou trace de dents; les Poulpes doivent donc les entr'ouvrir doucement par un procédé que je ne connais pas. Les Cardium n'étant pas toujours hermétiquement clos au bord postérieur de la coquille, ou pourrait supposer que les ven- touses appliquées sur ce point attirent les liquides ou la chair du Mollusque et désorganisent ses tissus. Pour me mettre à l'abri de cette cause d'eneur, je jetai aux Poulpes des Pectimculus glycimeris de grande taille. On sait que leurs valves se joignent ou plutôt s'engrènent exactement, et qu'un épidémie villeux, très- épais, déborde la coquille. Les Pectimculus venaient d'être péchés et la résistance de leurs muscles rétracteurs des valves était telle qu'un homme n'aurait pu en triompher sans l'aide d'un instrument tranchant. Les Poulpes saisirent ces Pectunculus comme ils avaient pris les Cardium^ les cachèrent dans la membrane interbrachiale, leur firent exécuter quelques mouvements de rotation, et au bout de trois quarts d'heure les rejetèrent. Les valves étaient sépa- rées, les viscères dévorés et cependant on ne découvrait aucune entaille sur les bords de la co([uille. Cette expérience ne m'apprenant rien touchant le procédé (1) « Les Polypes clicrciieut surtout les coi|uilla};es; ils les nuiiasscat et eji tirent l;i » eliair pour la manger, c'est pourquoi ceux qui \ont ei la pèche du Polype connaissent » SCS retraites aux coquilles qui sont autour. >■ (Aristote, liv. vin, p. /i62.) OBSERVATIONS SUR LKS CP'PHALOPODES. 101 employé par les Céphalopodes pour ouvrir les coquilles, je choisis alors les Crustacés comme proie, et je donnai ainsi aux Poulpes leurs aliments préférés. Dès que le Poulpe voit un Carcinus mœnas approcher de sa retraite, il se précipite sur lui, le couvre complètement de ses bras étendus et de sa membrane interbrachiale ; les bras se replient autour de la victime, qui, saisie de toutes parts par un corps qui s'attache et se moule sur ses téguments, ne peut plus exécuter de mouvements défensifs. Pendant une minute, le malheureux Crustacé agite faiblement ses membres maintenus dans la flexion, puis les laisse retomber inertes et le Poulpe le porte dans son abri. Là, il fait prendre au corps du Crabe dif- férentes positions dont on peut juger par la forme des saillies de la membrane interbrachiale, mais ne l'abandonne jamais, et une heure après, en rejette les débris. La carapace est vide et séparée des viscères adhérents au plastron sternal ; les pattes sont presque toutes coupées à leurs insertions; les muscles des pattes et une portion des viscères sont mangés; les muscles ont été saisis jusque dans les loges solides qui les renferment. Jamais la carapace n'est percée, pas plus que d'autres pièces du dermato -squelette. Le Crabe a-t-il été ouvert par le Poulpe comme il l'est par les pécheurs, quand ils saisissent les pattes et attirent à eux le plastron sternal en le séparant du céphalo-thorax? Je l'ignore, mais le procédé employé par le Poulpe ne doit pas différer sensiblement de celui qu'il met en œuvre pour ouvrir les co- quilles bivalves. Comment agit-il pour tuer le Crabe? Plusieurs fois j'ai fait lâcher prise aux Poulpes qui avaient saisi des Carcinus depuis une ou deux minutes ; ceux-ci étaient déjà morts. Plongés immédiatement dans un grand bassin d'eau de mer, ils n'ont pas respiré; les membres postérieurs ont exécuté seulement quelques mouvements tétaniques assez faibles. Les Crustacés, examinés dans ce cas avec l'attention la plus scrupuleuse, ne présentaient à l'extérieur aucune lésion appré- ciable. J'ai enlevé la carapace ; tous les viscères m'ont paru 102 FisniR. intacts, spécialement le cœur et les branchies. H faut par consé- quent rejeter l'hypothèse d'une désorganisation des tissus sous l'action des ventouses. J'avais d'abord supposé que le Crabe était asphyxié par suite de l'occlusion des ouvertures afférentes de la cavité branchiale placées à la base des pattes ; mais si l'on essaye, par divers moyens, d'asphyxier un Crabe, il résistera plus d'une minute. Le problème me semble donc persister avec toutes ses diffi- cultés d'interprétation, aussi bien pour la mort des Crabes que pour celle des Mollusques acéphales. En effet, le Poulpe ne pourrait triompher de la résistance des muscles adducleurs des valves qu'après la mort du Mollusque ; la force de ces muscles dépassant celle de n'importe quelle masse musculaire du Poulpe. Quand le repas du Poulpe est terminé, il laisse les débris accumulés devant son refuge (1) et quelques-uns lui servent de clôture; il saisit par les ventouses de la base de ses bras des carapaces de Crustacés ou de coquilles vides et les maintient au devant de son corps. Les yeux seuls apparaissent au-dessus de cet abri et guettent de nouvelles proies; les bras sont tous rejetés de chaque côté du sac. La rapidité avec laquelle les Poulpes saisissent et entraînent leurs victimes, les changements de couleur de leurs téguments pendant l'attaque, les verrues qui les couvrent, donnent à ces animaux un aspect vraiment féroce. Cependant, quand ils ont mangé à leur appétit, ils laissent les Crabes se promener près d'eux, les toucher même sans faire mine de les attaquer. Ceux-ci, au contraire, donnent les signes d'une vive frayeur ; leur audace habituelle s'évanouit; il semblerait qu'ils se ré- signent à leur destinée et qu'ils subissent cette sorte de fascina- tion habituelle aux victimes en face de leurs ennemis. Un Poulpe mange tous les jours quelques coquillages et un Crabe; mais si la nourriture fait défaut, il supporte l'abstinence (1) « Il (le Polype) montre de l'ordre dans sa conduite. Il rassemble tout pêle-mêle » dans le domicile qu'il habite, et après qu'il a mangé ce qu'il y a do bon, il jette de- i> hors les coquillages et les enveloppes des Cancres et les nrètes de Poissons. » (Arist., Jiv. i\, p. 595.) OBSERVATIONS SUR LES CÉPHALOPODES. lOo durant plusieurs jours; les Sèches jeûnent plus facilement encore. L'épiderme des ventouses se renouvelle sans cesse et se dé- tache en totalité, surtout après les repas. L'eau est alors remplie de petits corps transparents, en forme de parachute ou d'om- brelle, dont le disque est rayonné. m. Progression. — La progression lente du Poulpe est très - bizarre ; il élève son sac au-dessus du sol et avance le long de l'aquarium en paraissant marcher sur la pointe des bras à peiue recourbés. Il avance ainsi rapidement sans employer le secours de l'entonnoir. C'est en réalité une allure de promenade; le sac reste courbé léQ;èrement en arrière. Mais dans un grand bassin, le Poulpe nage avec la plus grande aisance, et son allure n'a rien de la pesanteur que j'avais remar- quée en étudiant sa natation dans un caisson d'aquarium. La natation rapide est toujours rétrograde; le corps et les bras sont conqiris dans un plan horizontal parallèle à la surface de l'eau, et l'animal fde avec une grande vitesse; à chaque instant, une nouvelle impulsion déterminée par l'entonnoir accélère la natation; les bras restent absolument passifs. Ces organes sont réunis en deux fi\isceaux aplatis, un peu écartés sur la ligne médiane ; les bras du côté droit légèrement obliques à droite et ceux du côté gauche dirigés à gauche. Chaque faisceau de forme triangulaire se compose en dessus des trois premiers bras et en dessous du quatrième bras, dispo- sition qui rappelle celle des bras sessiles du Calmar. D'après leur longueur respective, les trois premiers bras peuvent être rangés dans l'ordre suivant : deuxième, troisième et premier; l'extrémité du deuxième bras forme par conséquent la pointe de chaque faisceau. Quand le Poulpe nage, sa coloration est un peu différente de celle qu'il présente au repos, et j'ai remarqué fréquemment une raie noire longitudinale partant en arrière des yeux. J'ai été témoin une seule fois de la natation du Poulpe en avant; il progressait très-lentement à la vérité. Les bras, divisés en deux l'aisceaux symétriques, étaieni rabattus d'avant en lO/'l FISBER. — OBSERVATIONS SUU LES CÉPHALOPODES. ai^rière. Cette position est éminemment défavorable à la nata- tion; la résistance de l'eau est beaucoup plus forte, et l'on comprend que l'animal en use rarement. IV. Respiration. — Le nombre des dilatations et des contrac- tions alternatives de la cavité branchiale n'a rien d'absolument rigoureux, quoique de beaucoup inférieur à celui qu'on constate chez les Sèches. Voici le résultat de quelques observations sur mes Poulpes : a. Grand individu au repos dans une caisse d'aquarium : 38 inspirations par minute. b. Grand individu placé dans les mêmes conditions : 33 inspi- rations. c. Petit Poulpe au repos dans un grand bassin : 33 inspi- rations. (/. Petit Poulpe au repos dans une caisse d'aquarium . 27 in- spirations. e. Poulpe de taille moyenne en mouvement dans une caisse d'aquarium : 50 inspirations. J'avais déjà trouvé de 38 ii tik inspirations pour un Poulpe de petite taille placé dans une caisse. On peut conclure que le nombre des inspirations se maintient en moyenne entre 30 et kO par minute pour l'animal au repos, et qu'il dépasse ce nombre dès que l'animal se meut. Il est probable que dans la mer le Poulpe respire beaucoup plus lentement. Dans nos caisses et nos bassins d'a((uarium, sa respiration est accélérée par suite de la viciation de l'eau ; les poissons que l'on y conserve paraissent au^^si gônés et respirent très-fréquemment, surtout dans la première période de leur séjour. MÉMOIRE SUR LA PUCE PÉNÉTRANTE OU CHIQUE {PULEX PENETRANS) Par M. Ci. BOIV^'ET, Médecin de la Murine. Extrait (1). Un séjour de trois années à la Guyane française, comme médecin de la marine, a permis à l'auteur de faire de nom- breuses observations sur la Chique ou Puce pénétrante, dont l'histoire naturelle et médicale a été d'ailleurs l'objet de plu- sieurs publications dues à Dayes, à MM. Path et Kolla, Vizy, Nieger, Brassac, Karsten, Guyon et plusieurs autres auteurs. Dans la première partie de son travail, M. Bonnet décrit avec beaucoup de détails la conformation extérieure et l'organisation intérieure de cet Insecte à l'état de larve aussi bien qu'à l'état parfait. Il passe ensuite à l'histoire de la reproduction de la Chique el de ses mœurs. Les extraits suivants feront connaître cette partie intéressante de son mémoire : J'ai été maintes fois assez heureux pour suivre au micro- scope toutes les phases de cet acte physiologique. La copulation de la Chique diffère de celle des Puces, en ce qu'elle ne s'ac- complit pas ventre à ventre. Le mâle étant le plus fort a l'ini- tiative; il se place d'abord sur le dos de la femelle (son rostre étant tourné vers l'anus de celle-ci), et se laisse glisser ensuite jusqu'à ce qu'il puisse saisir par ses pinces anales les deux valves qui, chez la femelle, débordent de chaque côté du cloaque. Une fois la pénétration du pénis opérée, on voit les ailerons péniens au dehors, les valves inférieures appliquées contre l'abdomen de la femelle et les supérieures coudées à (1) Cette monographie, qui \ient de paraître dans les Archives de médecine navale (t. Vni, juillet 1867), est accompagnée de 2 planches. i 06 e. BOi^iKET. angle droit. Les Chiques restent ainsi accolées anus contre anus pendant huit à dix minutes. Elles se maintiennent dans cette position en se cramponnant avec leurs pattes. On voit souvent le mâle, qui retient toujours la femelle au moyen de ses pinces, l'entraîner à sa suite. Les ailerons ne sont pas non plus sans action pour le maintien en place des deux Insectes, mais ils entrent surtout en jeu à la fin de l'acte pour opérer la sortie de l'organs. Le rapport ventre à ventre et l'entrelacement des pattes qu'on observe chez les Puces n'a lieu chez les Chiques que si on les excite et si on les amène à sauter. L'acte génésique est généralement accompli dans l'obscurité, je ne l'ai jamais observé pendant le jour; le plus souvent, dans mes essais de multiplication, il avait lieu dans le sable ou la sciure de bois. Si la fécondation doit avoir lieu, la femelle pé- nètre immédiatement dans l'épaisseur de la peau d'un animal quelconque, se loge entre le derme et l'épiderme et y reste pen- dant toutes les phases de l'ovulation, c'est-à-dire pendant six à sept jours. La fécondation se manifeste dès le deuxième jour de la pénétration par une augmentation de volume des deuxième et troisième anneaux abdominaux. Ces anneaux grandissent ensuite de plus en plus et dans tous les sens ; ils perdent toutes traces de tissus cornés, se fondent en une seule membrane, en refoulant d'une part les autres anneaux de l'abdomen et de l'autre les anneaux thoraciques, et finissent par former une sorte de sac ou kyste pouvant acquérir le volume d'un pois. Nous reviendrons d'ailleurs sur ce sujet en nous occupant des mœurs de la Chique; qu'il nous suffise pour l'instant de savoir que le sac, à un moment donné, est chassé des tissus et que la ponte commence. L'ovulation est donc la première phase des transformations successives par lesquelles va passer la Chique avant de donner l'être à son semblable : nous allons voir en effet qu'elle subit toutes les métamorphoses des Insectes parfaits. Elle sort de l'œuf à l'état de larve vermiculaire, et avant de naître Puce pénétrante, elle se chrysalide dans un cocon de soie. L'œuf a la forme d'un ovoïde allongé ; sa couleur est d'un Ml'MOTRIi SUR LA PUCE P1Î:NÉTRANT!' . 107 blanc nacré, son contenu, finement granuleux. Ses dimensions après la ponte sont : diamètre longitudinal, 0'",000i (dix millièmes); diamètre transversal, 0", 0003 (dix millièmes). Le nombre des œufs est considérable; j'en ai compté plus de cinquante après une ponte, et il en restait un beaucoup plus grand nombre dans le sac ovigère. La ponte commence une fois l'ovulation terminée. Il n'est pas indispensable pour cela que l'Insecte ait acquis ses dimensions les plus élevées, il suffit qu'il renferme des œufs suffisamment développés. Ainsi la ponte a aussi bien lieu par des sa<'s qui ont à peine le volume d'un grain de millet que par des sacs qui ont la grosseur d'un pois. Les œufs pondus dans le premier cas sont seulement en moins grand nombre, mais ils sont aussi avancés, puisqu'ils donnent naissance à des larves. La sortie de l'œuf se fait avec une certaine force ; il est projeté quelquefois à la distance de 0'",0-2. Cette sortie a-t-elle lieu le sac étant dans les tissus ou en dehors? Quoique l'ouver- ture épidermique qui correspond à l'anus de la Chique soit restée béante, et permette par suite de supposer que la ponte puisse s'opérer, le sac étant encore emprisonné, nous pensons plutôt que l'inflammation expulsive déterminée par la présenée de la Chique d'une part et les manœuvres d'extraction de l'autre, chassant au dehors le sac dont les œufs sont suffisamment dé- veloppés, la ponte a lieu à l'air libre par les seules contractions de la Chique encore vivante. Dans le premier cas, l'œuf serait projeté au hasard, et la larve pourrait ne pas trouver une nourriture convenable : car la Chique n'a pas comme la Puce la prévoyance ou le pouvoir de déposer à côté des œufs des boules de sang desséché. La na- ture paraît cependant y avoir suppléé. C'est le cadavre de la mère qui servira de premier aliment à la larve; c'est du moins ce que nous avons toujours observé dans nos essais de repro- duction. La larve n'a vécu et subi les métamorphoses que lors- qu'elle a trouvé, dès le début, à ses côtés, les débris du sac. Toutes les fois que nous avons voulu la nourrir, soit avec du sang, soit avec de la viande fraîche on non, la mort s'en est 108 «. BOÎ^MET. toujours suivie. Si ce fait était acquis, il prouverait nianifeste- inent que la ponte a toujours lieu à l'air libre et non dans le tissu cutané. La circonstance suivante vient corroborer cette opinion. Nous n'avons jamais rencontré des œufs ni à l'ouver- ture épidermique ni sur la peau, et cependant, maintes fois, le sac était à peine extrait que la ponte avait lieu. Si l'œuf se trouve dans un milieu convenable, il parcourt rapidement toutes les phases de l'ovulation ; on voit dès le deuxième jour le contenu granuleux former des véritables vé- sicules. Un des côtés do l'œuf s'aplatit, s'excave même. Autour de cette dépression ovalaire se forme une sorte d'anneau plus foncé, formé par les granulations elles-mêmes, plus serrées. C'est la vésicule germinalive qui contient à son centre une tache germinative très- apparente, à un grossissement de 500 diamètres. C'est là que vont s'opérer les dernières trans- formations et que se formera la larve. Bientôt celle-ci se recon- naît à travers la coque de l'œuf; on la voit repliée en deux, elle se développe rapidement, les mouvements apparaissent. Le volume de la larve allant toujours croissant, l'œuf finit par éclater dans le sens de son grand diamètre, et la larve sort de l'œuf pour jouir de la vie. Il n'est pas toujours nécessaire que la ponte ait lieu pour que les métamorphoses de l'œuf s'opèrent. J'ai vu souvent des sacs privés de la vie renfermer des œufs fécondés et assez développés pour produire des larves. Dans ce cas, on voit le sac distendu éclater par suite du développement des œufs', et ceux-ci , une fois au dehors, se comportent ensuite comme les œufs pondus. Nous avons dit qu'il fallait à l'œuf, pour se transformer, un milieu et une température convenables. Nous avons pu en juger par les nombreux essais infructueux tentés pour obtenir des larves. Ce résultat n'a été atteint que lorsque les œufs ont été mis dans un mélange de sable fin et de sciure de bois contenu dans une boîte fermée par un couvercle. Les grands change- ments de température sont nuisibles ; Tair chaud et humide favorise et hâte les métamorphoses de l'œuf. MÉMOIRE SUR LA PUCE PÉNÉTRANTE. 109 Dans les conditions les plus favorables, l'ovulation dure huit à neuf jours. Elle peut se prolonger jusqu'au quinzième jour. A la sortie de l'œuf, la larve de la Chique est d'un blanc nacré, transparente; plus tard elle devient grisâtre. Elle est ver- miforme, apode, sans yeux, douée de mouvements très-vifs et assez variés. Elle marche en serpentant. Le plus souvent, le mouvement de progression a lieu dans uu plan vertical, quel- quefois dans un plan horizontal. Au moindre contact un peu brusque, elle s'enroule sur elle-même à la manière des iules. La progression s'opère : 1° à l'aide des crochets implantés à la face inférieure de l'anneau céphalique; ce sont eux qui déter- minent le mouvement de traction; 2° par les deux appendices mamelonnés de l'anneau caudal, qui servent de point d'appui pour la propulsion. Nul doute que la marche ne soit aidée aussi par les poils implantés sur les divers segments, surtout par les deux longues soies qu'on remarque de chaque côté, à la l'éunion des faces latérales et inférieures de chaque anneau, et par celles qui surmontent, en aigrettes, les appendices de l'anneau caudal. A la naissance, les dimensions de la larve sont les suivantes : longueur, 4°"", 7822; épaisseur, 0""", 1729. La larve grossit rapi- dement, et en quelques jours (huit à dix), elle atteint son plus grand développement. Sa longueur est alors de 2""", 2610, et son épaisseur de 0"°", 3590. Au moment oi^i elle sort de l'œuf, la larve est d'un blanc nacré. Aussitôt qu'elle a mangé, on voit se dessiner le tube di- gestif qui se colore plus ou moins suivant les aliments qu'elle a ingérés. En avançant en âge, elle revêt une teinte grisâtre qui se généralise de plus en plus; ses dimensions vont en se déve- loppant progressivement ; elles augmentent surtout quant à l'épaisseur, qui a doublé, à peu de chose près, au moment oîi la larve file son cocon. La durée de l'existence de la larve est d'en- viron dix jours, quelquefois quinze; pendant tout ce temps elle vit à couvert. Les larves que j'élevais étaient toujours enfermées dans le sable ou dans la sciure de bois; aussitôt que, par uu mouvement brusque, je les amenais à la surface, je les voyais pénétrer immédiatement dans le milieu où elles vivaient. Elles 110 Ci. BONNET. ne pouvaient cependant être inconamodées par la lumière, étant dépourvues d'organes de k vision. D'autre part, les essais étant faits dans des boîtes à peu près hermétiquement fermées, la tenjpérature devait avoir peu d'action sur elles. Il n'y avait que la sensibilité tactile qui pût prévenir ks larves du changement de Mïheu, et les avertir qu'elles n'étaient pas suffisamment à l'abri, soit des intempéries de l'air, soit des attaques de leurs nombreux ennemis, les Fourmis surtout, en si grand nombre à la Guyane française. L'alimentation des larves paraît être exclusivement animale. Leur organisation mandibulaire prouve qu'elles doivent se nour- rir de détritus plus ou moins putréfiés. Placées dans du sable parfaitement lavé, elles sont toutes mortes au bout de deux jours; dans le sable à l'état naturel ou dans la sciure de bois, elles ont vécu plus longtemps, mais aucune n'a donné de cocon. Le môme résultat a eu lieu en leur donnant pour nourriture des matières végétales divei'ses ou des tissus animaux frais ou putréfiés. 11 en a été de même avec des animalcules vivants. Le sac de la Chique qui a contenu les œufs paraît surtout convenir aux larves. Toutes les fois (jue j'ai laissé à leur portée le sac d'où elles étaient nées, les larves ont vécu et se sont chrysalidées. Je les ai vues alors attaquer rapidement ce sac, s'introduire dans son intérieur et en faire disparaître non-seulement les organes, mais les œufs qui n'avaient pas été pondus. Ainsi, si la mère- Chique ne dépose pas, comme la mère-Puce, à côté des œufs qu'elle met au monde, un aliment tout préparé, c'est qu'elle sait qu'elle servira elle-même de nourriture à la jeune larve. Est-ce à dire pour cela que le sac soit sa nourriture exclusive? Nous ne le pensons pas, nous croyons au contraire que la larve pourra trouver partout, dans le sable, dans les débris de ba- layures ou dans les ordures des planchers, surtout dans de vieilles cases malpropres ou abandonnées, assez de détritus organiques pour servir à son alimentation. Nous avons été envahi un jour par une quantité considérable de Chiques dans le cabinet d'une maison qui paraissait très-proprement tenue; nous en avons reconnu la cause en trouvant dans un coin des produits de ba- I MÉMOIRE SUR LA PUCli PÉNÉTRANTE. 111 layiires amoncelés et abandonnés depuis plus de quinze jours : nous n'y avons observé cependant aucun débris de sac. Ce fait explique la quantité innombrable de ces Insectes qui pullulent dans quelques huttes abandonnées. On voit ce tait surtout avoir lieu dans les carbcts anciennement habités par les Indiens. Quelques-uns de ces carbets ont môme reçu des habitants le u la fréquence des Chiques. Ces Insectes sont aussi communs dans la saison sèche que dans l'hivernage. Si l'homme en est plus souvent incommodé au commencement des pluies, c'est que, en cherchant un ahri contre les eaux pluviales, la Chique se rap- proche des lieux habités, et trouve ainsi à sa portée une nourri- ture préférée et un endroit propice à l'incubation de ses œufs. En thèse générale, c'est pendant la saison sèche que la multipli- cation peut s'opérer sans entraves et sans dangers. Il est évident que les pluies torrentielles des régions équatoriales doivent faire périr une quantité innombrable de Puces pénétrantes. Leurs œufs déposés sur le sable sont bien plus exposés encore ; il en est de même des larves qui ne pouvant fuir assez vite sont né- cessairement vouées à la mort. D'autre part, si les pluies trop abondantes sont un danger fréquent pour la Chique, un soleil trop ardent ne leur est pas moins funeste. Nous nous sommes assuré par des expériences réitérées que non-seulement les larves et les œufs, mais l'Insecte parfait et la chrysalide, sont frappés à mort par l'action d'un soleil trop chaud. C'est probablement pour ces motifs que la larve, aussitôt sa naissance, s'enterre sous le sable, la sciure de bois, les décombres, etc.; que le cocon est filé à l'abri de la lumière, et que la Chique elle même recherche toujours les endroits les plus obscurs. Les Puces pénétrantes fout beaucoup de mal à la plupart des animaux alliés à l'homme. Les Porcs, les Chiens, les Chats, les Brebis et les Chèvres en souffrent beaucoup ; il en est de même des Chevaux, des Mulets, des Anes et des Bœufs. Les Singes paraissent ne pas en être attaqués : un Saimiri ou Singe-Écureuil , que j'ai gardé pendant trois ans à la Guyane, n'a jamais eu de Chiques. J'ai observé la même immunité chez un Coati (1) pos- sédé par un de mes amis : pareille chose m'a été assurée pour le Brachiure capucin de l'Orénoque. Quant à l'opinion d'Azara, que les mêmes animaux à l'état sauvage en sont exempts, elle peut être vraie en général, mais jious avons déjà dit qu'elle n'était pas exacte en ce qui concerne les Cochons marrons. Les (1) Nasua subursus. 12/l G. BONIVET. Agoutis (t), les Pacs (!2) et les Akouchis (3) k l'état privé sont attaqués par ces Insectes. Nous n'en avons jamais observé chez les Oiseaux privés ou sauvages ; il en a été de même pour nos Oiseaux de basse- cour. Jusqu'ici en nous occupant du degré de fréquence des attaques de la Chique envers l'homme et les divers animaux, nous n'avons voulu parler que de la Chique femelle, qui, pour l'incubation de ses œufs, s'introduit et s'emprisonne dans le tissu cutané. Est-ce à dire pour cela que le mâle n'attaque pas les mêmes animaux? Levacher et la plupart des naturalistes ont résolu cette question par la négative. S'ils ont voulu dire qu'il n'y avait aucun accident à craindre du mâle, ils ont eu raison, car il n'y a de danger à courir que par suite du séjour de l'Insecte dans l'épais- seur de la peau. Or le mâle ne pénètre jamais, mais il se trouve très-fréquemment à la surface de l'enveloppe cutanée. Dassier en a vu un sur son propre corps : j'ai souvent constaté leur pré- sence sur moi-même ; il m'est 'arrivé, un jour que j'avais été assailli dans une de mes excursions par un nombre considérable de Chiques, de reconnaître douze mâles sur les vingt-deux indi- vidus que j'avais pu saisir. J'ai observé aussi en m'appliquant sur un point quelconque du corps des mâles et des femelles (non fécondées), recouverts par un verre de montre, qu'ils s'y com- portaient (le la même manière, c'est-à-dire qu'ils s'attachaient à la surface de la peau par les crochets de leurs pattes, et qu'ils perforaient l'épiderme avec leurs mandibules. J'en ai conservé ainsi toute une nuit, et le lendemain aucun de cesinsectes n'avait pénétré, mais ils étaient tous collés contre la peau d'une manière assez intime pour que j'eusse de la peine à les détacher. J'ai re- connu, au moyen d'une loupe puissante, que leurs mandibules avaient pénétré plus ou moins profondément et avaient traversé l'épiderme, ce dont j'étais certain d'ailleurs par la sensation que j'éprouvais lorsque le derme était atteint. Qu'y a-t-il d'extraor- dinaire à ce que le mâle obéissant aux mêmes instincts et aux (1) Cavia Af/itti (L.), Dasy procta acuti (Azara). (2) Cavia Paca, Cœlogenuf; subniger (F. Cmicr). (3) Dasyprocta Acuschy (Desm ), MÉMOIRE SU!l LA PUCl': PÉNÉTRANTE. 125 mêmes besoins se jette, comme la femelle, sur l'homme ou les animaux pour en tirer sa nourriture? N'ayant pas à s'occuper de l'incubation des œufs, il n'a aucun motif pour s'introduire sous la peau, tandis qu'il la piquera pour sucer le sang, son aliment de prédilection et peut-être le seul assimilable pour lui ; d'ailleurs leurs congénères les Puces ne font pas autre chose. Ce qui ex- plique suffisamment pourquoi la Chique mâle a échappé si long- temps à l'observation des naturalistes, c'est que, outre que ses dimensions sont microscopiques, ses atteintes ne sont suivies d'aucun accident, et n'amènent même pas une sensation appré- ciable. Dans mes expériences, je n'aurais certainement pas fait attention à la sensation légère que j'éprouvais à la suite des pi- qûres du derme si je n'avais été prévenu d'avance, et si je ne m'étais pas appliqué ces Insectes sur des parties douées d'une sensibilité exquise, à la paume des mains ou à la face interne de l'avant-bras. Nous avons ici un oubli à réparer : nous nous sommes longue- ment occupé des diverses conditions de frétjuence des Puces pé- nétrantes, sans dire lequel des sexes l'emportait sur l'autre. Question difficile à résoudre et que nous ne ferons qu'effleurer, parce que nous pensons qu'elle exige de nouvelles recherches. En admettant, comme cela m'est démontré, que toute Chique femelle meurt après la ponte, les Chiques mâles, toutes choses égales, devraient être en nombre beaucoup plus considérable, car, quelle que soit la durée de son existence, elle dépassera tou- jours celle de la femelle. La nature nous a paru avoir prévu le cas : nous avons cru remarquer dans nos essais de reproduction que le nombre des femelles l'emportait sur celui des mâles dans les rapports de 5 à 1. La Puce pénétrante, à sa sortie du cocon, est beaucoup plus petite que la chrysalide qui lui a donné naissance ; c'est ce que l'on peut voir en examinant celle-ci dans sa dernière phase de transformation : on remarque alors que l'envelopiie (pii entom-e toutes les parties de la Chique qui va naître est très-ample, et ne lui adhère (jue par quelques points; l'Insecte se meut déjà dans son intérieur, et doit la déchirer avant de })erforer le cocon qui 126 G. BOWNET. l'emprisonne. Au moment où l'Insecte parfait vient au monde, il reste quelques moments sans faire de mouvements : on le dirait fatigué du travail auquel il vient de se livrer pour se procurer la liberté. Sesdimensions sont à peu près celles qu'il aura toujours ; sa couleur est bien moins foncée. Bientôt on le voit se mettre à sauter dans tous les sens. La Chique, de même que la Puce, est admirablement organisée pour le saut. Nous avons vu que ses pattes méta-thoraciques sont très-longues, puisqu'elles attei- gnent la longueur du corps; aussi fait-elle des sauts prodigieux en comparaison deses dimensions : ils atteignent quelquefois une hauteur d'un pied et même plus. Pour effectuer le saut, elle se ramasse sur elle-même, et après s'être assurée que la surface est résistante, elle rapproche ses pattes les unes des autres en ployant leurs articulations, puis s'élance en se détendant comme un ressort sur ses pattes de derrière. Si rien n'inquiète la Chique, elle reste le plus souvent sans se mouvoir ; on la voit alors accroupie sur elle-même, ses pattes ployées et son ventre touchant à terre ; sa tête est inclinée sur son thorax et son rostre situé entre ses hanches. La vitesse de sa marche est assez grande : elle parcourt environ 10 centimètres en trente secondes, c'est-à-dire à peu près trente-six fois la lon- gueur de son corps en une seconde. Elle marche avec la plus grande facilité à l'aide de ses crochets sur des surfaces très-iu- clinées et très-polies (du verre, par exemple) : elle s'y maintient même si la surface est renversée ; elle passe la plus grande partie de son temps enfouie dans le sable ou la sciure de bois, surtout pendant la journée. Dans mes flacons, je n'apercevais les Puces h la surface que pendant la nuit ou dans une demi-obscurité ; mais si je leur communiquais un choc ou mouvement môme .m très-léger, elles remontaient toutes à la surface pour s'enfouir de ■ nouveau peu d'instants après. " Les Chiques peuvent rester longtemps sans manger ; j'en ai gardé pendant plus d'un mois dans un vase qui ne conteiiait que du sable, que j'avais eu soin de laver à plusieurs reprises à l'eau distillée. Elles me paraissaient se porter aussi bien que celles que j'avais dans d'autres tlacons, et qui avaient à leur disposition MÉMOIRli SUR LA PUCIi PÉNl^TRÂNTE. 127 de la viande saignante et des détritus organiques : elles étaient seulement plus petites. Nous ne reviendrons pas sur les détails concernant leur genre d'alimentation ; nous en avons parlé. Il en est de même de la co- pulation et de la fécondation, que nous avons étudiées en même temps que les appareils destinés à en accomplir les fonctions. 11 nous reste donc, pour terminer ce qui a trait aux mœurs des Puces pénétrantes, à nous occuper de la partie véritablement essentielle de leur histoire, c'est-à-dire des moyens qu'elles em- ploient pour perforer l'épiderme dans le but de se nourrir et pour s'emprisonner pendant la durée de l'incubation. Il ne doit certainement pas être bien difficile à la Chique, dont les dimensions sont microscopiques, de trouver toujours une voie pour arriver jusqu'à la surface cutanée de l'animal qu'elle attaque. Chez l'homme, qui est le plus généralement vêtu, elle pourra toujours traverser certains vêtements par les coutures, sinon par les mailles du tissu lui-même ; une fois arrivée à la peau, elle n'aura plus 'qu'à choisir le point à perforer, qu'elle atteindra aisément. Mais delà à croire que la Chique puisse tra- verser les chaussures les plus dures, et cela avec autant de faci- lité qu'elle en met pour pénétrer l'épiderme le plus coriace, il y a loin : quoique cette assertion ait été avancée, nous n'y croyons pas, et voici pourquoi : nous nous sommes appliqué des Chiques fécondées sur la paume de la main gantée de peau, et jamais il n'y a eu pénétration de la peau de gant ; tandis que toutes les fois que nous avons employé des gants de soie ou de fd, nous les avons trouvées au bout de quelque temps à la surface de la peau. Dans tous les cas, les vêtements sont au moins des obstacles ; ainsi nous avons vu que ceux qui marchent sans chaussures et ceux qui sont à peine vêtus ont plus de Chiques que les autres. Dès que la Chique est parvenue à la surface de la peau, elle choisit son point d'attaque; elle s'y fixe à l'aide de ses pattes armées de crochets, et commence à piquer l'épiderme avec l'extrémité de ses deux mandibules, qui, étant jointes, ne for- ment qu'une seule lancette Ce premier temps de la perforation s'opère rapidement; car outre que les extréiuités sont taillées en 128 «. B01\'I\ET. pointe très-acérée, elles offrent deux à trois dentelures très- rapprochées les unes des autres et tournées vers l'avant. Aussitôt que la pointe est engagée dans la petite boutonnière de l'épidernie, la Puce pénétrante fait agir chacune des mandi- bules-scies par des mouvements de va-et-vient cpii s'opèrent en sens inverse l'un de l'autre : c'est-à-dire que l'une va en avant tandis que l'autre revient en arrière, et réciproquement. Nous avons vu en effet, en décrivant les divers organes de la bouche, que les mandibules s'articulent à leur pivot de manière à pou- voir manœuvrer synergiquement ou isolément. L'œuvre de la perforation n'est pas continue; de temps en temps, l'Insecte se repose, et alors on voit le plus souvent les mandibules, par des mouvements d'abduction, s'écarter l'une de l'autre pour élargii* l'ouverture épidermique. Une fois l'épiderme traversé, le derme est attaqué de la même façon. Ici s'arrête le travail de perfora- tion du mâle et de la femelle non fécondée. Dès ce moment, la succion du liquide sa|guin peut avoir lieu. Par l'irritation qu'occasionne la piqûre des lancettes mandihulaires, il survient un afflux de sang, que l'animal n'a plus (pi'à pomper, soit à l'aide de son jabot, et par aspiration, soit nalurellement à l'aide du suçoir, qui au moment où les mandibules s'écartent l'une de l'autre est projeté en avant, pour piquer à son tour la partie saiç!;nante du derme. Dans ce mouvement du suçoir, une cer- taine quantité de sang pénètre dans le canal ipii traverse cet organe, leipiel revient ensuite à sa position primitive, pour recommencer son mouvement en avant, et forcer le sang qui remplit déji'i une portion du canal à pénétrer plus avant. Avant de se livrer à la perforation de l'épiderme, les Chiques ont soin de choisir le point le plus favorable. Lorsque j'en met- tais sous un verre de montre, en contact avec la peau, ce n'était qu'après un laps de temps plus ou moins long que je les voyais se mettre à lœuvre. Elles sautaient d'abord d'un point à un autre, commençaient quelquefois à un endroit pour l'aban- donner et recommencer ailleurs. C'est alors surtout qu'on voyait agir les palpes, qui se portaient le plus souvent en avant, s'écar- taient quelquefois l'une de l'autre et se rapi)rûchaient, et tout MÉMOIRE SUR LA PUCE PÉNÉTRANTE. 129 cela avec une très-grande rapidité : ou aurait dit que l'animal voulait tâter les différents points vulnérables avant de se décider à en choisir un. Aussitôt le choix fait, la manœuvre des scies commençait, les palpes se reportaient en bas, le long du thorax, et restaient en repos. Si le besoin de nourriture était le seul mobile qui poussât la Puce pénétrante à perforer l'épiderme, le choix du point d'at- taque devrait lui être indifférent. Il porterait généralement sur les endroits où l'épiderme est le moins épais et le plus facile à atteindre. Il n'en est pas de même lorsque c'est l'instinct de la reproduction qui est en jeu. Il faut alors à la Chique fécondée une région où elle pourra se creuser une demeure convenable; aussi a-t-elle pour cela, comme nous le verrons plus tard, des régions préférées, tandis que le mâle et la femelle non fécondée piquent la peau un peu partout. J'ai constaté à trois reprises différentes la présence du mâle sur la peau qui recouvre la face dorsale de ma main, une fois à la face interne de l'avant-bras, et plus souvent à la face antérieure et interne de la jambe. II est évident que ces insectes se trouvant presque toujours à terre, ce sont les membres inférieurs, les jambes surtout, qui sont les premières assaillies. Lorsque le Pulex penetrans attaque la peau, il ne le fait pas toujours impunément : il ne peut, de même que la Puce irri- tante, fuir le danger, aussitôt qu'il est menacé; car une fois qu'il a engagé ses mandibules à une certaine profondeur, il ne peut les dégager rapidement. Aussi est-il à ce moment très-aisé de le saisir : mais il faut user de précautions pour ne pas briser dans la peau les mandibules, qui exigent un certain degré de traction pour être extraites. La perforation de l'épiderme n'est que le premier temps de l'œuvre de pénétration de la femelle féconde. Comme elle doit arriver entre les deux couches qui constituent la peau, il faudra qu'elle élargisse l'ouverture épidermique, pour permettre le passage du corps tout entier ; aussi, chez elle, les mouvements d'abduction des lancettes sont-ils plus fréquents et plus étendus. D'autre part, le diamètre des mandibules-scies allant croissant 5« série, Zool., T. VIH, (Cahier n» 3.) ' 9 130 G. BONNET. de l'extrémité à la base, l'ouverture épidermiciue sera plus grande au moment où la base des scies se trouvera engagée. A cet instant, il ne restera à la Chique qu'à présenter à l'orifice le sommet assez aigu du capuchon céphalique, dont la forme est, nous l'avons dit, celle d'un cône aplati sur ses côtés et à base postérieure. Alors, en s' aidant de ses pattes implantées sur la peau et des scies mandibulaires piquées au derme, elle pénétrera peu à peu en écartant les bords à la manière d'un coin. La tête une fois passée, le reste de l'animal, moins résis- tant et dont les anneaux peuvent s'imbriquer les uns sur les autres, devra suivre rapidement. Dès que la Chique a pénétré entre l'épiderme et le derme, elle commence par attaquer ce dernier, pour s'y creuser une loge qui augmentera plus tard en proportion du volume que prendra l'abdomen. On voit en effet, en enlevant l'épiderme qui recouvre la Chique plus ou moins grosse, qu'elle est logée dans une sorte de cupule, dont la profondeur mesure exacte- ment celle du sac, et qui est pratiquée en partie aux dépens du derme et complétée par l'épiderme et par un bourrelet du tissu cellulaire situé entre les deux couches cutanées. La Puce pénétrante, une fois dans sa loge, ne s'y meut pas comme l'Acarus, ne creuse ni sillons ni galeries, quoi qu'en ai dit Goudot, et ne s'enveloppe pas d'une vésicule blanche sphé- rique; ce que Goudot et d'autres, après lui, ont pris pour une vésicule de nouvelle formation, n'est pas autre chose que l'ab- domen de rinsecte. La position qu'elle prend, et qu'elle ne quittera plus, est invariablement la suivante : elle est comme implantée perpendiculairement, la tête et le thorax enfoncés dans le derme , et son extrémité anale est fixée à l'orifice d'in- troduction, qui reste béant pour laisser à l'insecte emprisonné une voie de communication avec l'air extérieur. C'est par là que l'animal respire et qu'il peut rejeter au dehors les éléments excrémentitiels. Ce dernier fait est pour nous hors de doute ; nous en avons acquis la certitude toutes les fois que nous avons extrait un sac adhérent à l'épiderme ; le point où une aiguille pénétrait cette enveloppe sans difficulté correspondait toujours avec l'anus de la Chique. C'est ce qu'on observe avec la plus MÉMOIRE SUR LA PUCE PÉNÉTRANTE. 131 grande facilité à l'aide du microscope ; ou voit alors un orifice au fond duquel se reconnaissent les derniers anneaux de l'ab- domen. Auguste de Saint-Hilaire a écrit que les deux ou trois derniers anneaux de l'abdomen restaient en dehors de l'ouverture faite à l'épiderme et y faisaient saillie. C'est que fort probablement, au moment oîi ce naturaliste a observé ce fait sur lui-même, l'œuvre d'introduction de la Chique n'était pas complète. Dugès s'était élevé avec raison contre cette assertion, qui a cependant quelque chose de vrai, puisque nous venons de voir que ces animaux restent dans l'ouverture épidermique et s'y meuvent librement; mais ils n'y font pas saiUie au dehors. Il était de toute nécessité, pour que l'insecte pût vivre, que l'anus, le pygidium et le sac aérien du huitième anneau dorsal fussent libres dans le canal épidermique. C'est ce que l'on voit en examinant avec soin la partie du sac qui est intimement liée à l'épiderme. Cette adhérence ne commence qu'au sixième anneau et ne s'étend pas au delà du quatrième. Nous verrons plus loin, lorsque nous nous occuperons des modifications qu'éprouvent les tissus en contact, par suite de la présence d'un sac de Chique, que cette adhérence n'a pas seulement lieu par un dépôt de lymphe plastique, mais par la formation d'un enduit corné plus ou moins résistant, et qui a pour but de maintenir béant le canal épidermique. D'après Levacher, le Pulex penetrans s'introduirait non-seu- lement sous l'épiderme, mais pénétrerait quelquefois jusque sous le derme. C'est ce que nous n'avons jamais vu; disons plus, nous croyons la chose impossible, si l'existence de l'insecte, comme nous venons de le dire, n'est assurée qu'à la condition qu'il y ait hbre communication entre le sac et l'air extérieur. La pénétration de la Chique sous l'épiderme s'opère assez rapidement; nous avons constaté sur nous-mème qu'elle peut ne pas dépasser la durée d'un quart d'heure, mais c'est à la condition que l'animal ne sera point inquiété et surtout qu'il travaillera dans l'obscurité. Je n'ai jamais, dans mes expé- riences, vu une Chique s'emprisonner en plein jour, tandis qu'il suffisait que le verre qui la maintenait sur ma peau fût recou- 132 G. BONNET. vert pour qu'elle se livrât à sa besogne. Un simple mouvement de ma main arrêtait la manœuvre. Le travail d'introduction sous-épidermique, de même que celui de la perforation du derme, n'est pas continu; il y a des intermédiaires d'action et de repos; on s'en aperçoit facilement à la sensation qu'on éprouve. La pénétration de la Chique une fois achevée, il ne lui reste plus qu'à pomper ou à ingurgiter les sucs nécessaires à son existence et au développement du produit de la fécondation. Le premier signe de ce développement est accusé par la disten- sion des deuxième et troisième anneaux de l'abdomen, laquelle n'est pas occasionnée par l'ingestion d'une plus ou moins grande quantité de sang, comme le pensait Straus, qui assimilait ainsi le Piilex penetrans aux Tiques qui attaquent les animaux, mais qui est amenée par l'augmentation de volume des ovules fécondés. Et si l'on veut s'assurer qu'il n'existe à ce point de vue aucune ressemblance entre les deux insectes, il n'y a qu'à les ouvrir lorsqu'ils sont volumineux; on verra que le sac de la Tique ne contient que du sang, tandis que celui de la Puce renferme des œufs à des degrés divers d'incubation. D'autre part, je n'ai jamais vu des Chiques mâles se distendre comme une Tique, et cependant j'en ai conservé piqués à mon avant-bras pendant toute une nuit. A mesure que l'ovulation marche, les deuxième et troisième anneaux abdominaux se distendent de plus en plus ; ils se rap- prochent bientôt de la forme arrondie, en refoulant d'une part vers l'anus les six derniers anneaux, et d'autre part le premier anneau et le thorax vers la tête. Aucune de ces parties ne par- ticipe à la formation du sac. L'abdomen grossissant toujours, la Chique offre bientôt l'aspect d'un kyste ; à ce moment se trouve constitué le sac, que les nègres des Antilles désignent sous le nom de coco de la Chique. Les anneaux de l'abdomen se sont effacés ou ont disparu ; leur coloration est devenue plus uni- forme, plus claire, et l'on a sous les yeux une vésicule mem- braneuse blanchâtre, sphéro'idale, mince, transparente, et lais- sant voir, en saillie, les segments céphalique, thoracique et les anneaux rapprochés de l'anus, qui tranchent sur tout le reste MÉMOIRE SUR LA PUCE PÉNÉTRANTE. 153 par leur coloration plus foncée. Au bout de vingt-quatre heures, le sac a déjà le volume d'un grain de millet; il peut acquérir celui dun pois dans les deux ou trois jours qui suivent. La forme du sac, au moment oh il a acquis ses plus grandes dimensions, est celle d'une lentille sphérique biconcave. Les surfaces concaves correspondent aux extrémités céphalique et anale, et sont, par conséquent, aux deux bouts du diamètre lon- gitudinal. C'est à leur centre qu'on voit, d'une part la tête, le thorax et les pattes, et de l'autre l'anus et le pygidium. On dirait que le sac, retenu par les organes intérieurs, n'a pu suivre, dans le sens antéro-postérieur, la distension de tous les autres points, qui ont pour ainsi dire dépassé les deux extrémités de l'animal. Le sac de la Chique est uni, très-tendu, d'une couleur et d'une épaisseur variables; son volume est subordonné au nombre des œufs développés, et non à la durée de l'incubation, puisque nous avons vu que de très-petits sacs accomplissent aussi bien la ponte que les plus grands. La couleur du sac est généralement blanchâtre ou d'un blanc grisâtre, quelquefois d'un rouge assez foncé et d'autres fois noi- râtre; ces différences sont évidemment dues à la nature et à la quantité des sucs ingérés. L'épaisseur du kyste est aussi très- variable : tantôt il est formé par une membrane d'une finesse extrême et très-transparente, au travers de laquelle on peut apercevoir non-seulement les œufs, mais les trachées et les autres organes, et tantôt elle est très-opaque. Cette opacité est- elle due à une hyperplasie interne ou au dépôt d'éléments plastiques appartenant aux tissus environnants? Elle reconnaît peut-être ces deux causes. Nous avons vu, en effet, en exami- nant avec soin le kyste, que l'on pouvait facilement détacher de la surface des plaques membraneuses de formation récente et constituées par des fibres de tissu cellulaire. L'épiderme adhère très-intimement au pourtour de l'anus de la Chique, et cela, nous l'avons déjà dit, à l'aide d'un enduit plastique de nature cornée plus ou moins résistant. Cet enduit forme un cercle rayonné, qui recouvre les quatrième, cinquième et sixième anneaux ; il est de couleur jaune clair, quelquefois 156 e. BONNET. rougeâtre. Ses rayons sont inégaux et sont dirigés de l'anus vers la périphérie. Il circonscrit un espace triangulaire à angles mousses dont le sommet est en bas, et au fond duquel on voit l'anus, le pygidium, la plaque cornée qui recouvre le sac aérien du huitième anneau et les deux glandes qui sont situées de chaque côté et au-dessous de l'anus. Ce cercle résistant, qui se continue avec l'orifice de l'ouverture épidermique, n'a pas seu- lement pour but de maintenir béant le canal de communication qui va du sac à l'extérieur, mais il doit servir de point fixe aux nombreuses fibres musculaires très-développées, qui vont en rayonnant des derniers anneaux de l'abdomen au cloaque et qui doivent entrer en action au moment de la ponte. Du côté de la tête, on voit partir au-dessus du thorax deux empreintes fibreuses assez épaisses et colorées en fauve, qui se portent l'une à droite, l'autre à gauche, se recourbent bientôt pour se diriger en bas et en dedans, jusqu'à la ligne médiane, où elles se joignent, en formant ainsi un cœur de cartes à jouer qui enclave le thorax. Il est très-probable que ces empreintes sont destinées à donner insertion à des muscles. En examinant le sac par transparence, on y aperçoit une quantité considérable d'œufs à divers degrés de développement, un nombre infini de trachées, et un canal foncé en couleur, qui part de la partie inférieure du thorax, se porte à gauche et se recourbe ensuite pour se diriger en arrière vers le cloaque : c'est le canal alimentaire. Si l'on vide le sac de la plupart des œufs qu'il contient et qu'on étudie la région anale à l'intérieur, on y voit, outre les rayons cornés dont nous avons parlé, la terminaison du tube digestif, qui se rend à la partie antérieure et supérieure ; en haut, de chaque côté du pygidium, deux grosses trachées qui se dichoto- misent bientôt ; plus haut, trois ou quatre trachées de chaque côté pour les quatre stigmates des derniers anneaux ; en bas, l'ori- gine de l'oviducte, canal cylindroïde volumineux, assez épais, qui se divise bientôt en deux branches, une droite et une gauche, lesquelles se dichotomisent à l'infini. Le diamètre des divisions de l'oviducte est en rapport avec le développement des œufs qu'ils renferment ; aussi c'est à côté du cloaque que se trouvent MÉMOIRE SUR LA PUCE PÉNÉTRANTE. 135 les œufs prêts à être pondus. Enfin, de chaque côté et en bas de l'anus, on aperçoit les deux glandes déjà mentionnées. Les divi- sions de l'oviducte, celle des trachées, le tube digestif et les ca- naux sanguins, forment dans l'intérieur du sac un lacis inex- tricable dans lequel on ne voit d'abord que des œufs. Ce lacis nage dans le liquide nourricier qui remplit tous les intervalles et détermine la tension du kyste. Enfin, j'ai trouvé dans beaucoup de sacs un peu volumineux un petit corps piriforme, à pointe recourbée, de couleur fauve assez foncée et dont je n'ai pu m'expliquer la nature. Ses dimen- sions sont en moyenne : diamètre longitudinal, 0""°,239ft ; dia- mètre transversal, 0''"",H97. Sa position n'est pas fixe : tantôt il est assez près du cloaque, tantôt à côté du thorax. Il m'est arrivé d'en voir deux dans le même sac, et d'autres fois il n'y en avait point. Quel peut être ce corps? Est-ce un organe apparte- nant à la Chique, une glande? Est-ce un corps étranger, un parasite peut-être? Il m'a semblé en effet reconnaître dans ce petit corps des traces d'organisation, qui m'avaient fait croire à la présence d'une larve dans son œuf. J'ai constaté qu'il était formé d'une enveloppe membraneuse, sorte de vésicule très- fine et très-transparente, laissant voir au travers un corps allongé replié en deux, offrant des traces de segments et dont les extré- mités effilées étaient dirigées du côté du bec recourbé. Je n'ai jamais pu pousser plus loin mon investigation. M. Karsten, dont je n'ai pu que rapidement parcourir le mémoire, lors de mon retour en France, m'a paru rattacher ce corps à l'oviducte. Si l'on extrait le sac de la peau sans le blesser, il est vivant ; on le voit se contracter et se dilater alternativement. Les appen- dices thoraciques et buccaux se meuvent avec rapidité ; le tube digestif et les annexes suivent, de même que chez la Chique non fécondée, les mouvements du suçoir. En outre de ces mouve- ments, il en existe un autre, plus vif et plus régulier, qui est dû aux contractions de l'appareil sanguin ; mais ces contractions ne sont pas continues, il y a des moments d'arrêt et de repos qui font croire à la mort de l'animal. Il suffit alors, même après plusieurs heures, d'une goutte d'eau ou de sérosité sanguino- lente mise en contact avec le rostre, pour opérer une véritable 136 Ci- B01VNET. résurrection. C'est par ces manœuvres que nous avons pu, pen- dant six à sept heures, jamais au delà, conserver des sacs vivants, et que nous sommes parvenus à observer la ponte au microscope. La ponte a déjà été étudiée avec l'ovulation; nous ne revien- drons que sur un seul point important, à savoir : comment elle s'effectue? De Geer, Cuvier, Latreille et Bajon pensaient que non-seule- ment l'éclosion des œufs, mais que toutes leurs métamorphoses s'effectuaient sous la peau, et c'était à la multiplication de l'in- secte qu'ils attribuaient les accidents dus à la présence du sac. Pour eux, les choses se passaient de la manière suivante : La Puce pénétrante fécondée, une fois introduite sous la peau, y trouvait des sucs indispensables à son alimentation et au déve- loppement des ovules; ceux-ci, par leur augmentation de vo- lume, distendaient bientôt le sac, qu'on croyait être une vésicule de nouvelle formation, au point de le faire éclater, et les œufs se répandaient dans la loge où était enfermé le sac. Là les œufs, trouvant des conditions d'abri et de chaleur favorables à leur incubation, donnaient naissance à de nouvelles Chiques, qui, fécondées à leur tour, produisaient, en passant par les mêmes phases, une nouvelle génération de Puces. Nous n'avons pas besoin de réfuter une opinion qui n'est plus admise et qui est en contradiction avec tous les faits acquis. Il est prouvé aujourd'hui que la ponte de la Chique s'effectue de la même manière que celle de la plupart des insectes, c'est- à-dire par les forces naturelles de l'animal. Ce fait, soupçonné par Dugès, admis par M. Nieger, est évident pour nous, qui avons vu plus de cent fois cette ponte s'opérer sous nos yeux, et qui en avons suivi toutes les phases à l'aide du microscope. Mais cette ponte se fait-elle le sac étant au dehors ou en dedans des tissus? Nous croyons que M. Nieger est le seul qui, jusqu'à ce jour, ait dit que l'éclosion avait lieu la Chique étant dans sa prison. Voici comment il s'exprime : « Lorsque les œufs » doivent éclore, il se forme sur l'épiderme, au niveau du point » noir, qui indique la présence du dernier anneau abdominal, » et par conséquent de l'anus ; il se forme, dis-je, un petit ori- 1 MÉMOIRE SUR LA PUCE PÉNÉTRANTE. 137 » fice qui n'est autre chose que l'anus dilaté de l'insecte. Les » œufs alors tombent au dehors et se répandent autour de l'in- » dividu sur lequel ils ont pris naissance.... A mesure que les » œufs sortent, l'ouverture qui leur livre passage s'agrandit et » finit bientôt par s'ulcérer. » Il est vrai que l'œuf sort par le même orifice épidermique qui a livré passage à la Chique pour s'introduire, mais c'est parce que la portion fl'épiderme qui adhère au pourtour de l'anus se détache et est entraînée avec le sac. Jamais nous n'a- vons vu des œufs éclos sur la peau de l'homme. Je ne nie pas que ce mode d'éclosion ne puisse s'opérer exceptionnellement, si l'incubation est terminée avant l'expulsion du sac; mais alors il arrivera de deux choses l'une : ou les 'œufs pondus sur l'individu tomberont, et leurs métamorphoses suivront leur cours, comme si la ponte avait eu lieu par le sac expulsé, ou bien les œufs se répandront sur des points ulcérés ou enflam- més, seront baignés par la sanie ou le pus, et dans ce cas il y aura arrêt dans la marche de l'ovulation. Nous avons essayé bien souvent de mettre des œufs du Pulex penetrans dans des plaies et des ulcères de certains animaux, Chiens, Lapins, Chats, etc., et jamais nous n'avons vu ces œufs éclore et mettre au jour des larves; ils se gonflaient par imbi- bition ou endosmose, et ils étaient perdus. Les mêmes expé- riences répétées avec divers liquides, tels que du sang, du pus, etc., ont donné les mêmes résultats négatifs. D'ailleurs, la larve elle-même ne peut vivre, si elle baigne dans un liquide ; elle s'y noie immédiatement. D'après ces faits, et pour d'autres motifs que nous avons déjà invoqués, nous croyons que la ponte n'a lieu qu'une fois que le sac est extrait ou expulsé des tissus. Lorsqu'on examine un sac de Chique au microscope, on peut reconnaître, à certains signes, que la ponte va avoir lieu. On voit d'abord le sac avoir des contractions fréquemment répétées. De même, les anneaux qui circonscrivent l'anus se contractent et se tendent autour de l'orifice anal, qui devient béant et prend d'abord une forme triangulaire, puis arrondie. L'œuf qui est parvenu à l'origine de l'oviducte arrive dans le cloaque^ çt gubit i?)S O. BONIVilT. alors un véritable mouveoient de bascule (}ui le fait se présenter par l'une de ses extrémités à l'onûce qu'il va franchir. A ce mo- ment, l'œuf, poussé, d'une part, de dedans au dehors, par les contractions expulsives de tout le sac, en même temps que le plancher anal pèse sur lui, traverse l'anus et le canal épider- mique, et cela avec assez de force pour être projeté à une cer- taine hauteur et tomber au-dessus ou à côté du sac. Au début, si la Chique n'est pas inquiétée, l'éclosion a lieu d'une manière continue : toutes les minutes un œuf est mis au jour. Il y a par- fois des moments de repos après la sortie de huit à dix œufs, et le travail recommence ensuite jusqu'à ce que tous les œufs qui ont parcouru toutes les phases de l'incubation soient éclos. Le nombre dés œufs pondus est très-variable : Campet en a compté seize à dix-sept; je suis arrivé, une fois, au chiffre soixante-cinq. Le plus souvent, il y en a une quarantaine, quel- quefois beaucoup moins, trois ou quatre seulement. On peut dire d'une manière générale, que le nombre des œufs pondus est proportionnel au volume du sac. Vers le fin de la ponte, les contractions sont moins fortes, les intervalles de repos plus longs et plus répétés; les œufs mettent plus de temps à sortir. Enfin, l'action musculaire devient insuffisante ; la Chique essaye inuti- lement de mettre un dernier œuf au jour, et tout mouvement s'arrête dans le sac. C'est le terme fatal de l'existence d'un insecte qui a accompli sa mission. Après la ponte, les œufs situés à côté du sac et quelquefois dessus sont le plus souvent entassés les uns sur les autres : ils ont,à l'œil nu, l'aspect d'une poussière blanche très-fine. Ils sont collés entre eux et sur le point où ils sont tombés, par une sorte d'enduit dont ils sont couverts. Cet enduit doit provenir proba- blement des deux petites glandes qui limitent les deux côtés de l'anus et sur lesquelles les œufs, à leur sortie, glissent à frotte- ment. Par celte sage précaution, la nature a évité que l'œuf, dont la légèreté spécifique est grande, ne fût projeté au loin, lorsqu'il doit rester à côté du sac qui servira de pâture à son pro- duit, c'est-à-dire à la larve (1). (1) La dernière partie de la monographie de M Bonnet est consacrée à rhistoire médicale de la Puce pénétrante, sujet qui n'est pas du ressort de ce recueil. RECHERCHES SUR LES NERFS DU NÉVRILÈME OU NER VI NER VORUM, Par M. C. SAPPBY. Le névrilème reçoit des filets nerveux qui sont aux nerfs ce que les vasa vasorum sont aux vaisseaux, d'où le nom de nervi nervorvm sous lequel je propose de les désigner. Leur existence dans la gaîne fibreuse des nerfs n'avait pas encore été signalée ; elle est constante cependant et peut être facilement démontrée. La disposition qu'affectent les nervi nervorum dans le névri- lème diffère peu, du reste, de celle que présentent les ramifica- tions nerveuses dans les autres dépendances du système fibreux. Comme celles-ci, ils suivent en général les artères ; comme elles aussi, ils échangent dans leur trajet de nombreuses divisions par lesquelles ils s'anastomosent, en sorte que sur certains points, on observe de petits plexus à mailles irrégulières et inégales. Ce n'est pas seulement sur la gaîne commune ou principale qu'on les rencontre, mais aussi sur celles qui entourent les fais- ceaux principaux et les faisceaux tertiaires. J'ai pu les poursuivre jusque sur la gaîne des faisceaux secondaires. Mais à mesure que le calibre des gaines diminue, ils deviennent beaucoup plus dé- liés et plus rares. On ne lesvoit jamais s'étendre jusqu'à l'enve- loppe des faisceaux primitifs, enveloppe bien différente des pré- cédentes, qui a été étudiée du reste et très-bien décrite par M. le professeur Ch. Robin sous le nom àe périnèvre (Comptes rendus^ 1854). L'absence des nervi nervorum sur la gaîne des faisceaux pri - mitifs nous explique pourquoi ils font défaut sur toutes les divi- sions nerveuses dont le diamètre n'atteint pas un demi -milli- mètre. Les tubes qui les composent sont remarquables par leur extrême ténuité. Chacun d'eux cependant se compose d'une en- veloppe, d'une couche médullaire et d'un cylinder axis. Nervi nervorum du nerf optique. — On sait que ce nerf pos- sède deux enveloppes fibreuses : 1° une enveloppe externe, très- JÛO C, SAPPEY. — RECHERCHES SUR LES NERFS DU NÉVRILÈME. épaisse, qui s'étend du trou optique au globe de l'œil, et qui constitue pour ce dernier organe une sorte de ligament; 2" une enveloppe interne ou profonde, très-mince, de laquelle partent des cloisons qui, en se divisant, se subdivisant et s'unissant les unes aux autres, forment des canaux longitudinaux, tous à peu près du même diamètre. Cette seconde enveloppe, qui se comporte à l'égard du nerf optique comme le névrilème à l'égard des autres nerfs, ne reçoit aucun ramuscule nerveux. L'enveloppe externe en reçoit au contraire un grand nombre qui tirent leur origine des nerfs ciliaires. Ces nervi nervorum de la gaîne externe cheminent d'abord dans ses couches superficielles. Par leurs divisions et leurs ana- stomoses, ils forment dans cette première partie de leur trajet un plexus à mailles inégales et irrégulières, mais souvent très- serrées, qui s'entremêlent à celles des vaisseaux sanguins. En s' avançant dans les couches profondes de cette gaîne, ils conti- nuent de se ramifier, mais deviennent bientôt si grêles, qu'ils ne sont plus représentés que par des groupes de deux, trois ou quatre tubes. En résumé, la gaîne externe des nerfs optiques, si riche en 7iervi nervorum, est remarquable aussi par l'abondance des fibres élastiques qui entrent dans sa composition. C'est bien à tort par conséquent qu'elle a été considérée par les anciens comme un trait d'union entre la dure-mère et la sclérotique, c'est-à-dire comme prolongeant l'une et comme prolongée par l'autre. Elle en diffère très-notablement : 1" par ses fibres élastiques, qui font défaut dans toutes deux ; 2° par ses nervi nervorum, qui sont d'une extrême rareté dans la dure-mère crânienne, et dont on n'observe aucun vestige dans la sclérotique. L'analyse anato- mique, loin de confirmer l'analogie qu'avaient cru entrevoir un si grand nombre d'anatomistes, atteste donc que cette partie se distingue au contraire des deux membranes avec lesquelles elle se continue, par des caractères qui lui sont propres. NOTE SCR LE SYSTÈME LYMPHATIQUE DU GADUS MORRHUA Par m. $$ylvain JOURDAIIV, Docteur es sciences. Les vaisseaux lymphatiques de ce poisson présentent un développement considérable. Ils débutent par des réseaux dépourvus de valvules, comme le reste du système. Ils pos- sèdent des parois membraneuses délimitées ; mais, sur certains points de leur trajet, ils perdent leur apparence vasculiforme et se dilatent en réservoirs creusés entre les organes, de telle sorte qu'on croirait au premier abord à un épanchement de lymphe au milieu des muscles, des vaisseaux et des nerfs. Cependant un examen plus approfondi permet de constater que la mem- brane vasculaire existe toujours ; mais réduite à une minceur extrême, elle se moule sur les vides interorganiques, comblés che;; les Mammifères par le tissu conjonctif. La lymphe et le chyle se jettent dans un grand sinus lympha- tique commun, composé d'une série de cavités et de gros troncs anastomosés, formant une sorte de collier au niveau de la cein- ture scapulaire. La plus importante de ces cavités existe sur les côtés de la base du crâne, au-dessous de la tête des reins et en avant de la vessie natatoire, dont elle loge la corne repliée sur elle-même. Les autres réservoirs dépendant de ce sinus sont pla- cés en dedans de la ceinture scapulaire, ainsi que de l'aponé- vrose et des muscles qui unissent cette ceinture à l'appareil branchial. Au confluent des deux moitiés droite et gauche du sinus commun, sur la ligne médiane inférieure, au-dessous du cœur, on rencontre un large réservoir dans les dépendances duquel débouchent les lymphatiques de la partie inférieure des arceaux branchiaux, ainsi que ceux de l'appareil branchiostége et d'une portion de la face. 1/|2 s. JOURDAIN. En arrière, le sinus commun reçoit : r Un tronc impair qui s'étend dans la ligne médiane infé- rieure, ôe^uisle réservoir péricardique iusquk l'anus. Au niveau des nageoires ventrales dont les vaisseaux se joignent à lui, ce tronc se place au-dessous de l'aponévrose sous-cutanée, reçoit des branches penniformes qui suivent les intersections fibreuses des muscles latéraux. Arrivé à l'anus, le tronc médian se bifurque et se dilate de manière à constituer un sinus annulaire autour de cet orifice. En ce point, il s'anastomose avec les réservoirs périr énaux, et reçoit les branches de la portion termi- nale du tube digestif, ainsi que les rameaux de l'oviducte et de la vessie urinaire. Ou y voit enfin déboucher un tronc sous- épineux, formé par les lymphatiques de la nageoire anale. 2" Un tronc pair issu du sinus occupant la base de la nageoire pectorale. 3° Un tronc pair qui s'étend tout le long des flancs du poisson, en suivant approximativement le trajet de la ligne latérale. Ce tronc latéral reçoit, inférieurement et supérieurement, des branches penniformes qui suivent le trajet des interstices fibreux des muscles latéraux. Les branches inférieures, au niveau de l'abdomen, se joignent aux branches homologues du tronc mé- dian abdominal. Les branches supérieures et les inférieures au delà de l'anus se relient à un vaisseau arciforme situé au-dessous des muscles diducteurs des nageoires dorsale et caudale, vais- seau arciforme qui se rattache au tronc sous-épineux de ces nageoires. A la partie postérieure, le tronc latéral reçoit des branches disposées en éveu'ail naissant d'un canal moniliforme, en forme de croissant, situé à la base de la nageoire caudale et constitué par les branches de cette dernière. Au moment où il se jette dans le sinus commun, le tronc latéral est grossi par un vaisseau qui ramène la lymphe des parties latérales du crâne. h" Dans la région caudale, l'artère et la veine de même nom passent au-dessus d'un conduit lymphatique {canal caudal) étendu dans le canal formé par les hémapophyses. Le conduit naît du vaisseau qui occupe la base de la nageoire caudale, et reçoit des branches penniformes accolées aux apophyses épi- SYSTÈME LYMPHA.TIQUE DU GADUS MORRUUA. 1 43 neuses inférieures et reliées au sinus interépineux de la nageoire anale. Le canal caudal envoie, au niveau de chaque corps de vertèbre, une branche anastomotique à un canal lymphatique parallèle à celui qui nous occupe et qui règne, lui, au-dessus de la moelle épinière, dans le canal constitué parles neurapophyses. Le catial neural, que M. R. Owen avait indiqué comme une veine {ve.na neuralis), mais dont M. Hyrtl a exactement reconnu la nature, reçoit des branches satellites des apophyses épineuses supérieures, dont les relations sont analogues à celles des branches qui accompagnent les apophyses opposées. Au moment où l'artère et la veine caudale pénètrent dans la cavité abdomi- nale, le canal caudal se dilate en se bifurquant, et forme deux réservoirs qui remplissent l'intervalle prismatique existant entre la vessie natatoire et la paroi abdominale. Les réservoirs périrénaux reçoivent les branches de la vessie natatoire, celles de l'organe urinaire, et enfin les rameaux sous-péritonéaux des parois abdominales. En avant, ces réservoirs sont en relation avec le sinus commun par les lymphatiques rénaux antérieurs. Le canal neural, arrivé à l'occipital, se bifurque pour s'ouvrir dans le sinus commun. 5" Les lymphatiques de l'appareil digestif, ou chylifères, sunent à peu près le trajet des artères qui se distribuent au canal ali- mentaire. Ordinairement chaque artère est accompagnée de deux vaisseaux satellites reliés par de nombreuses branches obhques ou transverses qui constituent autour du vaisseau à sang rouge une gaîue treillagée irrégulière. De la réunion successive des différents vaisseaux chylifères et des lymphatiques du foie et de la rate naît un tronc volumineux dont la cavité est par- courue par des tractus fibreux, et qui, après avoir côtoyé l'œso- phage à droite, entoure la veine génitale du même côté, reçoit les lymphatiques des sacs génitaux et s'abouche largement avec le sinus commun. 11 nous reste à indiquer actuellement le mode de communi- cation de ce sinus commun avec le système veineux. C'est dans la cardinale antérieure qu'est versé en définitive le mélange de la lymphe et du chyle. lllk s, JOURDAIN. Le sinus commun, après avoir reçu les lymphatiques de la partie supérieure de l'appareil branchial, contourne, en se rétrécissant beaucoup, les muscles supérieurs de cet appareil, s'unit aux branches de l'opercule et de Torhite, et va s'ouvrir dans la cardinale antérieure, un peu en arrière du point où ce vais- seau sort de la cavité orbitaire. L'orifice d'abouchement se voit à la partie supérieure de cette veine dilatée en ce point, et est pourvu d'un double repli valvulaire. Existe-t-il d'autres commu- nications entre le système lymphatique et le système à sang noir? M. Hyrtl, d'une part, a fait connaître dans quelques Pois- sons d'eau douce un orifice par lequel la lymphe se mélangerait au sang de la veine caudale. D'autre part,Fohmann a signalé et figuré de nombreuses anastomoses entre les ramifications du système chylifère et les rameaux des veines splanchniques. L'ori- fice de communication avec la veine caudale a échappé à nos investigations; cependant l'analogie nous porte à penser qu'il doit se rencontrer chez les Gades, et que des recherches plus attentives permettront de le découvrir. Quant aux anastomoses multiples mentionnées par Fohmann, elles m'ont paru manquer dans le Gadus morrhua; nous soupçonnons même que dans les Poissons où Fohmann les indique, elles sont dues au procédé d'injection enployé par cet habile anatomiste. Tels sont les traits principaux du système lymphatique du Gadus morrhua, les seuls que nous puissions retracer dans une communication de cette nature. Nous réservons pour un mémoire spécial l'histoire détaillée de ce système et les figures nécessaires à l'intelligence complète de semblables descriptions. (Session de X Association scientifique à Cherbourg.) iMÉMOIRE SUR UN PSITTACIEN FOSSILE DE L'ILE UODKIGUES Par M. AliPUO:\SE UlIi^VG KD^VARUf^. A une époque peu éloignée de nous, il existait dans plusieurs îles de l'hémisphère sud des oiseaux appartenant à des espèces qui aujourd'hui paraissent être complètement éteintes : tels sont yj£pyornis de Madagascar, le Dronte de l'île Maurice et le Soli- taire de l'île Rodrigues. Les découvertes récentes dues à M. Clark ont permis aux naturalistes d'étudier d'une manière approfon- die l'organisation et les caractères zoologiques du Dronte (1). Par l'examen d'une mandibule inférieure trouvée dans le même gisement que ce dernier oiseau, on a pu constater que jadis l'île Maurice était habitée par un Psittacien différent de toutes les espèces de la môme famille connues actuellement, et les re- cherches faites Tannée dernière dans les cavernes de l'île Ro- drigues ont fourni à M. E. Newton, auditeur général à Maurice, de nombreux ossements du Solitaire (Pezophaps), à l'aide des- quels ce voyageur et son frère M. Alfred Newton, professeur à l'université de Cambridge, nous feront bientôt connaître avec détail presque toutes les parties du squelette de cet Oiseau remarquable. Les débris du Solitaire ne sont pas les seules pièces ostéolo- giques que ces fouilles ont mises au jour, et parmi les os tirés ainsi des terrains meubles de l'île Rodrigues se trouve un frao- ment de mandibule, que le savant professeur d'anatomie com- parée de Cambridge a bien voulu mettre à ma disposition, et que j'ai étudié avec beaucoup d'intérêt. En elfet, il était fticile de reconnaître au premier coup d'œil (1) Voy. Clark^ Note sur la découverte de débris du Dodo à l'ile Maurice {Anri. des se. nat., b'' série, t. VI, p. 17). 5<= sciie, ZooL. T. VUI. (Cahier n" 3.) "^ 10 i[\Q ALPO. miLIVE EDWARDS. que ce débris, de môme que la mandibule inférieure trouvée à Maurice avec les ossements du Dronte, appartient à un Perro- quet, genre d'oiseaux qui paraît ne pas exister à Rodrigues , et j'otais désireux de savoir s'il me serait possible de déterminer le sous-genre ou même l'espèce de Psittacien dont il provenait. Cela me semblait fort douteux, car le fragment unique trouvé par M. Newton ne consiste que dans la portion antérieure et moyenne de la mandibule supérieure (1) ; et d'ailleurs, dans Tétat actuel de la science, l'anatomie comparée ne nous fournit pas les lumières nécessaires pour juger de la valeur des caractères ostéologiques que ce débris peut présenter. J'ai pensé néan- moins que je ne devais pas négliger l'occasion qui m'était otîerte par M. Newton de scruter une question aussi importante pour l'ornithologie ancienne, et je crois être arrivé à des ré- sultats satisfaisants. Dans cette investigation, j'ai suivi la marche que j'avais déjà adoptée pour 1" étude de la mandibule inférieure du Fsiltacus mauritianus(T), c'est-à-dire que j'ai cherché d'abord à me rendre bien compte des particularités de structure que la partie corres- pondante de la tête osseuse offre dans les différentes divisions naturelles de la famille des Psittaciens; puis j'ai comparé à ces divers tvpes le fragment soumis à mon examen par M. Newton. La portion antérieure et moyenne de la mandibule supérieure de ces oiseaux fournit moins de caractères que ne m'en avait offert la partie correspondante de leur mâchoire inférieure ; elle peut cependant suffire pour la détermination des principaux types. En effet, chez les Perroquets, cette partie du bec jouit d'une grande mobilité, et peut exécuter des mouvements très- éteudus d'élévation et d'abaissement ; il en résulte que l'union des palatins aux maxillaires, au lieu de se faire, soit par une sou- dure complète, soit d'une manière solide et presque immobile, s'effectue au moyen d'une véritable articulation ; j'ai con- staté que la disposition de cette articulation présente chez ces (1) Voy. pi. 7,%.let 2. (2) Observations sur les caractères ostéologiques des principaux groupes de Psitta- cides {Ann. des se. nut., Zcol., 5* série, t. VI^ p. 91) FSITTACIKN FOSSILE DK l'ÎLE RODRIGUES. Ik') divers types des particularités fort tranchées et fort utiles à noter dans les recherches de cet ordre ; les caractères que l'on en tire ont une grande fixité, et me semblent avoir plus d'importance que tout autre. Dans le groupe naturel des Cacatoès, par exemple, les fossettes qui occupent le bord postérieur de la voûte palatine du rostre, et qui reçoivent l'extrémité antérieure des os palatins, sont situées aussi près ou même plus près de l'extrémité antérieure de la mandibule osseuse que de ses bords latéro-postérieurs^i). Il en résulte que cette voûte est extrêmement courte, que la por- tion du bord mandibulaire située en arrière de l'articulation palato-maxillaire est très-considérable, et que les os palatins sont profondément enchâssés dans la mâchoire. Il est aussi à re- marquer que les trous incisifs sont très-i'approchés de c-es cavités articulaires, et que le bord inférieur de celles-ci, à peine sail- lant, se porte obliquement en dehors et en arrière pour se con- tinuer latéralement avec une petite crête horizontale qui occupe la face interne de la portion postérieure de la mandibule, de telle sorte que le bord postérieur de la voûte osseuse de la bouche est de forme ogivale, et que les arrière-narines ne sont pas limitées en avant par une crête transversale. D'autres particularités nous sont offertes par la forme géné- rale de la mâchoire, par la disposition des narines, la courbure du bord mandibulaire (2), etc.; mais l'ensemble des caractères que je viens d'indiquer suffit pour distinguer les Cacatoès de tous les autres Psittaciens. La région palatine du Calyptorhynque de Banks présente quelques-uns de ces caractères (3) ; mais, sous d'autres rapports, elle ditfère beaucoup de ce que nous venons de voir chez les Cacatoès, et, indépendamment de la forme générale de la man- dibule, qui est très-particulière, elle suffirait pour la détermina- tion spécifique de ce Perroquet. En effet, les os palatins sont profondément enchâssés dans l'échancrure postérieure de la (1) Voj'. pi. 8, fig. 6. (2) Voy. pi. 8, fig. 5. (3) Voy. pi. 8, fig. 3 et 4, 1/^8 ALPII. MILNË EDWAKDS. mandibule, et la voûte osseuse de la bouche, constituée par les os maxillaires, est très-courte comme chez les Cacatoès; mais le bord inférieur de cette échancrure se prolonge en dessous, de façon à former une crête très-saillante et à chevaucher beau- coup sur l'extrémité antérieure des palatins; cette crête est très-développée, elle s'étend jusqu'à l'angle latéro-postérieur de la mâchoire, et dépasse en dessous la partie correspon- dante du bord mandibulaire ; aussi la voûte du palais est-elle comme encadrée par une bordure lamelleuse, en arrière aussi bien qu'en avant et latéralement ; elle a la forme d'une fosse plutôt que d'une voûte ordinaire, et, sur les côtés, elle se con- tinue postérieurement avec une gouttière linéaire située entre le bord mandibulaire et le bord palatin. La forme du crochet rostral, celle du bord dorsal de la mandibule, la disposition des narines, etc., sont également caractéristiques; mais, pour le but que je me propose ici, il n'est pas nécessaire de prendre ces parties en considération. Un mode de conformation très-différent nous est offert par le groupe naturel des Macrocerques ou Aras. Ainsi, chez \'Ara y^l raconta, par exemple, la voûte buccale est très-grande, fort large en arrière, mais peu élevée, et terminée postérieurement par un bord transversal presque droit, qui est situé à très-peu de distance des angles latéro-postérieurs de la mandibule (1), de façon que les os palatins ne sont que très -peu engagés entre les branches jugales de la mâchoire supérieure, et que les fos- settes articulaires qui les reçoivent sont dirigées transversale- ment ; les trous incisifs en sont très-éloignés, et la Hgne rugueuse transversale, située vers le milieu de l'espace compris entre la pointe du rostre et le bord palatin, est très-marquée. Le crochet du bec est fort puissant, et ses bords postérieurs remontent obliquement pour se continuer avec la portion jugale de la man- dibule, sans être séparés de celle-ci par une échancrure pro- fonde comme chez les Cacatoès ; celle portion jugale ne présente pas, comme chez ces derniers Psittaciens, un prolongement (1) Voj . 1)1. 8, li-. 7 et 8. PSITTACIEN FOSSILE DE l'ÎLE RODRIGUES. l!l^ descendant, et sou bord inférieur remonte graduellement vers l'articulation maxillo-malaire. Les narines sont très-petites; enfin le bord dorsal de la mandibule est très-courbé, et, mesuré depuis le front jusqu'à l'extrémité du rostre, il est plus de deux fois aussi long que l'espace jugal compris entre la por- tion la plus déclive du bord mandibulaire et le sommet du bec, tandis que chez les Cacatoès la mesure verticale de cette partie de la mandibule dépasse de beaucoup la moitié de la longueur du bord dorsal dont je viens de parler. La disposition de la mandibule supérieure est à peu près la môme chez les autres Macrocerques ; toujours la voûte osseuse comprise entre la pointe du rostre et l'articulation maxillo-palatine est longue et fort élargie en arrière ; son bord postérieur est dirigé presque transversalement, et les angles latéro-postérieurs des maxil- laires ne se prolongent que très-peu en arrière, de façon que les os palatins ne sont que faiblement enchâssés entre ces parties. Des différences d'un ordre secondaire permettent la déter- mination spécifique des divers Aras; elles éloignent notable- ment l'Ara d'Illiger de ÏAra Aranga ou de VAra Raima, et se prononcent davantage encore cheiVAra severa, mais ellesn e masquent pas les caractères génériques dont je viens de parler. Les Chrysotis, qui appartiennent aussi au nouveau monde, ressemblent beaucoup aux Aras par la forme de la portion palatine de la mandibule (1). Celle-ci est grande et très-élar- gie en arrière ; son bord postérieur est presque droit, et ses angles latéro-postérieurs n'enchâssent que très-peu les os pala- tins. Mais des caractères distinctifs sont fournis par la forme générale du bec, par l'existence d'une échancru-re post-rostrale des bords mandibulaires latéraux, par la grandeur des na- rines, etc. La conformation de la région palatine de la mandibule est à peu près la même chez les Loris : YEclectus Linnei, par exem- ple (2); mais les os palatins y sont enchâssés un peu plus pro- fondément ; le bec est plus allongé, et les narines, au lieu d'être (1) Voy. pi. 8, fig. 9 et 10. (2) Voy. pi. 8, fig. 11 et 12. 150 ALPn. MIMME EDWARDS. circulaires comme chez les Chrysotis, ou plus longues que hautes, sont ovalaires, et leur grand diamètre est vertical. Les Conurus ont aussi la voûte palatine du bec très-déve- loppée (1), fort large en arrière, et terminée de ce côté par un bord transversal presque droit, qui n'est dépassé que peu parles angles latéro-postérieurs des maxillaires ; mais le bec, considéi'é dans son ensemble, est beaucoup plus court ; le crochet rostral est plus comprimé, et l'échancrure latérale du bord mandibu- laire est placée plus en arrière, de sorte que la portion jugale de ce bord est moins longue proportionnellement. Un type très-différent nous est offert par le Nestor de la Nou- velle-Zélande ('2). Chez ce grand Psittacien, la voûte palatine du rostre est presque aussi allongée que chez les Aras ; mais, au lieu de s'élargir beaucoup en arrière comme dans tous les genres dont je viens de parler, elle est partout remarquablement étroite. Les bords mandibulaires sont à peine saillants, et au lieu de se courber en bas dans la région jugale, ainsi que cela a lieu d'or- Binaire, ils se relèvent graduellement vers l'orbite, de sorte que lés os palatins, tout en s'engageant assez loin en avant dans la base du bec, ne sont pas enchâssés latéralement. Les cavités articulaires qui reçoivent ces os sont très-étroites, et dirigées verticalement, au lieu d'être transversales comme chez les Aras, ou obliques comme chez les Cacatoès. Enfin la mandibule supé- rieure du Nestor est également reconnaissable par sa forme gé- nérale, le rapprochement brusque de ses faces latérales au niveau des narines, le peu d'ol)liquité de ces faces, et le développement considérable de la partie rostrale du bec comparativement à celui de sa portion jugale. Chez le Mkroglossum alerrinium (3), la mandibule supé- rieure, sans être aussi comprimée latéralement que chez le Nestor, se fait aussi remarquer par le peu de largeur du bord postérieur de la voûte osseuse du palais et par la puissance du rostre. Les os palatins s'avancent presque à la moitié du bord (1) Voy. pi. 7, fig. 7 et 8. (2) Voy. pi. 8, flg. 1 et 2. (3) Voy. pi. 8, flg. 9 et 10, PSITTACIEN FOSSILE DE l'ÎLE RODRIGUES, 151 mandibulaire latéral, mais ne sonl que très-peu enchâssés entre les parties jiigales de ces bords; celles-ci, sans Atre aussi obliques que chez le Nestor, ne s'arrondissent que très-faiûlement en arrière. Du reste, par sa forme générale, la mandibule supérieure du Microglosse ressemble davantage à celle des grandes espèces du genre Ara; sa portion basilaire esttrès-élevée, et les narines sont petites et circulaires, mais elles sont placées plus bas que chez ces Psittaciens, et elles sont réunies entre elles par un sillon courbe, de façon à simuler des lunettes, disposition qui se retrouve chez plusieurs Cacatoès. Les exemples que je viens de passer en revue suffisent, ce me semble, pour montrer que la portion de la tête correspondante au fragment découvert par M. Newton dans une caverne de Rodrigues offre, chez les Psittaciens de l'époque actuelle, des différences de conformation assez considérables pour que, dans beaucoup de cas, sinon toujours, ces particularités puissent être employées comme caractères génériques ou spécifiques. Par conséquent, je ne pousserai pas plus loin cet examen géné- ral de la famille des Perroquets, et je comparerai le débris dont je cherche la détermination aux principales espèces qui vivent aujourd'hui dans la région géographique qui comprend l'îlot où ce fragment a été trouvé. Le Perroquet de l'île Rodrigues, ou Psitlacus Rodricanus, n'appartient certainement pas au groupe naturel des Cacatoès, dont les représentants sont nombreux dans la région australa- sienne. En effet, la voûte palatine de la mandibule est très-dé- veloppéc, et les fossettes articulaires qui en occupent le bord postérieur paraissent être placées très-près de l'angle postérieur du bord maxillaire, de sorte que les os palatins n'étaient cer- tainement pas enchâssés profondément entre les branches ju- gales de la mâchoire (1). Je ne puis, il est vrai, déterminer avec précision la longueur de la portion de ce bord qui suivait en dehors les os palatins pour aller rejoindre les os malaires, car l'iuiglc latéro-postérieur de la mâchoire est brisé des deux (1) Voy. pi. 7, fig. 1 et 2. 152 AI.PII. MILKR EDWARDS. côtés; mais, d'après la minceur de l'extrémité tronquée, il me paraît indubitable qu'elle ne pouvait se prolonger notablement en arrière de l'articulation palatine. Le Psittacus Roilricamis se distingue des Calyptorhynques par les mêmes caractères, ainsi que par l'absence des crêtes marginales qui donnent au palais de ces derniers oiseaux un aspect tout particulier. Notre Perroquet de l'île Rodrigues diffère non moins des Nestors et des IMicroglosses ; en effet, la voûte osseuse du palais est très-élargie postérieurement, de façon à présenter la forme d'un triangle presque équilatéral. Sons ce rapport, ainsi que par l'ensemble de ses particularités ostéologiques, la mandibule du PsiUacus Hodricanus ressemble davantage à celle des Chrysotis d'Amérique, qui à leur tour se rapprochent à ce point de vue du P.siKacus Erythacus de l'Afrique occidentale, du Poiocephalus robitstus du cap de Bonne-Espérance, du i\lascarinus (I), du Coracopsis vasa (2), propres tous deux à Madagascar, et de VEclectiis Linnei (3) des îles Philippines. Le Mascarin est à peu près de même taille que le Perroquet de l'île Rodrigues, mais il en difFère nettement par plusieurs caractères ostéologiques. Chez le PsiUacus Rodrkanus^ la ré- gion palatine s'élargit moins en arrière; l'articulation maxillo- palatine est plus oblique ; les trous incisifs sont situés plus près du bord postérieur de la voûte ; enfin la face dorsale du bec est loin d'être aussi rentlée que chez le Mascarin. La mandibule subfossile dont l'étude nous occupe ici se dis- tingue également de celle du Coracopsis vasa par la plupart des caractères que je viens d'indiquer, ainsi que par plusieurs autres particularités de structure: chez le C. vasa, le bec est très-allongé et peu élevé ; la région palatiue est très-concave ; le rostre est robuste, et les bords latéraux de la mandibule sont presque ho- rizontaux dans toute la région jugale. Chez \e PsiUacus liodri- canus, au contraire, le rostre est médiocrement développé, et se (1) Voy. pi. 7, fig-. 5 et 6. (2) Voy. pi. 7, fig. 3 et à. (3) Voy. pi. 7, fig. 11 et 12. rSITTACIEN FOSSILE DK l'ÎLE RODRIGUES. 153 trouve séparé delà portion jugale du bord maiidihulaire par une partie concave, en arrière de laquelle ce bord s'infléchit brus- quement. Ce dernier caractère, ainsi que la disposition de l'ar- ticulation maxillo-palatine, ne permet pas de confondre la mandibule du Psitlacus Bodricanus avec celle du Psillacus Erythacus ; elle y ressemble beaucoup par sa forme générale et par ses dimensions, par la courbure de son bord dorsal, par le degré d'inclinaison de ses faces latérales, et même par la dispo- sition des petits sillons vasculaires qui descendent de la région frontale vers le rostre ; mais on ne saurait confondre spécifique- ment ces deux Perroquets, à raison de la courbure très-diffé- rente des bords latéraux de la mandibule. Sous ce dernier rapport, le Psiltacus Rodricanus ressemble davantage au Poioceplialus robustus de l'Afrique ; mais chez celui-ci la région palatine, très large en arrière, se rétrécit brusquement vers la base du crochet rostral, disposition qui n'existe pas chez le Perroquet subfossile de l'île Rodrigues, et le crochet lui-môme est beaucoup plus grêle. J'ai comparé également le Psitlacus Rodricanus à beaucoup d'autres espèces, sur les caractères ostéologiques desquelles il me sondjlerait superflu d'insister ici, et, par voie d'exclusion, j'ai acquis la conviction que cet oiseau diffère spécifiquement de tous les membres de la famille des Perroquets connus actuelle- ment. Pour avoir à cet égard une certitude, il m'aurait fallu pousser cette comparaison plus loin que je n'ai pu le faire avec les pièces ostéologiques dont je disposais ; mais j'ai eu sous les yeux tous les principaux types, et les résultats obtenus de la sorte rendent extrêmement probable que le Perroquet de Rodrigues, de môme que le Psiltacus maurilianus Aq l'île Maurice, est une espèce éteinte. Ce dernier n'est connu que par un fragment de sa mâchoire inférieure, et l'on ne possède du Psitlacus Rodricanus qu'une portion de la mandibule supérieure. Ces deux espèces n'ont pu, par conséquent, être comparées directe- ment entre elles ; mais la première de ces pièces indique un oiseau d'une taille plus considérable que celui auquel appar- tient le bec de l'île Rodrigues; d'ailleurs l'examen de la ma- 15^1 AI.PII. MIL^Ve EDWARDS. clioire inférieure permet de déterminer approximativement quelle devait être la conformation de la mâchoire opposée, et il me semble indubitable que les deux Perroquets, dont les dé- bris ont été trouvés, d'une part, avec les os du Dronte, d'autre part avec les restes du Solitaire, sont des espèces parfaitement distinctes. Le Psitlacus Rodricunus me paraît se rapprocher beaucoup du petit groupe dont Wagler a formé le genre Eclectus ; il doit par conséquent prendre place dans la division des Loris. Si je ne craignais de dépasser les conclusions légitimes que l'on peut tirer de l'examen d'un fragment si minime du squelette, je serais donc disposé à inscrire cette espèce éteinte dans nos catalogues ornithologiques sous le nom û" Eclectus Rodricanus; mais si l'articulation maxillo-palatine, ainsi que je l'ai déjà dit plus haut, offre beaucoup d'analogie avec celle des Loris, la forme du bord tranchant de la mandibule est bien différente : celui-ci, au lieu d'être très-faiblement sinueux près de sa base, présente, en arrière de la pointe une échancrure profonde qui rappelle un peu la disposition propre au Cacatoès. Aussi je crois préférable d'employer une désignation moins précise, et, en l'appelant Psitlacus Rodricanus , j'entends indiquer seulement que le Psiltacien des cavernes de l'île Rodrigues est une espèce nou- velle voisine des Loris, mais participant cependant à quelques- uns des caractères du groupe des Cacatoès. Rodrigues, comme on le sait, est un petit îlot perdu pour ainsi dire au milieu de l'immense Océan qui sépare Madagascar de l'Australie. Il appar- tient au groupe des îles Mascareignes ; mais, situé à l'est de Maurice et de l'île de la Réunion, il est très-éloigné de toute autre terre, et, au premier abord, on peut s'étonner de voir qu'il ait possédé jadis une faune ornithologique particulière, caractérisée déjà par le Solitaire aussi bien que par le Psittacus Rodricanus, et que cette faune ait disparu. A une époque assez rapprochée de nous, environ un siècle et demi, il en était de même pour chacune des autres îles Masca- reignes, et les oiseaux qui habitaient alors ces points du globe si circonscrits et si isolés différaient spécifiquement ou même PSITTACIEN FOSSILlî DE l'ÎLE RODRIGUES. 155 génériqiiemeiil de ceux de Madagascar et de toutes les autres parties du globe. On ne peut donc supposer que ces animaux y soient venus d'ailleurs; mais lorsqu'on est familiarisé avec le mode de distribution des espèces zoologiques, il paraît égale- ment difficile de croire que des îles si petites et en apparence si peu favorables à la prospérité de leurs faunes respectives, aient été, chacune, le berceau primitif de ces espèces si bien caracté- risées et si différentes de tout ce qui existe ailleurs. Il me semble plus probable que chacun des cônes volcaniques qui constituent le noyau de ces îles éparses dans le grand Océan, au lieu de s'être élevé du fond des eaux, préexistait à l'abaissement de terres d'une étendue considérable, et a servi de dernier refuge à la population zoologique de la région circonvoisine aujourd'hui submero-ée. Des considérations analogues, fondées sur l'étude de la faune carcinologique des îles Gallapagos, avaient conduit M. Milne Edwards à dire, il y a plus de trente ans, que ce petit archipel était probablement les restes de quelque continent, et les obser- vations plus récentes de M. Darwin et de M. Dana sur le mode de formation des récifs de corail semblent indiquer qu'effective- ment la croûte solide du globe s'est affaissée graduellement dans diverses parties de la région occupée aujourd'hui par l'océan Pacifique, Il en résulte ({ue l'étude des débris plus ou moins modernes de la faune de chacune des îles isolées, comme le sont Rodrigues, Maurice, la Réunion, les Gallapagos, me semble offrir un intérêt considérable pour le géologue aussi bien que pour le zoologiste, et je remercie sincèrement le savant profes- seur d'anatomie comparée de Cambridge d'avoir bien voulu me fournir l'occasion d'ajouter un fait nouveau à l'histoire de l'une de ces faunes. EXPLICATION DES PLANCHES. PLANCHE 17. Fig. 1. Mandibule siipérieui'e du Psittacus Rodricnnus, vue de côti''. Fig. 2. La même, vue par salace palatine. Fig. 3. Tête osseuse du Coracopsis va-m, vue par sa face inférieure. 156 APn. MILNC EDWARDS. Fig. il. 1-a nioniCj vue de côté. Fig:. 5. Tète osseuse da Mascarinus ohscunis, vue de côté. Fig. 6. Région maxillo-palatine de la même espèce. Fig. 7. Tête osseuse du Conurus pertinax, vue de côté. Fig. 8. Région maxillo- palatine de la même espèce. Fig. 9. Portion mandibulaire de la tête du Chrysotit xnnthopa, vue de côté. Fig. 10. Région maxillo-palatine de la même espèce. Fig. 11. Portion mandibulaire de la tête de VEcledus Linnei, vue de côté. Fig. 12. Région maxillo-palatine de la même espèce. PLANCHE 8. Fig. 1. Portion mandibulaire de la tête du Nestor hypopolius, vue de côté. Fig. 2. Région maxillo-palatine de la même espèce. Fig. 3. Portion mandibulaire de la tète du Cahjplorhynclms Banhxil^ vue de côté. Fig. 4. Région maxillo-palatine de la même espèce. Fig. 5. Mandibule supérieure du Cacatua erytlirolophn, vue de côté. Fig. 6. Région maxillo-palatine de la même espèce. Fig. 7. Mandibule supérieure de VAra Aracanga, vue de côté et un peu réduite. Fig. 8. Région maxillo-palatine de la même espèce. Fig. 9. Tête osseuse du Microglossum aterrimum, vue de côté, un peu réduite. Fig. 10. Région maxillo-palatine delà même espèce. NOTE SUR DEUX TÊTES DE CARNASSIERS FOSSILES {UnSVS ET FEUS), ET SUR QUEL(.iUES DÉBRIS DE RHINOCÉROS, rnOVENANT DliS DÉCOUVERTES FAITES PAR M. BOURGUIGNAÏ DANS LES CAVERNES DU MIDI DE LA FRANCE, Par M. Ed. LiABTET. Il est peu de régions de la France centrale et méridionale où les cavernes à ossements n'aient été soigneusement explorées, surtout dans ces derniers temps. Cependant nous n'avons encore que des notions incomplètes sur la faune des cavernes de cpiel- ques-uns de nos départements de l'exlrême sud-est, et, en par- ticulier, de celui des Alpes-Maritimes. M. Rourguignat, dont le nom, bien connu dans les sciences, se rattache principalement à de grands et beaux travaux de malacologie, a consacré les pre- miers mois de l'année 1866 à des recherches qui avaient pour objet de combler cette lacune d'observations. Ses piemières explorations se sont portées sur plusieurs cavernes des environs de Saint-Cézaire (Alpes-Maritimes), et plus tard il s'est trouvé conduit à faire de nouvelles recherches dans une grotte du dé- partement de l'Hérault, précédemment fouillée par lui dans le courant de l'année 1865. Nous devons ajouter que les travaux de fouilles de M. Rour- guignat sont ordinairement exécutés d'après un plan préconçu et basé sur des données qui lui permettraient d'assigner à chaque dépôt d'ossements ou à chaque époque du remplissage des ca- vernes une date précise et coordonnée dans une sorte d'échelle chronologique, reportant la durée rétrospective de la période humaine bien au delà de toute évaluation hypothétique proposée jusqu'à ce jour. Sans accepter dès à présent les résultats chiffrés 158 E. LARTET. de ces calculs dont M. Bourguignat se réserve de démontrer plus tard la valeur et l'exactitude mo^/jérna^î^t^es, nous sommes forcé de reconnaître que, dans leur application respective aux divers gisements explorés par lui, les dates qu'il propose se trouvent en concordance de succession avec les inductions d'ancienneté relative que l'on peut tirer des caractères zoologiques ou paléon- tologiques propres à chacun de ces gisements. Les grottes ou cavernes fouillées par M. Bourguignat sont au nombre de huit, dont six dans le département des Alpes-Mari- times et deux dans celui de l'Hérault. Les gisements ossifères découverts dans ces grottes se rappor- teraient, d'après lui, à cinq époques distinctes. Trois ne renferment que des restes d'animaux de \d. première époque, c'est-à-dire, suivant la manière décompter de M. Bour- guignat, de l'époque la plus récente dans la période préhisto- rique. Dans une quatrième grotte, celle de Fourlanic, près de Saint- Cézaire, il s'est trouvé des dépôts de la première et de la deuxième épocjue. La grotte des Demoiselles, non loin de Montpellier, en a fourni de la deuxième, de Xditroisième et de la quatrième époque. Le trou Bonhomme, près de Saint-Cézaire, a procuré une pro- digieuse quantité d'ossements de Mammifères, tous l'apportablcs à la quatrième époque. Enfin , le dépôt ossifère de la caverne de Mars ( 1 ) , à 8 kilomètres de Yeuce (Alpes-Maritimes), remonterait, d'après M. Bourgui- gnat, à sa cinquième épocjue. 11 n'a été trouvé des restes de l'Homme ou des traces de son industrie que dans les gisements de la première et de la deuxième époque, où les ossements des Manmiifères paraissent appartenir en totalité à des espèces encore existantes, et dont quelques-unes même ont dû avoir subi l'inlluence de la domestication. Le dépôt de la troisième époque dans la grotte des Demoiselles a fourni des ossements du grand Ours des cavernes {U. spelœus) (1) Du nom de son propriétaire actuel, M. Mars. CARNASSIERS ET RHINOCÉROS FOSSILES DU MIDI DE LA FRANCE. 159 associés à ceux de Chauve-Souris, Loup, Lièvre, Bouquetin et Cerf d'espèces actuelles, avec quelques débris de charbon. Dans le dépôt de la qualriètne époque de la même caverne, YUrsus spelœus s'est retrouvé avec un autre Ours plus petit iU . arctos?), un Chat (F. ccUus? férus), le Lièvre et d'autres Rongeurs, le Cheval, le Bouquetin et un astragale de très-grand Bœuf. Dans le trou Bonhomme, qui appartiendrait également à la même époque, les restes du Cheval dominent, et, après eux, ceux des Ruminants du genre Cerf (6\ Elapkus) ; il s'y est trouvé aussi beaucoup de débris de Lièvre et d'autres Rongeurs, entre autres d'une Marmotte assez voisine de celle des Alpes. Enfin, les fouilles commencées dans la caverne de Mars ont procuré une très-belle tête d'Ours, crue d'espèce nouvelle, un crâne de Felis de la taille des plus grandes Panthères d'Afrique ; une tête de Rongeur du genre Lepiis; une portion de mâchoire inférieure, des dents molaires, et quelques os des membres d'un Rhinocéros d'espèce certainement distincte du Rhinocéros ticho- rhinus, habituellement caractéristique des dépôts quaternaires ; quelques ossements d'un très-grand Sus, et aussi de deux Cerfs indéterminés comme espèces, mais rentrant assez bien dans les proportions du Cerf comnuin {C. Elaphus) et de notre Chevreuil de l'époque actuelle. Après avoir prélevé, pour être offerte au nouveau Musée d'an- tiquités de Saint-Germain, tous les objets de pure archéologie provenant, soit des cavernes de première et deuxième époque, soit des fouilles par lui faites dans quelques dolmens de la même contrée, M. Bourguignat a fait don au Muséum d'histoire natu- relle de Paris de la totalité des matériaux très -considérables qu'il a recueillis dans le cours de cette longue et dispendieuse exploration, matériaux qui intéressent à la fois la géologie, la paléontologie et l'anthropologie. Ce don a été fait sous la seule réserve de pouvoir à volonté consulter, faire figurer, et prendre en communication ces divers matériaux, tant pour lui-même que pour ses collaborateurs, et cela jusqu'au moment où sera éditée la grande publication IGO E. LAHTET. qu'il prépare sur les causes et le mode de remplissage des ca- vernes à ossements en général, aussi bien que sur la détermina- tion méthodique des époques diverses oii ce remplissage a dû s'efîectuer. M. Bourguignat a en même temps exprimé le désir que, pour prendre date de ses recherches, il fût fait dès à présent une étude et une description provisoires des principales pièces découvertes dans la caverne de Mars^ par lui rapportée à la cinquième époque. Ce sera l'objet du travail très-succinct qui va suivre. Ou a déjà vu que cette caverne de Mars a fourni une tète d'Ours, un crâne de Fe/w, et des restes importants de Rhinocé- ros associés à quelques ossements d'un grand Sus, de deux Ruminants du genre Cerf, plus la tète d'un Rongeur de la taille du Lapin. Une fautpas non plus omettre de mentionner qu'avec les tètes de l'Oui's et du Felis, i! s'est trouvé quelques os des membres afférents à chacun de ces deux grands Carnassiers. Mais, dans les limites où doit nécessairement se renfermer ce premier travail, nous croyons devoir nous borner à l'étude des pièces capitales qui se rapportent à l'Ours, au Felis et au Rhi- nocéros ; les restes des autres espèces offrant moins d'intérêt au point de vue paléontologique. Disons d'abord, en ce qui concerne la tête d'Ours découverte par M. Bourguignat, que, par son faciès général, elle s'éloigne notablement de tous les Ours vivants, sauf toutefois l'Ours po- laire [U . marilimus), et que, parmi les têtes d'Ours fossiles pu- bliées par divers auteurs^ on ne trouve guère de rapprochement à établir pour les grandes lignes de contour du crâne qu'avec celui de VUj'sus prisais de Goldfuss, et aussi avec une autre tète d'Ours fossile trouvée en 1846, en Irlande, dans un dépôt de marne sous-jacent à la tourbe. Ce dernier crâne a été ré- cemment décrit et figuré sous le nom cVUrsus plana frons (ou peut-être mieux planifrons) par M. Henry Denny, secrétaire de la Société géologique et polytechnique de Leeds (1). (1) Voy. Report of the Proceedings of the Geologkul and Polyicchnic Society of the West Riding of Yorhhire, London, 18(54, p. 347, pi. x, fig. 1, 1, CARNASSIERS ET RHINOCÉROS FOSSILES DU MIDI DE LA FRANCE. 161 Réduite à ces trois termes de comparaison, cette étude se simplifiera, de façon à devenir moins fatigante pour le lecteur. Ajoutons que, par anticipation sur nos conclusions motivées et pour rendre plus intelligible la discussion qui va suivre, nous désignerons dès à présent par l'appellation cYUrsus Bourgui- gnali la tête d'Ours de la caverne de Mars, comme constituant une espèce nouvelle en paléontologie. Cela posé, ceux des lecteurs qui voudront suivre de près et contrôler rigoureusement notre exposé comparatif, pourront consulter dans le mémoire de Goldfuss (1) la description dé- taillée et la figure de grandeur naturelle que cet auteur a don- née du crâne de VUrsus prisons, avec un tableau de mesures linéaires prises sur des têtes de divers Ours vivants ou fossiles. Ils trouveront également, dans les Recherches sur les ossements fossiles de Cuvier (2) et dans ÏOstéographic de Blainville (3), la reproduction réduite au tiers de cette même iHe d' IJ rsus priscus; seulement, dans cette reproduction de la figure donnée primi- tivement par Goldfuss, les proportions n'ont pas été bien gar- dées ; l'étendue de la barre libre entre les deux petites prémo- laires y a été exagérée, et, de plus, on y a représenté en place ces deux prémolaires, qui, en réalité, n'existent ni dans la figure, ni dans l'original du crâne décrit par Goldfuss, lequel se trouve aujourd'hui clans les collections du Brilish Muséum. C'est ce dont j'ai pu m'assurer, grâce à l'obligeance de M. le pro- fesseur G. Busk, membre de la Société royale de Londres, qui a bien voulu me procurer un estampage en plâtre, tant du palais que des séries supérieure et inférieure des molaires de cette tête fossile dUi'suspriscus. En ce qui concerne ÏUrsus planifrons de M. Denny, on trou- vera dans le mémoire précité de ce savant (4) la reproduction de face et de profil de deux photographies du crâne unique de cette espèce ; nous avons pu, en outre, compléter notre étude (1) Nova Ad. Acad. nat. cur., X, 2« part., p. 265. (2) Ossem. foss., in-l», 1823, t. IV, p). XXVIH bis, li-. 5 et G. (3) Ostéogr., G. Ur.nis, pi. XIV. (4) Page 3/i7, pL X, fig. 1 et 1. 5" série, Zoou T. VUI. (Cahier u» 3.) =* H 162 E. LABTET. sur un bon moulage de ce même crâne existant clans le labora- oire de M. d'Archiac, au Muséum d'histoire naturelle de Paris. Ce moulage, que M. d'Archiac et son aide-naturaliste, M. A. Gau- dry, nous ont généreusement permis de consulter, avait été acquis en 1856 par Alcide dOrbigny, en môme temps que le beau sque- lette du grand Cerf d'Irlande, dont il a enrichi la galerie d'ana- tomie comparée. Quant au crâne de l'Ours polaire actuel {U. maritimus), outre les figures qu'en ont données Cuvier (1) et Blainville(2), on pourra également consulter des pièces originales dans les collec- tions publiques, où elles ne sont pas rares. Nous ferons seulement observer que, dans cette espèce comme dans tous les Mammi- fères de grande taille, les différences d'âge et de sexe comportent un certain laxum de variations dont il est bon de tenir compte, de façon à maintenir les comparaisons dans les limites normales d'une moyenne de proportions. Il est encore utile de rappeler ici que Goldfuss avait été con- duit à considérer Y Ursits priscus comme constituant une espèce distincte, soit des autres Ours fossiles alors connus, soit des di- verses espèces ou variétés d'Ours vivants. Cuvier et Laurillard s'étaient rangés à cette opinion, que Blainville combattit plus tard. M. R. Owen avait aussi, en premier lieu (3), accepté la distinction spécifique proposée par Goldfuss, en la confirmant par l'observation de quelques particularités anatomiques ; mais, depuis lors, dans une lettre écrite à M. Bail (4), au sujet de crânes fossiles d'Ours découverts en Irlande, le savant profes- seur manifeste « un soupçon croissant (a growing suspicion), que VU, priscus de Goldfuss serait spécifiquement identique avec VU. arctos, dont il aurait été l'ancêtre » . Laissant de côté, pour le moment, la question de savoir si VU. priscus de Goldfuss est ou non identique avec l'une de nos variétés ou espèces vivantes, nous persisterons à prendre la tête (1) Ossem. foss., m-4% 1823, t. IV, pi. XX, lig. 4, et pi. XXI, ûg. à, (2) G. Ursus, pi. V. (3) Britùh fossil Mammals anclBirds, p. 82-85, lig. 25, et p. 106, fig. 3o. (4) Annals andMug. of nat. Hist., 2-= série, 1850, t. V, p. 235. CARNASSIERS ET RHINOCÉROS FOSSILES DU MIDI DE LA FRANCE. 16o attribuée à cette espèce, comme l'un de nos termes de compa- raison, par la raison que, dans son faciès général, elle se rap- proche de celle deVU. Bourgiiignati à peu près autant que le crâne fossile dei'U. planifrons et que celui de l'Ours polaire vivant. En effet, en rapprochant les uns des autres les quatre crânes ci-dessus, on leur reconnaît ce caractère commun d'avoir un profil remarquablement abaissé dans sa courbe supérieure, la- quelle n'offre pas, dans la région frontale, ce brusque relève- ment que l'on retrouve dans la plupart de nos variétés actuelles d'Ours d'Europe, et surtout dans le grand Ours fossile des ca- vernes (£/". spelœus). Mais après cela, si l'on reprend en détail rexamen de ces mêmes crânes à grandes ligues de contours approximativement uniformes, on ne tarde pas à s'apercevoir que, dans leur structure anatomique, les connexions et les di- mensions respectives de leurs parties composantes présentent des différences nombreuses assez nettes et assez accentuées pour légitimer leur division en autant d'espèces distinctes. Ne pou- vant, dans le cadre restreint de cette discussion, étendre notre examen comparatif à tous ces crânes entre eux, nous nous bor- nerons à signaler les différences qui distinguent en particulier VU. Bourguignati des trois autres espèces proposées ci-dessus comme termes de comparaison. Dillëreiices entre VUrni? Bourguignati ci ï'Ursus priscm. La tète de YUrsus Bourguignati est plus longue d'un sixième que celle de VU. priscus ; elle est en môme temps plus étroite à proportion, particulièrement dans la région faciale. La courbe de son profil supérieur est un peu moins abaissée • elle paraît se relever un peu à l'endroit des apophyses 'lost- orbitaires du frontal, parla raison que, entre ces apophyses le milieu du front de VU. Bourguignati est concave dans les deux sens, tandis ([uo VU. priscus avait le front plat, ainsi que l'a fait remarquer Cuvier. Dans celui-ci, les naseaux se relèvent en avant, de façon à former avec les incisifs un ressaut qui est à 164 E- L*RTET. peine senti|dans^le profil de VU. Bourguignati ; chez ce dernier, le point culminant du crâne est reporté plus en arrière ; ses apophyses postorbitaires du frontal sont moins saillantes et moins abaissées en dehors. Dans VU. priscus, la région faciale, comprise entre la ligne transverse des apophyses postorbitaires du frontal et le bord des incisifs, égale à peu près en étendue la région crânienne, mesurée de la même ligne interapophysaire à la crête occipitale, particularité qui avait frappé Goldfuss. En effet, dans VUrsus Bourguigmli comme chez la plupart des autres espèces d'Ours, la région faciale est notablement plus courte que celle en arrière des apophyses postorbitaires. Dans VU. Bourguignati, les crêtes temporales sont concaves en dehors, et l'angle intercepté par ces crêtes moins prolongé en arrière. Le front est moins large à proportion et sensiblement con- cave dans les deux sens, comme il a été dit ci-dessus. La boîte cérébrale, plus comprimée et moins globuleuse. L'orbite a son plafond plus soulevé ; le trou sous-orbitaire est placé plus en contre-bas du bord inférieur de l'orbite, et se porte moins en avant. Les naseaux sont plus remontants vers le front que chez VU. priscus, et moins convexes en dessus; le museau est en même temps plus rétréci. Le palais est aussi notablement plus étroit, même d'une ma- nière absolue. Les deux séries des dents mâchelières convergent en avant un peu moins que chez l'Z7. priscus; leur formule numérique était de cinq de chaque côté, par suite de la persistance des deux petites prémolaires gemmi formes, dont l'une est encore en place en avant de la carnassière ou dernière prémolaire, et l'autre indiquée par son alvéole vide à la base postérieure de la canine (pi. 9, fig. 2). Du reste, c'est la même disposition que dans VU. priscus, sauf que, chez celui-ci, la barre, ou espace vide entre les deux petites prémolaires, est moindre que dans VU. Bourguignati, ce que j'ai pu constater dans le mou- CARNASSIERS ET RHINOCliROS FOSSILES DU MIDI DE LA FRANCE. 165 lage du palais de VU. priscus qui m'a été envoyé par M. le pro- fesseur G. Busk; tandis que dans la figure de la tête du même crâne fossile donnée par Cuvier et Blainville, la distance entre les deux petites prémolaires est visiblement exagérée (1). La dent carnassière, ou dernière prémolaire de VU. Bour- guignati, diffère de celle de VU. priscus par son lobe antéro- externe plus soulevé, et^par son lalon interne moins développé. Les différences entre les autres mâchelières sont moins accen- tuées et plus difficiles à préciser. Nous ne relèverons pas les dis- proportions que fourniraient les canines, par la raison que les dimensions de ces sortes de dents sont sujettes à varier suivant le sexe. Différences entre VUrsus Bourguignati et YUvsus planifrons, La tête del'f/, planifrons- de M. Denny est un peu plus longue que celle de VU. Bourguignati (0,/i5 contre 0,/i2). Les dia- mètres transverses du premier, pris soit à la face, soit au front, soit dans l'arrière-cràne, excèdent plus notablement encore les mêmes mesures prises sur la tète de VU. Bourguignati., dont le museau est visiblement plus étroit et plus effilé à proportion, et les fosses nasales moins dilatées. Le profil supérieur de la tête de VU . planifrons est approxi- mativement aussi abaissé que celui de VU. Bourguignati ; son point culminant est reporté plus en avant, ce qui rend sa face encore plus courte que dans cette dernière espèce. La courbe de son profil s'abaisse un peu plus vers l'occipital ; elle est plus régulière et sans relèvement au-dessus des orbites, le front de cet Ours étant plat, comme l'indique son nom spécifique. Les (1) Dans le grand Ours des cavernes {U. spelœus), les deux petites prémolaires gemmiformes doivent manquer normalement, puisque leur absence est constante même dans le jeune âge. C'est par anomalie individuelle que l'on a pu observer tantôt l'une, tantôt l'autre chez des sujets adultes. Du reste, indépendamment des diflérences très- significatives que présente le squelette général de l't'. spelœus vis-à-vis de ses congé- nères vivants ou fossiles, il y a dans son crâne, considéré à part, des particularités anatomiques suffisantes pour justifier sa distinction spécifique adoptée par plusieurs paléontologistes. 166 E. LAR'ÏET. crêtes temporales se prolongent en arrière beaucoup moins que dans VU. Bourgiiignati ; le plafond del'orbile est plus en contre- bas du plan horizontal du front. Vu en dessous, le palais est plus large à proportion que celui de VU. Bourguignati. Toutes les dents manquaient à ce crâne d'C/. planifrons lors de la découverte qui en fut faite ; la formule dentaire ne peut donc se déduire que de l'état des cavités alvéolaires. M. Denny (1), qui a eu l'original sous les yeux, a pensé qu'une seule des petites prémolaires était persistante, ce qui aurait réduit le nombre total des mâchelières à quatre de chaque côté. Cependant, après un examen attentif du moulage de ce crâne existant au Muséum, j'ai cru y distinguer, du côté droit, les alvéoles de deux petites prémolaires, placées l'une en avant de la carnassière et l'autre adossée à la base de la ca- nine, ce qui donnerait la même formule numérique que pour VU. Bourguignati et VU. priscus. La barre, ou espace libre entre les deux petites prémolaires, aurait été de même étendue que dans 177. Bourguignati, bien que la série totale des alvéoles dans YU . planifrons ait plus de longueur. Différences entre VUrsus Bourguignati ci rOurs polaire actuel {U. niaritimus). Le crâne de l'Ours polaire a sa courbe supérieure moins régu- lière que dans les trois espèces précédentes ; la ligue de profd y est marquée de deux légères dépressions : l'une en avant de la crête occipitale et l'autre dans la région frontale. Le ressaut formé parla chute des naseaux vers les incisifs y est bien moindre que dansl'C/.p'iscMs, et à peu près comme dans \U. Bourgui- gnati. Le front de l'Ours polaire est plus élargi et plus plat, et la voûte orbitaire moins élevée que dans XU. Bourguignati. L'angle formé par la réunion des crêtes temporales recule moins en arrière. (1) Mémoire déjà rite, p. 349. CARNASSIERS ET RHINOCÉROS FOSSILES DU MIDI DE LA FRANCE. 167 La boîte cérébrale est plus renflée ; la crête occipitale sur- plombe moins en arrière. Les naseaux sont plus dilatés et le museau moins effilé à pro- portion que chez VU. Bourguignali, dont le crâne est plus allongé qu'aucun de ceux d'Ours polaires qu'il m'a été possible d'exa- miner. Les différences sont mieux accusées dans l'appareil dentaire ; le palais de l'Ours polaire est moins étroit que celui de F U. Bour- guignati. Les deux séries des mâchelières sont de même formule numérique ; mais, au lieu de converger en avant comme dans les espèces précédentes, elles se rapprochent au contraire en sens inverse dans l'Ours polaire. La barre libre entre les deux pré- molaires gemmiformes y a plus d'étendue que dans VU. Bour- guignati, et cependant les quatre mâchelières, qui restent en série continue en arrière de la barre, occupent moins d'espace longitudinal que celles de notre espèce fossile, en même temps que leur couronne a moins de largeur transverse. En outre, dans la dent carnassière de l'Ours polaire, le talon interne est compa- rativement réduit, et, au lieu d'être relevé d'un fort tubercule comme chez les autres espèces, il n'offre le plus souvent que de simples crénelures mamelonnées sur une base peu dilatée en de- dans. La pénultième molaire est aussi très-réduite dans ses pro- portions, et la dernière a sa partie terminale plus contractée avec sa face triturante surbaissée en dehors, bien que la base de la couronne se contourne en dedans. Le tableau suivant, qui résume en mesures hnéaires les dimensions vérifiables en divers sens sur les quatre crânes ci-dessus comparés, aidera beaucoup à en préciser les diffé- rences proportionnelles propres à appuyer leur diagnose res- pective ; 168 E. LAR1ET. Ubscs rnsrs L'nsis I'rsis Longueur du crâne depuis le bord incisif BolRGCIfi.NATl. PBISCUS. PLAMFRONS. WAHITlMi:S. ini^mi';! l.i rrète occinitjile 0,420 0,350 0,458 0,380 Largeur du crâne entre les apophyses post- orljitaires tlu frontal 0,123 0,107 0462 0,093 Distance depuis la lii^ne transverse qui va île lune lie ces apophyses ilu frontal à l'autre iiKiiir.iii liord iiu^'isif '>02 0,180 0,208 0,159 ILloUlL tlll ui.iiii im_i»^n» • • • • • • • • • • ■ • • • • Distance de cette ligne jusqu'à la crête occi- • 7 , _ U -- ijitnle ■ - • 0,238 0,095 0,187 0,092 0,248 0,120 0,187 0,090 Hauteur verticale de lépiue occipitale, . . . Hauteur de l'endroit le plus bombé du crâne. 0,135 0,108 0,180 0,100 Plus grand diamètre transverse de la boîte riM'i^bride . • 0,105 0,073 0,100 0,072 0,118 0,008 0,095 0,000 Moindre diamètre transverse des temporaux. Largeur du palais entre l'extrémité de la couronne des dernières molaires 0,057 0,002 0,058* 0,058 Largeur entre les carnassières supérieures . 0,050 0,055 0,068 0,065 Largeur de l'échaiicrure palatine 0.048 0,052 0,055 0,040 Longueur de la série des mâchelières depuis la base postérieure de la canine jusqu'à l'extrémité de la dernière molaire 0,110 0,100 0,118" 0,107 Distance de la hase de la canine à la car- nassière ou dernière prémolaire 0,037 0,032 0,037'" 0,043 Espace longitudinal occupé par les trois der- nières mâchelières 0,079 0,07.'i 0,081"" 0,004 * Mesuri^ I>i'ise an l»oril alvcûlaire, los tloiits ne ï e U'uuvaut plu s en l'iac-e. *' Mum. •••• Ul.-m. A considérer maintenant ces diverses tètes d'Ours dans l'en- semble des caractères propres à chacune d'elles, ce serait peut- être du crâne de l'Ours polaire que se rapprociierait le plus celui de notre Ours fossile, YU. Bourguignati ; mais il en diffère encore assez par ses traits généraux, et surtout par les détails de son appareil dentaire, pour ne pas être confondu avec son congénère actuel des régions arctiques, dont il pourrait d'ailleurs avoir eu la physionomie extérieure et les mœurs aquatiques dans les conditions climatologiques très-différentes de son habitat cir- cum méditerranéen . En dehors de \U. spelœus si abondant dans les cavernes des Pyrénées, et qui s'est également montré dans quelques grottes des départements du Sud-Est, il n'a pas, que nous sachions, été signalé dans la France méridionale de restes fos- CARNASSIERS ET RHINOCÉROS FOSSILES DU MIDI DE LA FRANCE. 169 siles (l'Ours autres que quelques pièces rapportables à nos espèces encore vivantes (1). Il y a quelques années, M. le baron F. Anca (de Palerme) a publié et fait figurer, dans le Bulletin de la Société géologique de France (^2), un maxillaire supérieur d'Ours trouvé par lui dans la grotte de San-ïeodoro en Sicile. M. Anca a reconnu que cette pièce ne diffère pas de son analogue dans XlJrms arclos vivant. On trouve dans ce maxillaire supérieur la même formule numé- rique des mâchelières que dans notre V . Bourguignali ; mais la série totale des cinq màcbelières y occupe bien moins d'étendue (0'°,089 contre 0",102), bien que, dans son ensemble, le mu- seau manifeste des proportions plus robustes, et surtout une plus grande épaisseur transverse. De la paléontologie quaternaire de l'Espagne, nous ne con- naissons guère que deux fragments rapportables au genre Ursus. L'un est une dent recueillie par feu don Casiano de Prado, dans la caverne de Muda de la chaîne cantabrique, avec des molaires de Rhinocéros Merkii. Cette dent d'Ours est une der- nière molaire de la mâchoire inférieure, qui, par sa forme et ses dimensions, avait paru se rapprocher assez bien de son homo- logue dans l'Ours actuel des Asturies. L'autre morceau provient de la caverne de Genista près de Gibraltar, d'où il avait été rapporté, en 186i, par le docteur Fal- coner et M. le professeur G. Busk, qui a eu l'obligeance de me l'envoyer en communication. C'est un fragment du maxillaire supérieur portant encore ses deux arrière-molaires. L'avant- dernière de ces dents est plus approximativement rectangulaire que son homologue àeVU. Bourguignati, dont la moitié posté- rieure a plus de largeur transverse que l'antérieure. La der- nière molaire de Gibraltar est au contraire plus contractée dans sa partie terminale en arrière. Dans ce qui reste de ce fragment (1) M. Marion a cité récemment, mais sans désignation spécifique, un Ours de très- petite taille dans une brèche osseuse de l'ile du Frioul, Tune des lies d'Hyères. (Voy. Premières observations sur t'ancienneté de l'Homme dans les Bouches-du-Rhône, extrait des Séances du Congrès scientifique de France tenu à Aix, p. 7, 1867.) (2) Bull. Soc gêol. de France, 1860, t. XVII, p. 094, pi. XI, fig. 4. 170 E. LARTET. du maxillaire de la caverne de Genista, le trou sous-orbi taire serait plus grand et moins abaissé que chez VU. Bourguignati ; l'arcade zygomatique paraîtrait y avoir été moins robuste, atta- chée plus bas et dirigée plus obliquement en arrière. Les deux molaires de cet Ours de Gibraltar seraient d'ailleurs un peu plus dans la forme et dans les proportions de celles de YU. priscus. De l'autre côté du détroit de Gibraltar, entre Oran etMers-el- Kebir, M. Milne Edwards, membre de l'Institut, et actuellement doyen de la Faculté des sciences de Paris, avait, en 1835, re- cueilli dans une brèche osseuse un fragment assez considérable de crâne d'Ours, Dans la description qu'il en a donné plus tard (1), ce savant professeur fait remarquer que ce crâne pro- venant d'un individu jeune, et qu'il est porté à considérer comme étant d'une espèce nouvelle, se distingue surtout par la largeur de ses pariétaux et la réduction proportionnelle des fosses tem- porales; disposition inverse à ce que l'on peut vérifier dans la tète de notre U. Bourguignati (2j. Ainsi ce n'est ni parmi nos Ours vivants de l'Europe moderne, ni parmi leurs congénères fossiles, que nous pouvons trouver à faire des rapprochements d'identité avec VU. Bourguignati, dont nous proposerons de maintenir la distinction méthodique en dédiant cette espèce nouvelle au savant distingué qui, le pre- mier, en a fait la découverte . Felis Leopardus? fossilis. Un autre morceau fort remarquable par sa bonne conserva- lion a été extrait de cette môme caverne de Mars, d'où a été exhumée la tête de VUrsus Bourguignati. C'est une tête de Felis de la taille à peu près de nos plus grandes Panthères d'Afrique ; elle était accompagnée de quel- ques os longs des membres et autres pièces du squelette, dont la description est ajournée jusqu'à la publication du travail gé- (1) Ann. des se. nai., 2'= série, 1837, t. VU, p. 216. (2) Depuis que ces lignes sont écrites, M. Bourguisiiat a fait connaître sous le nom d' Ursiis Fakl/ierhianus m\c nouvelle espèce d'Ours de petite taille par lui découverte en 1867, dans la caverne du Thaya, province de Gonstantine, en Afrique. CARNASSIERS ET RHINOCÉROS FOSSILES OU MIDI DE LA FRANCE. 171 lierai de M. Bourguignat. Nous nous sommes donc contenté de faire figurer (pi. 9, fig. 3) ce crâne, auquel manquait, du cùté gauche, une partie du maxillaire, des os nasaux et de l'arcade zygomatique. Comparée avec celles de ses congénères vivants, cette tête se rapproche assez bien par ses dimensions de la tête de la Pan- thère du Maroc ; mais c'est surtout avec une autre variété, ou espèce du cap de Bonne-Espérance, que plusieurs zoologistes distinguent sous le nom àe Léopard (F. Leopardus), que le crâne fossile de la caverne de Mars paraît offrir le plus de ressem- blance, bien que chaque partie, respectivement homologue dans les deux crânes rapprochés, laisse encore apercevoir des diffé- rences appréciables. Ainsi, dans le crâne fossile, le front est sensiblement plus concave entre les apophyses postorbitaires. Les crêtes tempo- rales ont leur concavité externe un peu moindre. Les crêtes sagittales et occipitales y sont inoins saillantes; le trou occipital plus large que haut, ce qui n'est pas aussi évident dans la Pan- thère du Maroc. La boîte crânienne ou cérébrale est un peu moins élargie en arrière; les caisses sont disposées plus oblique- ment en dehors, d'avant en arrière, ce qui élargit entre elles l'espace occupé par le basilaire et le sphénoïde postérieur. Le profil supérieur du crâne est plus arqué, les arcades zygoma- tiques plus écartées. Dans la Panthère du Maroc, dont la tête est plus longue de 2 centimètres que celle de notre Felis fossile, le diamètre transverse du crâne cérébral est moindre, et au contraire le diamètre interzygomatique plus considérable. Les lignes de suture du palais avec les maxillaires sont différemment disposées que chez le Léopard du Cap et plus compliquées de projections interarticulaires, les trous palatins plus rapprochés de la ligne médiane. L'orbite est conforme et ouverte dans le même plan, sauf que le jugal est sensiblement porté plus en dehors; le trou sous-orbitaire plus petit et plus arrondi. L'apo- physe postorbitaire du jugal plus rentrante à sa naissance ; celle du frontal plus détachée et moins oblique en arrière. Passant à l'appareil dentaire, on peut dire que les canines du 172 E. LARTET. ciâiie fossile sont plus longues et à scissures verticales de l'émail plus pénétrantes que dans le Léopard comparé ; l'alvéole de l'incisive latérale annonçant une dent plus fortement radiculée, et tout le contraire pour la deuxième incisive. La petite prémo- laire antérieure, à racine unique comme dans le Léopard, a sa couronne moins forte, moins comprimée, et disposée plus obli- quement par rapport à la ligne alvéolaire ; elle est aussi plus rapprochée de la canine, et en même tem[is un peu écartée de la pénultième prémolaire. Celle-ci est plus forte que dans le Léopard du Cap, plus épaisse surtout en arrière, où son denti- cule basilaire, très-robuste, repose sur un talon fort développé ; le denticule antérieur est plus rejeté en dedans. La dernière prémolaire typique, qui est la dent carnassière, est également plus forte à proportion ; son talon, ou tubercule antéro-interne, est déjà usé par la détrition, mais en apparence moins accusé et moins détaché que dans le Léopard actuel. La dernière mà- chelière, ou tuberculeuse, a sa couronne cassée du côté interne, où l'on peut s'assurer qu'elle était implantée par deux racines dans des alvéoles distincts et séparés par une cloison. Cette môme dent a sa couronne dirigée transversalement en obliquant un peu en arrière, et, comme dans le Léopard du Cap, elle a dû être relevée de trois petites éminences mousses disposées en série transverse. Dans la Panthère du Maroc, l'espace occupé par la série des mâcbelières est le même que dans le crâne fossile ; la petite pré- molaire antérieure y a sa couronne moins dirigée dans le sens de la ligne alvéolaire ; celle qui la suit, c'est-à-dire la pénul- tième prémolaire, est plus longue d'avant en arrière dans la Panthère du Maroc, et en même temps sans denticule antérieur. Ces différences de proportions anatomiques, quelque [per- ceptibles qu'elles puissent être à première vue pour l'œil exercé d'un paléontologiste, ne nous paraissent pas assez importantes pour admettre dès à présent que le crâne du Felis de la caverne de Mars ne paraît appartenir à aucune espèce de nos Panthères actuelles. En effet, si, parmi nos Felis vivants de grande ou de moyenne taille, on compare entre eux plusieurs crânes de sujets CARNASSIERS ET RHITOCIiJlOS FOSSILES DU MIDI DE LA FRANCE. 17o acceptés par les zoologistes comme étant d'une même espèce, on reconnaîtra très-probablement entre certains d'entre eux des différences de même valeur que celles que nous venons de signaler entre la tête fossile de la caverne de Mars et celle, par exemple, du Léopard du Cap. Toutefois, pour la satisfaction de ceux de nos lecteurs qui souhaiteraient se mieux rendre compte de l'importance de ces détails différentiels, nous consignerons dans le tableau ci-après celles de ces différences qui peuvent s'exprimer en mesures linéaires : Distance depuis le bord incisif jusqu'à la marge inférieure du trou occipital Du bord incisif à la pointe de l'apophyse postorbitaire du frontal , De cette apophyse à la crête occipitale De l'occipital à l'angle de jonction des crêtes temporales.. . De l'une à l'autre aile postérieure de la facette glénoide. . . . Espace entre la saillie interne des caisses Plus ftrande largeur d'une arcade zygomatiquc cà l'autre. . . Plus grand diamètre de l'orbite Plus grand diamètre transverse de la boite cérébrale .... Espace longitudinal occupé par les trois màchelières (non compris la tuberculeuse). . .' Longueur de la carnassière Sa plus grande largeur Largeur du palais entre les alvéoles des tuberculeuses. . . . Largeur entre la base des troisièmes prémolaires F. Lrop.vudi'S FOSSILIS. 0,190 LliOP.VRD DL Cap. 0,195 o,uo 0,135 0,122 0,125 0,095 0,100 0,063 0,060 0,030 0,028 0,151 0,1 '1 8 0,025 0,02^1 0,080 0,072 0,052 0,050 0,0255 0,0250 0,015 0.013 0,080 0,0 70 0,050 0,0â5 . Quant aux rapprochements possibles entre notre Felis de la caverne de Mars et d'autres Felis fossiles d'assez grande taille, le plus souvent inscrits sous le nom de Felis antiqua dans les ouvrages de paléontologie, il nous serait encore plus difficile d'arriver à une assimilation spécifique suffisamment justifiée; d'autant que le plus souvent cette appellation distinclive de Felis antiqua ne s'applique qu'à des morceaux très-incomplets et pas assez concluants pour une détermination méthodique. Nous nous contenterons donc de rappeler que MM. Marcel Il II E. LARTET. de Serres, Dubreuil et Jeanjean (I) ont décrit et figuré comme appartenant au Felis Leopardus plusieurs pièces importantes (jui avaient été recueillies dans la caverne de Lunel-Viel (Hé- rault). Le docteur Falconer et le professeur G. Busk, son collabora- teur dans les recherches faites à Gibraltar en iSkll, ont égale- ment signalé le Felis Leopardus dans la caverne de Genista, associé à des restes d'Ours dont il a été question ci-dessus. Enfin, je ne serais pas éloigné de rapporter à ce même Felis Leopardus une demi-mâchoire inférieure de Fe/is trouvée en 1852, par M. Alfred Fontan, dans la grotte supérieure de Massât (Ariége), avec des restes de grand Ours des cavernes, d'Hyène et de grand Felis (F. spelœa). Rhinocéros Merkii, Kaiip. Pour bien comprendre l'application que nous faisons de ce nom aux restes de Rhinocéros recueillis par M. Bourguignat dans la caverne de Mars, il est utile de rappeler que les études faites dans ces derniers temps par les paléontologistes tendent à établir que quatre espèces distinctes de Rhinocéros fossiles ont dû vivre dans une grande partie de notre Europe, depuis le moment où se sont déposés les terrains tertiaires supérieurs (pliocène de Lyell) jusqu'à la fin de l'époque quaternaire. Un seul de ces Rhinocéros ne s'est jusqu'à présent trouvé représenté que dans des dépôts rentrant exclusivement dans la période postpliocène (quaternaire ou postglaciaire de certains auteurs). C'est le Rh. tichorhinus de Cuvier, plus anciennement dénommé par Blumenbach : Rh. antiquitatis . Les trois autres espèces [Rh. leptorhinus de Cuvier, Rh. Merkii de Kaup et Rh. etruscus de Falconer) ont été signalées, en premier lieu, dans des formations pliocènes ou préglaciaires; mais il est aujourd'hui à peu près démontré que leurs restes fossiles se sont rencontrés, sur certains points de l'Europe, dans (1) Recherches sur tes ossements humatiks des cavernes de Lunel-Viel, 1834, p. 112, pi. IX, fig. 1 à 6. CARNASSIERS ET RHINOCÉROS FOSSILES DU MIDI DE LA FRANCE. 175 des dépôts évideiiiDient quaternaires ou postglaciaires, où ils se trouvaient associés soit avec des débris d'autres animaux éteints, soit avec des restes d'espèces encore persistantes dans la môme contrée. On peut donc, dans l'état actuel des notions acquises sur les gisements respectifs des débris de ces divers Rhinocéros, sup- poser que trois de leurs espèces (Rh. leplorhinus, Rh. Merhii et Rh. etruscus) auraient vécu avant, pendant et après cette phase des temps géologiques que l'on distingue par le nom de période glaciaire; tandis que la quatrième espèce {Rh. tichorhinus) ne se serait montrée dans notre Europe occidentale qu'après le moment de la plus grande extension des glaciers qui, dans l'opinion de plusieurs géologues, aurait coïncidé avec le grand phénomène erratique du Nord. La diffusion géographique de ces quatre espèces de Rhino- céros n'aurait pas été la même. L'aire parcourue par le Rh. tichorhinus s'étendrait depuis l'extrême nord de la Sibérie à travers l'Europe centrale et l'Angleterre, jusqu'aux Pyrénées et aux Alpes, que cette espèce paraît, jusqu'à présent, ne pas avoir franchies (1). L'habitat reconnu des trois autres espèces aurait été plus méridional, puisqu'on a retrouvé leurs restes en Italie, en Espagne, en France, en Angleterre et sur quelques points de l'Allemagne transrhénane. Notons en passant que, dans la Scandinavie, l'Irlande, la Sicile et l'île de Malte, où il s'est trouvé des restes d'un ou plusieurs Éléphants fossiles, on n'a jusqu'à présent rencontré aucun vestige de Rhinocéros quelconque des temps pliocènes ou post- pliocènes. De ces quatre espèces de Rhinocéros attribuées ci-dessus aux (1) Dans son excellent mémoire Sur la dentition du Rhinocéros leptorhinus, Oweu {Proceedings ofthe Geol. Soc. of London, 18G7, p. 213), M. Boyd Dawkiiis cite, d'après M. L. Caselli, la découverte faite aux environs de Rome de restes de Rh. lichorhittu,u J'ai eu, par l'obligeante entremise du frère Indes, sous-directeur de l'école chrétienne à Rome, le moulage d'une quatrième prémolaire supérieure étiquetée comme de i\h. ticliorhinus et provenant de la localité indiquée. Je puis affirmer que cette dent est du Rh, Merkii. 176 E. LARTET. formations pliocènes et postpliocènes de notre Europe, l'une est plus particulièrement caractérisée par ré|)aisse cloison osseuse qui séparait entièrement ses narines, d'où Tappellation adoptée par Cuvier de Rh. tichorhinus. Dans une deuxième espèce, les os du nez ne portent pas le moindre vestige de cloison osseuse internasale. C'est celle que Cuvier avait, pour cette raison, nommée Rh. leptorhinus, et que quelques auteurs ont depuis lors mal à propos désignée et désignent encore sous le nom de Rh. mcgarhinus (1). Les deux autres espèces {Rh. Merkii et Rh. etrusciis) avaient les narines en partie séparées par une demi-cloison osseuse qui joignait l'extrémité antérieure des os du nez aux incisifs. La synonymie de ces quatre espèces, diversement comprise et interprétée par les auteurs, est devenue fort compliquée, et il en est résulté une très-grande confusion, soit dans les ouvrages de paléontologie où elles sont décrites, soit dans les conclusions des géologues qui les ont citées comme caractérisant l'âge des formations où leurs restes ont été observés. (1) Clu'istol, dans sa tlièsc et son Mémoire sur les grandes espèces de Rhinocéros fos- siles {Ann. des sciences nat. 2" série, 1835, t. IV, p. ^!x), avait prétendu, d'après un dessin d'apparence trompeuse, que le crâne du Rliinocéros trouvé par Cortesi, et devenu le type du Eh. leptorhinus de Cuvier, portait des traces de Texistencc d'une cloison osseuse intcrnasale. Mais plus tard il paraît s'être rétracté dans une lettre écrite à Laurillard et citée par celui-ci dans son article RniNOCÉnos fossiles du Dict. unir. ff/H's^. wo^., t. VI, p. 100. Duvcrnoy {Arch. du Muséum, 1853,'J. VII, p. 98) a combattu cette assertion de Cliristol, en s'appuyant d'une Icttie de M. Cornalia, direc- teur du Musée de Milan, affirmant qu'il n'y a dans ce crâne de Rhinocéros déposé dans son musée, ni présence de cloison aciueUe, ni traces de cloison ayant pu exister antérieurement. Ce même témoignage m'a été personnellement confirmé, cette année, par M. Cornalia, venu â Paris, pendant l'Exposition universelle de 1867. Du reste, le docteur Falcouer, en parlant de cette même tète de Rliinocéros qu'il avait eu occasion d'examiner en détail {minulely) a\ait dit (Quart ''rly Journ. of tlœ Geol. Soc. of Lonclon, 1865, vol. XXI, p. 365) : « que le crâne est exactement comme il avait été » décrit par Cuvier en premier lieu, et subséquemment par M. Cornalia, c'est-à-dire » sans aucune autre trace de cloison nasale » Il avait, dans d'autres circonstances, exprimé sa conviction sur l'identité spécifique du Rh, leptorhinus de Cuvier et du Rh, megarhinus de Cliristol, Blainville et Duvernoy avaient antérieurement exprimé la même opinion. Il est donc regrettable que cette appellation spécifique de Rh. mcgarhi- nus soit encore conservée dans diverses publications paléontologiqucs, autrement qu'à titre de synonyme. CAUNASSIERS KT RHINOCÉROS FOSSLLKS DU MIDI DE LA FRANCli. 177 Dans une communication faite à la Société géologique de France, en séance du 15 avril! (S()7, j'avais essayé de préciser, à certains égards, la diagnose caractéristique de chacune de ces espèces de Rhinocéros, soit par la considération de la forme générale du crâne, soit en m'aidant de l'étude des différences respectives de leur appareil dentaire. J'avais aussi cherché à rétablir leur synonymie dans des conditions de priorité con- formes à la méthode de nomenclature; mais l'impression de cette note s'est trouvée ajournée par la nécessité d'y joindre des figures dont les dessins ne sont pas encore terminés. Pour le moment, et seulement en vue de démontrer que les restes de Rhinocéros fossiles trouvés par M. Bourguignat dans la caverne de Mars peuvent être attribués au Rli. Merkii de Kaup, je vais tâcher de reproduire l'histoire et la synonymie très-embrouillée de cette espèce, et, après cela, de préciser les particularités de forme et de structure qui peuvent servir à dis- tinguer certaines de ses dents molaires de celles homologues dans les autres Rhinocéros pliocènes ou quaternaires. La plus ancienne pièce rapportable au Rh. Merkii est une mâchoire inférieure figurée par Cortesi dans ses Saggigeologici, 1819, pi. V, fig. 5, Cortesi rattachait ce beau morceau au môme Rhinocéros dont le crâne, trouvé au monte Pulgnano et déposé au musée de Milan, devint plus tard le type du vrai Rh. lepto- rhinus de Cuvier. Je dois à l'obligeance de mon savant ami le professeur Capellini, de Bologne, la possession d'un bon mou- lage de cette mâchoire. Cuvier, de son côté, a figuré [Ossem. foss., t. II, pi. IX, fig. 8 et 9) deux portions de mâchoire inféi'ieure qu'il attribuait aussi à son Rh. leptorhinus et qui me paraissent revenir bien mieux au Rli. Merkii de Kaup. En 183/1, MM. Marcel de Serres, Dubreuil et Jeanjean, ont publié sous le nom de Rh. m'mutus (1) plusieurs morceaux également restituables au ^/i. Merkii., entre autres un maxil- (1) Rijcherches sur les ossements humatilcs (la cavernes de Lunel-Viel, p. 142, pi. XII. Ce nom île Rh. minutas avail iléjà été appliqué par Cuvier à une autre espèce. 5»= série, Zool. ï. VlU. (Cahier 11° 3.) * 12 178 E. LARTET. laire de jeune individu dont la figure a été reproduite par Blain- ville (1). Il existe un moulage de ce maxillaire dans les collec- tions du Muséum d'histoire naturelle de Paris. En 1839, Jîiger (2) figura sous le nom de Rh. Kirkerber- gensis plusieurs dents molaires trouvées dans le pays de Bade et le Wurtemberg. Deux ans plus tard, en 1841 (3), M. le docteur Kaup repro- duisit les figures données par M. Jiiger, y joignit celles de plu- sieurs autres pièces plus complètement caractéristiques, et pu- blia sur le tout un travail dans lequel, d'accord, à ce qu'il paraît, avec M. Jiiger, il changea l'appellation proposée par ce dernier de Rh. Kirkerbergetisis en celle plus euphonique de Rh. Merkii. C'est dès lors ce dernier nom qui nous semble avoir droit de priorité dans la synonymie de l'espèce. En 18A6, M. R. Owen (4), entraîné sans doute par fassertion erronée de Christol au sujet du crâne type du Rh. leptorhinus de Cuvier, qu'il avait prétendu à tort porter des traces de cloison osseuse internasale, au moins partielle, crut pouvoir inscrire sous ce même nom de Rh. leptorhinus, ou Rhinocéros à narines demi-cloisonnées, une portion assez considérable de crâne trouvée àClacton, en Angleterre. Les os du nez, qui sont très-I)ien con- servés dans ce crâne de Clacton, montrent en effet la trace évidente d'une demi-cloison osseuse qui aurait partiellement intercepté les narines au-dessus des incisifs. Bien que, toujours dans la conviction qu'il avait affaire à un Rhinocéros identique au Rh. leptorhinus de Cuvier, M. Owen n'en reconnut pas moins, avec cette justesse de coup d'oeil qui lui est habituelle, que les dents molaires se rattachant à son crâne de Clacton étaient sem- blables à celles du Rh. Merkii de Kaup, par lui cité en syno- nymie, et il rapporta également au même Rhinocéros les deux mâchoires d'Italie figurées par Cuvier {Ossem. foss., Rhinocéros, pi. IX, fig. 8 et 9), dont il a été question ci-dessus comme (1) Ostéographie, G. Rhinocéros, pi. XIII. (2) Foss. Saug. Wurt., 1839, p. 179, tab. xv, fig. 31, 32, 33. (3) Aktea der Urwclt, 1841, p. 6 et suiv., tab. i et ii. (4) British foss. Mamin. ami liirds, 1846, p. S.'iG et .>^iii\., fig. 131 a lai. CARNASSIERS ET RHINOCÉROS FOSSILES DU MIDI DE LA FRANCE. 179 revenant au lih.Merkii. On voit par là combien, sauf la méprise résultant de sa confiance dans la fausse interprétation de Christol,les appréciations du savant professeur du Collège des chirurgiens étaient alors exactes. Duvernoy, qui savait par M. Cornalia qu'il n'y avait dans le crâne du Rh. leptorhinus de Milan aucune trace de cloison osseuse, et qui connaissait d'ailleurs l'espèce de rétractation ma- nuscrite adressée à Laurillard par Christel, n'adopta point l'assimilation spécifique faite par M. Ovven du Rh. leptorhinus de Cuvier avec le crâne de Clacton. Il proposa de désigner provisoirement ce dernier par le nom spécifique de Rh. proticho- rhinus (1). A peu près à la même époque, M. Gervais (2), revenant sur le prétendu Rh. minulm de la caverne de Lunel-Viel, mentionné plus haut comme devant s'identifier avec le Rh. Merkii, lui im- posa le nom de Rh. lunellensis. La môme année, M. Pomel (3) inscrivit sous le nom (VAtelo- dus leptorhinus les restes de ce même Rh. Merkii, qui se sont trouvés assez abondants dans certains dépôts du Velay (Haute- Loire), dont 1 âge n'est pas bien précisé. On a trouvé dans ces formations plus ou moins anciennes de la Haute-Loire des têtes, fragments de maxillaires et ossements (jui peuvent se répartir entre les quatre espèces pliocènes ou postpliocènes ci-dessus mentionnées. Quelques-uns de ces Rhi- nocéros (le Rh. Merkii entre autres) ont dû être confondus par M. Aymaid sous le nom de Rh. mesolropus (4). Enfin, le docteur Falconer, qui avait pu étudier sur place les pièces originales ayant servi de type à ces diverses espèces, s'as- sura ainsi, par examen direct, que le Rh. leptorhinus du musée de Milan, celui-là même ainsi dénommé par Cuvier, ne pouvait être confondu spécifiquement avec le prétendu Rh. leptorhinus de Clacton ; mais, tenant compte de l'observation faite pai' (1) Nouvelles Études iur les Hhinocéivs fossiles {Aixh. du Mus. d'hist. nut., 1853, t. VII, p. 69). (2) Zool. et Paléont. fraiu-., i"" cclit., p. 48. (3) Catal. méthod., 1853, p. 79. (4) Congrès scientifique de France, 1855, l. I, p. 270 et suiv. 180 E. LARTEI'. M. Oweu de l'existence dans ce dernier d'une demi-cloison osseuse entre les narines, il a depuis lors plusieurs fois désigné l'espèce par le nom de Rh. hemitœchus, sans se préoccuper d'ail- leurs des rapports d'identité qu'il pouvait y avoir entre ce Rhi- nocéros à narines demi-cloisonnées {Rh. hemitœchus) et celui décrit longtemps auparavant, sous le nom de Rh. Merkii, par Kaup(l). Néanmoins M. Boyd-Dawkins, à qui on doit de très-bonnes descriptions du système dentaire des Rhinocéros pliocènes et postpliocènes, et qui a pu reconnaître la justesse des apprécia- tions du docteur Falconer, n'en a pas moins persisté (2) à main- tenir, pour le Rhinocéros à narines demi-cloisonnées de Clacton, l'appellation de Rh. leptorhinus ., toujours sous l'impression pro- duite par l'assertion si justement réfutée de Christol, et même désavouée par lui, au sujet de l'existence prétendue d'une cloi- son osseuse internasale dans le crâne du musée de Milan, dé- couvert par Cortesi et adopté plus tard par Cuvier comme type de Rh. leptorhinus. Avant de terminer cet exposé chronologique de la synonymie du Rh. Merkii, je crois utile de signaler que, en 186/i (3), M. Herman de Meyer a publié, sous le nom de Rhinocéros Merki, une très-belle tête de Rhinocéros fossile anciennement re- cueillie à Daxland, près deCarlsruhe, dans un diluvium inférieur à celui renfermant des restes de Rh. tichorhiniis . La découverte de cette tête de Rhinocéros date de 1807. Elle est depuis lors restée déposée dans le musée de Carlsruhe, où on la supposait se rapporter au Rh. iichorhimis. Dans son mémoire, accom- pagné de planches magnifiques avec figures en demi-grandeur (1) Il est probable que Falconer a dû revenir sur la synonymie lic cette espèce dans le ménioirs terminé par lui, avant sa mort, sur les lUiinocéros fossiles des derniers temps géologiques. Ce mémoire renferme sans nul doute les renseignements les plus complets ot les plus exacts que son auteur, si compétent et si consciencieux dans ce genre d'ob- servations, avait été à mémo de recueillir dans ses nombi'cux voyages en France, en Espagne, en Italie, en Allemagne, etc. Il serait bien désirable, pour l'avancement des études paléoiilologiques, que la publication posthume de ce précieux document ne fût pas plus longtemps retardée. (2) Pruccedinrjs uf thc Gcol.Suc. uf Londun, April 3, 18C7, p. 217. (3) Vulu'onto'jraij/iiai, vol. XI, n° 5, p. 233-283, pi. XXXV-XLllI, févr. 186/i. CARNASSIERS ET RIIINOCIÎROS FOSSILES DU MIDI DE LA FRANCE. 181 de nature, M. H. de Meyer n'hésite pas à assimiler spécifiquement la tète de Daxland à celle du Rhinocéros de Clacton, en Angle- terre, auquel il restituerait ainsi, avec la simple suppression d'une lettre, la dénomination proposée par M. Kaup, en ajou- tant, bien entendu, que les pièces anciennement publiées par Jiiger, sous le nom de Rh. Kirkerbcrgensis, et celles figurées par Kaup sous celui de Rh. Merkii, ne font qu'une seule et même espèce avec la tète de Daxland. En attendant l'impression de la note communiquée l'année dernière à la Société géologique de France, et dans laquelle j'essayais de réfuter les rapprochements proposés par M. H. de Meyer, je me contenterai ici de faire observer que le crâne de son prétendu Rh. Merki s'éloigne notablement de celui du Rhinocéros de Clacton, soit dans ses grandes lignes de contours, soit par la considération détaillée de ses diverses parties. De plus, si l'on compare ce même crâne de Daxland avec celui du Rhinocéros etruscus de Falconer existant au musée de Florence, et dont des moulages très-bien faits ont été envoyés aux musées de Paris et de Londres, on verra que, entre ces deux crânes de Daxland et du val d'Arno, l'identité spécifique devient évidente. Il en est de même pour la mâchoire inférieure publiée par M. H. de Meyer, et dans laquelle on retrouve les mêmes détails caractéristiques que ceux signalés par Falconer dans celle du Rh. etruscus , particulièrement la distribution et la position exceptionnelle des trous mentonniers placés eu avant sous la symphyse de la mandibule. Cela étant, le prétendu Rh. Merki de M. H. de Meyer devrait être reporté en synonymie du Rh. etruscus de Falconer, et n'être pas compris dans celle du wsdRh. Merkii^ que je proposerai d'inscrire ainsi qu'il suit : Rhinocéros Merkii, Kaup, Akten der Urwelt, 1841, p. 6 et suiv., tab, i et ii (non Rh. Merki, H. de Meyer). Rh. MiNUTUs, Marcel de Serres, Dubreuil et Jeanjean, 183/1, Ossem. hum. de Lunel-Viel, p. 142, pi. 12 (non Guv.). Rh. Kirkerdergensis, Jàger, 1839, Foss. Sang. TF^^^^, p. 179 tab. xv, fig. 31, 32 et 33. 182 E. liARTET. Rh. leptorhinus, Owen, 1846, Biùt. fo.ss. Mammals, p. 356 et suiv., fig. 131 à 141 (non Rh. lepiorliinus, Cuv.). Ru. PROTLCHORUiNus, Duvernoy, 1853, Arch. du Mus. cVhisf. nnf., t. VH, p. 108 et suiv. Rh. LDNELLENsis, Gcrvais, Zoo/, et Paléont. franc., 1852, p. 48. Atelodcs leptorhixus, Pomel, 1853, Cat. méth., p. 79. Rii. nEMiT^CHUs, Fnlconer. Rii. LEPTORUiNus, Boyil-Dawkins, 1867, Proceerf. oftheGeol. Soc. of London,\>. 217. De tous les morceaux présumés de ce Rhinocéros Merkii que M. Bourguignat a exhumés de la caverne de Mars, nous n'avons fait figurer qu'une seule dent de la mâchoire supérieure, dans la pensée que sa comparaison avec les dents homologues des trois autres Rhinocéros pliocènes ou postpliocènes suffirait pour en déduire la diagnose distinctive de Tespèce. Cette dent est représentée par la figure 5 de la planche 9 ; c'est une quatrième prémolaire supérieure du côté droit de la mâchoire supérieure. Sa couronne, à l'état de germe, non en- tamée par la détrition, n'était pas encore pourvue de racines. L'émail en est de moyenne épaisseur et sa surface légèrement rugueuse. Sa face externe, dans ce qui en est visible en A, laisse apercevoir des ondulations formées par des nervures ou côtes verticales dont la plus renflée fait plus de saillie au dehors que l'angle antéro-externe, B, de la couronne. La face antérieure, C, est relevée à sa base d'une sorte de contre-fort ou collet saillant qui s'arrête à l'angle antéro-interne de la couronne sans jamais se continuer, dans cette espèce, le long de la base interne, D, de la dent. La face triturante de la couronne est traversée de dehors en dedans par deux collines, dont les crêtes E et F s'infléchissent sensiblement ei! arrière. Ces collines, dont les bases dilatées et arrondies se trouvent réunies du côté interne, sont interceptées de vallons ou concavités si pénétrantes, qu'on en aperçoit diffi- cilement le fond ; il est vrai que, dans cette espèce comme chez le Rk. tichorhinus, la couronne des molaires a plus de hauteur comparative, et que les cavités tapissées d'émail s'y enfoncent même jusqu'au-dessous du plan horizontal oi!i les racines pren- nent naissance. CARNASSIERS ET RHINOCÉROS FOSSILES DU MIDI DE LA FRANCE. 183 La grande cavité, ou vallée médiane de la couronne, est barrée du côté interne jusqu'à mi -hauteur par la jonction des collines à leur base ; de plus, elle se trouve interceptée, dans sa plus grande largeur, de projections ou lames émailleuses, H, se déta- chant, soit des flancs de la colline postérieure F, soit du mur qui ferme la vallée du côté externe. Après un assez long exer- cice de la dent, ces projections, ou lames détachées eu crochet, sont elles-mêmes entamées par la détrition, et s'oblitèrent gra- duellement, comme on peut le voir dans la figure 6, qui est aussi une quatrième prémolaire de la même espèce représentée à mi-grandeur, et à couronne déjà considérablement usée. Mais dans ce progrès de la détrition des prémolaires de cette espèce, il ne se produit jamais, dans la région médiane de leur cou- ronne, une fossette circulaire et complètement entourée d'é- mail, comme celle qui caractérise constamment les dents homo- logues du Rh. tichorhinvs, et que l'on retrouve aussi transitoire- ment dans certaines prémolaires supérieures du Rh. leptorhinus et du Rh. etruscus. En arrière de la colline postérieure F, se trouve une fosse pro- fonde ou second vallon irrégulièrement élargi en entonnoir, et barré jusqu'à mi-hauteur par une crote d'émail qui forme le bord postérieur G de la couronne. Cette crête postérieure, au lieu d'être, comme cela se voit dans la plupart des Rhinocéros fossiles ou vivants, échancrée anguleusement et en contre-bas, se trouve au contraire relevée d'un tubercule d'émail dans les prémolaires du Rh. Merkii, comme on peut le voir en G, soit dans la dent figure 5. soit dans cplle figure 6, où ce tubercule est déjà un peu entamé par la détrition. Cette particularité ana- tomique, comme l'a très-justement observé M. Boyd-Dawkins, est d'une grande importance pour la détermination spécifique du Rh. MerJcii, puisque, à part le Rh. tichorhinus, où la crête postérieure de la couronne porte quelquefois deux de ces tu- borcules, et dont les molaires sont d'ailleurssi faciles à différen- cier de celles du Rh. Merkii, ce caractère distinctif n'a encore été signalé, que nous sachions, dans aucune autre espèce. J'ajouterai que j'ai pu vérifier l'existence de ce tubercule dis- '18/l E. LABIET. linctifdaiis la quatrième prémolaire typique du Rh. Mcrkii, re- présentée dans le mémoire de M. Kaup (pi. î, fig. 0), et dont ce savant aeu l'obligeance de in'envoyer un très-bon moulage. J'ai pu également retrouver ce tubercule sur sept autres prémolaires de môme espèce, lesquelles provenaient de diverses localités de France ou d'Italie. 11 existe sur les màchelières de lait du /î/i. Merkii, entre autres sur la troisième de lait du maxillaire de la caverne de Lunel-Yiel ci-dessus mentionnée (/?/«. lunel- lensis de M. Gervais), et sur deux autres dents du même rang, trouvées, l'une par M. Belgrand, inspecteur général des ponts et chaussées, dans une sablonnière des environs de Paris, à Mon- treuil, et l'autre dans une caverne de l'Algérie, à Bir-Madreis, d'où elle a été rapportée plus anciennement par M. Renou. La molaire figure de notre planche II, représentée à demi- grandeur, est la reproduction exacte de la figure h, pi. II de la Zoologie et Paléontologie françaises de M. Gervais, où cette dent est donnée comme étant une troisième molaire supérieure du Rh. megarinnus [llh. leplorhinus ÙG Cuvier). Pour nous, ce serait une quatrième prémolaire ayant tous les caractères de son homo- logue dans le Rh. Merkii, ce dont on peut juger par la simple comparaison des deux figures, en les ramenant par la pensée aux mêmes proportions de grandeur, et en tenant compte des chan- gements produits sur la couronne par le long usage qu'a subi cette dent. J'ai pu d'ailleurs m'assurer de cette identité par la comparaison plus concluante faite avec un moulage de cette même molaire qui provient des sables fluvio marins de Mont- pellier, où l'on a également trouvé le Rhinocéros leptorhinus {Rh. megarhinus de Christol) (1). Après avoir ainsi précisé les détails de conformation et de structure anatoiniques, qui peuvent servir à caractériser spéci- (Ij La dent figurée par M. Gervais dans la même planche de la Zoologie et VaUonlologie fronça ises,{ig. 2, est une véritable quatrième prémolaire de son Rh. me- gurltiims (Hh. leptor/icnus de Cuv.). On distingue parfaitement dans celle-ci le collet saillant qui contourne sa base interne, et, de plus^ vers le milieu de la face tritu- rante de la couronne, à gauche de la vallée médiane, cette fossette circulaire qui caractérise transitoirement la quatrième prémolaire de cette espèce. CARNASSIKKS ET RHINOCÉROS FOSSILES DU MIDI Dli LK FRANCE. 185 fiquemciU la quatrième prémolaire supérieure du Rh. Merkii, nous allons chercher en quoi les dents homologues des trois autres espèces à comparer, pourront en être différenciées. Dans le PJi. lichorhiniis^Xém'àW des molaires a notablement plus d'épaisseur, et sa surface extérieure est grossièrement cha- grinée, lorsque ces dents ne sont pas lissées par un long frotte- ment. La fiice externe de la couronne, également relevée de côtes verticales ou nervures en saillie, a son angle antéro- externe plus rejeté en dehors qu'aucune de ces nervures. Les deux collines qui traversent de dehors en dedans la face tritu- rante de la couronne se dirigent très-obliquement en arrière, et entre ces collines et le mur qui forme la face externe, il y a constamment une fossette circulaire très -profonde et persistante jusqu'à l'extrême usure de la dent. Il n'y a pas, non plus que dans le Rh. Mer/di, de collet saillant à la base interne delà couronne, et la fosse ou le vallon postérieur des prémolaires su- périeures est également l)arré en arrière par une crête sur- montée tantôt d'un, tantôt de deux tubercules d'émail. Les molaires supérieures du Rhinocéros leptorhiniis de Cuvier {megarhinus de Christol) ont leur émail beaucoup moins épais que celles du Rh. tichorhmus, et à peu près autant [[ue dans le Rh. Merkii. Mais sa surface, en apparence lisse, offre, lorsqu'elle est exaniinée à la loupe, une infinité de stries verticales très- fines, et disposées parallèlement sur toutes les faces de la cou- ronne, lorsqu'elles n'ont pas été usées par frottement. La face externe de la quatrième prémolaire est également relevée de côtes ou nervures en saillies verticales, mais différemment dis- posées par rapport à l'angle antéro-externe de la couronne, qui est bien plus reporté en dedans que chez le Rh. Merkii. La face antérieure offre à sa base un contre-fort d'émail, qui se continue en collet saillant à la base interne. Les collines transverses de la couronne obliquent sensiblement en arrière ; leur base interne, moins dilatée et moins arrondie que dans la quati'ième prémo- laire du Rh. Merkii, est marquée d'étranglements verticaux. La vallée médiane qui les sépare est aussi barrée du côté interne, et interceptée de lames ou crochets d'émail détachés principale- J86 e. LARTET. ment de la colline postérieure. Vers le milieu de cette colline et un peu en arrière de la vallée médiane, on aperçoit, dans la quatrième prémolaire d'individus encore jeunes ou simplement adultes du Rfi. leptorhinus, une fossette parfaitement circulaire et bordée d'émail. Il est important de noter que cette fossette, moins profonde que la vallée médiane et que le vallon posté- rieur, s'oblitère et disparaît dans les sujets âgés lorsque l'usure de la couronne est très-avancée. C'est ce que l'on peut vérifier, par exemple, dans le maxillaire supérieur figuré par Christol comme caractérisant son Rh. megarhinus (1), et aussi sur celui de la tôte publiée par M. Gervais dans les Mémoires de l'Académie de Montpellier (2). La couronne des quatrièmes prémolaires, très- usées dans ces deux maxillaires, ne conserve plus que les restes de deux cavités, celles de la vallée médiane et du vallon posté- rieur; la petite fossette circulaire ayant complètement disparu par l'effet de la détrition, tandis que dans la dent (quatrième prémolaire supérieure) figure 2 de la planche II de la Zoologie et Paléontologie françaises de M. Gervais, et aussi dans l'homologue d'un autre maxillaire supérieur de Montpellier, figuré égale- ment sous le nom, mal à propos conservé, de Rh. megarhinus dans la planche l du même ouvrage, la petite fossette circulaire médiane est encore conservée, par la raison que ces deux pièces appartenaient à des individus moins âgés. Le vallon ou la grande fosse postérieure de cette même qua- trième prémolaire du Rh. leptorhinus est bordée en arrière par une crôte d'émail, qui ne porte pas, conmie dans le Rh. Merkii, de tubercule en saillie ; cette crête est au contraire échancrée anguleusement en contre-bas, comme dans la plupart des autres Rhinocéros. N'oublions pas de noter que les mâcbelières supé- rieures du Rh. leptorhinus ont le fût de leur couronne moins haut que celles du Rh. Merkii, et en même temps les vallons, ou cavités de la surface triturante, moins enfoncés vcrticalemeiit. L'antépénultième prémolaire supérieure du l\h. leptorhinus présente une disposition exceptionnelle pour les espèces du (1) Aitn. des se. nai., 2» série, t. IV, pi. 2, fig. 3. (2) Sect. des sciences, t. U, pi. II. CARNASSIERS ET RHINOCÉROS FOSSILES DU MIDI DE LA FRANCE. 187 genre, en ce que sa première colline transverse est profondé- ment échancrée à sa jonction avec le mur externe de la cou- ronne, et de façon à ne laisser qu'un cône isolé à l'angle antéro- interne, comme on peut parfaitement le distinguer sur cette dent, dans le maxillaire figuré par M. Gervais sous le nom de Rhinocéros megarhiniis, dans la planche I, fig. 1 , de la Zoologie et Paléontologie françaises (1). La quatrième prémolaire supérieure du Rh. etruscus diffère de celle du Rh. Merkii d'abord par la moindre épaisseur de son émail, dont la surface est, comme chez le Rh. leptorhimis, mar- quée de nombreuses stries verticales très-fines et très-rappro- chées. Le fût de sa couronne est moins haut, et les vallons ou fossettes qui l'accidentent moins profonds à proportion. A sa face externe, l'angle antérieur rentre plus en dedans que dans le Rh. Merkii. Le contre-fort basilaire de la face antérieure se continue en collet saillant au contour de la base interne jusqu'à la face postérieure. La vallée médiane y est interceptée de lames ou crochets d'émail plus ou moins nombreux, et se dé- tachant de la colline postérieure où il n'y a jamais de troisième fossette circulaire, en quoi cette dent se distingue de son homo- logue dans le Rh. leptorhinus, tout en se rapprochant de celle du Rh. Merkii qui n'a pas non plus cette troisième fossette circu- laire. Mais ce qui particularise les prémolaires supérieures du Rh. etruscus, vues dans leur ensemble, c'est l'existence transi- toire d'une fossette analogue sur la couronne de son antépé- nultième prémolaire. Cette fossette, moins profonde que la vallée principale et que le vallon postérieur, disparaît dans les vieux sujets par l'effet de la détrition. Voilà pourquoi on ne l'aperçoit, ni dans la dent homologue du crâne type du Rh. etruscus du musée de Florence, ni dans celle du crâne de Daxland attribué (1) On trouve cependant cette même disposition dans l'antépénultième prémolaire supérieure du Rhinocéros Schlnermncheri de M. Kaup. Plusieurs auteurs ont identifié ce Rhinocéros Schleier mâcher i au Rh. meejarhinm (vrai Rh. leptorhinus de Cuvier) de Montpellier. M. Gervais n'a pas adopté cette opinion, qui ne nous parait pas admis- sible tant à cause des différences que présentent les crânes de ces deux espèces que pour celles que l'on peut relever sur la série des molaires supérieures dont M. Kaup a bien voulu m'envoyer un moulage très-bien fait. 188 E. LARTET. àloit, selon nous, au/?/<. /l/erAiV parM. H. de Meyer (l); tandis que j'ai retrouvé cette môme petite fossette circulaire dans des prémolaires (antépénultièmes supérieures) provenant d'un gise- ment pliocène du Velay, dans un maxillaire d'[mola (Italie), dont le moulage m'a été envoyé par mon savant ami le professeur Capellini (de Bologne), et aussi, en dernier lieu, dans des prémo- laires du même rang de la collection de M. Reboux, qui les avait recueillies dans le diluvium ou alluvion quaternaire delà Seine, au village de Levallois près Paris (2). Toutes ces dernières pièces avaient appartenu à des sujets moins âgés que ceux ci-dessus, chez lesquels, par l'effet d'un long exercice, cette troisièuic fossette circulaire de l'antépénultième prémolaire supérieure s'était oblitérée. Ajoutons encore que, dans le Rh. etruscus comme dans le Rh. leptorlnnus, la crête qui barre en arrière le vallon postérieur estéchancréeanguleusement en contre-bas, au lieu d'être relevée d'un tubercule saillant d'émail comme chez le Rh. Merkii, ce qui achève de différencier les deux espèces. Ces comparaisons minutieuses n'offriront probablement pas beaucoup d'intérêt à ceux de nos lecteurs qui n'auront pas l'occasion d'en faire l'application ; peut-être seront-elles de plus d'importance aux yeux des paléontologistes, souvent réduits à établir leurs déterminations sur des pièces isolées et offrant quelquefois une apparente similitude de conformation dans des espèces en réalité distinctes. Mais, dans ces cas embarrassants, l'observateur exercé et persévérant ne tarde pas à reconnaître (1) Palœm^fogrophico, févr. 18Ci. (2) Je saisirai cette occasion de, rappeler combien la paléontologie du bassin quater- naire de la Seine, à Paris, s'est enrichie d'espèces nouvelles, dans ces derniers temps. Ainsi, les sablières du niveau inférieur du village de Levallois ont fourni à M. Reboux, outre de beaux restes d'Hippopotame, de Rhinocéros iichorltinus, des dents molaires de Rhinocéros Merkii, de Rhinocéros etruscus, et aussi une mùchelière rigoureusement déterminée de Trogontherium. De son côté, M. l'inspecteur trcnéral Belgrand a pu constater dans la faune quaternaire des liants niveaux de Montreuil la présence de VElepltas antiquus, de l'Hippopotame, du Rhinocéros Merkii, de l'Aurochs, d'un Élan et d'un autre Cerf nouveau {Cervus Belgrandi) de grande taille, et déjà représenté par trois frontaux avec la naissance de leur bois, dont les caractères spécifiques sont nette- ment définis. CARNASSIliRSliT RHINOCÉROS FOSSILES DU MIDI DE LA FRANCE. 189 que la nature, si diversifiée dans ses productions spécifiques, n'a pas manqué d'imprimer à chacune d'elles, et même à la struc- ture élémentaire de chacune de leurs parties, le cachet distinc- tif et inaltérable qui constitue leur essence propre. Nous ne terminerons pas cette étude du Rhinocéros Merkii sans dire quelques mots de la diffusion géographique de cette espèce pendant les phases diverses de son existence. En Angleterre, les restes du Rhinocéros Merkii ont été obser- vés principalement dans les graviers (juaternaires de la Tamise, et aussi dans les cavernes de divers comtés du sud. En France, les débris du même Rhinocéros se sont montrés dans des formations considérées comme étant du pliocène an- cien (les sables fluvio-marins de Montpellier). On les a égale- ment rencontrés dans les alluvions quaternaires do plusieurs vallées, et aussi, mais plus rarement, dans les cavernes. L'âge des gisements où le Rh. Merkii a été signalé en Alle- magne, dans les pays de Bade et de Wurtemberg, ne nous est pas encore bien connu. En Italie, l'espèce s'est d'abord montrée dans les dépôts plio- cènes du Plaisantin, du Milanais et de la Toscane; plus tard, elle a été observée dans une formation évidemment postpliocène des environs de Rome. En Espagne, c'est seulement dans les cavernes que l'on a re- cueilli quelques dents molaires du Rh. Merkii. Il en est de même dans l'Afrique septentrionale, où des fragments suffisamment caractérisés ont été extraits d'une caverne des environs d'Al- ger. Ils y étaient enfouis avec des restes d'Éléphants {EL afri- canus?), de Phacochœro, d'Hyène (//. spelœa? ou crocula?)^ de Panthère, de Porc-Épic, etc., au milieu desquels on a décou- vert des ossements humains, et des silex évidemriient taillés de main d'homme (1). Ainsi l'habitat, vérifié jusqu'à présent, du Rh. MerAn se serait trouvé limité entre le 36" et le 51^ degré de latitude nord, avec (1) M. Uciiou, Géologie de l'AUjérie, j). 81-83. 190 E. LABTET. une extension en longitude de 17 degrés. C'est à peu près l'aire géographique que paraissent avoir occupée, dans les deux sens, le Rh. leptorhinus elRIi. elruscus^ que l'on a également observés en Angleterre, en France, dans l'Allemagne rhénane et en Espagne ; mais c'est beaucoup moins que celle parcourue par le Rh. tichorhinus, dont la diffusion en latitude a embrassé plus de 30 degrés géographiques, depuis le versant nord des Pyrénées jusqu'au 72' parallèle en Sibérie, sur près de 130 degrés en longitude. On sait, du reste, grâce aux observations de Pallas, que le Rh. tichorhinus, revêtu d'une fourrure très-épaisse, pouvait parfaitement supporter, aussi bien que YElephos primigenius, le froid rigoureux des régions circompolaires. Mais il est à pré- sumer qu'il n'en était pas de même du Rh. Merkii et de ses congénères contemporains, les RJi. leptorhinus et Rh. etruscus, dont les restes fossiles n'ont pas été jusqu'à présent obser- vés plus au nord que le 51' degré de latitude. C'est aussi la limite que parait n'avoir pas dépassée l'Hippopotame fossile. On a, d'autre part, pu vérifier que les restes de deux de ces Rhinocéros [Rh. leptorhinus et Rh. Merkii) se sont trouvés, dans les sables pliocènes de Montpellier, associés à ceux d'un Mastodonte et de deux Singes {Semnopithecus monspessulanus, et Macacus prisons, Gerv.), dont ils avaient dû être les contem- porains. La présence de Singes, ce genre toujours rebelle à racclimatement dans les régions froides, implique nécessaire- ment, pour l'époque où cette faune, ainsi mêlée, vivait sur le littoral pliocène de la Méditerranée, des conditions de tempé- rature plus élevée que celle de nos climats qualifiés de tem- pérés. Néanmoins il est arrivé qu a un moment donné de la période suivante ou quaternaire, ces mômes Rhinocéros, aussi bien que l'Hippopotame datant comme eux de l'époque pliocène, ont dû se rencontrer et vivre sinmltanémeut, sur divers points de notre Europe centrale, avec l'Éléphant {E. primigenius) et le Rhinocéros velu (/?//. tichorhinus), puisque leurs restes se trou- CARNASSIERS ET RHINOCÉROS FOSSILES DU MIDI DE LA FRANCE. 191 vent enfouis pêle-mêle dans les mêmes gisements. Ajoutons qu'on y rencontre aussi ceux du Renne et du Bœuf musqué [Ovibos moschatus). Or, pour expliquer que le Renne et le Bœuf musqué aient pu vivre ainsi dans l'Europe des temps glaciaires ou quaternaires, côte à côte avec l'Hippopotame et des Rhinocéros précédem- ment contemporains des Singes pliocènes, on est conduit à ra- battre beaucoup des prétendues rigueurs de répo([ue glaciaire, dont le climat était probablement marqué par des écarts bien moins extrêmes que ceux du climat actuel de nos temps modernes. En un mot, il fallait des étés moins chauds pour le Renne et le Bœuf musqué ; et, d'autre part, des hivers moins froids pour l'Hippopotame et d'autres espèces dont les analogues sont aujourd'hui retirés vers les régions tropicales. De telles conditions de température ne sont nullement incom- patibles avec la grande extension attribuée aux glaciers quater- naires. On en retrouve aujourd'hui la réalisation sur quelques parties du globe, particulièrement dans les latitudes moyennes. Ainsi au Chili, d'après M. Darwin, on voit, par une latitude de 38 degrés sud, les glaciers des Andes descendre jusqu'au rivage de la mer, en face de l'île de Chiloe. Dans l'île du sud de la Nouvelle-Zélande, où les neiges perpé- tuelles se maintiennent à une altitude qui dépasse à peine 2000 mètres, les glaciers ne s'arrêtent qu'à quelques centaines de mètres de la côte, et les savants attachés à l'expédition de la Novara ont pu y constater qu'à proximité de ces glaciers, il existe une végétation forestière à physionomie tropicale : les Palmiers et les Fougères arborescentes y abondent. Il est dit, dans VAlmanach de Chapman pour 1867, que, dans certaines parties de cette île, la température est si uniforme, qu'on y dis- tingue à peine la saison de l'hiver de celle de l'été (I). On dira que c'est là le propre de certains chmats littoraux ou insulaires. Mais, dans l'opinion de la plupart de nos géologues, au moment même du plus grand développement du phénomène (1) Chapman's New-Zealand Almanach, 1867, p. 57. 192 E- I.ARIET. glaciaire eu Europe, tle vastes étendues de ce (jui constitue aujourd'hui notre continent étaient recouvertes par les mers de cette épo(|ue, dont la grande formation erratique atteste presque partout les envahissements ou en marque les limites ; ce qui res- tait de surfaces émergées ne formait probablement alors qu'un grand archipel, avec peut-être certaines projections péninsu- laires où se réalisaient ainsi tous les avantages que présentent les climats marins sous des latitudes moyennes. Cette hypothèse, qui attribuerait à l'Europe des temps gla- ciaires un climat plus doux et moins excessif dans ses extrêmes, que celui dont sont aujourd'hui favorisées nos régions dites tem- pérées, sera difticilement acceptée par ceux de nos géologues ou paléontologistes qui ont prétendu que plusieurs des grands Mammifères quaternaires avaient dû périr par suite de l'extrême rigueur du froid. Renjarquons d'abord que la plupart de ces Mammifères, que l'on veut bien aujourd'hui accepter comme caractérisant l'époque quatei'iiaire, c'est-à-dire XElephas primigemus, X Hippopotamus major, trois des Rhinocéros ci-dessus mentionnés, etc., et qui paraissent avoir vécu avant le moment de la plus grande exten- sion du régime glaciaire en Europe, ont dû traverser sains et saufs cette prétendue crise climatérique. En effet, on retrouve très- souvent leurs restes dans les graviers et alluvions du fond des vallées, aussi bien que dans les dépôts des cavernes, envisagés par le plus grand nombre des géologues comme étant de date plus récente que le grand phénomène erratique du Nord. 11 serait, ce nous semble, bien plus rationnel de supposer que, après la retraite des mers glaciaires, et dès le moment où l'Eu- rope, ainsi agrandie, s'est trouvée ramenée aux conditions d'un climat continental, les étés, devenus plus chauds, auront forcé le Renne etl'Ovibos musqué à émigrervers les latitudes arctiques, plus en rapport avec les besoins de leur tempérament ; les Cha- mois, les Bouquetins, les Marmottes, auront, pour la même cause, cessé d'habiter nos plaines de la France centrale et se seront réfu- giés sur la cime des Alpes et des Pyrénées. D'autre part, la dis- parition ou l'extinctiou de l'Hippopotame, de certaines espèces de CARNASSIERS ET RHINOCÉROS FOSSILES DU MIDI DE LA FRANCE. 193 Rhinocéros et des grands Carnivores, dont les congénères actuels sont refoulés vers les régions tropicales, peut avoir été le résul- tat du refroidissement de nos hivers devenus trop excessifs pour les exigences de leur organisation. Nous terminerons par une dernière remarque se rattachant plus particulièrement à la faune des cavernes du sud-est de la France. On a 'vu que, dans les Alpes-Maritimes, la caverne de Mars n'a fourni à M. Bourguignat aucun débris du Renne ; l'ab- sence de cette espèce a été également constatée par M. Marion (1) dans la grotte de Rigabe (Var), et l'on n'a pas oublié que le Renne ne figure pas non plus parmi les nombreux Herbivores des cavernes de Lunel-Viel (Hérault), décrits par MM. Marcel de Serres, Dubreuil et Jeanjean (2). Or, par opposition à ces coïn- cidences négatives, chacune de ces trois cavernes renfermait des restes du Rhinocéros Merkii, la seule espèce du genre qui y ait été signalée jusqu'à présent. On sait très-bien que ce Rhino- céros Merkii avait dû vivre dans cette région de la France dès les premiers temps de la période phocène, puisque des morceaux qui le caractérisent suffisamment, et entre autres l'une des dents figurées dans notre planche , ont été recueillis dans les sables fluvio-marins de Montpellier, où ils étaient mêlés à des restes de Mastodontes, de Singes et autres Mammifères du même âge. Maintenant que pourrait-on induire de l'absence du Renne dans ces cavernes du sud-est ? Faut-il croire que, à cette époque ancienne, cette partie du littoral méditerranéen était, comme aujourd'hui, favorisée d'un climat exceptionnel et trop chaud pour permettre au Renne de s'y établir? Ou bien serait-il mieux de supposer que le reniplissage de ces cavernes, de celle de Mars par exemple, que les calculs de M. Bourguignat reporteraient à sa cinquième époque, serait en réalité de date antérieure à l'apparition du Renne dans l'Europe quaternaire ? Espérons que de nouvelles recherches, dès à présent projetées (1) Op. cit. (2) Op. cit. 5" série. ZooL. T. VIII. (Cahier n» h.) 1 13 194 E. LARTET. par M. Bourguignat dans cette même caverne de Mars, lui pro- cureront des matériaux pluscomplets et suffisants pour élucider cette question à l'un ou à l'autre de ces deux points de vue. EXPLICATION DE LA PLANCHE 9. Fiç. la- Tête de VUrsus Bouvguignati, vue de profil, au tiers de grandeur naturelle. — ■ l''s La même, vue en dessous par la face postérieure. — 1<=. La même, vue eu dessus. l'ig. 2. Série dentaire supérieure du côté droit de VUrsus Bourguignati, représentée de grandeur naturelle. On voit en A l'alvéole vide de la première prémolaire. T'ig. 3". Tète du Felis leopardus? fossilis, vue de profil, au tiers de grandeur natu- relle. — 3''. La même, vue en dessous par la face postérieure. Fig. 4. Série dentaire supérieure gauche du Felis leopardus? fossilis, représentée de grandeur naturelle. Fig. 5. Germe de quatrième prémolaire droite du Bhinoceros Merkii, grandeur natu- relle. Fig. 6. Autre quatrième prémolaire droite du même Rhinocéros déjà entamée par la détrition, à moitié de grandeur naturelle. Cette figure est copiée de la planche 2, fig. li, de la Zoologie et paléontologie françaises, de M. Gervais, où cette dent est donnée comme troisième molaire (prémolaire) de Bhinoceros megarhinus. MÉMOIRE SUR UNE ESPÈCE ÉTEINTE DU GENRE FULICA QUI HABITAIT AUTREFOIS l'ÎLE MAURICE, Par M. AL.PUOIVSE MILIVE EDWARDS». Depuis quelques années, les fouilles entreprises aux îles Maurice et Rodrigues ont permis de lever toutes les incertitudes qui existaient encore relativement à l'histoire zoologique du Dronte et du Solitaire ; elles ont aussi prouvé que ces deux grands oiseaux n'étaient pas les seuls représentants, aujourd'hui dis- parus, de la faune qui jadis appartenait aux îles Mascareignes. Ainsi M. Schlegel a démontré que l'oiseau géant, cité par Léguât comme vivant dans ces îles en 1694, ne pouvait pas être un Flamant comme le croyait M. Strickland, mais devait constituer une espèce éteinte du groupe des Poules d'eau, qu'il a désignée sous le nom de Leguatia giganlea (1). J'ai pu, si je ne me trompe, établir que le Psittacus 3Iauntia- nus (2) (Owen) et le P. Rodericanus (3), qui, eux aussi, étaient (1) Schlegel, Over eenige uitgestorvene t'emachtige vogels van de Mascarenhas- eilanden {Verslagen enmededeelingen der Koninklijke Akademie van Wctenschappen., Deel VII, p. 116, 1857. Une traduction anglaise de ce mémoire a paru dans the Ibis, new séries, 1866^ t. II, p. 146, et une traduction française dans les Annales des sciences tiaturelles , Zoologie, 6* séric^ 1866, t. VI, p. 25. (2) R. Owen, Evidence of a Species, perhaps exfincf, of Large Parrot [PsHtacus Mauritianus, Owen), contemporary with the Dodo, in the Island of Mauritius. — The Ibis, new séries, t. II, p. 168, 1866, Ce mémoire a été traduit aussi dans les Annales des sciences naturelles, Zoologie, 5^ série, l. VI, p. 88. Voyez aussi, à ce sujet, Alph, Milne Edwards, Observations sur les caractères ostéolo- yiques des principaux groupes de Psittacides, pour servir à la détermination des affi- nités naturelles du Psittacus Mauritianus (Ann. des se. nat., Zoojl., 5^ série, t. VI, p. 91,1866). (3) Alph. Milne Edwards, Mémoire sur un Psitfacien fossile de l'île Rodrigue^ {Ann, des se. nat., Zool., 5' série, t. VlU, p. itib, pi. 7 et 8). 196 ALPH. MILIVE EDWARDS. contemporains du Dronte et du Solitaire, avaient subi le même sort que ces représentants gigantesques du type des Pigeons. Je puis aujourd'hui ajouter une espèce nouvelle à toutes celles que je viens de citer, et celte détermination est basée sur un nombre d'ossements plus que suffisant pour lui donner un carac- tère de précision absolue. Je crois qu'il y a un intérêt considérable non-seulement au point de vue zoologique, mais aussi sous le rapport géologique, à étudier à fond ces fossiles des tourbières et des terrains meubles des îles Mascareignes, car ce sont eux seuls qui peuvent nous fournir la preuve que ces îles se rattachaient jadis à une vaste étendue de terres, et que ces terres, peu à peu et par un abais- sement lent, ont été cachées sous les flots du grand Océan, lais- sant paraître encore quelques-uns de leurs points culminants, tels que Maurice, Rodrigues, Bourbon, etc. Ces îles étaient évidemment séparées de Madagascar, ca: lorsque les Européens les visitèrent pour la première fois, ils n'y trouvèrent pas de Mammifères, à l'exception de quelques grandes Chauves-Souris. Aucun de ces Quadrumanes, si remar- quables et spéciaux à la faune de Madagascar, n'existait dans les îles Mascareignes ; les autres animaux communs à ces deux faunes appartenaient à des espèces marines, qui pouvaient faci- lement nager_de l'une de ces îles à l'autre, ou à des espèces ailées, dont le vol rapide leur permettait de franchir la distance consi- dérable qui sépare ces terres éloignées. Plus tard, les Rats, les Tenrecs, les Cochons, les Chèvres, les Cerfs, les Makis et les Singes furent introduits à Maurice et à Bourbon et, depuis cette époque, ils s'y reproduisent et paraissent s'y être naturalisés. Les Mammifères, si abondants dans les autres contrées du globe, semblent avoir été représentés dans ces îles par des oiseaux à formes lourdes, massives, et ne pouvant pas s'élever dans les airs, ou du moins ne s'y soutenant pas assez longtemps pour entreprendre des voyages lointains. L'espèce que je fais connaître était dans ce cas; elle appar- tient à la division des Poules d'eau et au genre Foulque, oiseaux plutôt coureurs et nageurs que voiliers, et qui ne s'éloignent MÉMOIRE SUR UNE ESPÈCE ÉTEINTE DU GENRE FOLICA. 197 jamais beaucoup des étangs ou des cours d'eau, sur les bords desquels ils construisent leurs nids, et trouvent facilement leur nourriture. Les ossements qui ont servi à établir cette détermination ont été rapportés de l'île Maurice par M. E. Newton, auditeur géné- ral, et c'est à l'obligeance de ce naturaliste et de M. Âlf. Nevs^ton, professeur d'anatomie comparée à l'Université de Cambridge, que je dois de pouvoir les étudier. Ces pièces, trouvées dans la formation tourbeuse de Maurice, consistent en un bassin (1), un tibia (2) et un tarso-métatar- sien (3) parfaitement conservés. Les caractères offerts par un seul de ces ossements, pris en par- ticulier, suffiraient pour faire reconnaître le genre de l'oiseau dont ils proviennent, et les indications qu'ils fournissent se com- plétant mutuellement, ne peuvent laisser dans l'esprit aucune incertitude. Le bassin est l'une des pièces du squelette des oiseaux qui dorme les éléments de détermination les plus sûrs et, sous ce rapport, il est bien supérieur au sternum, dont la forme offre beaucoup moins de constance. Dans toute la famille des Rallides, qui com- prend les Poules-Sultanes, les Poules d'eau, les Râles, les Jaca- nas, les Ocydromes, les Tribonyx, \esNotornis et les Foulques, le pelvis (û) est remarquable par la longueur de toute la portion située en avant de la cavité cotyloïde. Les fosses iliaques externes, dans lesquelles s'insère le muscle moyen fessier, sont très-allon- gées, fortement inclinées en manière de toit et peu élargies ; elles se soudent sur une étendue plus ou moins considérable avec la crête que constituent en dessus les apophyses épineuses du sacrum. La portion post-cotyloïdienne du bassin est courte, resserrée, et les lames iléo-ischiatiques sont, dans leur portion inférieure, placées presque verticalement, de façon à être en- tièrement cachées par les crêtes saillantes qui limitent latérale- (1) Yoy. pi. 10, fig. 1. (2j Voy. pi. 10, fig. 13. (3) Voy. pi. 10, fig. 7. (4) Voy. pi. 11, flg. 1 à 5 ; pi. 12, lig. 1 à 6 ; pi. 13, fig. 1 et 2. 198 ALPII. MILKE EDWAnnS. ment l'écusson pelvien ; il en résulte que le muscle pyramidal de Meckel {carré de la cuisse, Cuvier) est logé dans une sorte de fosse, et profondément encaissé en dessus. Le trou sciatique est petit et arrondi. En arrière, l'échancrure, que laissent entre eux les os iliaques, et qui est occupée par les vertèbres delà queue, est extrêmement étroite et resserrée postérieurement ; elle se termine en arrière par un angle arrondi, qui se prolonge presque autant que la pointe de l'ischion. Enfin les branches pubiennes sont très-courtes, et se terminent en avant et au-dessous de la cavité cotyloïde par un petit tubercule iléo-pectiné, sur lequel se fixe un muscle faible et très-allongé, que M. Owen a désigné sous le nom de muscle grêle. Les particularités que présente la face inférieure du bassin des Rallides permettent également de déterminer cette pièce avec certitude. Les fosses iliaques internes sont très -étroites, car les lames iliaques ne débordent guère les apophyses transverses; les fosses rénales antérieures sont resserrées, profondes, et sé- parées des postérieures par deux arcs-boutants constitués par les apophyses transverses des vertèbres correspondantes; ces traverses osseuses se prolongent jusqu'au-dessus delà cavité cotyloïde. Les fosses rénales postérieures s'étendent en partie au-dessus d'une portion de l'iliaque qui s'avance au-dessous des lobes postérieurs des reins, etconstitue un véritable plancher sur lequel ceux-ci reposent. Ce dernier caractère se retrouve chez tous les représentants de la famille des Rallides, et suffirait à lui seul pour distinguer le bassin ; en effet, on ne rencontre de disposition semblable que chez un petit nombre d'oiseaux, par exemple, chez les Grues les Agamis et les Hérons; mais le plancher ainsi formé est beau- coup moins développé, de manière à cacher à peine l'extrémité des derniers lobes rénaux. Chez les Hérons, les apophyses trans- verses qui séparent les fosses rénales sont beaucoup plus courtes, et n'occupent que la région sacrée du pelvis, au lieu de venir s'appuyer sur les iliaques au-dessus de la cavité cotyloïde. Ce caractère existe chez les Gallinacés, où, de même que dans le groupe des Rallides, les fosses rénales postérieures se prolongent MÉMOIRE SUR UNE ESPÈCE ÉTEINTE DU GENRE FULICA. 199 au-dessus d'une cloison osseuse. D'ailleurs, chez la plupart des Gallinacés, le bassin est beaucoup plus large en arrière ; quel- ques espèces font cependant exception, et les Francolins se rap- prochent assez sous ce rapport des Poules-Sultanes ; mais il est facile de distinguer le pelvis de ces oiseaux à l'aide de quelques particularités de structure qu'il présente, et qui lui sont d'ailleurs communes avec les autres représentants de la même famille : Perdrix, Faisans, Colins, etc. En effet, les lames iliaques ne se soudent pas dans toute leur longueur à la crête épineuse du sa- crum, et laissent en arrière de chaque côté de cette crête un pertuis largement ouvert ; enfin l'apophyse iléo-pectiuée est beaucoup plus saillante que celle des Rallides. Chez tous les autres oiseaux, les fosses rénales ne sont pas même délimitées en arrière ; c'est à peine si chez quelques- uns on aperçoit sur ce point une petite saillie transversale. Mais la forme générale du bassin de ces espèces est tellement diffé- rente de ce que nous connaissons chez les Rallides, qu'il est inu- tile d'insister davantage sur ce sujet. Le bassin fossile de l'île Maurice (1) appartient évidemment à une espèce du groupe des Rallides, car on y retrouve toutes les particularités que je viens de citer comme caractéristiques de ces oiseaux : longueur de la portion précotyloïdienne, étroitesse et inclinaison des fosses iliaques externes, saillie des crêtes sus- ischiatiques, et cloisonnement en arrière d'une portion des fosses rénales. Mais une telle approximation ne suffit pas, et pour arri- ver à la détermination générique et spécifique de cette pièce, il faut pousser plus loin l'étude des caractères anatomiques qu'elle présente, et chercher auparavant si les différents groupes natu- rels de la famille des Rallides offrent dans la constitution de leur bassin des caractères qui permettent de les distinguer les uns des autres. Un examen, même superficiel, permettrait de répondre affirmativement à cette question ; on reconnaît, en effet, trois types principaux, suivant lesquels paraît constituée la région pelvienne : (1) Voy. pi. 10, flg. 1, 2 et 3. 200 ALPH. MILlVe EDWARDS. Le premier nous est fourni par les Poules-Sultanes (1), les Gallinules (2), les Râles (o), les Tribonyx et les Ocydromes (4) ; le second, par les Jacanas ; le troisième, par les Foulques (5), Dans le premier type, la portion post-cotyloïdienneest courte ; les crêtes sus-ischiatiques sont extrêmement saillantes, surtout dans leur portion postérieure, où elles surplombent la surface d'insertion du muscle pyramidal de la cuisse (Meckel) située en arrière du trou sciatique ; les lames iliaques se soudent intime- ment à la crête épineuse du sacrum ; au-dessus de la cavité co- tyloïde, ces crêtes s'avancent aussi pour fournir au muscle abducteur supérieur de la cuisse des points d'attache plus éten- dus. La face inférieure du bassin, généralement élargie au ni- veau de l'articulation du fémur, se fait remarquer par la forme arrondie de l'ouverture des fosses rénales postérieures. Dans les genres PoJ^phyrio, Gallinula, Eallus, Tribonyx et Ocydromus^ le bassin, bien que présentant les mêmes caractères généraux, offre dans chacune de ces subdivisions des particu- larités de détail qui permettent de le distinguer. Chez les Poules-Sultanes, les lames iliaques antérieures sont plus courtes que chez les Gallinules et les Râles ; elles se soudent dans toute leur longueur à la crête du sacrum, tandis que chez ces derniers oiseaux la soudure ne se fait qu'en avant. Chez les Ocydroraes, le sacrum est plus étroit et plus entoncé que dans les genres précédents, et les fosses rénales beaucoup plus encais- sées et plus profondes. Enfin la crête sacrée, à laquelle sont unies les lames iliaques, est fortement arquée en dessus comme chez les Échassiers essentiellement marcheurs, les Agamis et les Rhynochètes par exemple. Le bassin des Jacanas est construit sur un type différent. Les lames iliaques ne se soudent généralement pas à la crête sacrée, de façon à laisser une étroite ouverture au-dessus des gouttières (1) Voy. pi. 12, fig. Iet2. ^. _,,^, (2) Voy. pi. 12, flg. 3 et 4. (3) Voy. pi. 12, fig. 5 et 6. (4) Voy. pi. 13, fig. 1 et 2. (5) Voy. pi. 11, fig. 1 à 5. MÉMOIRE SUR UNE ESPÈCE ÉTEINTE DU GENRE FULICA. 9.01 vertébrales. Les crêtes sus-ischiatiques sont disposées à peu près comme clans la famille des Ardeïdes, cest-àdire qu'elles ne se prolongent pas latéralement à beaucoup près autant que dans les genres précédents. Les pointes de l'ischion s'étendent beaucoup plus loin en arrière que l'angle sus-ischiatique ; l'échancrure postérieure qui est occupée par les vertèbres caudales, au lieu d'être resserrée, s'évase notablement, bien qu'elle soit beaucoup plus étroite que chez les Grues, les Hérons et les autres Échas- siers. Le troisième type comprend les Foulques (1). Le bassin de ces oiseaux présente certaines modifications organiques, en rap- port avec leur genre de vie plus aquatique et la facilité avec la- quelle ils nagent. En effet, la portion post-cotyloïdiennedu pelvis s'allonge beaucoup, mais offre très-peu de largeur, de façon à augmenter la surface d'insertion du muscle pyramidal de la cuisse. Les crêtes sus-ischiatiques sont moins saillantes que celles des Poules-Sultanes et des Poules d'eau, bien qu'elles présentent les deux prolongements latéraux qui débordent, de chaque côté, le bassin de ces oiseaux. L'échancrure du bord postérieur, qui est limitée latéralement par la pointe des ischions et qui est occupée par les vertèbres du coccyx, est remarquablement étroite; sa profondeur varie, d'ailleurs, suivant les espèces; ainsi, chez \e Fidica cristata ('2), elle est moins grande que chez le Fulica atra (o). Le trou sciatique est ovalaire au lieu d'être arrondi. Enfin, à la face inférieure, les fosses rénales posté- rieures sont étroites et très-allongées. On voit d'après cette des- cription qu'il est facile de reconnaître le bassin des Foulques, soit que l'on ne considère que sa disposition générale, soit que l'on ne puisse en consulter qu'une portion même peu considérable. Le tableau ci-après met en évidence les rapports de propor- tions que présente le bassin des principaux représentants delà famille des Rallides : (1) Voy. pi. 11, fig. 1 à 5. (2) Voy. pi. 11, fig. à. (3) Voy. pi. II, fig. 2. 202 ALPII. MiriVe EnWâRDS. iJl <3 in O Cl o — (M . co i — CO ••r^ — j o —H ■r-* •«H o CD r O O O o o o o o O o u o =0 (M —I O C4 00 <3> O 00 o o o o o o — Cl — -TT ;=> — ce o p" o o •a C^ O ■et 00 — ' •=* o •o ■=1 o o o in in Cl in in in o a T- o in Cl t-^ 00 t^ t^ e^ o = ^ o io M •^ Cl eo C<5 ■^ -rH -a o — o <=> o es o- o :': ce o X co wî o o ^ ^ o C3 •^ ce C^I ■^- ce j^ M M oc o 00 co o eo I^ t^ i — in Cl Cl o •H Cl Cl o o s > o o o o o o o o o — - o o o o o o o o o Lit e ^ r^ ÎO o ■r- .«^ o 00 00 Cl in •cf "^ Cl ■O •a n C-3 — in Cl Cl •a n — • o o o g o en l^ ta o — « ■3 -2 O i. i- 3 o 3 _o g. te tc.i; Ci — c; '>i bD ■:; fcc-ï c c E -r t- n:.^ ;- -a c k c o o C3 C3 rS o o .J >J hJ ^ «J -] ^ >_; u MÉMOIRE SUR UNE ESPÈCE ÉTEINTE DU GENRE FUUCA. 203 Le bassin fossile (l) offre extactement les mêmes caractères que celui des Foulques; ainsi la portion précotyloïdienne égale environ la portion post-cotyloïdienne ; la largeur, au niveau des cavités articulaires fémorales, est un peu plus du quart de la longueur totale. Chez le Fulica crislata (2) et chez le Fulica atra (3), on retrouve des rapports de proportions presque sem- blables. De même que chez ces espèces, les lames iliaques anté- rieures se soudent à la crête sacrée par leurs extrémités seule- ment, de façon à laisser un espace vide très-étroit au-dessus des gouttières vertébrales. Les crêtes sus-ischiatiques sont relative- ment peu marquées, et offrent en arrière du tronc sciatique une saillie fortement prononcée qui limite en avant l'insertion du muscle pyramidal. La face inférieure du bassin ressemble com- plètement à celle du pelvis des Foulques ; on y remarque rallon- gement des fosses rénales postérieures, qui sont néanmoins très- profondes, et s'étendent fort loin au-dessus du plancher inférieur constituant les lames iliaques. Le bassin des Foulques présente chez les diverses espèces quelques particularités de détails, qui permettent de les distinguer entre elles. Ainsi chez le Fulica cristala (û.), les crêtes sus-ischiatiques se rapprochent beau- coup au niveau de la dernière vertèbre caudale, de façon que le bassin semble très-resserré sur ce point. Chez le Fulica atra (5), cette disposition ne se rencontre pas, et les crêtes se continuent régulièrement jusqu'à l'angle qui les termine en arrière. Sous ce rapport, le fossile de l'île Maurice ressemble complètement à l'espèce d'Europe ; mais la taille en est beaucoup plus considérable, puisqu'elle dépasse même celle du bassin du Foulque du ChiU ; il est surtout plus élargi, plus épais, et semble indiquer un oiseau plus vigoureux. Je donne d'ailleurs ici les dimensions comparées du pelvis chez le Fulica atra, le F. crislata et le F. Newtonii. (1) Voy.pl. 10, fig. 1 il 3. (2) Voy. pi. 11, fig. i. (3) Voy. pi. 11, fig. 1 et 2. (4) Voy. pi. 11, fig. 4. (5) Voy. pi. 11, fig. 2. 2oa ALPH. MILNE EDWARDS. Longueur totale du bassin Long;ueur de la portion précotyloïdienne. Longueur de la portion post-cotyloïdienne Largeur des fosses iliaques externes à leur partie moyenne Largeur du bassin en avant Largeur au niveau de la cavité cotyloïde Largeur au niveau de la saillie latérale dos erétes sus-ischiatiques Longueur de la fosse rénale postérieure. . Longueur de la portion sacrée posl-rénale FULICA ATBA. Dim. réelles. 0,071 0,032 0,034 0,010 0,018 0,022 0,021 0,013 0,010 Dim. prop. 100,0 45,0 Zl7,8 14,0 25,3 30,9 29,5 18,3 14,0 FUUC.\ CRISTATA. Dim. réelles. 0,085 0,038 0,040 0,011 0,021 0,027 0,020 0,014 0,017 Dim. prop. 100,0 44,7 47,0 12,9 24,7 31,7 23,5 16,4 20,0 FULICA XEWTONII. Dimens, réelles. 0,090 0,040 0,042 0,013 0,020 0,029 0,025 0,0145 0,015 Dim. prop. 100,0 44,4 46,4 14,4 22,2 32,2 27,7 16,1 16,6 Les détails qui précèdent indiquent nettement que ce bassin aurait suffi à lui seul pour faire connaître le genre et l'espèce de l'oiseau dont il provient, car il est si nettement caractérisé, qu'il ne peut y avoir à cet égard aucune incertitude. Mais d'autres pièces viennent confirmer nos conclusions ; en effet, on a trouvé dans le même gisement, à côté du bassin, les os de la jambe et du pied, qui appartiennent évidemment à la même espèce. Dans mon travail sur les Oiseaux fossiles, j'ai insisté sur les indications précieuses que l'on pouvait tirer du tarso-métatarsien, et j'ai montré par une foule d'exemples qu'il suffisait pour arriver à la détermination des genres et même des espèces. Je suivrai pour l'étude de cet os et du tibia la marche que je viens de suivre dans l'examen du bassin. L'os du pied des Rallides (1) se distingue de celui de tous les autres oiseaux à l'aide d'un certain nombre de caractères faciles à saisir. Sa longueur est relativement plus considérable que chez tous les Palmipèdes. On ne peut le confondre avec le tarso- métatarsien des autres Échassiers, parce que les facettes glénoï- dales de l'extrémité supérieure, au lieu d'être placées à peu près à la même hauteur, sont disposées à des niveaux différents, celle (1) Vo;. pi. H,flg. 6 à 15; pi. 12, fig. 7 à 17. MÉMOIRE SUR UNE ESPÈCE ÉTEINTE DU GENRE FULICA. 205 du côté interne étant de beaucoup la plus élevée. Les trochlées digitales sont situées sur une ligne transversale, moins arquée que chez les Totanides, et la troclilée interne est toujours plus élevée que l'externe, ce qui permet de distinguer l'os canon des Rallides de son analogue chez les Hérons, les Butors et les autres Ardéides. Le tarso -métatarsien des Rallides présente une plus grande analogie de formes avec celui des Gallinacés; mais il est, en général, plus allongé, et les coulisses du talon, dans lesquelles glissent les tendons des muscles fléchisseurs des doigts, sont dis- posées autrement. Chez les Gallinacés, la crête interne fait en arrière une saillie beaucoup plus considérable que celle du côté interne, tandis que le contraire s'observe chez les Poules-Sul- tanes, les Poules d'eau, les Râles, etc. La forme générale de l'os est tellement distincte de ce qui existe chez les Passereaux et lesRapaces, qu'il est inutile d'insister sur les caractères qui ser- vent à distinguer le tarso-métatarsien de ces oiseaux. L'os du pied des Rallides présente des différences de confor- mation très-notables chez les divers représentants de cette fa- mille, et ces variations, de même que celles qui nous ont été fournies par le pelvis, peuvent se grouper suivant trois types : Le premier comprend les Poules-Sultanes, les Poules d'eau, les Tribonyx et les Râles; le second, les Jacanas; le troisième, les Foulques. Chez les Poules-Sultanes (1), l'os du pied est très-robuste, et semble avoir subi un léger mouvement de torsion sur son axe. La face antérieure est creusée, dans sa portion supérieure, d'une gouttière large et profonde, dans laquelle s'insère le muscle extenseur propre du pouce qui est très-dé veloppé, et le muscle adducteur du doigt externe. Les empreintes d'insertion du ten- don du muscle tibial antérieur sont très-relevées, et l'interne est beaucoup plus grosse que celle du côté opposé. En dedans et au- dessus, on aperçoit la coulisse destinée à loger le tendon du muscle extenseur des doigts; celle-ci est recouverte par un pont osseux bien développé chez les individus adultes, mais qui manque chez (1; Voy. pi, 12, %. 7 à 10. 206 AI.PII. MILIVE EDU'ARnS. lesjeunesoiseaux. En arrière, il existe dans la portion supérieure et interne une dépression large et profondément marquée, dans laquelle s'attache le faisceau musculaire du fléchisseur propre du pouce; aussi, sur ce point, le corps de l'os ne présente qu'une épaisseur très-faible, et est réduit à une véritable lame. On peut facilement se rendre compte de l'utilité de ces larges surfaces d'insertion destinées aux muscles du pouce, par l'étendue et la variété des mouvements dont jouissent les doigts des Poules- Sultanes ; ces oiseaux peuvent, en effet, saisir avec leurs pattes des objets même peu volumineux, et les porter ainsi à portée de leur bec. Les autres Échassiers sont incapables d'exécuter des mouvements de cette nature. L'extrémité articulaire supérieure (1) est peu élargie, et la surface glénoïdale, qui reçoit lecondyle interne du tibia, est plus profondément excavée que celle du côté opposé. La tubérosité intercondylienne, à peine saillante, est aplatie à son extrémité ; le talon est étroit, et, ainsi que je l'ai déjà dit, il se distingue avec la plus grande facilité de celui de la plupart des autres oiseaux, par le développement que prend sa crête externe, tandis que sa crête interne est peu saillante et extrêmement courte. Il existe entre elles une gouttière largement ouverte en arrière ; une autre gouttière petite et superficielle se voit en dedans de la crête interne, et deux couhsses Irès-superficielles sillonnent la face interne de la crête correspondante. L'extrémité inférieure est assez élargie et porte trois tro- chlées destinées à l'articulation des doigts; l'externe, placée sur le même plan et moins relevée que la médiane, est com.primée latéralement, et se prolonge en arrière par un bord saillant et mince -, l'interne, située au-dessus de la précédente, est peu re- jetée en arrière. Enfin j'ajouterai que la facette d'insertion du doigt postérieur est profonde, ovalaire et grande, et que le per- tuis situé au-dessus des trochlées, et destiné au passage du muscle adducteur du doigt externe, est largement ouvert. Chez les Poules d'eau (2), le canon est plus épais que dans les (1) Voy. pi. 12, fig. 10. (2) Voy. pi. 12, fig. 11 et 12. MÉMOIRE SUR tNE ESPÈCE ÉTEINTE DU GENRE FULICA. 207 genres précédents ; sa face postérieure au lieu d'être déprimée est arrondie, de façon que la surface d'attache du muscle flé- chisseur propre du pouce esta peine marquée, ce que l'on pou- vait prévoir, à raison du peu de variété de mouvements dont ce doigt est susceptible. L'extrémité supérieure ressemble beau- coup à celle des Porphyrio, mais les gouttières tendineuses dont est creusé le talon sont beaucoup plus profondes ; il en existe deux, dont l'interne est souvent transformée en un canal tubu- laireparle rapprochement de ses bords postérieurs. L'extrémité inférieure se distingue de celle du genre précédent en ce que la trochlée interne est rejetée beaucoup plus en arrière ; enfin le canal osseux de l'adducteur du doigt externe est étroit. Dans le grand genre Râle, comprenant les genres modernes Rallus, Ortijgometra et Aramides, l'os du pied est conqjarative- ment plus long que chez les Gallinules ; mais ses caractères essentiels sont les mêmes (1). Chez les Jacanas (2), le tarso-métatarsien se reconnaît facile- ment de celui des Poules-Sultanes, des Poules d'eau et des Râles, par la conformation de ses extrémités articulaires. Les facettes glénoïdales, qui reçoivent les condyles du tibia, sont limitées, surtout en dedans, par un bord cristiforme ; latubéro- sité intercondylienne est petite, saillante et pointue, au lieu d'être courte et aplatie. La crête externe du talon est peu développée, tandis que la crête interne est au contraire très-proéminente; il existe à la base de celle-ci une gouttière tubulaire formée par la soudure de la crête médiane avec celle du côté interne. La sur- face postérieure du talon est, en outre, sillonnée par trois cou- lisses. Le corps de l'os présente à peu près les caractères que j'ai signalés chez les Poules-Sultanes, c'est-à-dire que la surface d'insertion du muscle fléchisseur propre du pouce est extrême- ment profonde. Le muscle adducteur du doigt externe est très- développé ; aussi le canal osseux dans lequel il s'engage est-il beaucoup plus largement ouvert que chez tous les autres oiseaux, et il se prolonge sur la face antérieure de l'os par un large sillon. (1) Voy. pi. 12, flg. 18 et 19. (2) Voy. pi. 12, fig. 13 à 17, 208 ALPH. RIILKE EDWABDS. Les trochlées digitales ressemblent beaucoup à celles des Poules-Sultanes: elles sont cependant plus courtes, plus renflées, et celle du doigt interne descend au moins aussi bas que celle du côté opposé. L'os du pied des Foulques (1) diffère beaucoup de celui des autres Rallides ; il est court, très-robuste, et il se rapproche de celui de certains Palmipèdes lamellirostres non-seulement par sa forme générale, mais aussi par la disposition des trochlées digitales. Les modifications que présentent ces dernières indi- quent que le pied est disposé pour la natation ; elles sont donc en rapport avec les habitudes plus complètement aquatiques de ces oiseaux (2). De même que chez les Poules d'eau, l'os est arrondi, et ne présente pas en arrière de dépression profonde pour loger le muscle fléchisseur du pouce; en avant, la surface d'attache de 'extenseur de ce même doigt est peu marquée. Le canal osseux, dans lequel s'engage le tendon de l'adducteur du doigt externe, est beaucoup plus petit que celui des Jacanas et des Poules- Sultanes, et rappelle davantage ce qui existe chez lesGaliinules. Les extrémités articulaires sont très-larges, relativement à la diaphyse. Les coulisses tendineuses du talon sont disposées comme celles des Râles ; mais les trochlées digitales sont beau- coup plus longues que chez aucun des représentants de la même famille, et celle du doigt interne est fortement rejetée eu arrière, comme cela se voit chez les Canards. L'os du pied des Tribonyx se rapproche à certains égards de celui des Foulques ; il est, en effet, robuste et assez court rela- tivement à sa grosseur ; mais les caractères des extrémités arti- culaires indiquent plus de ressemblances avec les Poules d'eau, car on ne retrouve pas entre les deux condyles de l'extrémité supérieure cette inégalité qui rend si facile à reconnaître l'arti- culation tibio-tarsienne dans le genre Fulica. Cette disposition indique des mouvements de flexion différents. Enfin j'ajouterai que les gouttières tendineuses du talon des Tribouyx ressem- blent davantage à celles des Râles qu'à celles des Foulques. (1) Voy. pi. ll.flg. 7 à 16. (2) Voy. pi. ll.flg. 8, 9,12, 13, 16. MÉMOIRE SUR UNE ESPÈCE ÉTEINTE DU GENRE FULICÂ. 209 Dimensions proportionnelles du iarso-métafarsien dans quelques Hallides. Porphyrio madagascarensis ( Dimensions réelles . j Diin. proportionnelles. . LONGUEUR totale de l'os. LAUGEUK de l'extré- mité supé- rieure. LARGEUR de l'extré- mité infé- rieure. LARGEUR du corps de l'os. ÉPAISSEUR du corps de l'os. 0,0900 100,0 0,0120 13,3 0,0123 13,6 0,006 6,6 0,005 5,5 Galliiiula cldoropus. ( Dimensions réelles (Dira, proportionnelles. . 0,052 100,0 0,0068 13,1 0,0073 14,0 0,0035 6,7 0,0 03 5,8 Rullus cuyennensis. Dimensions réelles Dira, proportionnelles. . 0,0717 100,0 0,008 lt,2 0,0088 12,3 0,0037 5,2 0,003 4,2 Ralhis crex. . . . ) Dimensions réelles 1 Dira, proportionnelles. . 0,0378 100,0 0,005 13,2 0,0055 14,6 0,002 5,3 0,002 5,3 Jocana ( Dimensions réelles 1 Diin. proportionnelles. , 0,074 100,0 0,008 10,8 0,010 13,5 0,004 5,4 0,0035 4,7 Fulica afra .... t Dimensions réelles ■ j Dim. proportionnelles. . 0,056 100,0 0,009 16,0 0,0097 17,3 0,004 7,1 0,004 7,1 Si l'on examine maintenant quels sont les caractères que présente le tarso-métatarsien des tourbières de l'île Maurice (1), on peut se convaincre au premier coup d'œilque, bien que pro- venant d'un oiseau de la famille des Rallides, il n'a pas appar- tenu à une Poule-Sultane ; le corps de l'os est épais, et ne porte pas en arrière de dépression ])rofonde pour loger le muscle fléchisseur du pouce ; il est au contraire arrondi dans cette par- tie. Les Jacanas ressemblent à cet égard aux Porphyrio; par con- séquent, notre fossile n'appartient pas non plus à un oiseau de ce genre. Dans les genre-iî GaUinula ei Hallus, la diaphyse est arrondie en arrière, à raison du faible développement des muscles du pouce, et, sous ce rapport, ressemble à celle du fossile ; mais tandis que dans ces deux genres les extrémités articulaires sont étroites, et que le corps de l'os présente la même largeur dans toute son étendue, dans le tarso-métatarsien que nous étudions, la diaphyse est très-robuste, légèrement tordue sur son axe de dehors en dedans, et elle s'élargit beaucoup vers ses extrémités articulaires qui sont fortes et larges. Ces caractères sont ceux que j'ai indiqués comme propres au genre Fulica, et (1) Voy. pi. 10, fig. 5 à 10. 5» série, Zoot. T. VIII. (Cahier n» 4.) ^ 14 210 ALPU. niLNE EDWARDS. si nous poussons Texamen des particularités de conforma- tion dans leui-s plus petits détails, nous trouvons une simili- tude au moins aussi frappante. Ainsi le talon est peu déve- loppé (1), et creusé de deux coulisses tendineuses parallèles que l'on aperçoit encore très -distinctement, bien que les crêtes qui les encaissent soient brisées. L'empreinte d'insertion du muscle tibial antérieur est située très-près du bord interne de l'os, et au-dessus se voit la coulisse du tendon de l'extenseur des doigts ; mais celle-ci n'est pas recouverte par un pont osseux analogue à celui des Poules-Sultanes, des Poules d'eau, des Râles et des Jacanas. Chez les Foulques, une bride osseuse analogue se rencontre parfois ; mais elle peut aussi manquer, même chez des oiseaux adultes. Ainsi, elle existe sur un tarso-métalarsien du F^/ieca chilensis que j'ai sous les yeux ; je la retrouve sur un os canon du Fulica atra, tandis qu'on n'en voit aucune trace sur plu- sieurs autres de ces os appartenant aux mêmes espèces, et pro- venant de Foulques arrivés à leur complet développement. L'absence de cette bride osseuse ne suffirait donc pas pour indi- quer que le fossile que je décris ici appartienne à un jeune oiseau. Le canal osseux, destiné à loger le tendon du muscle adduc- teur du doigt externe pendant son trajet articulaire, est large- ment ouvert, et se continue sur la face antérieure de Tos par une coulisse bien marquée. On voit aussi en avant, vers le tiers inférieur du tarso-métatarsien, une gouttière très-superficielle et oblique qui contourne le bord interne de l'os, et qui indique le passage du tendon du muscle extenseur propre du pouce ; une semblable disposition ne se rencontre parmi les Rallides que chez les Foulques. Le doigt postérieur devait être très-déve- loppé, autant qu'on peut en juger par la grandeur et la profon- deur de la facette destinée k son articulation. Les trochlées digitales sont très-longues comme dans le genre Foulque, et ce caractère distingue encore notre fossile des genres Porphyrio, Galiinula et Rallus, où les poulies articu- (1) Voy. pi. 10, lig. 9. MÉMOIRE SUR UNE ESPÈCE ÉTEINTE DU GENRE FULICA. 211 laires des doigts sont au contraire très-courtes. Eiifm j'ajouterai que celle du doigt interne se termine à la'naissance de la tro- cblée médiane et qu'elle est fortement rejetée en arrière : ca- ractère que présentent toutes les espèces vivantes du genre Fulica, Il ne peut y avoir la plus légère incertitude sur la détermi- nation de cette pièce, car entre l'os du pied des Foulques et celui des autres Rallides les différences sont nombreuses et beaucoup plus faciles à saisir qu'entre les Galliimles et les Râles, par exemple. La taille du tarso-métatarsieu de l'île Maurice est très-considérable ; cet os dépasse de plus d'un tiers celui du Foulque d'Europe (I) et d'un cinquième celui du Fulica cristata (2). Les chiffres suivants indiquent ces rapports de proportions : Fulica Fulica Fulica Fulica Fulica ( Dim. proportionnelles , ( Dimensions réelles . . . ■ ' ' ' ( Diin. proportionnelles „.■ t,j, ! Dimensions réelles. . . ( Uim. proportionnelles , ., . ( Dimensions réelles . . cliilensis. . s ri- ,■ 11 ( Dira, proportionnelles „. . , , ,.( Dimensions réelles. . . otrtcklanai rv c n ( Dim. proportionnelles i.Aïu.iau LAItùRUn LO.NGUECn de l'exU'é- de l 'extré- URGliLR EPAISSELU totolc mité mité du coriis du cor]» S de l'os. SUJiù- rieiire. iiilc- rieurc. de l'os. du lus. 0,088 0,0U 0,014 0,0056 0,0050 100,0 15,9 15,9 6,3 5,6 0,056 0,009 0,0097 0,004 0,004 100,0 16,0 17,3 7,1 7/1 0,079 0,011 0,0115 0,004C 0,0046 100,0 13,9 14,5 5,8 5,8 0,080 0,013 0,013 0,005 0047 100,0 10,2 16,2 6,2 5,8 0,071 0,012 0,012 0,005 0,0042 100,0 16,9 16,9 7,0 5,9 Ainsi que je l'ai dit plus haut, on a découvert, dans le même gisement que les os précédents, un tibia parfaitement conservé qui me semble provenir de la même espèce (3). Les indica- tions que fournit cet os sont moins précieuses que celles que l'on peut tirer du bassin ou du tarso-niétatarsien, cepen- dant elles ont une valeur véritable et doivent être prises en (1) Voy. pi. 11, flg. 14 et 15. (2) Voy. pi. 11, fig-. 10 et 11. (3) Voy. pi. 9, fig. 11 à 15. 212 ALPD. miLniE edwards. sérieuse considération. Eu effet, les particularités de confor- mation que présente l'os de la jambe des Rallides permettent non-seulement de le déterminer avec certitude, mais aussi de recoimaître à quel genre d'oiseau il appartient. Par sa longueur, le tibia des Porphyrio (l), Gallinula (2), Rallus (3), etc., ne peut se confondre avec Celui d'aucun autre oiseau, si ce n'est les Échassiers, mais il s'en distingue par la forme de l'extrémité articulaire inférieure qui, dans la famille dont nous nous occupons, est beaucoup plus étroite ; elle est arrondie en dessous, dans la partie articulaire en rapport avec l'extré- mité tarsienne, au lieu d'être aplatie ou déprimée comme chez la plupart des autres Échassiers. L'os de la jambe des Poules- Sultanes, des Poules d'eau, des Râles et même des Jacanas est construit sur le même type, et il ne présente dans ces divers genres que des particularités différentielles d'une faible impor- tance. Dans le genre Foulque, ses caractères sont mieux tran- chés et se rapprochent un peu de ceux qui se remarquent chez les Palmipèdes lamellirostres. Si nous examinons quelles sont les modifications de formes que cet os revêt dans les différents genres de la famille des Rallides pour ensuite lui comparer le fossile de Maurice, nous verrons que chez les Poules-Sultanes {li) le tibia est robuste et n'offre pas la courlnire interne que l'on voit exister chez les Chevaliers, les Maubèches etles autres petits Échassiers de rivage. En avant, il est aplati, surtout dans sa moitié inférieure, et sillonné par des lignes intermusculaires qui indiquent l'espace occupé par les tendons du muscle extenseur des doigts et du tibial antérieur. La coulisse du muscle péronier inférieur est profonde et s'engage sous un pont osseux situé au- dessus du condyle externe. La gouttière de l'extenseur commun des doigts est large et le pont osseux qui la surmonte est robuste et disposé transversalement; la saillie sur laquelle se lixe le ligament oblique destiné à brider le tendon du muscle tibial (1) Voy. pi. 12, Rg. 3, à et 5. (2) Voy. pi. 13, fi;?. 10 et 11. (3) Voy, pi. 13, fig. 12. (4) Voy. pi. 13, fi^. 3, 4 et 5. MÉMOIRE SUR UNE ESPÈCE ÉTEINTE DU GENRE FULICA. 213 antérieur est grande et placée longitudinalement de façon à occuper prescpie toute la largeur du pont sus-tendineux. La crête péronière est saillante et s'étend environ sur un sixième de la longueur totale de l'os. Le péroné, qui est mince et lanielleux, se soude inférieurement au tibia vers le tiers de celui-ci. L'extrémité supérieure de l'os est petite et peu élargie ; la crête tibiale antérieure s'élève à peine au-dessus de la surface articulaire, mais elle s'avance beaucoup en avant. L'extrémité inférieure est étroite et les deux condyles sont très-inégaux ; celui du côté interne est de beaucoup le plus renflé, l'autre est très-comprimé latéralement. J'ai retrouvé ces caractères sur toutes les espèces de Porphijrio que j'ai pu étudier, c'est-à-dire les P. veterum (Gmelin), P. smaragdinus (Tem- minck), P. madagascariensis (Latham), P. poliocephaius, P. me- lanotus (Latham) et P. martinicus (Linné). L'os principal de la jambe des Gallinules (1) et des Râles (-i) ressemble beaucoup à celui des Poules-Sultanes, mais la gorge intercondylienne antérieure est plus étroite. Quelquefois il existe un pont osseux au-dessus de la coulisse du muscle péronier inférieur, mais ce caractère n'est pas constant et manque assez fréquemment. Dans le genre Jacana, le tibia est relativement plus long et plus grêle que dans les genres précédents. La crête péronière est très-courte et la gorge intercondylienne est moins profonde et plus évasée que chez les GaUinules et les Râles. Le tibia des Foulques (5) est robuste et bien caractérisé par la légère courbure interne que présente son extrémité infé- rieure. Une disposition analogue existechez les Canards et est en rapport avec les habitudes aquatiques de ces oiseaux qui sont aussi celles des Foulques. La gorge intercondylienne est sensi- blement plus large que dans les genres précédents. La crête péronière est plus longue, et enfin la crête tibiale antérieure s'élève beaucoup au-dessus de la surface articulaire supérieure, (1) Voy. pi. 13, fig. 10 et 11. (2) Voy. pi. 13, fig. 12. (3) Voy. pi. 13, fig. 6 à 9. 21/l ALPM. niLNE EDWARDS. de façon à constituer une véritable crête rotulienne, semblable à celle qui existe chez beaucoup d'oiseaux palmipèdes. Dimensions relatives du tibia chez diverses espèces de la famille des Rallides. Porphyrio mfid(igascarlcnsi>^ Gain nul a chloropus. liallus cdijenneasis. Rat lui crex Para africana, . . Fidica atra iDini. ' Dini. réelles, proport. réelles, proport. réelles, proport . réelles. Dim. proport. Dim. réelles. Dim. proport. if Dim, réelles . ( Dim. proport. (Dim { Dim Dim Dim (Dir LONGUELR totale Je l'os 0,133 100,0 0,08â 100,0 0,097 100,0 0,058 100,0 0,098 100,0 0,101 100,0 LCNGIEL'H de la crètc pi'l'û- nii'i-e. 0,020 15,0 0,013 15,4 0,010 16,5 0,008 13,7 0,008 8,1 0,015 U,3 LARGEUR de l'extrù- init'-^ infû- fioure. 0,011 8,2 0,OOG5 7,7 0,007 7,2 0,0043 7,4 0,006 6,1 0,008 7,9 LAncErn du corps de l'os. 0,006 Ix.b 0,004 4,7 0,0047 4,8 0,0028 4,8 0.0034 ■ 3,46 0,0044 4,3 liPAISSECR du corps du l'os. 0,005 3,7 0,0031 3,0 0,004 0,0022 3,7 0,0031 3,16 0,0036 3,5 HAUTEUR de la crête tibiale anté- rieure. 0,011 8,2 0,010 11,9 0,008 8,2 0,005 8,6 0,007 7,1 0,013 12,8 Le tibia fossile (1) offre la même réunion de caractères que celui des Foulques, il se fait remarquer par la force de l'os et la largeur de l'extrémité articulaire inférieure. La crête péro- nière est longue et très-saillante. La crête tibiale antérieure est lamelleuse, très-avancée, et s'élève beaucoup au-dessus de la surface articulaire supérieure. La longueur totale de l'os est beaucoup plus considérable que celle que présente le tibia du Fulica chilensis. Les chiffres suivants indiquent d'ailleurs les proportions relatives de cet os comparées à celles du Foulque d'Europe, du Foulque à crête et de plusieurs autres espèces. (1) Voy. pi. 10, fig. 11 à 15. MÉMOIRE SUR UNE ESPÈCE ÉTEINTE DU GENRE FULICA. 215 lONGUEUU LUMiUEL-il .le LAIÎC.LLU .le largel'h ÉPAISSEUR HAUTEUR 'I1 (nOV. SP.) DES TOURDIÈRES DE l'ÎLE iL\URICE. Fig. 1. Bassin, vu de côté, de grandeur naturelle, ainsi que les figures suivantes. Fig. 2. Face supérieure du même os. Fig. 3. Face inférieure du même os. Fig. 4. Bassin, vu en avant pour montrer les gouttières vertébrales. Fig. 5. Tarso-métatarsieu, vu par sa face antérieure. Fig. 6. Face postérieure du même os. Fig. 7. Le même, vu par sa face externe. Fig. 8. Portion inférieure du même os, vue en dedans. Fig. 9. Extrémité articulaire supérieure, vue en dessus. Fig. 10. Extrémité articulaire inférieure, vue en dessous. Fig. 11. Tibia, vu par sa face antérieure. Fig. 12. Face postérieure du même os. Fig. 13. Face externe du même os. Fig. 14. Portion supérieure, vue en dedans. (0 Fig. 15. Extrémité articulaire inférieure, vue en dessons. PLANCHE 11. Fig. 1. Bassin du Foulque d'Europe {Fulica atra), vu de côté, de grandeur naturelle, ainsi que les figures suivantes. MÉMOIRE SUR UNE ESPÈCE ÉTEINTE DU GENRE FULICA. 219 Fig. 2. Le même os, vu par sa face supérieure. Fig. 3. Bassin du Fw/jca CJ'!« fig. 1-7, et pi. 23, fig. 1-5. > ' ' -^ 272 SAINT-GEORGE MIVART. cinquième type) par tous les caractères déjà décrits, si ce n'est par les particularités suivantes : La tête est beaucoup plus large relativement aussi bien qu'absolument parlant; elle est aussi plus aplatie et beaucoup moins rétrécie entre les orbites qui sont pourvues d'une apo- physe post-orbitaire bien marquée et sont entourées par les os circumvoisins dans environ les cinq sixièmes de leur circon- férence. L'ouverture antérieure des narines est tout à fait verticale et, à en juger par la figure donnée par M. Peters (l'échantillon du Musée britannique est mutilé), le trou occipital regarde surtout en arrière. Le bord antérieur de l'orbite n'est pas à beaucoup près aussi tranchant et aussi proéminent, et il ne paraît pas y avoir cVos orbitaire antérieur distinct. Les crêtes crâniennes sont (comme chez le Pelrodromus) plus marquées, de même que la dépres- sion du museau qui existe en avant de chaque orbite. Le sillon qui règne d'avant en arrière au-dessus du museau est moins profond relativement et s'étend moins loin en avant, tandis que l'extrémité antérieure de cette partie se recourbe légèrement en dessus. Le palais est nettement quoique faiblement excavé d'avant en arrière et sans aucune lacune résultant d'un défaut d'ossifi- cation. Son bord postérieur, qui s'étend postérieurement à quelque distance en arrière des dernières molaires, présente une forte saillie médiane et trois autres saillies de chaque côté ; entre celles-ci se voient six intervalles ayant chacun un bord plus ou moins concave. Les fosses ptérygoïdiennes (à en juger d'après les figures données par M. Peters) ne s'étendent pas en avant près du bord postérieur du palais, la lame ectoptéry- goïde étant formée par un prolongement étroit s'étendant en bas, en dehors et en arrière. Sous ce rapport, le Rhynchocyon ressemblent aux Tupaia. Les caisses tympaniques ne sont pas relativement aussi grandes. Il ne semble y avoir aucune apo- physe paroccipitale, mais on remarque une apophyse mastoï- dienne médiocrement développée. OSTËOLOGIE DES INSECTIVOUES. 273 Les préniaxillaires sont proportionnellement plus petits et ne se prolongent pas supérieurement le long des os nasaux ; leur bord postérieur est aussi moins courbé. La dépression qui existe à la surface du malaire et du maxillaire est plus profonde et plus étendue. La branche montante de la mâchoire est moins haute et son bord antérieur forme avec le bord alvéolaire un angle plus ouvert. Son angle postérieur est court, un peu obtus et ne se prolonge pas du tout en bas. Un petit trou vidien (?) s'ouvre en dessous et en avant de l'ouverture qui représente à la fois le trou rond et la fissure sphénoïdale. Le trou sus-optique est aussi apparent que chez le Petrodromus (1). Le canal sous-orbi- taire est très-long. Le méat auditif externe est petit et dirigé plus en arrière que chez les Macrosceiides. Le trou sphéno- palatin est très-petit et s'ouvre juste en dehors de la fosse méso- ptérygoïdienne et au-dessus du bord postérieur du palais. Il n'y a pas de trou sus-orbitaire ('2) ; mais sur le crâne étudié par M. Peters, le bord orbitaire est profondément échancré. Le trou lacrymal, quoique situé nettement dans l'orbite, s'ouvre en face de l'extrémité postérieure du canal sous-orbitaire qui se pro- longe en arrière jusqu'au-dessus de la dernière molaire au lieu de se terminer au-dessus de l'espace compris entre la pénul- tième et l'antépénultième molaire. Le canal palatin postérieur est court {d) et débouche inférieurement vers les quatre cin- quièmes postérieurs du palais. Le trou mentonnier est situé près de l'antépénultième vraie molaire inférieure et un autre trou plus grand se voit sous la première prémolaire. La formule dentaire est : 1_1 0—0 1—1 3—3 3—3 16011 14 I. ou , C. ■, P. M. , M. = = 34 ou 36. 3—3 3—3 1— l' 3—3 3—3 20 A la mâchoire supérieure, l'incisive unique qui existe de chaque côté est très-petite; quelquefois elle manque. La canine est grande et biradiculée ; sa couronne est simple, conique, (1) Voyez la figure donnée par M. Peters. Reàc nach Mosainbique, pi. 22, lig. 1. (2) Loc. cit., pi. 22, fig;.3. 5« série. ZooL. T. VIII (Cahier a" 5.) 2 13 27â SAINT-GEORCiE MIVART. presque aplatie en dehors, mais très-convexe en dedans. Cette dent est très-rapproehée de la suture prémaxillaire. La première prémolaire est petite, comprimée latéralement et biradiculée; elle présente des traces de deux petites pointes, l'une antérieure et l'autre postérieure, situées de chaque côté de sa base. La deuxième prémolaire est assez large et offre également un rudi- ment d'une pointe antérieure ; mais en arrière elle est double- ment échancrée, donnant ainsi naissance à deux petites pointes sur son bord postérieur. La troisième prémolaire est moins éten- due verticalement que la deuxième; sa pointe antérieure est notablement plus développée et les deux postérieures le sont un peu plus. ^C^ Sùrle ilentaire gauclie de la mâchoire supérieure du Rhynchoeyou. Les dents s'étendent en dedans, le prolongement interne donnant naissance à une pointe antérieure bien marquée, à côté de laquelle on en voit une autre postérieure et très-petite. Ces prémolaires supérieures ne sont pas plus allongées vertica- lement que ne le sont les molaires. Les vraies molaires sont tout fait semblables à celles des Macroscelides. A la mâchoire inférieure, les trois incisives sont subégales, couronne bilobée (les lobes étant aussi subégaux) et étant chacune en contact avec la dent située en arrière; mais il existe un intervalle entre la première incisive et sa congénère du côté opposé. La canine est ta peine plus large et possède une couronne simple. La première prémolaire est simple, conique et biradiculée. La deuxième prémolaire est semblable à la pre- mière, si ce n'est qu'elle ne s'étend pas tout à fait autant dans le sens vertical et que son bord postérieur présente deux petites échancrures. La troisième prémolaire est un peu plus étendue d'avant en arrière et transversalement ; les dépressions posté- rieures sont plus profondes, bien qu'il existe un rudiment de lobe antérieur. Les vraies molaires sont tout à fait semblables à celles des Macroscelides^ si ce n'est que la troisième est plus OSTÉOLOGIE DES INSECTIVORES. 275 petite comparativement à la première et à la deuxième que dans ce dernier genre. Quant au reste du squelette, il existe, suivant le docteur Pe- ters, treize vertèbres dorsales, huit lombaires et trois sacrées. « Le développement et la direction des apophyses indiquent beaucoup de similitude avec les Macroscelidesn, mais l'apophyse épineuse des vertèbres cervicales est grande, surtout celle de l'axis (1). Le prolongement antéro-postérieur de l'apophyse transverse des vertèbres lombaires est remarquable (2). La forme du bord antérieur de l'omoplate rappelle celle des Macroscelides; il en est de même pour le développement du métacromion. On trouve aussi deux perforations à l'extrémité inférieure de l'hu- mérus, mais le cubitus est complet et non soudé au radius. Le carpe présente un scaphoïde et un semi-lunaire distinct, ainsi qu'un os intermédiaire; mais il n'y a pas de pouce, et le cin- quième métacarpien s'étend vers le haut et se joint à l'os pisi- forme. Le pied est dépourvu du premier orteil, ou du moinv il n'y a qu'un rudiment de son os métatarsien. Le tibia et le péroné sont soudés ensemble vers le milieu de la jambe, et le métatarse est plus long que le tarse et à peu près de la longueur du plus grand doigt. GYMNURA (3). Le crâne de ce type asiatique semble au premier coup d'œil intermédiaire aux Hérissons et aux Tanrecs. Sa taille (surtout sa longueur), sa grande crête lambdoïdale, sa longue canine, rap- pellent ce dernier gem^e ; mais, ainsi qu'on le reconnaît généra- lement, ses vraies affinités sont avec les Hérissons. En effet, la description qui a été donnée de notre premier type peut aussi s'appliquer au Gymnura, à l'exception des quelques particula- rités suivantes : (1) Loc. cit., p. 103. (2) Voyez, loc. cit., pi. 23, fig. 1. (3) La tctc est rcprcseiitcc par de Bliiinville, /oc. cit., \A. VI. Pour la ilenlitioii^ voyez le même auteur, pi. X. Owcii a rcprésciitû à la fois la tcle et les dents, voyez, loc. cit., pi, CXI, lig, ti, /l'i, 4'Ji !27(> SAIKT-GEOUGi: IMIVART. La tète est plus grande et plus allongée, et le rétrécissement interorbitaire est plus marqué. Les arcades zygomatiques sont plus grêles et la tête est moins tronquée en avant. L'ouverture antérieure des narines étant plus inclinée en arrière, la conca- vité qui existe en dessus du crâne entre les orbites est moins marquée et quelquefois on n'eu aperçoit aucune trace. Le palais est plus large entre les dernières molaires ; il n'y a pas de défaut d'ossification et il se continue postérieurement à quelque distance en arrière de la dernière molaire. La lame transver- sale, située derrière la crête palatine postérieure, est limitée postérieurement par une crête c[ui se continue antérieurement du bord libre postérieur de chaque ptérygoïde, et qui par con- séquent ne fait pas suite aux parois externes des fosses ptéry- goidiennes qui ne sont pas aussi grandes que les parois internes, mais sont traversées par un canal alisphénoïdal externe. La fosse mésoptérygoïdienne ne se termine pas dans une excava- tion, mais sa voûte se confond avec le reste de la face inférieure de la base du crâne. Lapophyse paroccipitale et les deux saillies du mastoïde sont relativement plus petites. Le prémaxillaire, quoiqu'il s'avance en arrière à côté du nasal, paraît rejoindre le prolongement antérieur du frontal. Les os nasaux ne sont pas comparativement tout à fait aussi étroits que chez les Eri- nacens, et ils ne s'étendent pas en arrière aussi loin que les maxillaires. La branche montante de la mâchoire n'est pas aussi convexe en dedans, au-dessus de la ligne mylo- hyoïdienne, et l'apophyse coronoïde est large et tronquée. Le trou veineux, qui est situé à la jonction des os pariétaux et temporaux ou tout auprès, se trouve au-dessus, mais en arrière de l'apophyse postgléno'idale. Le trou optique est très-petit et débouche extérieurement à l'extrémité d'un long canal osseux très en avant de la fissure sphéno'idale. Au-dessus de son orifice antérieur, on aperçoit le trou orbitaire et l'ouverture du canal veineux qui, de même que chez le Hérisson, traverse la face interne de la paroi latérale du crâne. Le trou sous-optique est plus visible que chez le Hérisson, et, étant situé juste en face de la fissure sphéno'idale, on peut OSTÉOLOGIE DES INSECTIVORES. 277 facilement le prendre pour le trou optique lorsqu'on se contente de regarder la tête extérieurement. Une aiiti'e portion s ouvresur la paroi interne de chaque trou optique et paraît conduire de la boîte crânienne dans la cavité où débouche le trou sous-optique. Le trou sphéno -palatin est situé immédiatement au-dessus du trou palatin postérieur et assez loin du trou rond. Le trou lacry- mal semble placé plus en dedans de l'orbite que chez les Héris- sons ; mais, en réalité, il ne l'est pas et cette apparence dépend du grand développement de la crête et de l'apophyse qui existe au-devant de lui. Le grand trou mentonnier débouche sous la dernière prémolaire. La forme dentaire est : 3—3 1—1 ti—i , 3—3 22 I-r— r. C.- — -,kP.M.: — -, .^,-—^—=44. , C. , kP. M. , .^ , = 3—3 1— l'' 4—4 '3—3 22 A la mâchoire supérieure, la première incisive est grande, conique, un peu arquée et assez pointue ; elle est séparée de sa congénère du côté opposé par un intervalle considérable dans toute sa longueur. Ces deux dents ne convergent pas l'une vers l'autre à leur extrémité. La forme de la deuxième incisive est la même, mais elle est plus petite ; la troisième est encore plus petite et plus en avant de la suture prémaxillaire. La canine est grande, conique, biradiculée et à couronne simple ; elle est à peu près aussi longue que la première incisive, mais un peu plus étendue dans le sens antéro-postérieur. 11 existe un inter valle considérable entre la troisième incisive et la canine ; celle-ci est très-rapprochée de la suture prémaxillaire. La pre- mière prémolaire est très-petite, simple, conique, bien que pré- sentant un bourrelet marqué. La deuxième prémolaire est sem- blable à la première, mais seulement un peu plus longue. La troisième prémolaire est plus grande, et la différence qui existe entre elle et la seconde est plus considérable que celle qui existe entre deux quelconques des molaires coutiguës de la mâchoire supérieure. Son bourrelet externe donne naissance à une émi- nence rudimentaire en â:i'ant de sa couronne; en arrière du 278 StlNI' GEOItCE IflU'ARr. ^lourrelet externe naît une saillie considérable. La quatrième prémolaire est tout à fait semblable à la troisième prémo- laire des Erinaceus, si ce n'est qu'elle est plus grande rela- tivement à la dent qui la précède. C'est de toutes les molaires supérieures la plus élevée dans le sens vertical. La première et la deuxième molaire sont semblables à celles des Hérissons ; la troisième a une surface triturante triangulaire, l'un des angles du triangle étant dirigé en arrière; elle est quadricuspide, trois petites pointes étant situées le long de son bord postéro-externe; Os ilii Gymmira de grandeur naturelle. — A, omnplate ; B, vertèbre nxis , C, tihin et pi'ronf ; P, fémur ; E. os innoniiné du coté gauche, une autre plus grande que les autres se voit à son angle antéro- interne. A la mâchoire inférieure, la première incisive est un peu plus grande que la deuxième, et beaucoup plus grande que la troi- sième. La canine est large, conique, et pointue comme celle de OSTÉOLOGIE DES INSECTIVORES. 279 Centetes. La première et la deuxième prémolaire sont excessive- ment petites, simples et coniques. La troisième prémolaire est beaucoup plus grande; elle est biradiculée, et présente un petit talon ou pointe postérieure rudimentaire. La quatrième ou der-- nière prémolaire est plus simple que la dent correspondante des Erinaceus; elle consiste en une grosse pointe pourvue d'un talon postérieur et de trois saillies tout à fait rudimentaires, dont l'une est postéro-externe, l'autre antéro-interne et la troisième pos- téro-inlerne. La première et la deuxième molaire sont complè- tement semblables à celles des Hérissons. La troisième molaire est semblable à la seconde, et plus grande que dans le genre sus-mentionné. Quant au reste du squelette, autant qu'on peut en juger d'après un exemplaire très-incomplet qui se trouve au Musée bri- tannique, et qui provient de la Société zoologique , il semble y avoir jusqu'à quinze vertèbres dorsales, cinq lombaires et cinq sacrées (1). Les vertèbres caudales sont nombreuses. L'apophyse épineuse de l'axis est très-grande, presque ou peut-être tout à fait aussi développée que chez les Tanrecs (fig. B). Les apophyses vertébrales ressemblent assez à celles des Erinaceus ; il en est de même pour l'omoplate (fig. A) et pour l'os du bras, si ce n'est que celui-ci présente une perforation sus-cotylo'ide et inter- cotylo'ïde. Je ne sais rien du carpe ; l'iléon présente une conca- vité externe bien marquée, et la pointe de l'ischion se prolonge remarquablement en arrière. Le trou obturateur est allongé, la symphyse pubienne est petite (fig. E). Le fémur est pourvu d'une crête fessière, plus forte que celle des Hérissons (fig. D). Le tibia et le péroné ne sont pas soudés ensemble tout à fait aussi haut, et la fosse qui existe en avant de leur surface réunie est encore plus profonde. CONDYLURA. Malheureusement je n'ai pu étudier ni le squelette, ni la tête de ce genre, et son ostéologie n'a pas été décrite d'une façon (1) Les vertèbres et les côtes étant désarticulées, le nombre peut être plus considé- rable que je ne l'indique ici. 280 SAINT-GEOKOE NIVART. suffisante par de Blainville, bien qu'il ait donné d'excellentes figures de sa tête osseuse et de son squelette (1). A en juger d'après celles-ci, les sutures crâniennes paraissent rester plus longtemps distinctes que chez les Taupes ; le méat auditif externe semble plus large, et situé plus directement au-dessous de la surface glénoïdale ; l'extrémité antérieure de la tête se rétrécit davantage verticalement, il en est de même pour la mandibule; la région ptérygoïdienne semble moins renflée, et peut-être existe-t-il même une véritable petite fosse ptérygoïde. Aucune fissure ne borde l'épiotique. Il semble y avoir treize ou qua- torze vertèbres dorsales et sept lombaires; mais les autres carac- tères du squelette semblent rappeler ceux des Taupes, si ce n'est que les côtes sont plus grêles, les vertèbres caudales plus nom- breuses, et l'omoplate ainsi que l'humérus plus étroits. L'acro- mion est grand et plus grêle (2). Le manubrium moins étendu et le trou plus étroit. L'os falciforme est plus petit, et les der- nières phalanges de la main ne paraissent pas bifurquées. Le tibia est relativement plus long. La dentition (3) est représentée par la formule suivante : 3_;5 1 — 1 !i—U 3—3 22 ].- — -, G. , P. M. , M. = _=/i4. '•3—3' l_l' 4— i 3—3 22 A la mâchoire supérieure, la première et la troisième inci- sive sont très-grandes, cette dernière étant caniniforme. La deuxième est petite. La canine est un peu plus grande que la deuxième incisive ; elle est caniniforme, et présente une trace de talon postérieur, et un intervalle considérable sépare cette dent de la troisième incisive. Les trois premières prémolaires supérieures sont petites, biradiculées, comprimées latéralement, chacune ayant une pointe antérieure et une postérieure rudi- mentaires plus développées que chez les Taupes ; elles sont sépa- rées les unes des autres et de la canine par de petits intervalles. (1) Loc. cit., pi. I et V, et p. 19. (2) De Blainville, loc. cit., p. 20. (3) Voyez de Blainville, loc. cit., pi. IX, et Dent.'< des Mammifères, pi. XXII his, on Fr. Cuvicr Ji'a représenté que deux incisives en liant et deux en lias decliaciiie eôté. OSTÉOLOGIE DES INSECTIVORES. 281 Sa quatrième prémolaire est plus grande, et prolongée du côté interne. Les trois vraies molaires paraissent ressembler tout à fait à celles des Taupes, si ce n'est que dans la première les deux saillies médianes sont également allongées dans le sens vertical. Les deux incisives inférieures sont de taille médiocre, et plus petites que la première incisive supérieure. La troisième incisive inférieure est très-petite. La canine inférieure est grande, caniniforme, et pourvue d'un talon postérieur. Les prémolaires de cette mâchoire augmentent graduellement de grosseur d'avant en arrière ; chacune est composée d'une pointe princi- pale ; une petite existe en avant et une ou deux en arrière. Lors- qu'il n'y a qu'une seule saillie postérieure (comme sur la pre- mière prémolaire), elle est plus grande que l'antérieure. Les vraies molaires sont tout à fait semblables à celles des Taupes, si ce n'est quelesdeux pointes externes de chacune sont plus égale- ment allongées dans le sens vertical. SCALOPS (1). Le Musée britannique possède un squelette completdu Scalops aquaticus, ainsi qu'une tète séparée de cette même espèce; ils montrent tous deux une étroite ressemblance avec les Taupes ; les seules différences que j'ai notées sont les suivantes : Le crâne est plus resserré latéralement derrière des orbites; le palais s'étend en arrière, un peu au delà de la dernière molaire, et la surface glénoïdale estsituée un peu plusen arrière du trou ovale, et plus directement au-dessus ; elle est aussi plus rapprochée de l'orifice externe du méat auditif. La lacune qui, chez la Taupe, borde l'épiotique de trois côtés paraît manquer, et la spicule qui entoure en dessus le trou sous-orbitaire n'est pas tout à fait aussi grêle. (1) La tête osseuse du S. aquaticus (le type de ce genre) est figuive par de Blain- \i\le, loc. cit., \>\. V (sous le nom spécifique du Virginiana), et sa dentition, pi. IX. Cette dernière est aussi figurée par Cuvier, loc. cit., n" 22, et par Owen, loc. cit., pi. ex, fig. 2. 282 fjAIXT-fcKORtiK 51I1ART. La dentition est : 3—3 1—1 3—3 3—3 20 I. , C. , p. M. , M. =r — =36. 2—2 0-0 3—3' 3—3 16 A la mâchoire supérieure, la première incisive est très- grande, tandis que la deuxième et la troisième sont petites. La canine est grande, conique, et plus allongée dans le sens verti- cal que la première prémolaire supérieure. La deuxième prémo- laire est à peu près aussi allongée verticalement que la canine, et elle l'est davantage d'avant en arrière. La troisième prémo- laire est plus développée. Les vraies molaires sont tout à fait semblables à celles des Taupes, si ce n'est que les saillies du bourrelet externe se rapprochent davantage par leur hauteur verticale de la pointe médiane, et que la portion interne de chaque dent est un peu moins développée. A la mâchoire inférieure, la deuxième incisive est plus grande que la première, et égale presque en longueur la première inci- sive supérieure. On regarde généralement la canine comme absente : mais sur l'un des échantillons que possède le Musée britannique, elle est représentée par une très-petite dent rudi- mentaire. Dansée cas, le nombre des dents serait dans ce genre de trente-huit (1). La première prémolaire est simple, conique, et sa couronne est reçue entre la canine et la première prémolaire supérieures. Les deux prémolaires suivantes sont plus grandes (surtout la postérieure), mais chacune constitue presque une dent simple. Les vraies molaires ressemblent beaucoup à celles des Taupes. On compte quatorze vertèbres dorsales, cinq lombaires et cinq sacrées. Les autres caractères ostéologiques semblent les mômes que ceux de la Taupe, si ce n'est que les métapophyses dorsales sont moins développées, et que les phalanges antérieures de la main sont moins nettement bifurquées. (1) Le docteur Lcconte attribue trciitc-lniit tlciits à cotlc espèce, Proc. of Acarl. of nat. Sciences of Philacle/phia. tY\, p. 326. OSTÉOLOGIE DES INSECTIVORES. '283 SCAPANUS. Parmi les autres espèces d'Insectivores qui sont rangées com- munément dans le genre Scalops, mais qui ont des dents en plus grand nombre que chez le S. aqualicus, une seule se trouve représentée dans la collection du Brilish Muséum, savoir, le S. Townsendii (l).PsiV \di conformation de la tête osseuse, cette espèce ressemble au 5. aqualicus, si ce n'est que le rétrécisse- ment postorbitaire est moins marqué, et que le palais ne s'étend pas en arrière au delà des dernières molaires. La formule dentaire est : 3—3 1—1 II -à 3—3 22 La première incisive supérieure est beaucoup plus grande que la seconde, la différence étant beaucoup plus considérable que chez la Taupe. Les deux incisives suivantes, la canine supérieure et les deux premières prémolaires, sont toutes des dents simples, petites et à peu près de même taille. La troisième prémolaire est semblable aux précédentes, mais un peu plus grande. La quatrième et dernière prémolaire paraît être la première dent de la rangée supérieure qui soit pourvue de deux racines; elle Dontition du Sea}i(imis Tounsendil, double de la fçrandem- iiatiii'plle. ressemble essentiellement à la dent correspondante de la Taupe, mais les saillies supplémentaires internes et postérieures sont plus développées. Les vraies molaires sont semblables à celles du S. aqualicus. (1) M. Spcucer F. Baird a représenté la tète osseuse et la dentition de cette espèce {Mammals of N . America between ihe Mississippi Hiver andthe Pacific, i8b7 , pi. XXX, fig. 1 et 3). 28/i SAINT-GEOBOE MIVART. Les incisives, les canines et les prémolaires de la mâchoire inférieure sont toutes simples et petites, leur taille augmente graduellement en arrière ; les vraies molaires sont semblables à celles des Taupes. Je ne connais pas le reste du squelette. Dans un mémoire très-intéressant sur la distribution géographique des Insectivores, publiée en 1849, M. Pomel(l) proposa de don- ner le nom générique de Scapanus aux espèces que jusqu'alors on avait associées iiu S. aquaticus, mais qui ont quarante-quatre dents. M. Baird a adopté ce groupe comme sous-genre, mais je suis disposé à lui accorder le rang de genre (2). (1) Bulletin delà Société géologique de France, 18i9, t. VI, p. 50. (2) Voy. les Proceedings de cette Société, \ol. VI, p. 326. Le docteur Lccoiile, diins une révision des espèces de Scalop vu par sa face antérieure, de grandeur naturelle. DESCRIPTION D'UNE NOUVELLE ESPECE DE CHIROGALE DÉCOUVERTE SIR LA CÔTE OUEST DE MADACASCARj PAR M. ALFRED GRANDIDIER. Chirogalus Samati (Nob.), obscure tusco-griseus, siilitus tulvescens. Cauda crassa obsolète rut'escenle; fascia alba a ironie mcdia ad nasi api- cem decurrente; oculis nigro circunidatis; auriculis paulo longioribus quam Cliirogali Milii. Long, ab apice nasi ad cauda basin, 19 cent.; cauda, 17 cent. Habitat flumen Tsidsibon, in iitîore occidentali Madagascar iiisulœ. Ce Chirogalo est particuUèrement remarquable par sa tèle, qui rappelle celle d'un jeune Cbat, et par la grosseur de la queue, qui a 6 centimètres de circonférence ; une épaisse couche de graisse, semblable à celle que l'on trouve à la queue des Moutons du Cap, lui donne cette dimension anor- male chez les Lémuridés. Le poil du corps ainsi que de la queue est assez court. Les indigènes connaissent cet animal sous le nom de Kéli-bé-houï. Je me fais un plaisir de dédier ce Chirogale à M, Ed. Samat, qui habite depuis vingt-deux ans la côte ouest de Madagascar, et dont l'obligeance ne s'est jamais démentie à mon égard durant mon séjour dans ces con- trées inhospitalières. C'est à lui que je dois d'avoir connu l'existence, dans le Ménabé, de ce curieux Léniurien, et c'est lui qui, sur ma demande, m'a procuré les deux spécimens que j'ai envoyés au Muséum de Paris. Je profite de cette circonstance pour faire connaître un tait curieux dont j'ai pu m'assurer sur les belles collections que M. Lantz, l'habile et actif conservateur du Musée de Bourbon, vient de rapporter de la côte nord-ouest de Madagascar. Le Bemieru major et le Berniera minov ne sont que la même espèce. Le B. major est le mâle eiXeB. minor la femelle. Jl. Lantz a tué une quinzaine de chacun de ces animaux dans la même localité, et il a constaté qu'ils vivaient ensemble. Les plus grands se sont trouvés des mâles et les petits des femelles. Encore une espèce à retran- cher ! Saiut-Denis, île de la Réunion, 18 décembre 1867. RECHERCHES SUR LA tUSPOSlTlON DES LIGNES PAPILLAIRES DE LÀ MAIN ET DU PIED, PRÉCÉDÉES UE CONSIDÉRATIONS SUR LA FORME ET LES FONCTIONS DE CES DEUX ORGANES, Par It. AE.IX. §1- CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES. Tout le monde sait que chez l'Homme et chez un certain nombre d'animaux, les papilles du derme qui revêt la face pal- maire de la main et la face plantaire du pied sont disposées en séries régulières; mais généralement on n'attache que peu d'importance à la manière dont ces séries sont rangées les unes par rapport aux autres, et à la forme affectée par leur ensemble. C'est ainsi que M. Kolliker se contente de dire que le trajet de ces séries, visible à l'extérieur sur l'épiderme, n'exige pas de description détaillée (/ïîsto/., trad. de Béclard et Sée, p. 105). D'autres pourtant n'ont pas été du même avis : M. Huschke a cru devoir aborder ce détail {Splmichnologie, 18/i.6,p. 52/i), et, avant lui, Purkinje s'en étfiit sérieusement occupé [De examine physiologico organi visus et systematis cutanei^ Breslau, 1823); Malpighi les avait contemplées avec admiration : « Extremum » digiti lustro apicem et innumeras illasrugas quasi in gyrum vel M in spiras ductascontemplor. » [Deexternotactus organo exerci- tatio epistolicaad Jacobum Ruffium.) En deux mots, il avait ca- ractérisé leur disposition spiroïde et tourbillonnée, mais, occupé d'un autre sujet, il n'avait pas poussé plus loin la description. Ceux qui se proposent uniquement d'étudier l'Homme en fai- sant abstraction du règne animal peuvent à la rigueur négliger 296 ALIX. cette description ; mais du moment que l'on considère l'ensemble de la création, il est nécessaire d'accorder l'attention qu'elle mérite à une disposition qui marque une différence importante entre l'Homme et les animaux qui le suivent de plus près dans la série, disposition qui en même temps établit une ressemblance remarquable entre les différentes races ou variétés qui com- posent le genre humain. La disposition des lignes papillaires sur les phalanges termi- nales des doigts affecte le plus souvent chez l'Homme une forme que l'on peut regarder comme typique ; d'autres fois elle affecte diverses formes, dont les unes ne sont qu'une modification de la forme typique, tandis que les autres s'en écartent complète- ment. Ni cette forme typique, ni ces variétés ne se présentent dans les trois genres de Singes anthropoïdes, les Orangs, les Chimpanzés, les Gorilles. On trouve chez les Orangs une forme particulière ; on trouve d'autres dispositions chez les Gorilles et les Chimpanzés, et, si l'on analyse ces dispositions, on aperçoit qu'elles s'écartent en réalité de ce qu'on voit chez l'Homme, mais qu'il est facile de les ramener au type généralement offert par les autres Singes. Quant aux lignes de la paume, il y a ceci de remarquable que, chez les Orangs et les Semnopithèques, on trouve dans leur disposition un caractère commun, qui rappelle, avec certaines modifications cependant, ce qu'on voit chez' l'Homme. Les Go- rilles, les Macaques et les Cynocéphales, offrent au contraire des dispositions que relie entre elles un caractère commun opposé à celui que l'on trouve chez les Orangs et les Semnopithèques. Les Chimpanzés offrent un mélange de ces deux formes. 11 n'est pas moins curieux de voir que, parmi les Singes de l'ancien continent, des Sapajous, les Atèles, reproduisent à leur tour le caractère des Orangs, tandis que les Sajous reprodui- sent celui des Macaques, et que d'autres Sapajous, les Ériodes, réalisent un type intermédiaire. Ces faits sont d'autant plus intéressants, qu'ils coïncident avec d'autres relations que l'on découvre dans la disposition des plis cérébraux. C'est à Gratiolet que je dois l'idée de ce travail ; il s'occupait DES LIGNES l'APILLAlRES DE LA MAIN ET DU PIED. 297 alors de la description des plis cérébraux, et je savais que, tout préoccupé qu'il était du système nerveux central, il n'attachait pas moins d'importance au système nerveux périphérique et aux organes des sens. Je lui fis part du désir que j'avais d'étudier la disposition des lignes papillaires ; il approuva mon dessein, et je commençai à rassembler une partie des matériaux que je mets aujourd'hui en œuvre. Ce travail fut interrompu pendant la période où je me livrai tout entier à l'exercice de la médecine. Je le repris plus tard, et il serait probablement publié depuis trois ans, si je n'avais pas dû consacrer mon temps à des travaux d'anatomie sur le Chimpanzé et l'Hippopotame. Ce délai, du reste, a été mis à profit; d'autres matériaux, et même très- importants, ayant pu être recueillis. Sur un jeune Orang-Outan femelle, mort à la ménagerie du Muséum d'histoire naturelle, que M. Milne Edwards voulut bien me permettre d'examiner avant l'enlèvement de la peau, j'ai pu étudier avec soin la dis- position des lignes papillaires ; j'ai fait la même étude sur un jeune Gorille femelle conservé dans l'alcool, que ce savant pro- fesseur a également bien voulu me confier, ainsi que les dé- pouilles d'un grand nombre d'animaux. D'un autre côté, j'ai profité largement de la générosité avec laquelle M. Edouard Verreaux a mis à ma disposition les trésors rassemblés dans son vaste magasin de zoologie. C'est ainsi que j'ai réuni les docu- ments qui m'ont permis d'achever ce mémoire. Quoique la disposition des lignes papillaires ait été le but princi])al de cette étude, leur description n'occupe cependant que la moindre partie du texte ; on en comprendra facilement la raison. Lorsqu'un géographe se propose d'indiquer les circon- scriptions politiques et les principales villes d'un pays, n'est-il pas obligé de commencer par décrire les limites naturelles, les montagnes et les cours d'eau ? De même aussi, pour avoir une idée de la disposition des lignes papillaires, il est nécessaire d'avoir bien présentes à l'esprit les différentes régions de la main. J'ai dû m'étendre sur ce sujet, car je ne pouvais me bor- nera faire allusion à des descriptions connues, les divers auteurs que je pouvais citer n'ayant traité cette question que d'une ma- 298 AUX. nière partielle, si toutefois j'en excepte Galien, qui semble s'être inspiré des idées qui régnaient sur cet organe admirable, chez un peuple voué à la sculpture et amoureux de la forme exté- rieure. C'est en effet dans Galien que l'on trouve l'analyse la plus fine et la plus complète des conditions réalisées dans la main, et c'est de lui qu'il faut partir pour entreprendre une description nouvelle. Les lignes papillaires ne se montrent pas à un égal degré de réalisation dans toutes les divisions de la classe des Mammifères. Après l'Homme, ce sont les Singes qui, sousce rapport, occupent la première place ; viennent ensuite les animaux qui se groupent autour des Makis ; elles existent chez les Nycticèbes, les Loris, les Galagos, les Tarsiers, l'Aïe-'Aïe, les Galéopithèques. Elles n'existent que chez un certain nombre de Carnassiers et de Ron- geurs ; elles manquent chez les Édentés, chez les Pachydermes, les Ruminants et les Cétacés. Je n'en ai pas trouvé chez l'Orni- thorhynqueet l'Échidné ; mais il y en a chez quelques Didelphes, tels que les Sarigues et les Phalangers, qui, sous ce rapport, l'emportent beaucoup sur les Rongeurs, Malgré l'importance des caractères fournis par les lignes pa- pillaires, on ne pourrait cependant pas en faire la base d'une classification. Mais la connaissance de leurs dispositions peut certainement être utile, soit pour confirmer des résultats obtenus par d'autres voies, soit pour faire apercevoir des rapports ou des différences qui auraient échappé à l'attention des observateurs. Le plus ou moins de développement des lignes papillaires semble être en rapport avec l'élévation du groupe auquel appar- tient l'animal, la perfection de sa main et le degré de son intel- ligence, en tant que la main est l'instrument de celte intelli- gence. § 2. CONSIDÉRATIONS SUR LA FORME ET LES FONCTtONS DE LA MAIN ET DU PIED. I. — La main de rHoiumc. Suivant la tradition biblique, l'Homme fut pour ainsi dire surajouté à la création, le jour où il plut à Dieu de donner à un DES LIGNES rAPILT-AIRES Dli LA MAIN ET DU PIED. 200 corps une âme raisonnable. Plusieurs philosophes, exagérant cette idée, ont pensé que, çkns le tableau général des êtres, l'Homme devait être considéré comme formant à lui seul un des règnes de la nature.^ C'était pousser trop loin les consé- quences d'une vérité; trop de liens le rattachent au règne ani- mal pour qu'il soit permis de l&s méconnaître. Mais, d'un autre côté, par le détail même de son organisation, l'Homme se dis- tingue tellement des animaux, que la confusion est impossible ; l'étude le lui démontrerait^ si sa conscience ne l'en avertissait pas. Il pourrait suffire de cette notion pour lui rappeler qu'il a reçu dans le monde un rôle dont , la pkis belle part est d'adorer Dieu, et qu'il a été revêtu d'une dignité singulière, dont cha- cun de ses actes doit être un témoignage. Ainsil'Homme appartient au règne animal; il occupe uni3 place dans un des groupes de ce règne, mais il s'y montre comme un être à part. On peut chercher la démonstration de cette vé- rité, soit dans l'analyse des facultés intellectuelles, soit dans la contemplation de la forme générale du corps, soit dans l'étude de ces appareils des sensations les plus élevées, d'où résultent la vue et l'audition, soit encore dans l'examen intime de l'encé- phale et dans les caractères donnés par le cerveau lui-même, ce substratum (1) de l'intelligence; nous la cherchons ici dans l'étude de la main. C'est en vain que l'on s'efforcerait de concevoir un organe mieux disposé pour servir une intelligence ('2). Quelle variété dans les usages auxquels il convient ! Tout ce que peut rêver l'imagination semble réalisé dans la main. Placée à l'extrémité d'un bras mobile dans tous les sens, il n'est pas un point de la surface du corps où elle ne puisse atteindre. Si la douleur, sentinelle vigilante (3), crie alarme en (1) Expression fréquemment employée par Dlaiuviilc. (2) ((Ainsi l'Homme est le plus sage de tous les animaux, ainsi les mains sont clos » instruments qui conviennent à un être sage; car l'Homme n'est pas le plus sage des » animaux parce qu'il a des mains^ comme le dit Anaxagore, mais il a des mains » parce qu'il est le plus sage, comme le proclame Arislote. » (Galien, De la main, chap. ni, trad. de Gh. Daremberg, t. l,p. lli.) (3) « De tous les sentiments, les plus vifs, les plus impérieux, les plus fatalement 300 ALIX. quelque endroit, la main s'y porte aussitôt pour écarter le mal ou pour y remédier. Sans elle serait-il permis à l'Homme de cou- vrir sa nudité? Elle seule peut revêtir le corps des tissus qu'elle a fabriqués ; elle seule peut par ses soins lui conserver son éclat et sa pureté, ou chercher à l'embellir par la parure et les orne- ments. Sa mobilité, son agileté, sa souplesse, la faculté qu'elle a de se tourner et de s'incliner dans tous les sens, de se plier sur elle-même comme un ressort brisé, et surtout sa division termi- nale en cinq branches (l), qui tantôt se fléchissent et s'étendent à la fois et d'un commun accord, tantôt se meuvent isolément, qui peuvent à volonté s'écarter ou se rapprocher les unes des autres, et, dans ces actes variés, savent se prêter un mutuel appui, en font un instrument que l'art est incapable de repro- duire (2). Aussi les anciens avaient-ils choisi le mot dextérité (adresse) pour désigner la précision, la justesse, l'habileté, en un mot la science des mouvements. Puissante à mesurer et à modérer ses actions, elle connaît toutes les nuances qui séparent la plus douce caresse et la pres- sion la plus légère de l'étreinte la plus énergique et du coup le » liés à toutes les actions de l'homme^ sont le plaisir et la douleur; par eux, dans » l'état normal du moins, il n'est pas de sensations indifférentes : sentinelles avancées » de la vie, ils surveillent les organes menacés et les gardent contre la destruction et » la mort.» (Gratiolet, Anat. comp, du syst. nerveux, t. 11, p. 421.) (1) Rlainville appelait la main un compas « cinq hranclws. (2) « Habitués que nous sommes à découvrir dans l'organisation une proportion » rigoureuse entre les causes et les effets, nous ne pourrons néanmoins nous défendre » d'un sentiment d'admiration à la vue d'un mécanisme si parfait, qu'il est impossible » d'imaginer aucune pièce osseuse, aucune modification de structure, qui puisse aug- » menterla mobilité de la main, et que des pièces nouvelles ne feraient qu'entraver » SCS mouvements. Aussi voyez-vous la main, organe du toudicr et de la préhension, » servir tout à la fois à des fonctions qui exigent une grande force et à des fonctions » qui demandent une grande délicatesse; tantôt attirer, repousser ou saisir violemment » des corps volumineux, lourds et résistants; tantôt s'arrondir en sphère, s'allonger en » cône, se recourber en crochet ; reconnaître, par une locomotion subtile, les inégalités )) les plus légères de la surface des corps, en même temps qu'elle surmonte les plUg » grandes résistances, et devenir l'instrument de l'intelligence pour tous les arts méca- » niques et libéraux. » (Cruveilhier, Anat. descript., 4' édit., 1862, t. I, p. 200.) DES LIGNES PAPILLAIRES DE LA. MAIN ET DU PIED. 301 plus violent. En s'ouvrant, elle se montre aux regards sous sa forme la plus gracieuse : tel est l'aspect d'une main qui donne ou qui accorde. En se fermant, elle devient un symbole de puis- sance ou de menace ; elle change de nom : c'est alors le poing, véritable masse d'armes hérissée d'inégalités, prête à frapper comme un marteau ; mais, par une disposition admirable, ce marteau qui vient de frapper s'ouvre aussitôt pour saisir. Ces merveilles des mouvements de la main ne dépassent pas celles de sa sensibilité. La conscience des déplacements qu'elle éprouve fait connaître à l'esprit la forme des objets dont elle suit les contours; en même temps elle apprécie les moindres inéga- htés de leur surface ; elle connaît leur volume et leur consistance, leur température, leur degré d'humidité; enfin, par l'organisa- tion de la peau qui la recouvre, elle devient le siège du toucher le plus délicat (I). En dépit de ces perfections, la main fût restée une merveille inutile, si elle n'avait pas été placée au voisinage de la tête. Aussi appartient-elle au membre thoracique, dont les dimen- sions sont calculées de manière à la mettre facilement en con- tact avec les différentes régions de la face et du crâne (2), Elle devient l'organe de la préhension des aliments, et la bouche, ennoblie, se trouve affranchie des actes grossiers ou cruels. La main se place au devant du visage pour le protéger ; elle soutient la tête fatiguée ; elle vient en aide à la vue et à l'ouïe, soit pour modérer, soit pour accroître leurs perceptions. Les sens, à leur tour, réagissent sur elle. L'œil sans cesse la surveille et la guide, et, comme elle peut facilement lui montrer toutes ses faces, il distingue ses moindres lésions. Associée continuellement à la pensée, la main la traduit (1) Ajoutons qu'en raison de sa confonnation et de sa sensibilité, la main peut en quelque sorte se prolonger à distance à l'aide des instruments qu'elle saisit. Organe principal du toucher, c'est par elle surtout que nous connaissons la résistance des corps. (2) « Les mamelles (de la femme), au nombre de deux seulement, sont situées sur la » poitrine, et répondent à la facilité qu'elle a de soutenir sou enfant sur ses bras. » (Cuv., Régne aninu, p. 75.) 302 ALIX. comme le visage, et concourt à k physionomie. Par divers mouvements, elle attire, elle repousse ; elle refuse, elle accepte ; elle ordonne, elle implore ; elle maudit, elle bénit. Par les gestes dont elle accompagne le discours, elle permet à l'art oratoire de déployer toute sa puissance. Enfin non-seulement elle a son lan- gage, mais, par un prodige de l'art, elle vient suppléer la parole, et le sourd-muet, rendu à la société, reprend sa place dans la famille et dans la nation. Dans le repos, la main fait encore partie de la physionotnie, soit qu'elle se place en des points déterminés du corps dont elle marque harmonieusement les divisions principales, {ou que, s'ap- prochant de la tête, elle vienne en compléter l'expression. Il est permis au peintre de cacher sous les plis des vêtements le reste du corps ; en l'absence de la main, le tableau reste incomplet. Une seule main eût été un instrument précieux ; mais, par une plus grande perfection, il y en a deux placées symétrique- ment et en regard l'une de l'autre pour se prêter un mutuel secours. Tantôt elles se rapprochent pour réunir des objets divers ou s'écartent pour les séparer ; tantôt elles concourent ensemble à porter une charge d'un poids ou d'une dimension considérables (1), et à maintenir l'équilibre du corps ; enfin, en se partageant les rôles, elles fournissent à celui qui les possède un double moyen d'action sur le monde extérieur. Le cavalier peut à la fois maintenir son cheval et combattre ; le nageur, après avoir saisi celui qu'il veut sauver, peut encore fendre l'eau pour atteindre le rivage ; la mère presse contre son sein l'enfant qu'elle allaite, et soutient de son autre main les pas chancelants de son premier-né. Cette main de l'Homme, disposée pour tant d'usages, a été caractérisée dans sa forme par des signes qui n'appartiennent qu'à elle seule, ainsi que nous espérons le démontrer. Nous (1) « Comme beaucoup de corps ont un Tolunie ti^p grand pour qu'une seule main » suffise, lu nature a fait rune l'auxiliaire de l'autre, de sorte que toutes deux, en » saisissant les objets volumineux par deux côtés opposés, ne le cèdent pas à une main » qui serait très-graude. Les mains ont donc été tournées en regard l'une de l'aHlre, » et elles ont été construites absolument semblafelos. » (Galiew, ibwf., p. 118.) DES LIGNES PAPILLAIRES DE LA MAIN ET DU PIED. '606 allons d'abord l'étudiei' dans son ensemble ; nous chercherons plus tard à distinguer les choses qui lui sont spéciales de celles qui lui sont communes avec les animaux. Nous parlerons d'abord de la charpente osseuse, et nous dé- crirons ensuite les parties molles qui la recouvrent. Suspendue à un radius d'une excessive mobilité, la main exécute facilement les mouvements de pronation et de su])i- nation (1). Succédant à un avant-bras dont la limite inférieure est nette- ment indiquée par les saillies latérales du radius et du cubitus, elle commence par le poignet, portion rétrécie, moulée sur les deux rangées d'os courts dont l'ensemble forme le carpe (2). Chez l'Homme, le carpe est toujours composé de huit os; mais comme il y en a un (le pisiforme) qui est hors de rang (3), la première rangée n'offre en réalité que trois pièces osseuses, qui toutes les trois prennent part à l'articulation radio-carpienne (6). Le pisiforme, exactement placé au niveau du pyramidal, ne s'avance ni au-dessus, ni au-dessous de lui (5). Le trapèze et Tunciforme sont pourvus d'apophyses remarquables figurant des crochets renversés vers l'axe de la main ; le grand os mérite vé- ritablement son nom par sou volume considérable (6) ; le sca- (1) J'ai traité ce sujet avec quelque détail dans un mémoire intitulé : Étude sur les effets des tractions et des torsions exercées sur la main et l'avant-bras des enfants. Ledcrc, 1862. (2) La largeur du carpe chez l'homme équivaut au moins à celle de trois doigts réunis. (3) Tous les anatomistes s'accordent pour ne voir dans le pisiforme qu'un os sésa- moïde, une sorte de rotule appartenant au tendon du cubital antérieur. Quoique soli- dement relié aux os du carpe, le pisiforme est flottant (expression de Galien), il suit tous les mouvements du tendon, et sa fixité est en raison de la tension de celui-ci. (i) De là cette progression arithmétique : 1 os pour le bras, 2 pour l'avant-bras, 3 pour la première rangée des os du carpe, 4 pour la seconde rangée, 5 pour le méta- carpe. 11 est remarquable de rencontrer chez l'Homme ime formule aussi facile à lire, et de la voir s'obscurcir chez les animaux. (5) Aussi le talon de la main ii'est-il pas prolongé en haut. Si le pisiforme était soudé au pyramidal, il formerait le crochet de cet os. (6) Il concourt avec là base du troisième métacarpien à dessiner une saillie rcmai- iiuablc à la face dorsale du poignet. Le volume de son apophyse palmaire, important à considérer au point de vue des mouvements, n'est pas appréciable à l'extérieur. 30a ALIX. phoïde fait une forte saillie à la face dorsale du carpe ; il est muni d'un crochet palmaire, et s'articule directement avec les trois os de la deuxième rangée qui soutiennent les trois premiers métacarpiens (1). L'ensemble du carpe offre une courbure transversale dont la convexité se continue avec celle du dos de la main, tandis que la concavité, destinée à loger plusieurs organes (2), concourt à dessiner le creux de la main (â). Cette courbure subit de légères variations dans les mouvements. Ces mêmes mouvements, comme nous le verrons bientôt, amènent de bien plus grandes variations dans la courbure longitudinale du carpe. La première rangée des os du carpe figure, du côté del'avant- bras, une tête arrondie, cachée dans l'articulation quand la main se renverse en arrière, mais apparente quand elle se fléchit, et déterminant alors la saillie du poignet. C'est par elle que la main s'articule avec l'avant-bras (6). L'articulation médio-carpienne (c'est-à-dire des deux rangées du carpe entre elles) est remarquable par sa forme et par ses mouvements: elle change trois fois de direction si on la consi- dère d'un côté à l'autre, et, si on la regarde d'avant en arrière, il faut encore tenir compte de l'obliquité des surfaces. Le mou- vement, presque nul quand la main s'incline en arrière, est très- appréciable quand elle se fléchit. Ce n'est pas un simple mouve- ment de flexion dans un seul plan, c'est un mouvement de flexion oblique, une véritable torsion du poignet, qui le plus souvent (1) Le trapèze, le trapézoïde cl le grand os. Cette circonstance rend plus facile la comparaison du tarse avec le carpe. (2) Tendons, nerfs et vaisseaux. Les os forment une gouttière fermée par le liga- ment annulaire antérieur du carpe. (3) Cette convexité est augmentée par les saillies en forme de crochets qui émanent du scaplioïile, du trapèze, de l'unciforme et du pyramidal (le crochet du pyramidal étant représenté parle pisiforme). Elle est en partie comblée par les organes qu'elle protéo'e en partie dissimulée par le ligament annulaire du carpe. On ne saurait la comparer qu'en partie à la voûte plantaire, qui est en partie constituée par le méta- tarse. (4) Il ne pouvait pas entrer dans le plan de ces considérations générales de décrire en détail les os cl les ligaments. Nous devons seulement rappeler la présence chez l'Homme du ligament triangulaire. LIGNES PAPILLÂIRES DU PIED ET DE LA MAIN. 305 vient compléter la proiialion, et concourt à incliner la main vers le cubitus (1). (1) La flexion oblique du carpe est surtout importante à connaître pour la compa- raison de la main de l'Homme avec celle des Singes. Guvier a noté l'existence des mouvements de cette région, sans pourtant les décrire. « Le carpe se meut sur l'avant-bras en avant, en arrière et sur les côtés, mais les mou- » vcments de ces parties entre elles et avec le métacarpe sont à peine sensibles, quoi- » que trcs-réels, afin de donner plus de douceur à ces mouvements, n M. Cruveilhier a décrit avec soin le mouvement de flexion directe : « Le mouvement » d'extension est très-borné Le mouvement de flexion au contraire est beaucoup » plus considérable ; il peut être porté assez loin pour permettre la luxation de la tète » du grand os en arrière.» [Anat. dcscr., à" éd., t. I, p. 576.) C'est Malgaigne qui a donné la description la plus complète des mouvements du carpe. {(Articulation radio-cai^pienne, Trois os du carpe, le scmi-lunairc, lepjramidal » et le scapboïde, unis solidement ensemble, s'articulent avec le radius et le ligament » interarticulairc. Il y a ici quelques dispositions qu'on n'a point remarquées. La sur- » l'ace articulaire du scapboïde et du pyramidal occupe presque deux laces, la posté- )) rieure et la supérieure. Comparée à celle du radius, elle ollre au moins un tiers de » plus en étendue. La surface articulaire du pyramidal est beaucoup plus étroite, )) autant d'ailleurs qu'est rétrécie la surface du ligament interarticulaiie. On peut en » déduire à l'avance que cette articulation ne sert qu'à la flexion en arrière, et que I) cette flexion a plus d'étendue du côté du radius que du côté du cubitus. Or, c'est ce » qui a lieu en elfet. Disséquez cette articulation avec ses ligaments : la face antérieure » du radius et de la première rangée des os du carpe forme un plan uni, et la flexion » des os du carpe en ce sens est à peu près nulle. En arrière au contraire, le mouve- » ment est si étendu que le radius recouvre entièrement la première rangée et touclic » presque aux os de la seconde. Enfin, et Ton peut s'en assurer sur soi-même, la » flexion en arrière est beaucoup plus du côté du pouce que du petit doigt, etc. » Articulation médio-carpienne . Cette articulation a des mouvements tout opposés à » ceux de la précédente par un mécanisme remar(iuable. Les trois premiers os du » carpe offrent à leur face inférieure une cavité peu profonde qui représente les trois » quarts externes de leur surface articulaire. Le quart interne est une surface oblongue, » légèrement convexe, presque plane. La seconde rangée offre eu dehors une tête » articulaire formée par le grand os et l'os crochu, en dedans une surface à peine » concave. Quand la main est étendue en ligue droite avec l'avant-bras^ cette seconde » rangée est en rapport tel avec la première qu'on ne peut les fléchir l'une sur l'autre » en arrière. Au contraire, on les fléchit très-bien en avant; chacun peut s'assurer sur » lui-même que la flexion de la main en avant s'opère dans cette articulation. Mais la » flexion n'est point partout égale; il est évident que l'arthrodie plane du côté interne » ne saurait avoir une étendue de mouvement égale à l'énarthrose externe. Ainsi, la » flexion en avant est plus complète du côté du petit doirji, moindre du côté du » pouce-. n On voit par là combien sont inexacts ces mots de flexion et d'extension attribués à » la main. Comparez les deux angles; la flexion en arrière est presque égale à la flexion 5"^ série, Zuol. T. VIII. (Cahier n° 5.) * 20 306 ALIX. Du côté de la main, le carpe est limité par une ligne très- sinueuse, dont les inégalités correspondent aux insertions des os métacarpiens. 11 faut surtout noter rinclinaison en dehors de la facette du trapèze destinée à l'articulation du premier métacar- pien et la forme de cette facette. Des cinq os métacarpiens, celui du pouce est à la fois le plus mobile et le plus indépendant ; non-seulement il peut à volonté s'écarter du métacarpien de l'index d'une distance considé- rable (1) ou s'en rapprocher complètement, mais, grâce à la forme de son articulation avec le trapèze, il devient capable d'exécuter sur son axe un mouvement de rotation d'environ un demi-quart de cercle (2). C'est principalement cette rotation qui donne au pouce la faculté de s'opposer aux autres doigts. Les quatre autres métacarpiens ne pouvant que très-peu s'écar- ter les uns des autres sont considérés comme formant un seul groupe (o). Leurs bases sont placées sur une ligne courbe, dont la figure ne saurait varier qu'avec celle delà voûte carpienne (û). Leurs extrémités digitales peuvent s'écarter ou se rapprocher les unes des autres, et se disposer de diverses manières, soit qu'elles » eu avant. Pour doimer plus de vérité au langage, il faut admettre la première rangée » du carpe comme formant une brisure particulière du membre, le poignet proprement » dit. La seconde rangée, unie au métacarpe, malgré quelque mobilité bien rétrécie, » peut être considérée comme une brisure uniiiue, un seul levier appelé la main. Le » poignet seflécbit en arrière et s'étend en ligne droite sur l'avant-bras, la maiu se » fléchit en a\ant siu- le poignet et s'étend directement avec lui » Aiusi, flexion du poignet en arrière et un peu en dedans, flexion de la main » en avant et un peu en dehors, voilà les mouvemenls précis de cliaquc article, etc. » La fin de ce passage est remarquable à plus d'un titre. 11 est intéressant de rappro- cher cette vue de Malgaigne de celle de Galien relativement au tarse dont nous parle- rons plus loin. En réahté, si les deux rangées du carpe peuvent être réunies en un seul groupe pour la commodité de la description, elles sont pour l'anatoraistc philosophe aussi distinctes l'une de l'autre que le bras l'est de l'avaut-bras. (1) L'angle peut dépasser 45 degrés. La première phalange venant ensuite à s'étendre, l'axe du pouce peut devenir perpendiculaire à celui de la main. (2) Ce mouvement est le résultat de la forme de la surface articulaire du trapèze et de la direction de sa gouttière. (3) Le métacarpien du cinquième doigt a cependant un mouvement de rotation très- borné. (4) Nous n'entrons pas ici dans le détail assez compliqué des articulations carpo- métdcarpieunes. LIGNES PAPILLAIRES DU PIED ET DE LA MAIN. 307 restent clans un même plan ou qu'elles affectent une courbure à concavité palmaire (1). Considérées par rapport h l'axe longitudinal de la main, les têtes des métacarpiens sont placées sur une ligne courbe, con- vexe vers les doigts, qui s'abaisse de l'auriculaire au médius, re- monte ensuite sur l'index, et vient se terminer sur la tète de la première phalange du pouce. Les doigts sont ordonnés de la même manière que les os méta- carpiens dont ils sont le prolongement; ils ont tous trois pha- langes, excepté le pouce qui n'en a que deux. Ces phalanges ne sont que légèrement courbées sur leur axe, et ne sont que mé- diocrement creusées en gouttière à leur face palmaire ; elles ne sont pas élargies par des expansions latérales ou ailes. La termi- nale, qui est la plus courte, est remarquable par l'élargissement terminal de son exti'émité. La première phalange du pouce est à peine plus longue que la seconde. Aux autres doigts, la première phalange est beaucoup plus longue que chacune des deux autres prise à part, et presque égale à leur somme ; elle est d'ailleurs presque égale à son mé- tacarpien (2). Si l'on considère les doigts dans l'extension, c'est le médius qui est le plus long; viennent ensuite l'annulaire, l'index [o], et enfin l'auriculaire et le pouce. Les dimensions de ce dernier sont telles, qu'il dépasse la moitié de la première phalange de l'index. Les différences de longueur entre les doigts dépendent en partie de l'os métacarpien. Quand ou fléchit les premières phalanges, les doigts les plus longs perdent la différence qui était due à leur métacarpien. Si l'on fléchit en même temps la seconde phalange, ils perdent, en outre, l'excès de longueur qui appartient à leur première pha- lange ; enfin, par la flexion de la dernière phalange, ils perdent (1) Ajoutons que des brides ligamenteuses limitent ces mouvements. (2) Il en résulte que dans la llexion complète la troisième phalange appuie sur la base de la première. (3) L'index est quelquefois plus long que l'annulaire. 308 ALIX. nécessairement l'excès de la seconde; et il résulte de toutes ces soustractions que les extrémités des doigts viennent se placer sur une même ligne (1). Cette proposition lie doit cependant pas être acceptée d'une manière absolue ; elle est exactement vraie quand on applique les quatre doigts autour d'un corps cylindrique ; elle l'est égale- ment quand on les fléchit de manière à en appliquer les extré- mités aux deux tiers inférieurs de la paume, c'est-à-dire jusqu'à la moitié du métacarpe ; mais, au delà de cette distance, on ne peut appliquer le bout des doigts au reste de la paume qu'à la condition d'étendre les dernières phalanges, et les extrémités des dernières phalanges se placent alors de la manière suivante : l'index atteint le milieu du métacarpien du pouce ; le médius vient se placer un peu plus haut sur la ligne de l'index ; l'annu- laire, un peu plus haut, sur la ligne du médius ; et le petit doigt, un peu plus bas, sur la ligne de l'annulaire. C'est alors l'annulaire qui dépasse les autres doigts. Pour chacun des quatre doigts proprement dits, la première phalange peut se fléchir à angle droit sur son métacarpien ; la seconde phalange à angle très-aigu sur la première, mais la flexion de la troisième phalange sur la seconde ne dépasse pas l'angle droit. Si l'on veut appliquer le bout du doigt à la partie inférieure de la paume, il faut que la première phalange reste étendue, ce qui exige un effort douloureux. La flexion totale des trois phalanges à la fois amène le bout des doigts au milieu de la paume. Pour appliquer le bout des doigts à l'extrémité supérieure de la paume, il faut une flexion totale des deux pre- mières phalanges, et, en outre, une extension de la troisième. (1) Galieu, dans un cliapitrc particulier, se demande pourquoi les doigts sont iné- gaux. (( Pourquoi les doigts sont-ils inégaux? Pourquoi celui du milieu est-il plus long » que les autres? C'est sims doute parce quit était plus convenable que leurs extréuii- » lés arrivassent toutes sur la u;ènie ligne, lorsqu'ils embrassent certains corps volunii- » neux, et quand on veut retenir întrc les doigts quelques oltjets liquides ou petits » Si la main veut se fermer pour retenir un corps petit ou liquide, l'inégalité est d'une » utilité évidente, puisque le grand doigt jeté sur l'index devient une sorte de ceu- M verclc pour combler l'espace vide,» (P. 165.) LIGNES PAPILLAIRES DU PIED ET DE LA MAIN 309 L'extension des doigts est bien plus bornée que la flexion ; elle a surtout pour résultat de les placer en ligne droite avec les os métacarpiens. Ils peuvent se renverser en arrière, mais il faut un point d'appui pour donner à ce mouvement une certaine étendue, et il devient alors douloureux (1). Les seuls mouvements que puissent exécuter la deuxième et la troisième phalange consistent à s'étendre et à se tléchii' direc- tement dans un seul sens. La première phalange a, en outre, des mouvements d'incli- naison latérale, qui, en se combinant avec la flexion et l'exten- sion, donnent pour résultat la circumduction ; enfin, elle peut tourner sur son axe. Il est important de tenir compte des m.ouvements d'inclinai- son latérale dont l'existence est une des conditions de l'exercice du toucher (2). Généralement on écarte les doigts au moment où on les étend, et il faut alors une intervention spéciale de la volonté pour les tenir rapprochés. Lorsqu'on les fléchit, ils se rapprochent d'eux- mènies, et, si la flexion est complète, il est impossible de les écarter. Si l'on veut les maintenir écartés avec un certain de- gré de flexion, la première phalange se renverse en arrière, et la flexion de la seconde phalange ne dépasse pas l'angle droit. Si, tout en laissant la première phalange étendue, on veut complètement fléchir le reste du doigt et en appliquer le bout à la partie la plus inférieure de la paume, ce n'est qu'au prix d'un effort excessivement douloureux que l'on parvient à les maintenir écartés. Dans ce dernier cas, le médius et l'annulaire sont ceux qui restent le plus rapprochés. Les doigts, en s'écartant, peuvent se placer directement dans (1) « Pour loiito articulation il y a une position indolente et moyenne ; toutes les » positions en deçà ou au delà sont moins douloureuses si elles se rapprochent de la » moyenne, et plus si elles s'en éloignent : sont tout à fait douloureuses les positions » extrêmes au delà desquelles on no peut ni fléchir ni étendre, car ces positions ont » lieu quand les muscles qui les produisent prennent une tension extrême.» (Galien, ibid., p. 155.) (2) Galieri a insisté sur les mouvements latérauv des doigts et sur leurs relations avec la flexion et l'extension. (P. 152.) 310 ALIX. la ligne de leurs métacarpiens ou s'incliner }3lus ou moins sur ces derniers. Lorsque les doigts sont écartés de manière à être à peu près équidistants, l'auriculaire et l'annulaire s'inclinent vers le cubitus, l'index vers le radius, le médius seul reste dans la direc- tion de son métacarpien ; mais si l'index reste dans la ligne de son métacarpien, le médius s'incline vers le bord cubital de la main. L'inclinaison des quatre doigts dans ce sens est bien plus étendue que vers le bord radial, et l'index lui-même ne peut que très-peu s'incliner de ce dernier côté (1). L'inclinaison latérale des doigts fléchis à angle droit est à peu près nulle ; mais lorsque cette flexion n'atteint pas l'angle droit, les doigts peuvent encore s'incliner latéralement et s'écarter un peu les uns des autres (2). Les mouvements du pouce considéré en lui-même, et indé- pendamment de son métacarpien, sont moins étendus que ceux des autres doigts. Ainsi la flexion de la première phalange sur le métacarpien n'atteint pas l'angle droit, et celle de la deuxième phalange sur la première ne le dépasse pas. Dans la plupart des mouvements du pouce, la deuxième phalange reste presque étendue, et la première est à peine fléchie sur le métacarpien. C'est à peine si la première phalange peut s'incliner de côté sur le métacarpien, et les mouvements de latéralité du pouce sont presque tous dus à ce dernier os. Dans le langage des anciens Grecs, le pouce avait reçu le nom d'antimain {ix.vzlyjip)^ comme s'il formait à lui seul le pendant de la main (3) ; et, eu effet, au seul point de vue de la forme, on (1) « En partant de cette position qui maintient les doigts droits, on reconnaîtra » clairement (juclle est la puissance de chacun des mouvemenls latéraux. En jugeant » de cette façon, la brièveté du mouvement latéral interne sera manifeste pour tous.» (Galien, p. 158.) (2) En fléchissant les doigts complètement, on voit manifestement chacun des ten- dons de l'extenseur commun glisser sur la tête du métacarpien et se placer à son côté radial. Ce fait s'accorde avec le changement de direction que la première phalange subit en se fléchissant. (3) « Nous avons démontré qu'il (le pouce) présente une utilité équivalente à celle » des quatre doigts réunis qui lui sont opposés. C'est, il me parait, pour avoir songé à » cette utilité du pouce, que le vulgaire l'a appelé nntimuùi, comme s'il équivalait à » toute la main. » (GaUcn, p. 161.) LIGNES PAPILLAIRES DU PIED ET DE LA MAIN. M i peut encore concevoir une main sans pouce, tant il se détache du groupe figuré par les quatre autres doigts et leur base méta- carpienne. De là, dans le langage, une confusion continuelle dont il est fort difficile de s'affranchir, puisque, à chaque instant, on parle du pouce et de la main comme de deux choses distinctes et séparées. Le pouce, placé en regard des autres doigts, peut ôtre opposé, soit à chacun d'eux en particulier, soit à deux ou trois doigts réunis, soit à tous à la fois ; c'est grâce à cette faculté que la main est capable de saisir. Les quatre autres doigts peuvent bien, il est vrai, soit tous à la fois, soit par groupes, soit isolément, fixer et retenir les objets; mais c'est par leur opposition avec le pouce qu'ils le font avec le plus de sûreté et avec le moindre effort. Avec le reste de la main, on presse ou l'on accroche, mais on ne saisit véritablement qu'avec l'aide du pouce. Il est utile d'étudier en détail l'étendue et les limites dans les- quelles s'exerce l'opposition du pouce aux autres parties de la main. L'opposition s'opère principalement par l'écart ou le rappro- chement du métacarpien, par de légères inclinaisons de cet os, et surtout par sa rotation (p. 306). Les phalanges ne font qu'a- chever et compléter le mouvement commencé par le métacar- pien. Le pouce ne s'oppose pas de la même manière à tous les doigts. L'opposition du pouce à l'auriculaire est directe, mais son opposition à l'index est latérale ; elle est un peu moins laté- rale pour le médins, moins encore pour l'annulaire. H y a là une dégradation dont on peut juger en considérant les ongles; en effet, l'ongle du pouce peut se placer complètement sous celui de l'auriculaire et réciproquement ; mais, si l'on veut le placer sous celui de l'annulaire, cela n'est déjà plus possible, les deux ongles se croisent ; pour le médius, le croisement est plus pro- noncé ; il l'est bien plus encore pour l'index. Tandis que les doigts peuvent parcourir toute la paume de la main, le pouce n'en peut toucher que l'extrémité digitale, et encore n'atteint-il directement quel'éminence palmaire du cin^ 312 ALIX. quième doigt, ne pouvant entrer en contact avec les autres que par sa partie latérale. Les doigts étant étendus, il n'atteint que la première pha- lange de l'index. Une très-légère flexion des autres doigts suffit pour qu'il atteigne leur première phalange ; mais, pour qu'il entre en contact avec la seconde phalange, même de l'index, il faut déjà une flexion sensible des doigts ; er.fm, il est nécessaire que la flexion des doigts soit très-prononcée pour que le pouce atteigne leurs phalanges terminales. Il suit de là que l'opposition résulte d'un mouvement combiné : ce n'est pas seulement le pouce qui s'oppose aux doigts, ce sont aussi les doigts qui s'op- posent au pouce. Souvent même le mouvement du pouce, très-borné, mais par cela même très-rapide, consiste uniquement à se tourner et à se poser dans une situation fixe, et les doigts, par un mouvement beaucoup plus étendu, viennent à sa rencontre. De là limpor- tance des muscles extenseurs dans les mouvements du pouce (1). Dans certains cas, le métacarpe vient participer aux mouve- ments des doigts. Ainsi, le pouce restant fixé dans le sens de l'avant-bras, le métacarpe s'incline en arrière par un mouve- ment actif, comme le prouve la tension des tendons des muscles radiaux externes, en sorte que la main décrit un arc dont le pouce est la corde. Dans cette situation, par le jeu des segments, l'arc peut varier ses courbures, en même temps que la corde se tend ou se relâche, ce qui est un des plus grands éléments de précision et de délicatesse dans les mouvements de la main pour le travail des petits objets. C'est par ce genre de mou- vements que la main humaine parvient à tenir une plume ou un crayon. Il est presque superflu d'ajouter que le pouce, en s'introdui- sant entre les doigts, peut s'opposer, soit à la face dorsale, soit au côté radial de chacun d'eux, et que les doigts étant complète- ment fléchis, il peut s'appliquer à la face dorsale des phalanges. (1) « Le mouvement interne de flexion qui est le plus fort pour les autres doigts est » le plus faible pour luij les mouvements latéraux, les plus faibles pour les autres, » sont les plus forls pour lui. » (Galien, ibid., p. 158.) LIGNES PAPILLÂIRES DU PIED ET DE LA MAIN. .!^1 Le pouce étant étendu, l'index et le médius peuvent parcourir tout son côté radial en y appliquant directement leur dernière phalange ; l'annulaire et l'auriculaire ne l'atteignent que par le côté de cette phalange. Tels sont dans leur détail les principaux faits relatifs au mou- vement d'opposition du pouce. Il est utile de les connaître pour concevoir l'acte du toucher. Outre les mouvements dont nous avons parlé, mouvements que la main exécute d'elle-même, nous pourrions parler des mouvements communiqués. Nous nous bornerons k dire qu'ils produisent une exagération de ceux que nous avons décrits. La considération du squelette nous fait connaître la forme générale et les mouvements de la main ; pour compléter ces notions, il nous reste à envisager la disposition des parties molles. Nous dirons seulement quelques mots des parties profondes avant de nous occuper des caractères extéi'ieurs. Les mouvements des divers segments de la main ont pour agents des muscles longs et des muscles courts. Les muscles courts ont recule nom de muscles interossevoo. Ils s'insèrent en partie sur le carpe, en partie sur les os métacar- piens, et viennent se terminer latéralement sur la base des pre- mières phalanges. Ceux qui vont aux quatre doigts proprement dits peuvent être facilement distingués en palmaires et en dor- saux, et ils sont groupés de telle sorte, que les interosseux dor- saux convergent vers le doigt médius, tandis que les interosseux palmaires divergent à partir de ce doigt (1). Les muscles courts du pouce forment l'éminence thénar ; ils se composent d'un abducteur et d'un court fléchisseur qui vont du carpe au côté radial de la base de la première phalange; d'un opposant qui va du carpe au côté radial du premier méta- carpien autour duquel il s'enroule, et d'un adducteur. Ce dernier nmscle est un triangle charnu, dont la base s'attache au carpe et à l'arête palmaire du troisième métacarpien, et dont le sommet (1) Il résulte rie cette disposition que la main liumaiiie appartient au type digital impair. Mil ALIX. vient se fixer au côté CAibital de la base de la première phalange du pouce. Chez THomme, ce muscle n'envoie pas d'expansion tendineuse à la phalange terminale. Ce que nous disons des muscles de l'éminence thénar se ré- pète d'une manière à peu près symétrique pour l'éminence hypo- thénar. Seulement ces muscles sont plus faibles, et celui qui cor- respond à l'abducteur du pouce est simplement représenté par l'interosseux palmaire du cinquième doigt. Les muscles longs viennent de l'avant-bras et du bras. La main ne contient que leurs terminaisons tendineuses ; ils sont palmaires ou dorsaux. Les muscles palmaires sont fléchis- seurs ; il y en a deux pour le métacarpe, savoir : le grand pal- maire qui va au deuxième métacarpien, et le cubital antérieur qui va au cinquième métacarpien après s'être en partie épuisé sur le pisiforme. Il y a cinq tendons fléchisseurs des phalanges terminales in- sérés sur la base de ces phalanges -, celui du pouce vient d'un corps charnu bien distinct inséré sur le radius. Il y a quatre ten- dons fléchisseurs des deuxièmes phalanges perforés pour le pas- sage des tendons profonds. Enfin un muscle grêle, le petit pal- maire, vient se fixer au poignet sur une aponévrose qui revêt le creux de la main ; c'est l'aponévrose palmaire qui rayonne vers les doigts, et par ses expansions figure un fléchisseur des pre- mières phalanges. Les principaux nerfs de la main sont le médian qui fournit les filets palmaires du pouce, de l'index, du médius et du côté radial de l'annulaire ; Le cubital qui fournit les filets palmaires de l'auriculaire et dn côté cubital de l'annulaire et les filets dorsaux de l'auriculaire, de l'annulaire et du côté cubital du médius; Et enfin le radial qui fournit les filets dorsaux du pouce, de l'index et du côté radial du médius. Les artères, qui sont la radiale et la cubitale, envoient réci- proquement l'une vers l'autre deux branches anastomotiques, lesquelles en s'unissant constituent au niveau delà base du méta- carpe deux arcades : l'une superficielle, qui recouvre les tendons LIGNES PAPILLAIRES DU PIED ET DE LA MAIN. 315 fléchisseurs des doigts ; et l'autre profonde, qui est recouverte par eux. Quant aux veines, elles se rassemblent toutes sur la face dor- sale de la main, pour former les troncs veineux qui remontent vers l'avant-bras. Passons maintenant aux parties superficielles de la main. La forme de la main diffère suivant que les doigts sont écar- tés ou rapprochés. Si les doigts sont écartés, la main s'étale et rayonne, pour ainsi dire, à partir du poignet. Si, au contraire, les doigts sont rapprochés, la main s'élargit jusqu'à leur origine, et se rétrécit ensuite jusqu'à leur extrémité, se terminant en pointe avec le médius qui est le plus long. En regardant une main par sa face dorsale, le pouce peut être complètement dissimulé. Alors le bord radial de l'index se con- tinue en apparence jusqu'au carpe, comme le bord cubital de l'auriculaire, ce qui rend possible, au seul point de vue de la forme il est vrai, de concevoir une main sans pouce. La face dorsale de la main n'offre pas la même sensibilité que la face palmaire. Habituellement en regard des corps extérieurs, elle ne s'avance pas vers eux à tâtons et avec précautions, mais elle peut en recevoir brusquement le contact; elle est la pre- mière affectée par les variations de température et d'humidité, par le souffle du vent, par la pluie, par tout ce qui peut produire un sentiment douloureux, bien plus que par les qualités dont la connaissance appartient au toucher proprement dit. Elle n'est pas le siège de ce sens exquis ; quoique l'on puisse encore, en promenant sur un objet le dos du métacarpe ou des doigts, apprécier quelques détails de sa forme ou de sa surface. La peau de cette région, lâche et mobile, très-distendue dans la flexion des doigts, revient sur elle-même par élasticité dans leur extension ; aussi n'offre-t-elle quelques phs véritables qu'au niveau des articulations (1). Le reste est couvert d'une multitude de petites raies entrecroisées en losanges. L'épiderme n'a qu'une (1) Ces lignes sont à peu près transversales sur les articulations des premières phalanges avec les secondes phalanges; elles forment des courbes concentriques sur 316 ALIX. épaisseur médiocre ; des poils clair-semés se montrent sur presque toute la surface. Cette peau, doublée d'une couche graisseuse plus épaisse, ne dissimule pas complètement le squelette qui peut être en partie reconnu, soit par la vue, soit par le toucher. Ainsi, lorsque le poignet se fléchit, on reconnaît la bosse arrondie formée par le carpe; dans toute position, on reconnaît, au bord cubital du poignet, la saillie du pyramidal, et, sur la ligne du médius, la saiUie du grand os et de la base du troisième métacarpien. Les métacarpiens du premier, du deuxième et du cinquième doigts, se dessinent sous la peau. Les têtes.des métacarpiens se montrent distinctement dans la flexion des doigts, tandis que, si les doigts s'étendent, elles se dissimulent, et, dans l'extension forcée, elles sont remplacées par la saillie des tendons. Les têtes des phalanges sont également bien dessinées dans la flexion et dissimulées dans l'extension. Aux dernières phalanges, la face dorsale de l'os n'est recou- verte que par la peau, qui n'en est pas séparée par un tendon comme aux autres phalanges ; mais cette peau est armée d'un ongle, en sorte que c'est une partie solide qui apparaît. Chez l'Honniie, l'ongle est à peine convexe suivant sa longueur ; il l'est un peu plus transversalement; mais il n'est jamais comprimé latéralement, et ne présente pas à sa partie moyenne une arête en foi'me de carène ; aussi le nomme-t-ou, avec assez de.raison, un ongle plat, quoique en réalité il soit arrondi de tous les côtés, suivant l'expression de Galien (1). Cet ongle plat est disposé pour soutenir, en lui fournissant un large point d'appui, l'appa- reil du tact proprement dit. D'un autre côté, la peau sur laquelle l'ongle se développe est le siège d'un sentiment particulier, que Gratiolet a désigné sous le nom de sensation sous-onyuéale{'2]. Ips articulations dos secondes phalanges avec les premières ; cl enfin sur les articula- tions métacarpo-phalangienncs des courbes diversement dirigées qui s'entrecroisent dans l'intervalle des doigts. (1) (( On n'a pas dit pourquoi les ongles sont doués d'une certaine dureté, et » non pas d'une dureté plus grande, ni pourquoi ils sont ronds. » (Galien, iljid., p. 130.) (2) « Cependant toute l'épaisseur de la peau est sensible et, si elle est impression- LIGNES PÂPILLAIRES DU PIED ET DE L\ MAIN. 317 Le nom de paume semblerait devoir appartenir à toute la partie palmée de la main ; cependant il ne désigne qu'une des faces de cette région, celle qui est opposée à la face dorsale, qui regarde en bas ou en arrière dans la pronation, et en haut ou en avant dans la supination. La paume est plus étendue que le dos de la main ; elle se montre toujours aux regards dans sa totalité ; le pouce ne saurait en être distrait comme pour la face dorsale. En dedans et en dehors, elle déborde manifestement les os métacarpiens, et, vers les doigts, elle les dépasse, recouvrant non-seulement les têtes des os métacarpiens, mais le tiers au moins de la première phalange (1). Ainsi la paume de la main comprend à la fois la région métacarpienne du squelette et une partie de la région digitale ; elle comprend, en outre, une partie de la région carpienne : du côté cubital delà main, elle embrasse le pisiforme qui lui fait une sorte de talon ; mais, du côté ra- dial, elle ne comprend (]ue le trapèze, abandonnant ici la pre- mière rangée des os du carpe ; sa limite supérieure se trouve ainsi indiquée par un pli de la peau dirigé obliquement du pisi- forme vers le trapèze (:2) . La paume de la main est concave ; elle figure dans sa partie » nable à la superficie, elle ne l'est pas moins par sa face profonde. La peau peut » donc recevoir des impressions affectant 1 une ou l'autre de ses deux faces.... » Aussi, partout où la nature a voulu rendre le toucher plus parfait, a-t-elle sous- » trait par des coussins graisseux la face profonde de la peau au contact immédiat des » parties dures sous-jacentes. » La sensation de pression commence quand la sensibilité de la face profonde entre » en jeu. Mais l'appréciation mesurée des pressions plus ou moins fortes suppose de » nouveaux appareils. Ici les ongles jouent un rôle important. Quand, par exemple » nous appliquons le doigt à la surface d'un corps, les moindres pressions déplacent » la pulpe digitale et la refoulent contre l'ongle, ce qui est assez prouvé par ces zones » blanches qui se dessinent alors au-dessous de lui. De là une sensation particulière » qui se propage de proche en proche de la face palmaire à la face dorsale de la plia- » lange et que je désigne sous le nom de toucher (il l'appelait aussi sensation) sous- » onguéaL » (Grat., An. comp. du .sijst. nerv., p. à(i7 et suiv.) (1) S'il est vrai, pour un certain nombre d'articulations, de dire qu'elles sont indi- quées extérieurement par une dépression des parties molles, cela n'est pas applicable r,!x articulations métacarpo-phalajigiennes qui sont placées entre deux plis et se trou- vent exactement recouvertes par un bourrelet épais. (2) De là vient que le poignet n'est bien distinct qu'en arrière et sur les côtés; tandis qu'en avant l'avant-bras semble se contiiuier jusqu'à la paume. 318 ALIX. moyenne un triangle sphérique (triangle palmaire), limité par des éminences remarquables. L'une d'elles, qui a reçu le nom d'emi- nence thénai\ correspond au pouce, et recouvre le premier os métacarpien dont elle compose la palmure. Soulevée par les muscles courts affectés aux mouvements du pouce, elle dépasse le coté radial du métacarpien, mais elle se continue avec sa face dorsale par une courbe tellement graduée, que l'œil ne saurait distinguer aucun intervalle. Elle est limitée par deux plis cutanés : l'un qui embrasse la base de la première phalange ; l'autre, qui commence au niveau de l'articulation du trapèze avec le premier métacarpien, con- tourne cette articulation, se réfléchit en un point situé sur la hgne du médius, forme le côté radial du triangle palmaire, et vient se terminer au bord libre du. métacarpien de l'index, un peu au-dessus de la tête de celui-ci, en un point qui marque la limite de la palmure du pouce. Ce dernier pli a été nommé par les chiromanciens la ligne de vie (1). Lorsque le pouce est écarté des autres doigts, et que sa palmure est tendue, la saillie de l'éminencc thénar est bornée à la portion qui recouvre immé- diatement le métacarpien, et l'espace compris entre cet os et la ligne de vie est concave. Le triangle palmaire est limité, du côté cubital de la main, par Yéminence hypotliénai\ qui n'est pas séparée, comme l'émi- nence thénar, par un pli de la peau. L'éminence hypothénar, soulevée par les muscles courts du doigt auriculaire, s'étend depuis le pisiforme qu'elle enveloppe jusqu'à la base de ce doigt. Elle est plus large supérieurement qu'inférieurement, et s'étend au delà du cinquième métacarpien qu'elle recouvre et dissimule en formant un bourrelet qui le suit dans toute sa longueur. Enfin le triangle palmaire est limité inférieurement par un bourrelet où l'on distingue trois éminences, nommées générale- ment éminences palmaires (2), qui correspondent aux inter- (1) DcsbaroUes, les Mystères de la main, p. 224. (2^ Le nom A'cminences tactiles {Tasthûgcl}, employé par les Allemands, est trop général, puisque les pelotes des plialant;es terminales méritent aussi cette dénomina- tion. Il vaudrait peut-être mieux dire éminences digito-palmaires ou digito-métacar- pieunes. LIGNES PAPILLÂIRES DU PIED ET DE LA MAIN. 319 valles (les articulations digito-métacarpiennes. De ces éminen- ces, la moyenne, située entre le médius et l'annulaire, est celle qui s'avance le plus vers les doigts. Deux lignes remarquables distinguent cette partie de la région palmaire : l'une, que les chiromanciens ont nommée la ligne de tête, pariant de l'extrémité de la ligne de vie, immédiatement au-dessous de la tète du deuxième métacarpien, s'étend à peu près transversalement à travers le triangle palmaire, et l'émi- nence hypothénar jusqu'au bord cubital de la paume (1) ; l'autre, nommée par les chiromanciens la ligne de cœur, part du bord cubital de la main, un peu au-dessous de la tète du cinquième métacarpien, s'étend presque transversalement jusqu'au niveau du médius, et descend brusquement dans l'intervalle du médius et de l'annulaire. Il est facile de voir (pie la ligne de vie correspond à l'opposi- tion du pouce, la ligne de tète à la flexion simultanée des quatre doigts, la ligne de cœur à la flexion des trois derniers doigts, l'index restant étendu (2). Outre ces plis, il y en a d'autres qui sont longitudinaux ; ils sont dus au plissement de la main, La peau du triangle palmaire, garnie d'une couche graisseuse peu épaisse, est presque immédiatement doublée par l'aponé- vrose palmaire; aussi, dans l'extension de la main, cette peau est-elle lisse et tendue. Les digitations que l'aponévrose envoie sur les premières pha- langes font alors saillir les pelotes graisseuses situées dans leurs intervalles, et les éminences palmaires sont soulevées et forte- (1) L'obliquitd tic ce sillon est variable; souvent il se bifurque dans sa partie interne. (2) Cette remarque appartient à Vclpcau. Voici comment l'illustre cbirurgien s'ex- primait clans la première édition de son Anatomie chirurgicale, publiée en 1837 : " « Dans ce creux (ou paume de la main) se remarquent plusieurs lignes assez coii- » stantes. L'une, prenant son origine à l'extrémité antérieure de la gouttière pal- « maire, se bifurque presque immédiatement, de manière que la première de ses » branches se contourne en demi-cercle pour circonscrire l'éminence thénar, tandis » que la seconde se porte d'abord en travers et se contourne ensuite eu demi-lune » pour aller se perdre dans la partie postérieure de l'éminence bypotbéuar. Une autre » ligne naît de l'endroit où se termine la première, c'est-à-dire du poignel, et descend 320 ALIX. ment tendues. Dans la flexion, au contraire, elles cessent d'être tendues, et n'apparaissent que comme des replis de la peau. Le bord inférieur de la paume se trouve alors rabattu sur les pha- langes. Dans l'extension, les éminences palmaires limitent la conca- vité de la paume, tandis que dans la flexion cette concavité se continue avec celle des doigts et le fond du creux de la main se trouve alors placé, non plus au milieu du triangle, mais sur la ligne de tête. Lorsque les doigts se disposent de manière à augmenter la courbure transversale de la voûte palmaire, les éminences se rapprochent et les sillons qui les séparent se continuent dans le triangle palmaire par autant de plis longitudinaux. La flexion isolée du petit doigt détermine des plis qui coupent obliquement l'éminence hypoihénar. Malgré l'extension de la paume sur une partie des premières phalanges, les doigts de l'honmie jouissent d'une grande indé- pendance; la palnmre du pouce contribue à lui donner plus de solidité sans nuire à la mobilité. D'ailleurs quoique cette pal- mure descende réellement jusqu'au tiers de la première pha- lange, comme on peut en juger d'après un pouce très-écarté, le rapprochement du pouce a pour résultat de la faire remonter au-dessus de la tête ^du métacarpien. Par la même raison, le » vcrticalcinonl vers le milieu de la précédente. Enfin une troisième s'étend de l'in- » tervallc qui sépare riiidieateur du médius, à la base du petit doigt, en coupant » l'éminence liypotfiénar en deux portions inégales. Sa convexité regarde en arrière » et en dehors, de sorte (juc, réunie avec la ligne de rindicateur^ elle représente » assez exactement un X à brandies très-allongées. Chacun de ces trois sil/ons parait » dépendre de mouvements }jurticuiiers. Ainsi, le premier est dû an mouvement » (l'opposition du pouce^ et la ligne qui le forme peut se nommer ligne du pouce. Le » second tient à la flexion des autres doigts conjointement avec la flexion du pouce, » hirsqu'on veut embrasser uu corps cylindrique par exemple, el on peut l'o.ppelcr » /iijne de l' indicuteui-. Le troisième, enfin, semble dépendre de l'extension monien- » tanée de l'indicateur, pendant (jue les autres doigts sont flécbis sur un corps qucl- » conque, c'est la ligne du petit doigt. En réunissant la portion transversale de ces » deux dernières, on a un sillon qui croise le devant de la main à einiron trois lignes » en arrière de l'articulation métacarpo-plialangienne, cl qu'on pourrait appeler le » sillun métacarpien. » (P. ÛCS.) LIGNES PAPILLAIRES DU PIED ET DE LA MAIN. 321 bord radial de l'index reste habituellement libre dans une grande étendue. Les faces latérales des doigts sont aplaties, des deux cotés pour l'annulaire et le médius, d'un seul côté pour l'index et l'auriculaire. La face radiale de l'index est arrondie, ainsi que la face cubitale du petit doigt. A la face palmaire de chaque phalange, la peau est soulevée par une pelote graisseuse (1). Celle qui correspond à la pre- mière phalange est plus bouffie. Celle de la seconde phalange est plus aplatie. La plus remarquable est celle de la phalange ter- minale. L'ensemble de la région palmaire de cette phalange mérite le nom de lorus tactile (toriis tactus digitalis). Chez l'homme, le to- rus tactile a la forme d'un cône surbaissé dont le sommet [apex tori tactus digitalis) est le plus souvent situé vers le milieu de la phalange et plus près du pli interphalangien que de l'ongle. Très-souvent ce sommet se trouve exactement placé à la hau- teur de la lunule de l'ongle. Si, dans l'extension, on maintient le pouce appliqué contre l'index, on trouve que le sommet de son torus tactile est placé à la même hauteur que le pli qui sépare la paume de la première phalange de l'index. Le pli qui indique l'articulation des deux phalanges du pouce est alors situé à la hauteur de la ligne de tête. Aux quatre doigts proprement dits, la phalange terminale est séparée de la deuxième par un pli simple ; celle-ci est séparée (1) « Sur la partie antérieure du corps de chaque phalange, la couche sous-cutahée » forme un coussin élastique très-remarquable. Toujours plus épais sur la phalan- » gettc, qu'il dépasse de quelques lignes en formant la pulpe du doigt, ce coussinet est » composé de filaments fibro-celluleux qui semblent s'être détachés de la peau pour » s'entrecroiser un grand nombre de fois entre eux et former une infinité de petits » compartiments. Les vésicules adipeuses sont fines, ne disparaissent jamais en totalité » et ne deviennent non plus jamais assez grosses pour déformer les doigts. Quand » elles s'alfaissent en partie chez les sujets maigres, les doigts s'aplatissent et leurs » articulations paraissent plus saillantes. Si elles se distendent au contraire, ils s'ar- » rendissent et les sillons articulaires deviennent plus profonds. C'est au mélange des » vésicules ccUulo-graisseuses avec des filaments fibreux que cette couche doit sou » extensibilité, son peu d'élasticité. » (Velpeau, lue. cit., p. !i7i>.) 5<= série, ZooL., T. VIII. (Cahier n» 6.) 1 21 322 ALIX. de la première phalange par un pli double ; enfin le médius et Tauriculaire sont séparés de la paume par un pli double, mais l'index et l'auriculaire le sont par un pli simple. Pour ces deux derniers doigts, le pli digito-palmaire est dirigé obliquement lorsque les doigts sont rapprochés; lorsque les doigts s'écartent il cesse d'être oblique à leur axe, mais il l'est toujours à l'axe de la main. Nous avons déjà dit que la paume de la main recouvre une partie de la phalange osseuse. La partie libre de cette phalange est à peu près égale à la seconde, en sorte que la pelote tactile de la première phalange et celle de la seconde peuvent, dans la flexion, s'appliquer l'une à l'autre dans presque toute leur étendue. La face palmaire de la main est spécialement disposée pour le toucher. La peau, doublée d'une couche graisseuse formant en plusieurs points de véritables coussins qui la soulèvent et la ten- dent, se distingue des autres régions du corps non-seulement par le nombre, mais encore par la disposition des papilles qui la recouvi'ent. Ces papilles se groupent et se rangent en séries ré- gulières de manière à composer des lignes d'une forme définie, dont l'ensemble produit des dessins de la plus grande élégance. La description de ces lignes papillaires a été l'objet spécial et le point de départ de ce travail. Nous espérons démontrer qu'elles dessinent chez l'homme des figures véritablement caractéris- tiques. Ce sont les bords saillants d'autant de lamelles imbri- quées, de telle sorte qu'un frottement exercé dans un sens les rabat et les presse les unes contre les autres, taudis qu'un frot- tement exercé en sens contraire les relève et les sépare à la manière d'un velours. Ces lamelles recouvrent toute la face pal- maire de la main et leur présence en marque les limites; cepen- dant elles ne cessent pas brusquement ; elles se continuent avec d'autres lamelles moins numbreuses et moins distinctes qui se prolongent sur sa face dorsale. Les parties de la paume de la main où le toucher s'exerce avec le plus de précision sont celles où la peau est soulevée par des pelotes graisseuses, produisant des saillies arrondies que re- LIGNES PAPILLAIRES DU PIED ET DE LA MAIN. 323 couvre le velours papillaire. Telles sont plus particulièrement les éminences palmaires et le torus tactile des phalanges termi- nales. On palpe avec les éminences palmaires, on touche avec le hout des doigts. Le palper s'applique seulement à des surfaces d'un certain volume, le toucher s'étend à de très-petits objets ; aussi le tact le plus subtil a-t-il pour siège les dernières pha- langes. On peut toucher avec un seul doigt ou avec plusieurs doigts à la fois. Pour toucher avec un doigt, il ne suffit pas de mettre son extrémité en contact avec l'objet que l'on veut connaître, il faut la promener à la surface de cet objet. Grâce aux mouve- ments de flexion et d'extension qui permettent au doigt de s'al- longer ou de se raccourcir, et surtout au mouvement d'inclinaison latérale, le bout du doigt peut se porter dans tous les sens et même décrire un cercle. Pour toucher avec plusieurs doigts, c'est le même mécanisme, lorsque le pouce n'intervient pas. Mais, par l'intervention du ponce, le toucher prend un nouveau caractère; on l'exerce à la fois sur deux faces différentes d'un même objet. Or, les lignes papillaires sont disposées de telle sorte que, le pouce et l'index, par exemple, glissant en sens inverse l'un sur l'autre, on rabat celles du pouce pendant qu'on relève celles de l'index, et réciproquement. A l'aide du pouce, on touche en saisissant ; soit qu'on serre l'objet entre le pouce et plusieurs doigts, un seul restant libre pour toucher, soit qu'on le retienne légèrement, il est toujours possible de toucher l'ob- jet sans le lâcher. Il n'y a pas de toucher sans mouvement. La simple pression ne donne heu qu'à une idée vague de contact. Pour apprécier 1 état de la surface d'un corps, il est nécessaire de renouveler et de varier les contacts ; c'est leur répétition pendant un temps appréciable qui transforme une suite d'impressions fugitives en une sensation véritable (1). (1) « Le toucher», dit Buffon, «n'est qu'un contact de superficie. Gela n'est point n exact; quand nous voulons toucher et apprécier exactement la l'orme des coi'ps, nous » ne les saisissons pas à pleine main. Nous les touchons des extrémités des doigls » promenés sur leur surface. Nous les circonscrivons par des aiouvcmenls coordonnés^ 2>2h ALIX. C'est aussi par le mouvement que l'on apprécie la forme des objets (1), et non par le nombre des points sensibles que l'on pourrait appliquer à leur surface, en cherchant pour ainsi dire à la mouler, comme le pensait à tort Buffon lorsqu'il voyait le meilleur organe de toucher dans une main qui serait divisée en une infinité de parties. Des doigts divisés en trop grand nombre de segments n'auraient ni la même mobilité ni la même soli- dité (2). Il leur serait surtout difficile d'exécuter ces mouvements » ou bien nous les mettons en mouvement sous les doigts d'une certaine façon. » (Gratiolct, ibkL, p. àHi.) (.1) Si la vue est le sens de l'idéal, le toucher est le sens du réel. 11 nous révèle » l'existence des corps, et c'est par une erreur incompréhensible qu'on a pu lui attri- )) huer les idées que les aveugles se font de la forme des corps Dans la perception » de la forme, le toucher seul est impuissant. 11 faut pour cela un nouveau mouvement, » c'est-à-dire an mouvement voulu. L'esprit sait qu'il a mii le corps. Il garde la trace, » de tout mouvement, c'est une figure ou une forme, l'-Sç^. Cette fornu^, il la voit en » lui-même; et ce qui prouve peut-être par-dessus tout l'existence des idées innées, » c'est un aveugle-né se dirigeant, c'est un Saundersou enseignant la géométrie. Ici, les » sens n'ont rien donné, l'esprit a tout tiré de lui-même. » Ainsi, l'âme sent les mouvements du corps. Elle sent ses membres où ils sont ; » en un mot, elle a le sentiment clair, précis, intelligible de toutes les attitudes de ce » corps, dont l'idée lui est toujours présente. Et comme ces attitudes changent, elle a » le souvenir de ces changements et l'idée de leurs relations successives... L'idée de la » forme suppose l'idée de l'étendue en général; mais elle suppose encore l'idée de la » mesure de l'étendue » (Gratiolet, i/jid., p. 412.) « L'observation de la nature nous inspire en général bien mieux que nos hypo- » thèses. C'est en observant que M. de Blainville avait trouvé cette belle expression de » compas à cinq branches, appliquée à la maiu. Mais un compas mesure, et toute » mesure suppose une certaine inamovibilité, qu'on nie permette cette expression, » dans les dimensions de ses parties constituantes. Qui a jamais songé à prendre pour » mesure un fil de caoutchouc? Les substances les plus inextensibles, les moins co\i- )) Iractiles, les plus dilatables, ne sont-elles pas justement préférées? Ainsi, la mesure » la plus parfaite de l'homme sera nécessairement un système de pièces solides arti- » culées. Mais, si son corps remplit ces conditions, ne scra-t-il pas lui-même la mesure » la plus naturelle, la plus immédiate? Les expressions usitées dans la plupart des » langues ne le prouvent-elles pas? Qu'est-ce qu'une brasse, une coudée, une palme, » lui pas, un pied, un ponce, sinon certaines longueurs déterminées du corps? N'est-ce » pas d'ailleurs parce que les grandeurs de toutes ses parties sont précises, que l'âme » peut acquérir la faculté déjuger de leur situation relative dans l'espace? » (Gratiolet, ibid., p. 41G.) (2) « Une condition première et capitale que doit remplir, pour être parfaitement » construit, un organe de préhension, c'est de pouvoir toujours facilement prendre » tous les objets que l'homme est dans le cas de remuer, de quelque forme et de quelque LIGNES PAPILLAIRES DU PIED ET DE L\ MAIN. r;25 latéraux qui ont tant d'importance pour l'exercice d'un toucher délicat. Cependant nous ne nous contenterons pas de dire avec Galien qu'il suffit d'avoir aux doigts trois phalanges puisque c'est assez pour circonscrire une sphère, et, sans tomber dans l'exa- gération de Buffon nous pouvons observer que tout corps saisi est embrassé par plus de trois segments. Il est facile de voir que de l'extrémité de l'index à celle du pouce, il y a sept brisures, savoir : les trois phalanges de l'index, le métacarpien de l'in- dex, le métacarpien du pouce et les deux phalanges du pouce. Un organe mou comme une langue ou comme le bras d'un poulpe (1), et non soutenu à l'intérieur par un squelette solide, ne saurait donner que des idées vagues et sans précision, tandis que la constance et la fixité des dimensions de la main dans ses » grandeur qu'ils soient. Valait-il donc mieux pour cela que la iiiain fût divisée en » parties de formes diverses^ ou qu'elle fût faite d'une seule pièce? Certes il n'est pas » besoin d'un long raisonnement pour établir que la main, étant indivise, n'eîit pu » toucher les corps avec lesquels elle se serait trouvée en contact que par une surface » égale à. sa largeur réelle ; mais que divisée en plusieurs parties, elle peut embrasser » facilement des objets beaucoup plus volumineux qu'elle, et parfaiteiuent attraper les » objets les plus petits. Lorsqu'elle saisit des objets volumineux, elle augmente son » étendue par l'écartement des doigls, et pour les petits, elle n'essaye pas de les prendi-e » en agissant tout entière, car ces objets lui échapperaient, mais il lui suffit d'employer » l'extrémité de deux doigts. La main a donc la structure la plus parfaite pour saisir » avec fermeté aussi bien les grands que les petits objets; et afin de pouvoir saisir » des objets de figure variée, il était très-bon que la main fiit divisée, comme elle est » maintenant, en parties de formes diverses. Or, pour remplir ce but, la main est évi- » demment de tous les organes de préhension celui qui est le mieux construit; pour » les objets sphériques, elle peut se plier en rond et les embrasser circulairement de » deux côtes; avec la même sûreté, elle peut embrasser les corps plans et ceux » qui sont creux; s'il en est ainsi, elle s'adapte à toutes les formes résultant de l'as- » semblage de trois espèces de ligues, convexe, concave, ou droite. » (Galien, ib,, p. 117.) (1) u Disons donc tout de suite qu'il ne fallait ni plus ni moins de trois os pour » chaque doigt; car un plus grand nombre, outre qu'il n'aurait favorisé en rien » aucune fonction, eût peut-être empêché une extension complète en la rendant moins » ferme qu'elle n'est maintenant; car les organes composés de beaucoup départies » plient plus facilement que ceux qui ont peu de parties. S'il y avait moins de trois » os, les doigts ne pourraient pas prendre une aussi grande multitude de formes par- » tiiulières. Ainsi donc le nombre trois était suffisant pour la multiplicité des mouve- I) ments et pour éviter la facilité à se plier. » [IbicL, p. 13;),) A la vérité , les doigts pourraient , sans le secours des os, se mouvoir de 326 ALIX. différentes parties en font une véritable mesure capable d'ap- précier avec exactitude les dimensions des corps qu'elle saisit. Une autre question se présente. Y a-t-il une différence de sensibilité entre les différents doigts? Il peut sembler, à priori, que cela doit être, mais il est difficile de le démontrer par l'ex- périence. Les doigts dont on se sert le plus souvent acquièrent nécessairement par l'exercice une sensibilité plus exquise, et d'un autre côté, par suite de l'exercice et de l'usage, ils se cou- vrent d'un épiderme plus épais, en sorte que, tout en l'empor- tant au point de vue du tact, ils sont moins sensibles à la douleur. L'extrémité des doigts, ainsi que toute leur face palmaire, est à peine affectée par le chatouillement, tandis que ce sentiment est facile à éveiller sur les côtés des doigts et surtout sur les émi- nences palmaires (1). Ce sont là autant d'éléments qui viennent compliquer le problème, et qui rendraient également difficile déjuger, par exemple, s'il existe chez des individus différents un rapport entre la délicatesse de leur toucher et les figures décrites par les lignes papillaires, entre le degré de sensibilité des pha- langes terminales et la forme des ongles. En cherchant à décider cette dernière question, il ne faudrait pas oublier combien sont compliquées les impressions que l'on peut éprouver par l'intermédiaire des phalanges terminales. Elles comprennent, en effet, le sentiment de la pression exté- rieure, celui de la pression intérieure, celui de la pression sous- onguéale, ceux de la douleur, de la température, et enfin le tact proprement dit ('2). Nous avons jusqu'ici considéré la main lorsqu'elle saisit les objets ou qu'elle cherche à les connaître ; il nous reste à dire comment elle s'applique au sol 'ou à une surface unie lorsqu'on essaye de s'en servir pour soutenir le corps en lui donnant un diverses manières, comme les bras des poj'lpes, mais ils n'auraieul aucun soutien s'ils étaient privés d'une partie résistante et dure. « Quand les articulations sont » toutes fléchies, nous nous servons des doigts comme s'ils n'avaient point d'os ; quand )) elles sont toutes étendues, les doigts sont comme s'ils n'avaient qu'un os. » (Galien, ibid., p. 133.) (1) C'est dans ces points que l'on trouve principalement les corpuscules de Pacini. (2) Voyez Gratiolet, An. comp, du syst, nerv., p. i07. LIGNES PAPILLAIRES DU PIED ET DE LA MAIN. 327 point d'appui. La main s'applique au sol en avant, par les extré- mités des quatre doigts proprement dits, an milieu par les émi- nences palmaires, en arrière par deux points distincts du poi- gnet , le plus interne de ces deux points correspondant au trapèze et le plus externe au pisiforme. Le pouce reste libre, et peut à volonté se relever ou traîner à terre. La main est plus ou moins renversée en arrière, soit qu'elle ne fasse encore avec l'avant-bras qu'un angle obtus, soit que l'angle devienne droit ou môme légèrement aigu. Dans cette position, tout le poids du corps porte sur le poignet ; la main proprement dite est presque inutile à la sustentation. Aplatie sur le sol, elle perd toute sa beauté; le membre qu'elle termine se trouve privé d'aisance et de liberté ; les régions supérieures du corps offrent un aspect ridicule. La tête et la poitrine s'abaissent entre les bras ; les coudes s'écartent du tronc ; les mouvements, devenus difficiles, ne sont exécutés qu'avec un effort manifeste. Ce n'est même plus la marche souvent élégante de tant de Mammifères quadrupèdes, c'est une véritable reptation. Ainsi l'Homme, placé par le Créateur dans un noble rang au-dessus duquel il ne lui a pas été donné de s'élever, ne peut sortir de sa voie que pour s'abaisser et devenir inférieur à lui-môme. Pour compléter ces considérations générales sur la main de l'Homme, nous citerons les passages suivants, extraits des œuvres de Buffon, de Cuvier et de Blainville : « Le sens du toucher est répandu dans le corps entier, mais il » s'exerce différemment dans les différentes parties. Le senti- « ment qui résulte du toucher ne peut être excité que par le » contact et l'application immédiate de la superficie de quelque » Corps étranger sur celle de notre propre corps. Qu'on applique » contre la poitrine ou sur les épaules d'un Homme quelque » corps étranger, il le sentira, c'est-à dire il saura qu'il y a un » corps étranger qui le touche ; mais il n'aura aucune idée de la » forme de ce corps, parce que la poitrine ou les épaules ne » touchant le corps que dans un seul plan, il ne pourra en résul- » ter aucune connaissance de la nature de ce corps. Il en est de 3'>8 ALIX. » même de toutes les autres parties du corps qui ne peuvent » pas s'ajuster sur la surface des corps étrangers, et se plier pour » embrasser à la fois plusieurs parties de leur superficie ; ces » parties de notre corps ne peuvent doue nous donner aucune » idée juste de leur forme; mais celles qui, comme la main, » sont divisées en plusieurs petites parties flexibles et mobiles, » et qui peuvent par conséquent s'appliquer en même temps » sur les différents plans de la superficie des corps, sont celles » qui nous donnent, en effet, les idées de leur forme et de leur » grandeur. » Ce n'est donc pas uniquement parce qu'il y a une plus » grande quantité de houppes nerveuses à l'extrémité des doigts » que dans les autres parties du corps ; ce n'est pas, comme on » le prétend vulgairement, parce que la main a le sentiment » plus délicat, qu'elle est en effet le principal organe du toucher; » on pourrait dire, au contraire, qu'il y a des parties plus seu- » sibles, et dont le toucher est plus délicat, comme les yeux, la » langue, etc.; mais c'est uniquement parce que la main est » divisée en plusieurs parties toutes mobiles, toutes flexibles, » toutes agissantes eu même temps et obéissantes à la volonté, » qu'elle est le seul organe qui nous donne des idées distinctes » de la forme des corps. Le toucher n'est qu'un contact de su- » perficie. Qu'on suppute la superficie de la main et des cinq » doigts, on la trouve plus grande à proportion que celle de tout » autre partie du corps, parce qu'il n'y en a aucune qui soit au- )) tant divisée : ainsi elle a d'abord l'avantage de pouvoir pré- » senter aux corps étrangers plus de superficie ; ensuite les doigts » peuvent s'étendre, se raccourcir, se plier, se séparer, se join- » dre et s'ajuster à toutes sortes de surfaces; autre avantage » qui suffirait pour rendre cette partie l'organe de ce sentiment » exact et précis qui est nécessaire pour nous donner l'idée de » la forme des corps. Si la main avait encore un plus grand » nombre de parties, qu'elle fût, par exemple, divisée en vingt » doigts, que ces doigts eussent un plus grand nombre darticu- » lations et de mouvements, il n'est pas douteux quelesenli- » meut du toucher ne fût infiniment plus parfait dans cette con- LIGNES PAPILLAIRES DU PIED ET DE LA MAIN. 329 » formation qu'il ne l'est, parce que cette main pourrait alors » s'appliquer beaucoup plus immédiatement et plus précisément » sur les différentes faces des corps, et si nous supposions qu'elle » fût divisée en une infinité de parties toutes mobiles et flexibles, » et qui puissent s'appliquer toutes en même temps sur tous les » points de la surface des corps, un pareil organe serait une » sorte de géométrie universelle (si je puis m'exprimer ainsi), » par le secours de laquelle nous aurions dans le moment même ■» de l'attouchement des idées exactes et précises de la figure » de tous les corps, et de la différence, même infiniment petite, » de ces figures. Si, au contraire, la main était sans doigts, elle » ne pourrait nous donner que des idées très-imparfaites de la » forme des choses les plus palpables, et nous n'aurions qu'une » connaissance très-confuse des objets qui nous environnent, ou, » du moins, il nous faudrait beaucoup plus d'expérience et de » temps pour les acquérir. » (Buffon, Histoire naturelle de r Homme. — Du sens général.) « L'Homme doit donc se soutenir sur ses pieds seulement. Il » conserve la liberté entière de ses mains pour les arts, et ses » organes des sens sont situés le plus favorablement pour l'ob- » servation. » Ces mains, qui tirent déjà tant d'avantages de leur liberté, » n'en ont pas moinsdans leur structure. Leur pouce, plus long à » proportion que dans les Singes, donne plus de facilité pour la » préhension des petits objets ; tous les doigts, excepté l'annu- » laire, ont des mouvements séparés, ce qui n'est pas dans les » autres animaux, pas même les Singes. Les ongles ne garnis- » sant qu'un des côtés du bout du doigt, prêtent un appui au » tact sans rien lui ôter de sa délicatesse » (Cuvier, Règne animal.) De rorgane du toucher considéré comme actif ou de l'appareil du tact. « Sous ce point de vue, le seus du toucher, ou sens général, » commence à se spécifier un peu ; aussi devient- il plus intéres- » sant en ce que dans son action l'animal n'est plus passif; il » n'agit qu'avec volonté, et la connaissance qu'il lui donne An 3éO ALIX. » corps est beaucoup plus complète, puisqu'elle lui permet d'en » juger la forme. » Son siège principal est toujours la peau, mais avec des mo- » difications particulières, dont les unes tiennent à cet organe et » les autres à l'appareil sous-jacent ou h la partie du corps sur » laquelle elle est appliquée. » On peut s'en faire une idée, au moins de la dernière espèce, » en se rappelant que connaître la forme d'un corps, c'est rap- » porter tous les points de sa surface à un ou plusieurs points pris » dans son intérieur, et que par conséquent plus nous touche- » rons à ces points extérieurs à la fois ou presque à la fois, K et plus nous approcherons de connaître cette forme ; ainsi » donc, plus l'organe sur lequel la peau modifiée devra s'appli- » quer sera divisé, non-seulement dans le sens longitudinal, » mais encore dans le transversal, plus il approchera de pouvoir » s'appliquer sur tous les points d'un corps; en sorte que l'or- » gane du toucher actif le plus parfait serait celui qui serait »■ entièrement flexible dans tous ses diamètres, et qui pourrait » ainsi se mouler exactement sur le corps à juger (1). » Les modifications qui dépendent de la peau sont : 1" une » moins grande épaisseur du derme et une plus grande flexibi- » lité de son tissu ; '2° un moins grand développement du réseau » vasculaire ; 3° une plus grande abondance de nerfs et de pa- » pilles nerveuses qui finissent par être presque apparentes à » l'extrémité du derme; k" enfin, une diminution dans l'épais- » seur defépiderme (2). » Celles qui tiennent au contraire à la partie du corps sur la- » quelle cette peau est appliquée constitue l'appareil du sens du » tact; ce sont: V l'existence d'une sorte de coussinet sub- » pulpeux formé par le tissu cellulaire sous-dermien ; 2° la divi- » sion du substratum ou de la peau elle-même en une ou plu- » sieurs lanières susceptibles d'être écartées l'une de l'autre, et (1) Blainville partage ici Terreur de Biiffon. (2) 11 y a ici évidemment ime inexactitude. Ce qu'il faut, ce n'est pas que rêpi- derme soit mincC; mais qu'il ne soit ni trop mince, ni trop épais. LIGNES PAPILLAIRES DU PIED ET 1)E LA MAIN. 331 » fracturées en un plus grand nombre possible d'arliculations » pouvant être fléchies indépendamment les unes des autres. » Enfin il faut joindre à cela, comme dans l'action de » tout organe des sens produite par réflexion, un organe » réfléchissant ou intellectuel en rapport avec son développe- » mentj sans quoi il ne serait plus qu'un appareil de préhen- » sion...i. «L'Homme est, sous le rapport du nombre des parties » modifiées pour le tact, moins avantagé que certaines espèces » de Singes qui ont au moins les mains et les pieds propres à » palper ; mais il est bien récompensé par la perfection des mo- » difications de sa main qui peut toucher un globe presque dans » tous ses points, à cause de la longueur du pouce proportion- » née avec celle des doigts et de la possibilité de l'écarter de » ceux-ci, et ceux-ci les uns des autres. La modification de la » peau est encore plus parfaite ; l'épaisseur du coussinet grais- » seux sous-derraoïde, la largeur de la partie libre de l'extré- » mité des doigts produite par la diminution de celle de l'ongle, » et le soutien de cette pulpe par la résistance de celui-ci ; la » finesse du derme, la grandeur des papilles nerveuses, la min- » ceur de l'épiderme, et enfin la grosseur des nerfs qui se ren- » dent à l'extrémité des doigts, sont les éléments de l'organe du » tact le plus délicat. » (Blainville, De l'organisation des animaux ou principes d'anatomie comparée, p. 218.) II. — Le pied de l'Homme. Si la main, par sa liberté, par sa mobilité, par sa position au voisinage de la tête, est capable de mille usages et associée aux fonctions les plus élevées de la vie de relation^ le pied semble, au contraire, avoir été rejeté à la base du corps pour servir uni- quement à le soutenir dans la station verticale et dans la marche. Tous les détails de son oreanisation sont subordonnés à ce résul- tat, et, tandis que l'enfant, dès ses premiers mouvements, fait usage de ses mains pour saisir, le pied ne devient capable de fonctions analogues à celles de la main qu'à force d'habitude, 332 ALIX. et par une éducation spéciale qui le détourne en quelque sorte de sa mission (1). Le pied du Singe peut saisir, et, à ce point de vue, être con- sidéré comme une main. Le pied de l'Homme est dépouillé de cette fonction; il ne la partage pas avec la main qui semble d'autant s'ennoblir (2). Le corps entier trouve dans cette cir- constance un élément nouveau d'élégance et de majesté ; le pied lui-même, étant mieux approprié à une fonction qui se lit dans sa forme, acquiert un degré de beauté que n'a pas la main postérieure des Singes. Ici l'anomalie humaine est tellement apparente, qu'elle frappe immédiatement les regards. Quoiqu'il n'y ait pas un animal qui possède une main d'Homme, on peut dire encore que les Singes ont des mains ; le pied n'appartient qu'à l'Honmie (3). Par une disposition commune à beaucoup d'animaux mammi- fères, les deux os de la jambe sont fixés l'un près de l'autre dans (1) Ceux qui possèdent cette habileté ne saisissent pas les objets, mais les retiennent par une pression latérale des doigts. (2) Nous trouvons ici une application remarquable du principe de la division du travail sur lequel M. Milne-Edwards a tant insisté. (3) '< Le pied de l'homme est aussi différent de celui de quelque animal que ce soit » et même de celui du singe; le pied du singe est plutôt une main qu'un pied; les » doigts en sont longs et disposés comme ceu\ de la main, celui du milieu est plus » grand que les autres, comme daus la main; ce pied du singe n'a d'ailleurs point de » talon semblable à celui de l'homme : l'assiette du pied est aussi plus grande dans » l'homme que dans tous les animaux quadrumanes, et les doigts du pied servent » beaucoup à maintenir l'équilibre du corps et ù assurer ses mouvements dans la » démarche, la course, la danse, etc. » (BulTon.) « Le pied de l'homme est très -différent de celui des singes; il est large; la jambe )) porte verticalement sur lui ; le talon est renflé en dessous ; ses doigts sont coiu'ts » et ne peuvent presque se ployer; le pouce, plus long, plus gros que les autres, est » placé sur la même ligne et ne leur est point opposable; ce pied est donc propre à » supporter le corps, mais il ne peut servir ni à saisir, ni à grimper, et comme de leur » côté les mains ne servent point à la marche, l'homme est le seul animal vraiment » bimane et bipède. » Quand l'homme le voudrait, il ne pourrait marcher commodément à quatre » pattes; sou pied de derrière, court et presque inflexible, et sa cuisse, trop longue, » ramènerait son genou contre terre ; ses épaules écartées et ses bras jetés trop loin » de la ligne moyenne, soutiendraient mal le devant de son corps » (Cuvier, Règne animnl.) LIGNES PAPILLAIRES DU PIED ET DE LA MAIN. 333 uiiep ositiou invariable (1), et le pied ne s'articule avec eux que par le moyen d'un seul os. Chez l'Homme, les malléoles se des- sinent fortement comme pour indiquer la puissance de la mor- taise dont elles augmentent l'épaisseur et la résistance. L'astra- gale, volumineux, mobile surtout d'avant en arrière, peut à peine s'incliner sur les côtés. Sa poulie, dans la station verticale, regarde presque directement en haut ; elle est alors cachée dans l'articulation. Lorsque le pied s'étend fortement, elle se dessine sous la peau ; c'est elle et la tète de l'astragale qui produisent les plus fortes saillies du dos du pied. Le calcanéum, caractérisé par sa direction, s'incline en bas et en arrière, et sa partie posté- rieure, qui se détache comme une vaste apophyse, fait à elle seule plus de la moitié de cet os; son extrémité s'arrondit pour former le talon, principal appui destiné à supporter le poids du corps (2). Comme l'astragale se continue par le scaphoïde et celui- ci par les trois cunéiformes, que suivent à leur tour les trois premiers métatarsiens et les trois premiers orteils; comme le calcanéum, à son tour, placé au-dessous de l'astragale, se con- tinue parle cuboïde, et celui-ci par les deux derniers métatar- siens et les deux derniers orteils (3) ; on peut dire avec assez de (1) D'où rabsence de pronation et de supination. — Parmi les Mammifères où les os de la jambe sont mobiles l'un sur l'autre, il faut citer certains Gliiroptèrcs, cer- tains Didelphes, et les deux Ornithodelphes connus. (2) Galien distinguait du reste du pied les trois premiers os du tarse. « V^oici donc trois parties du pied correspondantes à celles de la main : les doigts, » le métatarse et le tarse Quant à la partie du pied sous-jaceute à la jambe, partie )) sur laquelle ce membre tout entier repose perpendiculairement^ et qui est commune I) à tous les pieds, elle n'a pas un nom unique comme le tarse et le métatarse. Elle se » compose de trois os qui ont chacun leur nom, savoir : l'astragale, le calcanéum et le » scaphoïde. Aucun de ces os n'a d'analogue dans la main, ils sont uniquement des » organes de sustentation, tandis que tous les autres servent à la fois à la sustentation » et à la préhension. » (P. 235.) Cette vue de Galien se rapproche beaucoup de celle de Malgaigne dont nous avons parlé plus haut. (3) L'astragale, le scaphoïde, les trois cunéiformes et les trois premiers doigts sont en série avec le tibia; le calcanéum, le cuboïde et les deux derniers doigts sont en série avec le péroné. L'astragale est donc l'os tarsien du tibia et le calcanéum l'os tar- sien du péroné. Aussi est-il facile de concevoir que le calcanéum soit souvent en con- tact avec le péroné ; lorsqu'il est complètement séparé de cet os, comme chez l'homme, il lui est encore directement relié parmi ligament. 334 ALIX. vérité que le pied se développe comme un éventail, dont les rayons auraient leur centre commun sur l'articulation de l'asira- ffale avec le calcanéum. Le côté interne de l'éventail se trouve nécessairement plus élevé que le côté externe ; de là cette voûte plantaire appuyée en arrière sur l'apophyse calcanéenne, en avant sur les têtes des os métatarsiens, bien dessinée en dedans et sous la partie moyenne du pied, où concourt à la former la courbure transversale du tarse et l'évidement du calcanéum (1), beaucoup moins appré • ciable en dehors où pourtant elle n'est jamais nulle ("2) ; de là encore l'inclinaison delà face dorsale du pied relevée en dedans, abaissée en dehors. Le tarse occupe à lui seul la moitié de la longueur totale du pied. Le reste est fourni pour plus de moitié par le métatarse, en sorte que les orteils n'entrent pas pour le quart dans la lon- gueur totale du pied (S). De ces orteils ou doigts du pied, c'est habituellement le deuxième qui dépasse tous les autres. Le pouce, qui le dépasse quelquefois, lui est presque égal en longueur ; il est d'ailleurs le plus fort et le plus volumineux. Les autres orteils vont en dimi- nuant de dedans en dehors, et les os métatarsiens diminuent dans le même sens. Il résulte de là que le pied s'effile en pointe, qu'il a sa plus grande longueur en dedans, et que son bord in- terne est plus épais que son bord externe. Sa plus grande lar- geur est au niveau de la tête du premier métatarsien. Dans la station, le pied appuie sur le sol en arrière par le talon, en avant par les tètes des os métatarsiens. Les orteils restent libres, et peuvent à volonté ou se relever, ou se fléchir, et appuyer alors par leurs dernières phalanges. Le pied s'applique donc au sol, en arrière, par un point unique, (i) Chez riiomme, rapopliysc du calcanéum est creusée en bas et en dedans, mais non en haut. (2) Galicn, qui faisait ses dissections sur des singes, a dit que le cuboïde toucbait le sol, ce qui n'est pas vrai pour l'homme. (3) Quand on ne regarde que le dos ilu pied, il faut retrancher de cette longueur celle de l'apophyse calcauéenne, plus celle de l'articulation tibio-péronco-tarsienne. LIGNES PÂPILLAIRES DU PIED ET DE LA. MAIN. 335 et en avant par cinq points séparés, mobiles comme les touches d'un clavier, et capables de se mouler pour ainsi dire sur une surface inégale. Dans la marche, c'est d'abord le talon qui pose à terre, chargé de tout le poids du corps (1), puis l'autre extrémité de la voûte plantaire s'applique au sol. Puis le talon s'élève et quitte la terre, mais en même temps les orteils la touchent, et la jambe s'appuie sur une seconde voûte formée en arrière par les tètes des méta- tarsiens, en avant par les dernières phalanges. Enfin le métatarse lui-même quitte le sol, et le point d'appui n'est plus fourni que par les orteils; mais ceux-ci ne contribuent pas tous de la même manière à cette fonction. Si les quatre derniers orteils pressent à la fois, le pouce touche à peine le sol ; si, au contraire, le pouce est fortement appliqué, le second et le troisième orteil lui viennent seuls en aide, lien est de môme dans l'acte qui con- siste à se dresser sur la pointe du pied. Le talon supporte presque directement le poids du corps, mais il est incapable de fournir à lui seul un point d'appui suffi - saut pour maintenir l'équilibre. Cet équilibre d'ailleurs n'est jamais stable; il est à chaque instant troublé par quelque impul- sion qui emporte la masse en avant ou en arrière, ou sur les côtés. Aussi un calcanéum, dirigé verticalement en 1^)as, n'eût pas répondu au but de la nature comme un calcanéum dirigé obliquement en arrière, auquel cette inclinaison permet de ser- vir à l'insertion d'un muscle puissant, en même temps qu'elle lui fait partager le poids du corps avec l'extrémité antérieure de la voûte plantaire. L'extrémité antérieure du métatarse arrête le mouvement qui enlraînerait le corps en avant ; mais elle y con- tribue surtout par sa partie interne. Son élargissement lui per- met de s'opposer par son bord externe au mouvement qui en- traînerait la masse du corps sur le côté. Si la jambe se dresse sur les têtes métatarsiennes, les orteils viennent à leur tour (1) Aussi le talon de l'iiomme est-il très-large et très épais. a L'astragale est le plus important des os du pied qui concourent à cette partie, et » le calcanéum est le plus important de ceux qui servent à la station. » (Galien, ibid.; p. 241.) O O t ÔÔ6 ALIX. s'opposer à la chute en avant. Enfin, si l'on se dresse sur la pointe du pied, le second et le troisième orteils viennent en aide au pouce pour s'opposer aux mouvements de latéralité. ïl est facile de voir que le talon, la partie interne du tarse et du métatarse, ainsi que le pouce, contribuent à supporter les plus fortes pressions et que le reste du pied sert principale- ment à maintenir l'équilibre. Donc le gros orteil est tellement destiné à la station et à la marche qu'il y contribue plus directement que tout le reste du pied, si l'on excepte le talon. De \k son volume considérable (1), sa direction à peu près constante (2), et son peu de mobilité si on la compare au pouce de la main. De là son union avec les autres doigts, tellement intime qu'un faisceau musculaire a pour fonction de serrer le faisceau des os du métatarse (5). Cette union de toutes les parties du pied se manifeste dans sa forme générale par la continuité des surfaces, et par la grâce des courbes qu'elles décrivent. Les limites extérieures du pied sont indiquées sur les côtés par les malléoles, en arrière par la ligne qui les unit, en avant par le pli qui se dessine dans la flexion (4), La face dorsale du pied n'offre que peu d'inégalités (5) ; les têtes des métatarsiens n'apparaissent que dans l'extrême flexion des orteils ; habituellement, ces derniers étant relevés, elles se trouvent dissimulées, et leur place est marquée par une dépres- sion. La face plantaire du pied ne présente aucune saillie osseuse. Cette face plantaire est bien plus étendue que la face dorsale; elle la dépasse de toute la longueur du talon, qui comprend non- (1) Son inétatarsiou et ses phalanges sont à la fois plus longs, plus larges et plus épais qu'aux autres doigts. (2) Il n'a aucun mouvement d'opposition, et ne fait que se rapprocher ou f'écarter du second doigt. Aussi son articulation avec le premier cunéiforme est-elle plane et n'est-elle nullement latérale. (3) C'est la portion transverse de l'abducteur qui chez l'homme est séparée de la portion oblique par nu espace triangulaire. (4) Vers le côté interne du pied, la peau est soulevée par le tendon du janibier antérieur dont la saillie se dessine fortement lorsque ce muscle se contracte. (5) Les plus fortes sont celles que dessinent la tête de l'astragale et le scaplioïdc. LIGNES PAPILLÂIRES DU PIED ET DE LA. MAIN. 337 seukirentlci saillie de l'apophyse calcanéenne, mais toute l'é- paisseur du bas de la jambe. Elle présente une concavité corres- pondant à la voûte osseuse qui n'est pas comblée par les parties molles (1). Elle offre deux éminences, correspondant aux émi- nences thénar et hypotliénar de la main, soulevées également par des masses musculaires, mais, proportionnellement, beau- coup moins développées ('i). La peau, beaucoup plus fine dans le creux du pied, où son épiderme n'a qu'une épaisseur mé- diocre, est très-épaisse et doublée dans ses aréoles d'une couche graisseuse remarquable sous le talon ainsi qu'à l'extrémité an- térieure de la plante où elle forme une sorte de disque qu'il est difficile de diviser en plusieurs éminences analogues à celles de la main (3). L'épiderme y est très-épais, mais il n'en est pas moins cou- vert de lignes papillaires faciles à distinguer et à décrire. Aux deux phalanges du pouce, et surtout à la phalange ter- minale, la peau est également doublée d'une pelote graisseuse. Celle de la dernière phalange est seule remarquable ; elle forme un torus tactile très-aplati soutenu par un ongle large et puis- sant. Aux autres orteils, la pelote de la dernière phalange est seule remarquable, elle forme un torus tactile bien arrondi sou- tenu par un ongle moins puissant. Si l'on, regarde les orteils par leur face dorsale, ils paraissent libres et dégagés. Mais, à la face opposée, la plante se prolonge comme à la paume de la main sur une partie des premières phalanges, et, comme la deuxième phalange est excessivement courte, la pelote de la troisième phalange est presque contiguë au repli de la plante. La plante du pied n'offre pas les grands plis qui, à la paume de la main, coïncident avec les mouvements des doigts. Il y a un grand pli transversal légèrement concave en avant, qui part du (1) L'aponévrose plantaire, en comprimant ces parties, contribue beaucoup à la forme ilc cette plante. (2) Ces muscles font à peine tie saillie le long du bord externe et du bord interne du pied. Le long du bord externe un bourrelet graisseux dépasse le métatarsien. (3) C'est uue ressemblance avec les Carnassiers et les Rougeurs. 5« série. Zool. T. VIIl (Gabier u» 6.) ^ 22 388 ALIX. bord externe, en arrière, de l'articulation métatarso-phalan- gienne, et qui va se terminer entre le pouce et le second doigt. Un autre pli moins marqué, placé plus en arrière, va d'un côté à l'autre du pied en passant derrière l'articulation métatarso- phalangienne du pouce. 11 y a, en outre, quelques plis longitu- dinaux dont le plus fort se trouve entre le pouce et le second doigt. Le pied de l'homme, incapable de saisir, peut tout au plus s'appliquera un corps rond par la concavité de sa voûte plan- taire (1), mais il est disposé pour se poser avec solidité sur une surface inégale aussi bien que sur une surface unie. Il peut éga- lement juger de certaines qualités extérieures des corps, soit qu'il les tâte avec le talon ou avec la plante, soit qu'il cherche à les toucher avec le bout des orteils. Dans la marche, le pied apprécie l'état de la surface du sol sur lequel il appuie. Alors les éminences métatarsiennes sont tendues par l'aponévrose plan- taire en même temps qu'elles sont pressées par tout le poids du corps ; mais, lorsqu'on tàte avec ces mêmes éminences, le pied se place dans une position moyenne, l'aponévrose plantaire et les éminences se détendent à l'opposé de ce qui a lieu pour la (1) « La variété daus la station lui a été attribuée en propre, puisqu'il avait » besoin de marcher dans tons les lieux difficiles, ce qui no lui eût pas été possible si » les pieds n'avaient pas présenté des articulations variées. A propos de^ mains, nous » avons démontré que do leur cavité intérieure et do leurs ai"ticulations variées résultait » pour elles la faculté de s'adapter à toutes les formes d'un corps j de même, les pieds, » qui imitent les mains autant que possible, jouissent sur tous les terrains d'une assiette » solide, grâce à leurs articulations variées et à la cavité qui occupe précisément la » partie destinée à fouler les aspérités. Si l'on voulait rappeler dans une définition » uni(iue et concise les avantages du pied de l'homme, on dirait qu'ils tiennent à la » division des doigts et à la cavité qu'il présente au milieu de la ca\ité inférieure En » effet, vous ne sauriez reconnaître avec plus d'évidence combien ces avantages contri- » buent à l'assurance de la marche sur un terrain convexe, qu'en considérant un » homme qui monte sur une échelle longue et mince. Avec le creus de son pied, il » embrasse la convexité des échelons, puis repliant les deux extrémités, ses doigts et » son talou aulant qu'il est possible, il arrondit la plante qui embrasse comme une )) main le corps sous-jacent. » (Galion, p. 239.) « Cette cavité (la cavité plantaire) paraît avoir été pratiquée pour trois motifs : l'élé- » vation des parties internes du pied, la préhension et enfin la légèreté. Le premier » importe à la sûreté de la station, le second à la variété de la marche, le troisième à » la rapidité du mouvement, » (Jbid., p. 241.) LIGNES PAPILLAIRES DU PIED ET DE LA MAIN. 339 main. Du reste, c'est seulement avec l'extrémité des orteils que l'on cherche à toucher ou à connaître les corps de petites dimen- sions. Mais ici, le rôle de l'index appartient nécessairement au gros orteil qui conserve un certain degré d'indépendance par sa position, sinon par sa mobilité. Les puissances qui meuvent le pied ou ses diverses parties, c'est-à-dire les muscles, tout en répétant sous certains rapports celles qui meuvent la main , sont modifiées précisément en raison des différences que nous venons de signaler dans la forme et les fonctions de ces deux organes (i). (1) A la face dorsale du pied, il y a un muscle pour le côté interne du tarse et le premier métatarsien, le jambier antérieur; un autre pour le côté externe du tarse et le cinquième métatarsien^ le court pérouier latéral; mais il n'y a pas de muscle pour le deuxième et le troisième métatarsiens. Tous les doigts ont des extenseurs pro- fonds, ceux des quatre premiers doigts étant fournis par le pi'dieux, celui du cinquième doigt par une expansion du court pcronicr. Enfin tous les doigts ont un extenseur superficiel. Les interosseux offrent cette différence avec ceux de la main, qu'ils sont ordonnés par rapport au second doigt considéré comme raxe du pied. Les muscles de l'érainence thénar et de l'éminence hypothénar sont moins indépendants. L'abducteur du pouce, qui correspond à. l'abducteur de la main, est divisé en deux faisceaux, l'un oblique, l'autre transverse. Cet abducteur n'envoie cbez l'homme aucun tendon à la première phalange du pouce. Les fléchisseurs profonds des doigts viennent l'un du tibia, l'autre du péroné. Le premier donne aux quatre doigts proprement dits; le second donne au pouce, mais il envoie au premier une expansion qui répand ses fibres entre ses quatre tendons. Le fléchisseur des secondes phalanges est fourni par un muscle séparé qui vient du calca- néum. Tous les doigts, excepté le pouce, ont un muscle lombrical. Le fléchisseur pro- fond des doigts quatre proprement dits est bridé par un frein charnu très-fort venant du calcanéum, qui est l'accessoire en chair carrée. 11 y a en outre, à la face plantaire, un muscle tarsien, allant au calcanéum, cor- respondant au cubital antérieur qui va au pisiforme, c'est la masse des muscles jinneaux et soléaires. Le petit palmaire est représenté par le plantaire gi'èle qui va au calcanéum et à l'aponévrose plantaire. Le grand palmaire est représenté par le jambier postérieur qui s'insère au troisième cunéiforme et par expansion sur le métatarse. Enfin il y a au pied un muscle qui n'existe pas à la main ; c'est le long péronier _ latéral qui se fixe à la face plantaire du premier métatarsien. Les artères du pied ne forment qu'une seule arcade. Les veines se rassemblent de même à la face dorsale. [jcs doigts ont, comme à la main, quatre filets nerveux, deux plantaires et deux dor- saux, mais les troncs d'où ils émanent, et dont nous nous abstenons de répéter ici la description, ne sont pas les représentants de ceux de lu main. I.es vaisseaux et les nerfs offrent peut-être de plus grandes différences. Nous avons exposL' d'une manière générale les principaux ca- ractères du pied humain, si nous cherchons à le définir en le comparant à la main, nous dirons qu'on ne peut pas le considé- rer au même degré comme un organe de mesure et de toucher, que ce n'est pas un organe de préhension, mais que c'est un or- gane admirable de locomotion merveilleusement adapté à un corps qui se dresse verticalement et qui conserve cette direction au milieu des mouvements les plus divers. ni. — La innin antérieure des Singes. (^hez les Singes, le membre thoracique est terminé par une main vraiment digne de ce nom si l'on considère sa forme géné- rale et plusieurs particularités qui la rapprochent de celle de l'Homme. Elle est reliée à l'avant-bras par une partie rétrécie, un poi- gnet, auquel succède une partie pleine, étalée, dont une des faces légèrement convexe mérite d'être appelée le dos de la main, et l'autre, modérément concave, d'en être nommée la paume. Elle finit par des doigts arrondis, longs et déliés, pourvus d'un ongle véritable formé d'une lame cornée qui peut être plus ou moins convexe, mais qui n'est jamais carénée ni conqjrimée sur les côtés ('J), lame élastique résistante, quoique légèrement flexible, bien plus destinée à soutenir la pulpe de la phalange qu'à de- venir une arme offensive. Ces doigts sont doués d'une grande mobilité; ils conservent toujours un degré remarquable d'indé- pendance, et peuvent exécuter isolément des mouvements de laléralilé. Chez les espèces qui ont un pouce, l'opposition .se produit, en sorte qu'il est toujours possible de saisir les objets, soit entre les doigts et la paume de la main, soit entre le pouce et les doigts (2). (1) Il laut on excepter les Hapalidés, c'est-à-dire le groupe des Ouistitis qui d'ail- leurs, comme le dit Cuvier, ne répond pas entièrement aux caractères communs des autres Singes. f (2) Le pouce leur est d'ailleurs de peu d'usage pour saisir les branches; aussi est-il LIGNES PAPILLAIRES DU PIED ET DR LA MAIN. ollA Dans toute l'élendue de la paume et de la face palmaire des doigts, la peau, soutenue par une couche de parties molles for- mant en plusieurs points des éminences remarquables, est cou- verte de papilles disposées en séries régulières toujours appa- rentes quelle que soit l'épaisseur de l'épiderme (1), et grâce à la mobilité du radius, cette surface sensible peut se tourner en divers sens (2). Un organe qui présente ces caractères est nécessairement une main. Mais, si nous entrons dans un examen plus détaillé, loin de voir augmenter le nombre des ressemblances, ce sont au con- traire les différences que nous voyons se multiplier. Aucun Singe n'a une main semblable à celle de l'homme, et d'un autre côté les diverses espèces de Singes se distinguent tel- lement les unes des autres sous ce rapport, que pour établir une comparaison complète, il faudrait étudier à part chacune de ces espèces. N'ayant pas eu pour objet de traiter un sujet aussi étendu, nous nous bornerons à signaler quelques faits princi- paux. Au point de vue du système osseux, nous trouvons d'abord que chez tous les Singes, à l'exception du Gorille et du Chim- panzé, le carpe se compose de neuf os au lieu de huit que l'on rencontre chez l'Homme (3). Ce neuvième os, que Blainville nommait Y intermédiaire [h], joue probablement un rôle intéressant dans les mouvements de toujours court; il est même trcs-réduit et quelquefois mauque d'une manière absolue chez certaines espèces essentiellement arboricoles. (1) L'épiderme des mains est très-épais chez le Gorille, mais la grande sensibilité de la peau n'en est pas moins démontrée par le développement des lignes papillaires. (2) La mobilité du radius est excessive chez quelques Singes; c'est peut-être chez le Gibbon qu'elle atteint son plus haut degré, la supination peut être fortement exagérée par la torsion de l'avant-bras. Chez d'autres, au contraire, tels que les Papions, la supination est incomplète. (3) « Le carpe des Singes a un os de plus que celui de l'homme. Il est situé entre » le scaphoïde, le trapèze et le grand os, et peut être considéré comme un dénicm- » brement de ce dernier ; leur os pisiforme est plus saillant parce que sa forme est » beaucoup plus allongée et qu'il sert pour ainsi dire de talon à la main. » (Cuvier, An. comp., 2" éd., p. 435.) (4) Nous préférons cette expression à celle de surnuméraire, employée par Cuvier. Nous pensons aussi que l'intermédiaire est un démembrement, non pas du grand os, 3/|2 ALIX. l'articulation radio-carpienne qui présente chez les Singes une grande mobilité. Le pyramidal participe plus directement à l'ar- ticulation du corps avec Favant-bras. Le pisiforme, bien plus volumineux que chez l'homme, forme à la main une sorte de talon qui s'incline le plus souvent vers l'avant-bras (1) ; il s'arti- cule avec l'apophyse styloïde du cubitus. Le grand os, moins vo- lumineux, fait moins de saillie à la face dorsale du poignet. Les os du métacarpe sont plus courbés, plus allongés, leur tête est plus volumineuse ("2). Les premières phalanges sont générale- ment d'une grande longueur, tandis que les secondes et surtout les troisièmes phalanges sont relativement plus courtes. Les phalanges terminales surtout sont souvent d'une brièveté re- marquable et leur extrémité n'est pas toujours élargie. Le pouce, qui n'est jamais aussi long que chez l'Homme, n'at- teint jamais le miheu de la seconde phalange de l'index. Par suite de la longueur des doigts et de la brièveté du pouce, le mouvement d'opposition est bien plus borné ; à peine peut-on dire que le pouce s'oppose, ce sont bien plutôt les autres doigts qui viennent s'opposer à lui (3). Les phalanges sont généralement remarquables par leur cour- bure (/i). Elles offrent aussi à leur face palmaire des gouttières profondes. Ces gouttières sont remplies par les tendons et leurs gaines, qui sont à leur tour recouverts par les pelotes tactiles de la main et des doigts ; mais comme les tendons sont exactement dont la forme n'est en rien altérée, mais du scaphoïdc qui perd ici la saillie que l'on voit, chez le Gorille et le Gliimpauzé s'avancer entre le scaphoïde et le grand os. (1) Celte inclinaison n'existe pas chez les Anthropoïdes. 11 y a chez tous les Singes, comme chez l'Homme, un ligament triangulaire dans l'articulation radio-carpienne. (2) Ce volume des têtes des métacarpiens est important à considérer cheiç le Gorille, car il donne à la main un excès de largeur qui, n'étant pas le résultat des proportions mêmes de cette main, ne doit pas être considéré comme uu caractère anthropoïde. (3) Généralement les Singes saisissent les petits objets entre le pouce et le côté radial de l'index. (4) « Dans les Oraugs, les Gibbons, les Semnopithèques et les Atèles, les premières » phalanges, et même un peu les secondes, sont élargies et arquées, disposition qui per- » met à ces animaux essentiellement grimpeurs de saisir les branches ayec force pour » s'y suspendre. » (Cuvier, Ati. comp., p. 546.) Chez les jeunes Orangs morts en captivité la courbure des phalanges est quelquefois très-exagérée. LIGNES PAPiLLAIRES DU PIED ET DE LA MAIN. 3/l3 appliqués aux surfaces osseuses, celte courbure est bien en rap- port avec la forme des branches cylindriques que les mains des Singes doivent saisir. Le dos de la main est plus ou moins velu, plus ou moins lisse ou rugueux (J). Les ongles, qui rappellent beaucoup ceux de l'Homme, en diffèrent pourtant par une plus forte courbure et par l'enroule- ment de leurs parties latérales (2). Il faut surtout remarquer l'étendue de la paume qui paraît encore plus grande à cause de l'étroitesse de la main (3). Cette longueur de la paume se trouve encore augmentée par la ma- nière dont se prolonge eu haut le pisiforme, et par la quantité dont elle dépasse en bas le métacarpe, ce qui tient à la longueur des premières phalanges dont elles recouvrent près de la moitié. Il y a, en outre, souvent des palmures qui brident la partie libre des doigts. Les éminences palmaires sont remarquables par leur saillie. Chez les Anthropoïdes eux-mêmes , cette saillie est plus forte que chez l'Homme ; chez les Orangs, le bord de la paume en s'appliquant dans la flexion à la base des doigts y détermine des dépressions permanentes en forme de godets. Les plis de la main diffèrent de ce qu'on voit chez l'Homme. Ceux qui correspondent à la flexion des doigts vont directement d'un côté de la main à l'autre, et il n'y a pas de pli particulier qui corresponde à la flexion des trois derniers doigts pendant que l'index reste étendu (a). Chez les Ouistitis, le pouce se fléchit dans un même plan avec les autres doigts, et il en résulte un pli (1) Chez les Singes qui s'appuient sur la face dorsale des phalanges, cette face dor- sale est couverte de callosités. (2) Ou trouve souvent un bourrelet entre le torus tactile et la partie libre de l'ongle. (3) M. Gaddi, dans tin travail sur la comparaison de la main humaine avec celle des Singes, a indiqué un moyen ingénieux de comparer les diamètres de ces deux mains. Voyez l'analyse de ce mémoire dans les Bulldins de la Société (V anthropologie. (4) Ce pli existe chez l'Homme au moment de la naissance. Voy. pour plus de détails : Gratiolct et Alix, Recherches sur l'anatomie du Troglo- dytes Aubriji, dans Nouv. arch. du Mus., t. II, 1866. 3/l/l ALIX. transversal qui va d'un côté à l'autre cle la paume en passant sous la base du pouce. Enfin, comme nous le verrons dans le chapitre consacré à ce sujet, les lignes papillaires décrivent des figures caractéristiques. Le torus tactile des phalanges terminales est moins large, moins étendu, plus acuminé que chez l'Homme, et le sommet de ce torus est plus rapproché de la partie libre de l'ongle. Considérée dans l'ensemble de sa forme, une main de Singe est plus longue et plus étroite qu'une main d'Homme ; elle a le pouce plus court; on voit même ce dernier doigt disparaître, en sorte que la main devient incomplète (Colobes, Atèles). Les muscles de la main chez les Singes diffèrent peu de ceux de l'Homme. Cependant on observe, du côté de la face dorsale, que le court extenseur du pouce n'existe pas, mais qu'en re- vanche l'abducteur du pouce se compose de deux faisceaux plus ou moins confondus (1 ), l'un carpien et l'autre métacarpien. H y a un extenseur profond pour chaque doigt chez tous les Singes, à l'exception du Gorille et du Chimpanzé qui n'en ont jamais pour le médius, et qui n'en ont pas toujours pour l'annulaire. Du côté palmaire, les fléchisseurs profonds n'ont en général que peu d'indépendance ; ils forment une masse commune, dans laquelle est confondu celui du pouce, en sorte que la flexion des cinq doigts est simultanée (à). Dans le Gorille et le Chimpanzé, le tendon du pouce, excessivement réduit, se rattache encore à la masse commune, au lieu d'être la terminaison d'un faisceau musculaire indépendant et isolé ; chez l'Orang, il manque d'une manière absolue. Quant aux muscles interosseux et à ceux deséminences thénar et hypothénar, ils sont les mômes que chez l'Homme, et ne dif- fèrent guère que par un moindre volume. 11 faut noter cepen- dant que l'adducteur transverse du pouce, au lieu de se terminer sur la première phalange, envoie un tendon à la phalange ter- (1) Ces deux muscles sont compléferaeiit sépares chez les Singes anthropoïdes de l'ancien continent. (2) Lorsque sur le i;adavrc on tire le teiulon coniiium^ le pouce se fléchit d'abord et les autres doigts se rabattent sur lui. C'est ce qu'on observe très-bien sur une Gue- non, un Macaque ou un Papiou. LIGNES PAPILLAIRES DU PIED ET DE LX MAIN. 3^5 minale. Ce tendon est latéral chez tous les Singes, à l'exception de rOrang ; mais chez celui-ci, il se place dans l'axe de la pre- mière phalange, et se rend au milieu de la base de la phalange terminale, pour laquelle il remplace le long fléchisseur. Les nerfs et les vaisseaux, considérés au point de vue de leur distribution, diffèrent à peine de ceux de l'Homme. Le fait le plus intéressant à noter est la prédominance d'une artère radiale superficielle, qui remplace en quelque sorte l'artère radiale pro- fonde. Par ses proportions générales, une main de Macaque ou de Magot se rapproche plus de la main humaine que celle d'un Singe anthropoïde. En effet, la paume est moins longue par rapport à sa largeur, et les doigts sont également moins longs par rapport à l'ensemble de la main ; elle diffère davantage de la main humaine par le prolongement de son talon et par la saillie des pelotes digito-métacarpiennes. Ces Singes, en effet, en marchant s'appuient sur la paume de la main (1), et les doigts restent étendus. Les Singes anthropoïdes, au contraire, ont les pelotes digito-métacarpiennes moins saillantes ; en marchant, ils ne s'appuient pas sur la paume, mais sur le dos des doigts (les Orangs sur les premières phalanges, les Chimpanzés et les Gorilles sur les secondes) ; chez eux, la paume est réservée pour la préhension, les doigts ne s'étendent jamais complètement et conservent une certaine courbure. Ils ont le pouce très- réduit, plus chez le Gorille que chez le Chimpanzé, plus encore chez rOrang que chez le Gorille. Cependant les Singes sans pouce ne se trouvent point parmi eux ; ce sont les Colobes parmi les Semnopithèques, les Atèles parmi les Sapajous. En partant des Macaques et des Guenons comme d'un terme moyen, on peut passer, d'une part, à des Singes plus marcheurs, les Papions, et, d'autre part, à des Singes plus préhenseurs : ainsi, chez les Semnopithèques, on voit la main s'allonger, et par eux on arrive aux Gibbons et aux Orangs ; d'un autre côté, on arrive directement des Macaques et des Papions aux Chim- (1) Ils appuient peu sur le talon de la main, et le poids porte principalement sur les pelotes digito-métacarpiennes. 3/lC) ALIX. panzés et aux Gorilles ; nous verrons ces faits, que révèle d'ail- leurs l'étude du cerveau, confirmés par la disposition des lignes papillaires. Nous terminerons ce chapitre en parlant de ce caractère re- marquable que nous rencontrons chez les Sapajous, c'est-à-dire de cette queue prenante qui joue chez eux le rôle d'une cin- quième main. Toute la face inférieure de cette queue est revêtue d'une peau nue, couverte de lignes papillaires; la dernière ver- tèbre, semblable à une phalange unguéale, présente un véri- table torus tactile, et les vertèbres qui la précèdent, moulées en forme de phalanges, se plient et s'étendent comme un long doigt. Cet organe préhenseur ne semble pas indiquer chez eux un grand degré d'élévation ; il paraît, au contraire, avoir été proscrit comme une superfluité chez les espèces anthropoïdes de l'ancien continent. IV. — Le pied ou main postérieure des Singes. Le membi'e abdominal des Singes est terminé par un organe qui participe à la fois de la nature de la main et de celle du pied, sans réaliser complètement l'un ou l'autre de ces deux types considérés chez l'Homme. Attaché à une jambe, dont les deux os n'exécutent l'un sur l'autre aucun mouvement de pronation ou de supination (1), articulé avec cette jambe par un seul os, l'astragale, cet organe se rapproche encore du pied humain par la forme et la disposi- tion du calcanéum, de l'astragale et du scaphoïde qui composent la première rangée des os du tarse, tandis que par sa partie an- térieure, c'est-à-dire la seconde rangée du tarse, le métatarse et les doigts, il revêt incontestablement les caractères d'une main. Les doigts sont allongés, et le médius est le plus long. Le pouce est indépendant et opposable, et, comme il est plus fort, plus long, plus développé que celui de la main antérieure (2), les (1) Ils sont plus làcliemeut unis que chez l'homme, ce qui permet un peu de mo- bilité. (2) Chez les Orangs, oîi le pouce de la main postérieure est très-réduit^ il l'est encore moins que celui de la main antérieure. LIGNES PÂPILLAIRES DU PIED ET DE L/V MAIN. 3^7 auteurs qui font consister le principal caractère d'une main dans la présence d'un pouce opposable et dans la faculté de sai- sir, affirment avec raison que les Singes possèdent à l'extrémité du membre abdominal une véritable main bien plus digne de ce nom que celle qui termine le membre tboraciquc, laquelle est mieux disposée pour accrocher que pour saisir. Ce pouce en même temps diffère de celui d'un pied d'Homme par une moindre longueur, et, par sa forme générale, ressemble plus à celui de la main. L'articulation de son métatarsien avec le premier cunéiforme se fait soit par emboîtement réciproque, soit par des surfaces cylindriques, dont l'une emboîte l'autre, et cette articulation est toujours très-latérale. D'un autre côté, cette main postérieure n'est pas soumise aux regards ; elle tàte en aveugle les objets qu'elle saisit comme le pied tâte le sol, et si elle peut s'opposer par une sorte de demi- pronation à celle du côté opposé, avec laquelle même elle entre- croise facilement ses doigts, cela tient à une rotation exagérée de la cuisse en dehors, et à la laxité de l'articulation de la jambe avec l'astragale (1). La plupart des autres détails qu'il nous reste à signaler indi- quent des différences entre cette main postérieure des Singes et le pied de l'Homme. Ce que nous allons dire est principalement applicable aux trois genres dits Anthropoïdes. La voûte plantaire est à peine indiquée; tout le bord externe du pied peut s'appliquer au sol. Chez les Singes anthropoïdes eux-mêmes, l'apophyse du calcanéum n'est pas inclinée eu bas, et chez les autres elle est relevée. Ce pied convient mal à la sta- tion verticale ; pour qu'il s'applique au sol dans toute son éten- due, il faut que la jambe soit très-incUnée en avant. D'une part, (1) Cette position de la plante est le résultat : 1° de l'excessive rotation de la cuisse ; la tête du fémur sort presque de la cavité cotjioïdc ; 2" de la rotation de la jambe en dehors, qui est surtout très-forte dans la flexion ; 8" de la rotation de l'astragale dans la mortaise péronco-tibiale, rotation qui est surtout très-forte dans l'extension du pied ; 4° de la mobilité de l'astragale sur le calcanéum; 5" de la rotation du scaphoïdc sur l'astragale et du cuboide sur le calcanéum ; 6° de la torsion de la deuxième rangée des os du tarse et du métatarse; 7" de l'inclinaison en renversement total du pied, par inclinaison latérale de l'astragale dans la mortaise. 348 ALIX. il peut se placer beaucoup plus complètement dans l'axe de la jambe, et, d'autre part, se plier sur elle davantage (1), et la forme générale de la jambe se rapproche plus de celle de l'avant- bras. L'axe de l'astragale et celui du calcanéum sont plus diver- gents que chez l'Homme (2). Les articulations des os du tarse entre eux et avec ceux du métatarse sont plus lâches que chez l'Homme. Les os du métatarse, qui sont moins longs que chez l'Homme, sont fortement courbés ; mais cette courbure est voisine de leur base, tandis qu'à la main antérieure elle est plus voisine de la tête du métacarpien. De même qu'à la main antérieure, les pha- langes sont courbées: la première est la plus longue, la deuxième est creusée d'une profonde gouttière, où se logent les tendons des muscles fléchisseurs. L'aponévrose plantaire n'a pas la même force que chez l'Homme, et il en résulte que la peau de la plante est moins tendue; d'ailleurs les phalanges sont, ainsi que la plante, pour- vues d'éminences tactiles (3), Celte plante s'étend depuis le talon jusqu'à la moitié des premières phalanges ; la présence de pal- mures peut en augmenter l'étendue apparente. Les éminences tactiles sont importantes à considérer ; il y en a une sur le talon, plus ou moins soutenue par une pelote graisseuse, deux pour le thénar et l'hypothénar, et trois autres situées sur la base des premières phalanges ou dans leurs intervalles. Toute cette plante est couverte de lignes papillaires; elle est parcourue par des plis beaucoup plus marqués que chez l'Homme : les uns transversaux, les autres longitudinaux. Les plis interdigitaux sont, comme à la main, séparés par de plus grands intervalles. Chez les Magots, les Macaques et les Papions, les doigts n'ont qu'une longueur médiocre ; la plante est allongée, le talon re- levé, et les pelotes digito-métatarsiennes forment des bourre- (1) La saillie du tendon du jambier antérieur est beaucoup moins forte. (2) La Icte de l'astragale est très-inclinée en dedans. (3) Les éminences tactiles de la plante sont bien distinctes. LIGNES PÂPILLAIRES DU PIED ET DE LA MAIN. 3/l9 lets arrondis. Les doigts sont plus lona;s que chez les Semnopi- thèques, et c'est chez l'Orang que cette longueur atteint son maximum pour les quatre doigts proprement dits, le pouce res- tant très-court. Ils sont très-longs aussi chez les Atèles, mais le sont un peu moins chez les autres Singes du nouveau continent. Les Chimpanzés diffèrent des Orangs par une longueur bien moindre des quatre doigts proprements dits, et une plus grande longueur du pouce qui atteint la base de la phalange du second doigt. Chez les Gorilles, les doigts sont encore plus courts, et chez les mâles cette brièveté semble encore plus grande, par suite des palmures qui réunissent les doigts jusqu'à la base de la troisième phalange, et exagèrent ainsi l'étendue apparente de la plante. Celte circonstance, ainsi que le volume du pouce qui atteint la base de la première phalange du second doigt, et enfin la largeur du talon donne à ce pied du Gorille un aspect beaucoup plus humain, et produit une illusion qu'une analyse attentive peut seule dissiper. Chez les Singes anthropoïdes, les pelotes digito-métatar- siennes sont moins épaisses et moins saillantes. Et en effet, de même que pour la paume de la main antérieure, la plante des pieds, ou main postérieure, sert à la préhension beaucoup plus qu'à la marche. Ce pied s'appuie principalement sur son bord externe, sur le dos des deux derniers doigts à demi fléchis, et, d'autre part, sur le pouce et l'éminence thénar ; rien de cela ne se rapproche de la station humaine. Les niuscles de la face dorsale du pied n'offrent de différence caractéristique avec ceux du pied de l'Homme que dans la subdi- vision du jambier antérieur en deux faisceaux, l'un tarsien, l'autre métatarsien. Les interosseux sont groupés comme à la main par rapport au troisième doigt pris comme axe, tandis qu'ils se groupent chez l'Homme par rapport au second doigt. Les muscles de la face plantaire diffèrent davantage ; l'abducteur du pouce forme un triangle charnu non interrompu, qui couvre les deux premiers espaces intermétatarsiens depuis la base des doigts jusqu'au tarse. Chez le Gorille et le Chimpanzé seulement, son faisceau transverse s'étend jusqu'au quatrième métatarsien. Ce 350 ALIX. muscle ne se fixe pas seulement à la base de la première pha- lange du pouce ; il émet un tendon qui va retrouver la base de la phalange terminale. Ce tendon, qui est latéral chez tous les autres Singes, se place chez l'Orang-Outan dans l'axe de la pre- mière phalange, où il remplace le fléchisseur profond. Les fléchisseurs profonds des doigts émanent, de même que chez l'Homme, de deux faisceaux charnus : l'un qui vient du péroné, l'autre qui vient du tibia ; chez le Gorille et le Chim- panzé, la distribution des tendons de ces deux muscles se fait d'une manière très-distincte. Le muscle qui vient du péroné donne au pouce, au troisième et au quatrième doigts ; celui qui vient du tibia donne au second et au cinquième. Une expansion fibreuse, assez lâche, établit seule une connexion entre les deux muscles. Chez l'Homme, le muscle qui vient du péroné fournit au pouce un gros tendon, d'où se détache une expansion qui distribue des fibres entre les quatre autres tendons. Il y a là une grande différence avec le GoriUe et le Chimpanzé ; mais, si l'on examine les autres Singes, la différence n'est pas aussi grande. En effet, chez FOrang, le tendon du pouce manque, et il en ré- sulte que le muscle inséré sur le péroné ne donne qu'au second et au troisième doigts. On rencontre d'ailleurs sous ce rapport des variations indivi- duelles (1). Les fléchisseurs des secondes phalanges diffèrent beaucoup plus de ceux de l'Honnne. Cîiez l'Homme, en effet, les quatre tendons émanent d'un faisceau charnu isolé qui vient du calca- néum, et l'on trouve seulement une connexion fibreuse entre le tendon du troisième doigt et la masse du fléchisseur profond. Chez tous les Singes, une partie des tendons superficiels est fournie par un faisceau charnu, qui émane du tronc tendineux dii fléchisseur profond. Chez l'Orang, le faisceau charnu qui se fixe au calcanéum envoie des tendons au deuxième, au troi- sième et au quatrième doigts. Chez le Chimpanzé et le Go- (1) Chez un Papiou mâle le tendon du pouce passait au coté radial du tendon du second doigt, puis se réfléchissait en contournant ce tendon et se plaçant coûtée sa face plantaire, et euliu prenait la direction du pouce. LIGNES PAPILLAIRES DU PIED ET DE LA MAIN. 351 rille, il n'en envoie qu'au deuxième et au troisième. Chez les au- tres Singes, il n'en envoie généralement qu'au deuxième doigt. La distribution des nerfs et des veines au pied des Singes peut être ramenée à ce qu'on voit chez l'Homme ; mais les artères présentent une différence remar([uable qui est relative à la pé- dieuse. Chez l'Homme, cette artère, qui est la terminai- son de la tibiale antérieure, est très-dé veloppée, et s'enfonce dans le premier espace intermétatarsien pour former l'arcade plantaire. Chez tous les Singes, sans exception, cette artère n'est pas distincte des autres petites branches qui terminent la tibiale antérieure ; elle est remplacée par une artère tibiale superficielle qui marche le long de la face interne du tibia, et, au delà seu- lement de l'articulation tibio-tarsienne, passe au dos du pied pour s'enfoncer dans le premier espace intermétatarsien. On ne peut s'empêcher de voir une relation entre une telle différence dans la disposition des artères et celle qui sépare la station verti- cale de la station quadrupède. V. — Les mains des Makis. Les Makis sont quadrumanes, mais leurs mains diffèrent sous certains rapports de celles des Singes et encore plus de celles de l'Homme. La différence la plus remarquée consiste dans la longueur relative des doigts, l'annulaire étant celui qui les dépasse tous. La main postérieure présente un pouce énorme qui, par sa longueur et sa largeur, mérite véritablement le nom d'anti- main [àvxh/tip) donné par les Grecs au pouce de l'Honnne. Un sillon oblique placé à la base de l'éminence thénar divise cette main en deux parties presque égales, les doigts propre- ment dits n'ayant d'ailleurs qu'une longueur médiocre (i). (1) Sur un squelette de Maki-Vari, communiqué par M. Ed. Verreaiix, nous trouvons les longueurs suivantes : Métatarsien. 1'^ plialaiijc. 2* phalange. 3= plialançe. Pouce 0°',028 0^,015 » 0™,010 Deuxième doigt 0">,030 0",022 0"',012 0"',,010 Troisième doigt 0",(»31 0",023 0°i,015 0'%008 Quatrième doigt Oo^jOBO 0",026 0°i 017 O^^OO? Cinquième doigt 0"',027 0™,021 O^^OU 0'°,007 352 ALIX. Elle semble ainsi partagée en deux valves opposées l'une à l'autre. Les pelotes tactiles des phalanges terminales sont remar- quables par leur forme acuminée, le sommet du torus tactile correspondant au bout du doigt, et par le bourrelet qui les sé- pare de la partie libre de l'ongle. 11 existe Irois pelotes au niveau des articulations digito-métatarsiennes, et des bourrelets sur les éminences thénar et hypothénar. Cependant la plante de cette main postérieure n'est pas couverte de lignes papil- laires dans toute son étendue; on trouve, le long de plusieurs sillons, de grosses saillies lenticulaires, et, de plus, le talon est couvert de poils. On sait que le second doigt est muni d'un ongle subulé ou en forme de griffe. Les autres ongles, quoique aplatis et non comprimés, sont cependant terminés par une pointe aiguë. A la main antérieure, le pouce est plus court, les doigts proprement dits sont plus longs et plus gros, l'ongle du second doigt n'est pas subulé. Par les proportions de ces diverses par- ties, elle ressemble plus à celle des Singes. Cependant la paume est moins allongée et son talon fait plus de saillie. Ce talon est couvert par une pelote très-dé veloppée ; une autre couvre l'émi- nence thénar, et il y a trois pelotes au niveau des articulations (ligito-métacarpiennes. Les pelotes digitales ont la même forme que celles de la main postérieure, et sont également séparées par de petits bourrelets de la partie libre de l'ongle. La paume présente aussi des saillies lenticulaires, principalement dans l'espace qui sépare les éminences thénar et hypothénar; elles sont plus nombreuses que sur la main postérieure. Autres Lémuridés. — Les mains des Nictécèbes se montrent au premier coup d'œil bien plus différentes de celles des Singes (|ue les mains des Makis. A la main postérieure, le pouce joint à l'éminence thénar figure une énorme valve qu'un sillon transversal sépare du reste de la main. Le second doigt, muni d'un ongle subulé, est beaucoup plus court que les trois der- niers, qui sont presque égaux. La plante ne présente que deux pelotes arrondies, l'une à la base du deuxième doigt, l'autre LIGNES PAPILLAIRES DU PIED ET DE LA MAIN. 353 à la base du pouce. Il y a en outre deux éminences allongées, dont l'une recouvre l'hypothénar, et l'autre le côté libre du tbénar. Les pelotes des phalanges terminales ont la même forme que chez les Makis. La plante de cette main postérieure est couverte de lignes papillaires dans toute son étendue; elle ne présente aucune trace de saiUies lenticulaires. La main antérieure a encore un pouce assez fort ; le second doigt est très-court, il n'atteint pas le milieu de la seconde phalange du troisième. Le quatrième est manifestement plus long que le troisième et le cinquième. La paume, qui est presque aussi large que longue, présente deux pelotes allongées, l'une qui recouvre l'hypothénar, l'autre qui recouvre le côté libre du thénar ; il y a encore deux grosses pelotes arrondies et acuminées situées l'une entre la base du pouce et celle du deuxième doigt, l'autre entre la base du deuxième doigt et celle du troisième, et enfin deux petites pelotes, l'une entre le troisième et le quatrième doigt, l'autre entre le quatrième et le cinquième. La grande différence de longueur qui existe entre les doigts est compensée par leur flexion habituelle, qui ramène leurs extrémités sur un même plan. VI. — Les mains des Sarigues et des Phalangers. On a donné aux Sarigues le nom de pédimanes, parce que leurs membres abdominaux sont terminés par des mains pré- hensiles. Ces mains postérieures sont reliées à la jambe par un tarse très-court et presque plat, qui ne dessinerait aucune apparence de voûte si le talon du calcanéum n'était pas incliné en bas. Le corps de l'astragale est très-étalé, et sa tête, obliquement dirigée en dedans, est coiffée par un scaphoïde muni d'une forte tubérosité interne. Le premier cunéiforme volumineux, doublé en dedans par un large sésamoïde, présente une facette méta- tarsienne disposée pour l'emboîtement réciproque. Le pouce est composé d'un os métatarsien gros et large, assez courbé, un peu moins long que le deuxième métatarsien ; d'une première phalange, également très-forte et courbée, 5e série, Zool. T. VIII. (Cahier n" 6.) 3 23 S5i ALIX. d'une longueur égale à celle du métatarsien ; enfin, d'une pha- lange terminale grosse, courte et large, de forme lenticulaire. Le sommet de ce pouce atteint la base de la deuxième phalange du second doigt. Il peut s'écarter à angle presque droit. Le deuxième, le troisième et le quatrième doigt ont des os métatarsiens assez longs, presque droits, offrant seulement une légère courbure en arrière de leur tête, qui est très-large (1). Les premières phalanges, à peu près égales aux métatarsiens, sont longues, plates et courbes; les deuxièmes phalanges, également plates et courbes, sont beaucoup plus courtes, et les phalanges terminales n'auraient pour ainsi dire pas de longueur si elles étaient réduites à leur base, mais elles sont prolongées par des pointes aiguës et arquées, sur lesquelles se moulent des ongles en forme de griffes. Le quatrième doigt est au moins égal au troisième, s'il ne le dépasse pas un peu. L'os métatarsien du cinquième doigt est à la fois plus court, plus gros et plus massif que les trois précédents ; il est pourvu d'une forte apophyse postérieure, et son articulation avec le cuboïde permet un léger mouvement d'opposition. La longueur totale de ce doigt est un peu moindre que celle du second. Au point de vue des mouvements, on doit se rappeler que chez les Sarigues, le péroné peut tourner autour du tibia, de manière à augmenter ou à diminuer la pronation. La paume de cette main postérieure représente un triangle dont le sommet co'incide avec le talon du calcanéum. Elle s'élaro-it en avant, non-seulement à cause de la palmure du pouce, mais encore à cause de l'espace occupé par la ligne des articulations métatarso-phalangiennes, dont l'étendue a pour principale cause la grosseur des éléments osseux qui con- courent à former ces articulations. Cette paume recouvre, sur la base de chaque doigt, la moitié de sa première phalange. Elle présente plusieurs éminences remarquables, couvertes de lignes papillaires dont nous don- (1) La lonsueur de ees métatarsiens égale celle de la totalité du larsc. La position de leur courbure établit une différence avec le métatarse des Singes, où cette eourbiii-c est située près de la base de los. LIGNES PAPILLAIRES DU PIED ET DE LA MAIN. 355 nons plus loin la description. L'une de ces éminences palmaires s'étend le long de Vhypotbénar, depuis le talon jusqu'à la base du cinquième doigt; une autre s'étend symétriquement le long du thénar, depuis le talon jusqu'à la base de la première pha- lange du pouce. Outre ces deux longues pelotes, il y en a trois beaucoup moins allongées qui se placent l'urie en dehors du pouce, la seconde sur la base du second doigt, et la troisième sur la base du quatrième doigt. Dans les mouvements d'oppo- sition, les deux éminences tactiles du pouce peuvent s'appliquer aux trois autres. Ces diverses éminences sont açuminées à leur sommet. C'est seulement sur ces éminences que l'on trouve des lignes papillaires. Le reste de la paume est couvert de saillies sub-coni- ques comparables à des verrues (i), et il en est de même pour la plus grande partie de la face palmaire des doigts, qui n'offrent de lignes papillaires que sur les pelotes tactiles des phalanges terminales. Ces dernières pelotes figurent un torus tactile acu- miné dont la forme rappelle ce qui se voit chez les Makis. Tous ces doigts sont pourvus de griffes aiguës et arquées, à l'exception dii pouce, qui est complètement dépourvu d'ongle. Cette main, bien mieux constituée pour saisir en masse les objets que pour en apprécier les détails, doit être douée d'une certaine sensibilité. Elle est remarquable par les dispositions qui concourent à localiser cette sensibilité dans quelques-unes de ses régions. Ce sont des saillies qui se rapprochent et se serrent les unes contre les autres par un véritable plissement de la main, tandis que, lorsque la main s'étale, on voit appa- raître les larges espaces rugueux qui les séparent. C'est par ces points saillants qu'elle appuie sur le sol dans la marche qua- drupède. La main antérieure diffère très-peu de la main postérieure. Le pouce est moins volumineux, moins indépendant; il s'écarte beaucoup moins des autres doigts. Ceux-ci, au contraire, sont plus longs et plus dégagés. Le pouce a un ongle aigu comme (1) Ces saillies sont beaucoup moins larges que celles que l'on voit chez les Makis. Elles rappellent par leur forme celles qui existent chez les Oiseaux. 356 ALIX. les autres doigts. La paume est plus large à la base, où elle offre deux pelotes placées à la même hauteur: l'une qui répond au pisiforme, et par conséquent au talon de la main, l'autre qui répond au trapèze et au premier métacarpien. Sauf cette modi- fication, les éminences palmaires et digitales sont disposées comme à la main postérieure, et la distribution des lignes papillaires est la même. C'est donc aussi une main bien imparfaite, si on la compare à celle de l'Homme, bien dégradée, si on la compare à celle des Singes, mais admirable encore par la manière dont elle est dis- posée pour servir tantôt à la marche, tantôt à la préhension. Les Phalangers ont aussi des mains préhensiles dont l'étude n'est pas moins intéressante. Les mains postérieures sont caractérisées par la force et la grosseur du pouce, la force et la longueur du cinquième et du quatrième doigt, et surtout par l'exiguïté du deuxième et du troisième doigt réunis l'un à l'autre par une palmure jusqu'à la base de la phalange terminale, disposition qui a valu à ces animaux le nom de Phalangers. Le tarse, qui n'a que peu de longueur en avant de la jambe, présente un grand calcanéum, dont le talon est un peu incliné en bas. L'astragale, très-aplati, s'articule plus largement avec le péroné qu'avec le tibia (t). Sa tête est très-inclinée en dedans. Le scaphoïde supporte un premier cunéiforme très-fort, muni d'une facette latérale pour le premier métatarsien, flanquée d'un large sésamoïde, et deux autres cunéiformes d'une gros- seur médiocre. La plus grande partie de la largeur du tarse est occupée par le cuboïde et le calcanéum. Ce cuboïde est fortement enclavé dans le calcanéum. D'autre part, il s'articule surtout avec le quatrième métatarsien, qui s'y enfonce par une facette convexe, et il n'offre au cinquième mé- tatarsien qu'une facette latérale beaucoup plus petite. Ce cin- quième métatarsien, très-massif, a une apophyse postérieure volumineuse en forme de hache. (1) Voyez, pour plus de détails, Bull, de la Société philomathique, 1866, p. 54, LIGNES PAPILLAIRES DU PIED ET DE LA MAIN. 357 Le pouce présente un métatarsien gros et massif articulé latéralement avec le premier cunéiforme, une première pha- lange également très-forte et une grosse phalange terminale de forme lenticulaire. L'écart de ce pouce peut dépasser l'angle droit, et, par suite de son articulation avec le tarse, il est tou- jours placé vis-à-vis des autres doigts. Il est dépourvu d'ongle. Les os métatarsiens du deuxième et du troisième doigt ne sont pas beaucoup plus courts que celui du quatrième, mais les phalanges diffèrent davantage, la première n'étant que les 2/3 de la première phalange du quatrième doigt, et les deux autres étant très-courtes, en sorte que l'extrémité de ces doigts atteint seulement la base de la phalange terminale du quatrième. Celui-ci est remarquable par sa force et sa longueur, et le cinquième doigt lui est presque égal. La paume de cette main postérieure diffère en quelques points de celle des Sarigues. Tandis que chez les Sarigues l'éminence hypothénar est couverte dans toute sa longueur par une seule pelote tactile, chez les Phalangers il y a deux pelotes séparées par un étranglement, l'une correspondant à la base du cin- quième doigt, l'autre au talon. La pelote de l'éminence thénar, au lieu de partir du talon, correspond seulement à l'articulation métatarso-phalangienne du pouce. La pelote de la phalange terminale du pouce n'a qu'une très-petite étendue. Celles des phalanges terminales des autres doigts sont beaucoup plus acu- n)inées que chez les Sarigues. Les cinq doigts sont d'ailleurs pourvus d'ongles aigus. Le reste de la paume et de la face palmaire des doigts est couvert, comme chez les Sarigues, de nombreuses saillies sub- coniques. Nous devons ajouter que, outre la palmure qui réunit le deuxième et le troisième doigt, il y en a entre le troisième et le quatrième une autre qui atteint la base de la deuxième pha- lange du troisième doigt. Cette main, par plusieurs points, rappelle beaucoup ce qu'on voit chez les Lémuridés, par exemple par la prédominance du quatrième doigt. On pourrait surtout la comparer à celle du 358 ALIX. Nycticèbe, à cause de la brièveté du deuxième et du troisième doigt. Le pouce se place exactement, comme chez les Makis, vis-à-vis du reste de la main. D'autre part, on voit dans la disposition des doigts et dans celle du tarse un type particulier commun avec les Kanguroos, dont le pied cependant n'est disposé que pour la station et pour la progression par bonds et par sauts (1). La mobilité du péroné sur le tibia est aussi un caractère commun aux Sarigues, aux Phalangers et aux Phascolomes, que l'on ne rencontre pas chez les Lémuridés. Une autre similitude avec les Lémuriens consiste dans l'exis- tence des saillies subconiques de la paume, et dans la forme acuminée des torus tactiles, qui ne sont pas d'ailleurs soutenus par leurs ongles, arqués et comprimés en forme de griffes. La main antérieure diffère un peu moins de celle des Sarigues que la main postérieure. Tous les doigts sont pourvus de griffes. Le pouce atteint la base de la première phalange du second doigt. Le quatrième est le plus long, quoiqu'il dépasse peu le troisième. Les longueurs des os métacarpiens peuvent être rangées dans l'ordre suivant : le premier, le cinquième, le deuxième, le troisième, le quatrième, tandis que pour les pre- mières phalanges cet ordre serait : la première, la deuxième, la cinquième, la troisième, la quatrième. Le carpe offre un type remarquable qui est commun aux Phalangers, aux Phascolomes et aux Kanguroos. En effet, le icaphoïde et le semi-lunaire sont unis et ne forment qu'un seul os. Le pyramidal présente une cavité qui coiffe l'apophyse styloïde du cubitus et roule sur elle. Ce même pyramidal a une tête arrondie qui s'enfonce à son tour dans une cavité de l'os crochu, et cet os crochu s'avance par un prolongement entre le pyramidal et le scaphoïdo-semi-lunaire, prenant ainsi l'aspect du grand os. Par là, tous les mouvements du carpe sont rame- nés du côté de l'hypothénar. Le grand os et le trapézoïde prennent l'aspect des cunéiformes, mais le trapèze reste volu- (1) Les Bendrolagus, qui sont des Kanguroos grimpeurs, établissent la transition. LIGNES PAPILL AIRES OU PÏED ET DE LA MAIN. â59 milieux. L'apophyse styloïde du cubitus s'articule d'ailleurs avec le pisiforuie et ce dernier avec le cinquième métacarpien. La paume présente, pour l'éminence thénar, deux pelotes. L'une, qui recouvre le talon, est séparée par un large intervalle de celle qui recouvre la base du cinquième doigt. La pelote du thénar correspond à l'articulation métacarpo-phalangienne et se prolonge un peu au-dessous. 11 y a en outre une pelote digito-métacarpienne dans l'inter- valle du deuxième et du troisième doigt, et une dans l'intervalle du troisième et du quatrième. Les pelotes tactiles sont très- acuminées et n'ont que peu d'étendue; elles seules sont cou- vertes de lignes papillaires, le reste est couvert de saillies sub- coniques que revêt un épidémie corné. Les mains des Phalangers donnent lieu aux mêmes remarques que celles des Sarigues; on peut seulement ajouter qu'elles sont mieux disposées pour saisir (1). vu. — GUez les autres Mammifères. Nous ne dirons que peu de mots sur ces animaux, dont le plus grand nombre n'offrent pas de lignes papillaires. C'est avec raison que le nom de quadrupèdes a été opposé à celui de quadrumanes en parlant des animaux qui sont plus particulièrement marcheurs, coureurs et sauteurs, pour les op- poser à ceux qui sont grimpeurs et arboricoles. Le nom de main et celui de pied font place pour la plupart à des expressions qui répondent au mot patte. Une patte diffère surtout d'une main par la longueur du carpe et du métacarpe, et par la brièveté des doigts. Ceux-ci, privés de toute indépendance, sont réunis en une seule masse, et leur nombre tend à diminuer. Telle est l'idée générale que l'on peut concevoir par cette désignation, mais elle est loin d'embrasser toutes les variétés qui existent, et l'on peut même dire qu'elle (1) Les doigts peuvent fléchir à tel point la seconde phalange sur la première, que la pelote de la phalange terminale -vient alors s'opposer à la pelote digito-méta- carpienne. 360 ALIX. ne convient parfaitement qu'à un certain nombre de Carnas- siers et de Rongeurs. Ainsi le nom de pied a été conservé eu français pour les Ruminants et les Pachydermes, et il s'applique chez eux aux extrémités antérieures aussi bien qu'aux extrémités postérieures. Tous ces animaux sont ongulés, à l'exception des Damans, qui sont onguiculés et plantigrades, et des Lamantins, dont les mains sont conformées en nageoires comme celles des Cétacés. Les formes les plus singulières se rencontrent chez certains Édentés, comme les Pangohns, les Fourmiliers, les Aïs, où la longueur des phalanges terminales, armées d'ongles énormes, donne aux extrémités des membres un aspect tout particulier, tandis que les Tatous et les Oryctéropes se rapprochent davan- tage, les premiers des animaux onguiculés, les seconds des ani- maux ongulés. Chez le Fourmilier didactyle.une ligne transver- sale sépare nettement la plante en deux pelotes, l'une antérieure, l'autre postérieure. Chez les Ornithodelphes, les Ornithorhynques n'offrent, sous ce rapport, de particularités importantes à noter que leurs pal- mures et la longueur plus grande du quatrième doigt ; la forme de leurs extrémités ne présente d'ailleurs rien d'insolite. Mais il n'en est pas de même des extrémités postérieures, disposées pour fouir la terre (1). Parmi les Didelphes, les animaux du groupe des Kanguroos sont onguiculés pour les extrémités antérieures et ongulés pour les deux doigts externes seulement de leurs extrémités posté- rieures, les deux doigts internes étant onguiculés. Quant aux Rongeurs, ils sont tous onguiculés, à l'exception des Cabiais et des Agoutis. Chez quelques-uns, comme les Écu- reuils, la forme des extrémités antérieures se rapproche de celle d'une main, en même temps qu'elles en accomplissent en partie les fonctions. On remarque chez les Gerboises la longueur du métatarse ; chez les Castors, la palmure des doigts, et (chez (1) Voyez, pour plus de détails, Bulletin de la Société philomaihique, 1867, et journal f Institut. LIGNES PAPILLAIRES DU PIED ET DE LA MAIN. 361 Deux du Canada seulement) la forme particulière de l'ongle du second doigt, qui est divisé. Chez les Castors, la paume de la main antérieure présente en avant une pelote digito-métacar- pienne bilobée, et en arrière deux pelotes, l'une qui recouvre le pisiforme, l'autre qui recouvre à la base du thénar un fort sésamoïde adhérant au tendon d'un des deux muscles abducteurs. Cette disposition se retrouve généralement. Nous n'insisterons pas sur les ailes des Chiroptères. Les extrémités postérieures, disposées surtout pour accrocher les corps auxquels l'animal se suspend, sont remarquables par la brièveté du tarse et par la longueur des doigts, entre lesquels l'index peut dépasser les autres. Ce pied a une certaine ressem- blance avec une main. Il peut se tourner soit en avant, soit en arrière par la rotation du péroné sur le tibia. La peau qui revêt sa plante n'est d'ailleurs soutenue par aucun bourrelet graisseux, et il offre une prédominance remarquable des muscles de l'émi- nence hypothénar (1). Parmi les Carnassiers, les Phoques ont une disposition toute particulière : à leurs extrémités postérieures, ce sont les doigts externes qui sont les plus longs, en sorte que ces deux pieds, en se plaçant l'un auprès de l'autre, figurent une queue de pois- son. La face plantaire de ces pieds, ainsi que celle des extrémités antérieures, est d'ailleurs couverte de poils. Les Enhydris ont aussi les pattes postérieures très-allongées, mais chez les Loutres les pieds sont simplement élargis par des palmures. Les Carnassiers digitigrades nous offrent de véritables pattes. Les uns, comme les Hyènes, n'ont que quatre doigts en avant et en arrière. Les deux doigts médians dépassent un peu les deux autres; ils sont munis d'une pelote tactile qui recouvre la base de la troisième phalange et la tête de la deuxième. Les pelotes digito-métacarpiennes elles pelotes digito-métatarsiennes ne forment qu'une masse qui est trilobée, le lobe moyen corres- pondant à l'intervalle des deux doigts médians. Une petite pelote correspond à l'indice du pouce et une au talon. Le reste (1) Voyez Bulletin de la Société philomathique, 1867, el journal Vlnstitut. 362 ALIX. est couvert de poils. Il en est à peu près de même chez les Chiens et les Chats, qui ont cinq doigts aux pattes antérieures. Chez les Carnassiers plantigrades, il y a toujours cinq doigts à peu près égaux; la plante est nue ; elle présente les mêmes pelotes digitales, digito-métatarsiennes et digito-métacarpiennes. Il faut, en outre, remarquer les plis qui parcourent la plante ; ces plis sont, les uns transversaux, les autres longitudinaux ; parmi les plis longitudinaux, il y en a un qui parcourt presque toute l'étendue de la plante et qui sépare l'éminence thénar de l'éminence hypothénar. Ces plis, qui sont très-remarquables chez les Ursus et les Subursus, ont beaucoup de rapport avec ceux que nous avons décrits chez les Sarigues. (La suite au prochain cahier.) NOTE SUR UN CÉTACÉ {GRÀMPUS GRISEUS) ÉCHOUÉ SUR LES COTES DE FRANGE, Par n. P. FISCHER. §1. Le 22 juillet 1867, la mer rejeta sur la côte du département de la Gironde, entre le Ferret et le poste de douane de la Garonne, un grand Cétacé qui fut conduit le lendemain à Arca- chon, et acquis au compte de la Société scientifique pour être placé dans son musée. Je me trouvais à Arcachon lors de cet échouement, et j'ai pu ainsi étudier un des Dauphins les plus rares et les plus intéres- sants que nous connaissions (1). L'animal était jeune, quoique sa longueur fût peu inférieure à celle des adultes ; mais les vertèbres étaient encore épiphysées. Le corps est de couleur noire sur le dos et les flancs, blanche en dessous autour des parties génitales et de l'anus, d'un blanc teinté de gris de fer en avant de la verge, blanche enfin au ni- veau et en avant de la base des nageoires pectorales. Le dessous de la tête et du cou est d'un gris noirâtre, marbré de taches blanchâtres, terminé en pointe noire dirigée vers le thorax; le dessus de la tête, le bord des lèvres, sont également marbrés de blanc sale. Les nageoires pectorales, caudale, et l'aileron dorsal, ont une coloration noire uniforme. La tête est arrondie, plus globuleuse que celle du Marsouin, moins élevée que celle du Globiceps ; la bosse céphalique est constituée par un lard très-dense, ferme, mais moins blanc que celui des nageoires et de l'aileron dorsal ; l'épaisseur de la couche de lard de la tête est de 15 centimètres. L'aileron dorsal ne con- tient qu'une lame de lard. L'animal était relativement maigre, ce qui s'explique par son état de maladie. (1) Je remercie MM. Hameau, Fillioux, Lafont et Bert de Taide qu'ils m'ont prêtée dans cette circonstance. 36/i p. FISCOEB. La queue est forte, munie d'une carène médiane en dessus et en dessous. Dtmensioiis. Longueur totale de rextrémité antérieure de la mâchoire supérieure m au bout de la nageoire caudale 2,80 De l'extrémité antérieure de la mâchoire supérieure à la naissance de l'aileron dorsal 1,23 Largeur de l'aileron dorsal à sa base 0,38 Hauteur de l'aileron dorsal 0,28 Largeur de la nageoire caudale 0,60 Longueur des nageoires pectorales 0,49 De l'extrémité antérieure de la mâchoire supérieure à l'évent 0,47 De l'extrémité antérieure de la mâchoire supérieure à la commissure labiale 0,28 De la commissure labiale à l'œil 0,08 De la verge à l'anus 0,25 Diamètre transversal de l'évent 0,05 De l'extrémité de la mâchoire inférieure à la naissance de la pectorale. 0,49 Circonférence du corps, prise à 10 centimètres en arrière de la base des nageoires pectorales 1,40 L'œil est très-aplati d'avant en arrière : diamètre bilatéral du globe oculaire, 5 ; hauteur, k 1/2 ; diamètre antéro-postérieur, 3 centimètres. L'ouverture palpébrale est horizontale ; la pupille ovale, légèrement transverse. La verge a des dimensions peu considérables ; elle est couchée dans un sillon du tégument abdominal ; son extrémité paraît très-aiguë. L'animal exhalait une odeur forte et désagréable, différente néanmoins de celle de la putréfaction ; mais le lendemain, quand nous l'avons dépouillé, la température, très-élevée à cette époque, avait hâté singulièrement la décomposition. L'abdomen contenait un liquide trouble, jaunâtre, purulent, et des fausses membranes répandues dans toute la cavité périto- néale ; les gangUons mésentériques étaient gros et tuméfiés. Ces signes cadavériques sont suffisants pour affirmer que le Cétacé a •succombé à une péritonite aiguë, et qu'il a dû être rejeté sans vie sur la plage. L'œsophage débouche dans le premier estomac, qu'on ne peut mieux comparer qu'à un énorme gésier en forme de poche rougeàtre, allongée, arrondie à son extrémité libre ou fond. Le cardia mesure 5 centimètres de diamètre. La longueur du premier estomac est de 31 centimètres; l'épaisseur des parois est de 2 centimètres ; la tunique muscu- NOTE SUR LE GRAMPUS GRISEUS. 365 leuse est donc extrêmement développée. La muqueuse, épaisse, blanche, mamelonnée, porte des saillies, et des côtes irrégu- lières se dirigeant vers le fond de l'organe, où la couche musculeuse atteint son maximum d'épaisseur. Dans les plis de la muqueuse du fond du gésier sont retenus et même incrustés les résidus des repas de l'animal ; nous y avons recueilli quatre- vingt-neuf mandibules de Céphalopodes (Sèches et Calmars) et sept ou huit cristallins des mêmes Mollusques (1). L'épaisseur des parois du premier estomac est telle, qu'il con- serve sa forme cylindrique sans s'affaisser. Il débouche par une très-large ouverture dans le deuxième estomac, et sa muqueuse blanche et mamelonnée se termine brusquement par une ligne festonnée. La muqueuse du deuxième estomac est mince, d'une coloration ardoisée ; les plis sont lâches et larges : la texture générale est flasque ; le volume beaucoup plus petit que celui du premier estomac. L'ouverture de com- munication du deuxième estomac avec le premier est placée vis-à-vis du cardia ; par conséquent, l'œsophage conduit directe- ment aux deux premiers estomacs. L'ouverture de communica- tion du deuxième avec le troisième estomac est constituée par un puissant sphincter, mesurant tout au plus 2 centimètres de diamètre. Un stylet introduit dans ce sphincter aboutit à un con- duit étroit, allongé, très-compliqué, à muqueuse éminemment glanduleuse, à coloration interne jaune. Dans ce conduit ou ves- tibule débouche une petite dilatation ou poche distincte, suivie elle-même d'un autre renflement peu développé, qui lui donne l'apparence d'un bissac. Ces deux petites poches accessoires cor- respondent au troisième estomac du Marsouin (Hunter), au troisième et au quatrième estomac du Globiceps (Turner); puis le vestibule se renfle, devient subcylindrique, pour former le cinquième estomac, à parois glandulaires, constituant l'organe digestif par excellence. Le cinquième estomac du Grampus griseus représente donc le quatrième estomac du Marsouin (1) Dans le premier estomac de divers Hyperoodon, on a trouvé : deux quarts ou plus de 2 litres de becs de Céphalopodes (Jacob) ; plusieurs centaines de becs de Sèches (Byerley); enfin plus d'un demi-boisseau ou 18 litres de becs, et pas autre chose. (Gray, Cat. ofSeals and Whales, 1866.) 366 p. FISCHER. (Hunter) et le cinquième du Globiceps; son extrémité droite se termine à l'intérieur par un septum de la muqueuse comparé au pylore. A la suite de cet étranglement, on voit une nouvelle poche plus large que la précédente, suivie par l'intestin grêle. Les anatomistes diffèrent d'opinion au sujet de son identifi- cation : John Hunter l'a décrite chez le Marsouin comme un cinquième estomac ; mais la plupart des auteurs récents la considèrent comme une dilatation particulière de la première portion du duodénum. En résumé, quels que soient les noms donnés à ces diverses parties du tube digestif (1), il existe chez \eGrampusgnseus, entre l'œsophage et le commencement de l'intestin grêle, six poches distinctes : 1° gésier ou premier estomac ; '2° deuxième estomac ; o" et û" petites dilatations ouvertes dans la poche di- gestive ; 5° poche digestive proprement dite ; 6° dilatation duo- dénale. Cette disposition générale est semblaoïe à celle qu'on observe chez le Globiceps, du moins si l'on s'en rapporte au travail ré- cent et consciencieux de M. Turner (2); les différences existant entre l'estomac du Globiceps et du grisev^ ne portent que sur les dimensions relatives des diverses dilatations. La deuxième poche est plus ample chez le Globiceps, ainsi que la troisième, la quatrième et la cinquième ; la sixième au contraire, et la première, sont plus petites que chez le griseus, M. Turner n'a eu à sa disposition qu'un jeune Globiceps; sur un individu plus âgé et presque adulte de la même espèce, la première poche ou gésier a 110 centimètres de longueur et 135 de circonférence. Le premier estomac est relativement beaucoup plus gros, le second moins ample , le troisième, le quatrième et le cinquième plus petits que sur le jeune individu décrit par (1) « Ainsi, suivant qu'on compte ou qu'on ne compte pas comme estomacs les » cavités comprises entre les étranglements îles conduits des grandes cavités l'une dans » l'autre, on a quatre ou six estomacs ; et comme c'est dans le dernier que s'ouvrent le » canal hépatique et le canal pancréatique, il a été considéré par quelques auteurs » comme un duodénum. On ne doit donc pas s'étonner si les anatomistes ne s'accordent » pas sur le nombre d'estomacs des Marsouins. » (G. Cuvier.) (2) A Contribution ta the anatomy of the Pilot Whale {Journal of Anatomy and Physiology, novembre 1867, p. 66). NOTE SUR LE, GRAMPUS GRISEUS. §67 l'auteur anglais ; le cinquième a la forme d'un boyau très- allongé; par contre, le sixième, ou dilatation duodénale, est assez grand (1). La position de l'œsophage vis-à-vis des orifices supérieurs des deux premiers estomacs est considérée par M. Turner comme un rapport anatomique entre les Cétacés et les Ruminants ; mais cette analogie n'implique nullement, à mon avis, la possibilité de la rumination, puisque bon nombre de Cétacés (Baleines, Zipkius, Grampus) sont complètement dépourvus de dents, ou n'en possèdent qu'à l'extrémité du rostre. §2. CARACTÈRES OSTÉOLOGIQDES, Crâne triangulaire, déclive depuis l'orifice supérieur des fosses nasales jusqu'au bout du rostre, légèrement bombé en avant de cet orifice. ïntermaxillaire droit un peu plus large que le gauche. La ligne de séparation du maxillaire de l'intermaxil- laire en dehors est rectiligne depuis la hauteur des os du nez jus- qu'au rostre. Trou occipital rond aussi haut que large. Diamètre antéro-postérieur du crâne, 0'",50. La formule dentaire est -^^^ . En avant des intermaxillaires on voit deux u — k petits trous où devaient être enchâssées les incisives rudimen- taires ; le bord alvéolaire du maxillaire supérieur présente une rainure et une série de petits trous occupant son tiers antérieur. Les dents rudimentaires étaient recouvertes par la gencive, car on ne sentait aucune aspérité sur le bord de celle-ci. Les dents du maxillaire inférieur sont fortes, usées à la pointe; il existe également deux petits trous pour les incisives rudimen- taires, et une série d'alvéoles à peine visibles, régulièrement espacés, en arrière des dents. Chez le fœtus, à en juger d'après l'adulte, la rangée des dents du maxillaire supérieur est placée en dehors de celle des dents du maxillaire inférieur. Symphyse de la mâchoire courte. (1) Un moulage très-bien fait de cet estomac est conservé au Muséum d'histoire naturelle de Paris. Il se rapporte à un Globiceps pris au Havre en 1856. 368 p. FISCHER. On compte soixante-huit vertèbres : sept cervicales, douze dorsales, quarante-neuf lombaires et caudales. Les os en V (hémapophyses) commencent à la quarante-troi- sième vertèbre et disparaissent à la cinquante-huitième. Les apophyses épineuses cessent à la soixantième, les apophyses transverses à la cinquante-quatrième; à la quarante -septième se montrent les canaux longitudinaux de la base de l'apophyse transverse. De la cinquante-cinquième à la cinquante-neuvième, les corps vertébraux sont comprimés latéralement et très-grands ; de la soixantième à la soixante-huitième, ils deviennent transverses, aplatis de haut en bas, en forme de parallélipipède rectangle, et creusés en dessus d'une rigole bilatérale, unissant les canaux qui les traversent de haut en bas, et qui font suite aux canaux de la base des apophyses transverses. Toutes les vertèbres cervicales sont soudées complètement par les apophyses épineuses, et incomplètement par les corps verté- braux et les apophyses articulaires. A l'état adulte, la soudure doit être complète partout, comme on le voit chez l'Hyperoodon. Les autres vertèbres sont épiphysées. Les apophyses articulaires des sept premières dorsales sont horizontales, et recouvrent celles des vertèbres qui suivent. Sur les douze côtes, les sept premières s'articulent avec l'apo- physe transverse correspondante d'une part, et le corps de la vertèbre précédente, d'autre part, au moyen d'une tête assez longue. Les sept premières côtes s'articulent avec le sternum par l'in- termédiaire d'os sterno-costaux très-développés. Le premier sterno-costal s'articule avec la première pièce du sternum ; le deuxième avec la première et la deuxième pièce sternale; le troisième avec l'extrémité postérieure de la deuxième pièce ster- nale; les quatrième, cinquième, sixième et septième sont longs, minces, en forme de bâtonnets, et sont réunis par un cartilage. Les cinq dernières côtes sont hbres à leur extrémité antérieure. L'os sterno-costal de la première côte a l'apparence d'une clavicule ; il est légèrement contourné, élargi à son extrémité antérieure. NOTE SUR LE GRAMPUS GRISEUS. 369 Le slerimni se compose de deux pièces : la première large, échancrée en avant, est perforée d'un petit trou, admettant à peine un stylet; la deuxième est longue et étroite. Le corps de l'os hyoïde (os basihyoïdien) est large, irrégu- lièrement hexagonal, rattaché au crâne par l'intermédiaire de deux grands os cérato- hyoïdiens, longs de 8 centimètres, et unis par un cartilage aux os stylo-hyoïdiens très-forts, et longs de 10 centimètres. Chez le Marsouin, les cérato-hyoïdiens sont presque rudimentaires, et ressemblent à des os sésamoïdes. Omoplate large ; acromion dilaté à son extrémité ; apophyse coracoïde plus étroite que l'acromion, mais atteignant à peu près la même longueur ; humérus très-court. On compte six os au carpe : trois à la rangée antibrachiale, trois à la rangée métacarpienne. Le premier doigt se compose d'un métacarpien et d'une pha- lange, le deuxième d'un métacarpien et sept phalanges, le troi- sième d'un métacarpien et cinq phalanges, le quatrième d'un métacarpien et d'une phalange, le cinquième d'un seul os de forme irrégulière. Peut-être a-t-on perdu dans la macération la phalangette des deuxième et troisième doigts, mais je n'oserais l'affirmer. D'après le nombre et la forme des pièces osseuses de la main, notre Dauphin ressemble beaucoup au Delphinus tursio. §3. Le Grampm griseus a été décrit pour la première fois par G. Cuvier (1), d'après le dessin d'un Cétacé échoué à Brest, et dont le squelette fut envoyé à Paris. L'animal, dessiné à Brest, était de couleur grise, et Cuvier le nomma Delphinus griseus, d'après ce caractère extérieur. Sa lonajueur était de onze pieds (3"',57). Le squelette de Brest est malheureusement en assez mauvais état ; sa formule dentaire est -^ ; les sept cervicales sont sou- (1) Rapport fait à la classe des sciences mathématiques et physiques sur divers Céta- cés pris sur les côtes de France {Ann. du muséum, 1812, t. XIX). 5« série, ZooL., T. VUI. (Cahier n" 6.) i 24 370 p. FISCOER. dées par leurs apophyses, mais non par leurs corps. On compte douze vertèbres dorsales et douze côtes, dont les six premières sont articulées avec les apophyses transverses de la vertèbre cor- respondante et le corps de la vertèbre précédente. La septième s'articule seulement avec l'apophyse transverse, mais le corps de la vertèbre précédente est soudé à une apophyse oblique qui représente la tête séparée de la côte. Le premier doigt a un métacarpien et une phalange, le deuxième un métacarpien et sept phalanges, le troisième un métacarpien et six phalanges, le quatrième un métacarpien et une phalange, le cinquième un seul os. Vers le niiheu du mois de juin 1822, quatre individus de la même espèce échouèrent à l'Aiguillon (Vendée), où ils furent étudiés par d'Orbigny père et fils; trois étaient adultes, et me- suraient dix pieds de longueur (3", 25) ; le quatrième n'attei- gnait que sept pieds et quelques pouces (2"', 35 environ). Leur coloration était d'un noir bleuâtre en dessus, et en dessous d'un blanc sale se fondant sur les côtés avec le noir. D'après le dessin reproduit par Frédéric Cuvier (1), je trouve que ces Cétacés étaient relativement plus gros que celui que j'ai examiné à Arcachon. Voici les dimensions prises par d'Orbigny sur un adulte : m Longueur totale 3,25 Largeur de l'aileron dorsal à sa base 0,40 Hauli'ur de l'aileroii dorsal (pcrpendlculaiie à sa base) 0,37 , Longueur du bord antérieur de l'aileroii dorsal 0,65 Largeur de la nageoire caudale 0,54 Longueur des nageoires pectorales. 0,97 De l'extrémité de la mâchoire inférieure à la naissance de la pectorale 1,13 De l'extrémité antérieure de la mâchoire supérieure à l'évent. . . 0,81 Diamètre de l'œil 0,04 Diamètre du corps pris à la base des nageoires pectorales 0,97 La dentition varie ; sa formule est - — r, et - — -• L'individu U — U o — jeune a une paire de dents de plus que les adultes, qui en ont eux-mêmes une paire de moins que l'individu capturé à Brest. (1) Histoire naturelle des Cétacés, 1836, pi. XII, fig. 2. NOTE SUR LE GRAMPUS GRISEUS. 371 Un autre échouemeiit de la même espèce sur les côtes de France a été signalé par M. Laporte (1 ) ; on a trouvé sur le rivage de Cazeaux (Gironde), le 12 avril 184/i, un Dauphin gris 1 ong de 3", 33. Le squelette n'a pas été recueilli. M. Bâillon (2), sans mentionner l'habitat précis et la date de l'échouement, cite le Delphimis griseus parmi les Cétacés observés sur les cotes du département de la Somme. Enfin, un crâne de Grampus griseus est conservé au British Muséum; il provient d'un individu échoué à l'île de Wight en 1845, et envoyé par M. Bury (3). En résumé, le Grampus griseus n'a été indiqué jusqu'à pré- sent que sur les côtes occidentales de France et dans la Manche; il s'approche de nos rivages en avril (Cazeaux), juin (Aiguillon), juillet (Arcachon); par conséquent il y vient prendre ses quar- tiers d'été, à l'inverse des Marsouins et des Tursio, qu'on ne prend qu'en hiver, (^ette remarque me semble avoir une grande importance au sujet de la patrie probable du Grampus griseus. On sait, en effet, que tous les Cétacés ont des migrations aussi régulières que celles des Poissons et des Céphalopodes dont ils se nourrissent ; fb fait a été vérifié par tous les observateurs qui ont étudié les Baleines et les Cétacés dont on pratique la pêche {Globiceps, Hyperoodon, etc.). Or, les espèces du Nord viennent s'approcher des côtes de France en hiver, taudis que d'autres espèces, à l'exemple du Grampus griseus, n'apparais- sent que du printemps à l'automne. La station d'hiver de ces dernières nous est encore inconnue, mais tout nous porte à croire qu'elle existe sous une latitude plus chaude que celle des mers d'Europe, soit au midi vers les côtes d'Afrique, soit à Touest vers le continent américain. On doit donc trouver un jour ces mêmes espèces à une assez grande distance de leur habitat actuel ou station d'été. C'est ainsi que la Baleine de Biscaye, appelée Sarde par les Basques et dont on n'aperçoit plus dans nos mers que de très- rares représentants, a été indiquée le long de la côte nord-est (1) Actes de la Société Linnéenne de Bordeaux, 1853, t. XlX^p. 215. (2) Mémoires de la Société royale d'émul, d'Abbevilh;, 1833, p. 55. (3) Gray, Catal. of Seuls and Whales ofBrit. Mus., 1866. 372 p. FISCHER. d'Amérique, près de l'embouchure du Saint-Laurent, où elle prend sa station d'été. Elle arrivait jadis très-régulièrement dans le golfe de Gascogne et y séjournait depuis l'équinoxe d'au- tomne jusqu'à léquinoxe du printemps. §^- Il me reste à discuter les affinités du Delphinus grisens avec une espèce très-voisine, le Delphinus Rissonnus F. Cuvier. Risso en a donné une figure dans les Annales du Muséum (1) en le rapportant à VAries marinus des anciens, qui paraît être l'Orque ou Épaulard. L'individu vu par Risso avait 5 mètres de longueur; le dessus du corps est noir bleuâtre avec quelques raies longitudinales; l'aileron dorsal est médian. Risso prétend que ce Cétacé apparaît à Nice du printemps à l'automne f2). En juin 1829, M. Laurillard (o) vit prendre onze Dauphins de cette espèce dans une madrague près de Nice. Leur couleur différait suivant les sexes; les femelles étaient d'un brun uni- forme; les mâles d'un blanc bleuâtre avec des lignes semées irrégulièrement à la partie supérieure du corps et ressemblant à des égratignures produites par des épines. De plus, les mâles avaient des taches irrégulières d'un brun wncé sous la moitié postérieure du corps; la dorsale et la pectorale étaient ornées de lignes blanches; deux lignes brunes garnissaient le dessus et le dessous de la bouche, et un cercle de même couleur entourait l'œil. Longueur, 9 pieds (o mètres). Le dessin de Laurillard montre un individu à forme plus allon- gée, à pectorales plus antérieures que chez le Grampus griseus. Un squelette et un crâne envoyés par Laurillard sont con- servés au Muséum d'histoire naturelle. Le crâne appartient à une femelle ; formule dentaire r^^; il ne diffère pas des crânes de Griseus; il est seulement un peu plus large et plus aplati. Le crâne du squelette a pour formule dentaire ^zi^- ^" compte 68 vertèbres, 7 cervicales, 12 dorsales, !i9 lombaires et (1) Tome XIX, pi. XH, 1812. (2) Histoire naturelle de T Europe méridionale, t. UI. (3) F. Cuvier, Histoire naturelle des Cétacés, 1836, p. 197, pi. XUI, %. 1. NOTE SUR LE GRAMPUS GRISEUS. o73 caudales. Les os en V commencent à la ko^ vertèbre ; les apo- physes transverses à la 53' ; à la 47' apparaissent les canaux de la base des apophyses transverses. De la 61' à la 68% les vertèbres caudales sont transverses, aplaties de haut en bas, subquadran- gulaires. Les vertèbres cervicales sont soudées; 12 côtes, dont les 6 premières s'articulent avec l'apophyse transverse correspon- dante et le corps de la vertèbre précédente; la 7' côte présente la môme disposition que j'ai signalée sur leGriseus de Brest. Les membres sont en mauvais état; l'index porte un méta- carpien et 7 phalanges. Les os du bassin, bien développés, rappellent ceux du Mar- souin; ils atteignent 125 millimètres de longueur. Enfin, le Musée de Marseille possède le crâne d'un Dauphin de la même espèce pris à Carry (Bouches-du-Rhône) avec une bande venue dans ce petit port, il y a dix ans environ (1). En comparant ces divers documents on peut conclure : 1° Que le Dauphin de Risso apparaît dans la Méditerranée à la même époque que le griseus sur les côtes océaniques de France. T Que sa dentition ne diffère pas sensiblement de celle du griseus, puisqu'on peut établir la série suivante : — — — 0, . — — 0,. , ^IT^' 3^' izr^i9riseus),j--^, ^-^^ ^nssoanus] . 3" Que le nombre des vertèbres, des côtes, des phalanges, en un mot que tous les caractères ostéologiques sont identiques dans les deux espèces. li" Que les seules différences relevées entre elles portent sur la coloration extérieure éminemment variable, et sur la forme plus ou moins ventrue du corps, qui peut tenir à l'embonpoint des individus ou à la distension de l'abdomen par des gaz après la mort. Les deux espèces griseus et rissoanus devront donc être réu- nies, ainsi que l'avait pressenti Georges Cuvier. (1) Gcrvais, Cétacés des côtes françaises de la Méditerranée (Comptes rendus ie l'Académie des sciences, séance du 28 novembre 186i). • OBSERVATIONS SUR QUELQUES MAMMIFÈRES DU NORD DE LA CHINE, Par M. AliPHO^SE MlLiIVE EDWARU». Suite (1). J'ai déjà eu l'occasion d'appeler l'attention sur plusieurs Mammifères de la Chine qui étaient inconnus des zoologistes. Dans un "ouvrage qui est en ce moment sous presse et qui paraîtra très-prochainement (2) , je me propose de donner une description plus complète de ces animaux et, en attendant que les figures qui doivent l'accompagner soient termi- nées; je continuerai à indiquer ici les principaux caractères des espèces nouvelles pour la science dont M. l'abbé Armand David et M. Fontanier ne cessent d'enrichir les collections du Muséum d'histoire naturelle. Parmi les Carnassiers, je signalerai particulièrement deux espèces du genre Blaireau. L'une, que j'ai désignée sous le nom de Mêles lepto- rynclms, ressemble beaucoup par son aspect général à notre Blaireau commun; mais cependant elle s'en distingue par certains caractères ostéologiques aussi bien que par le mode de coloration du pelage. Ainsi, les bandes noires latérales de la tête sont très-effacées et étroites, de façon à ne pas dépasser l'oreille en dessous. La tête osseuse est beaucoup plus rétrécie entre les orbites, et toute la région fronto-nasale est remarqua- blement étroite. L'ouverture antérieure des narines est petite; le bord inférieur des arrière-narines se prolonge beaucoup plus, et les bords latéraux de la portion adjacente de la voûte palatine constituent chacun une crête tranchante qui dépasse en dehors la face externe de l'aile pté- rygoïdienne; enfin, j'ajouterai que la molaire tuberculeuse supérieure est plus étroite et plus allongée que chez le Blaireau d'Europe. La seconde espèce {Mêles leucohcnius) s'éloigne considérablement des représentants déjà connus de ce genre, et beaucoup de zoologistes la considéreraient peut-être comme le type d'une nouvelle division générique. Ce Carnas- sier est notablement plus petit que le précédent, dont la taille est cepen- dant un peu inférieure à celle du Mêles Taxus. Ses poils sont beaucoup (1) Voy. Ann. des se. nnt., Zool., 5<= série, t. VII, p. 375. (2) Reclierrhi's pour seruir à l'hisfoire naturelle (les Mammifh'es, par MM. H. Miliie Edwards et Alph. Milne Edwards, in-^", chez Violor Massnii et Kils. Paris. MAMMIFÈRES Dl) NORD DE LA CHINK. 375 plus longs, et la gorge ainsi que la poitrine sont d'un blanc pur. La tête osseuse est très-raccourcie, surtout dans sa portion crânienne dont les crêtes sont à peine saillantes. La portion située immédiatement on ar- rière des angles postorbitaires n'est pas rétrécie comme chez les Blai- reaux dont je viens de parler. La région frontale antérieure est large et déprimée, tandis que le museau s'effile beaucoup, de façon à donner à la face une forme conique. Le trou sous-orbitaire est énorme. Les arcades zygomatiques sont très-courtes. Le méat auditif externe est remarqua- blement grand et rapproché de la cavité glénoïdale. Les apophyses mas- toïdessont à peine saillantes. Les caisses tympaniques, au lieu d'être très- renflées, sont extrêmement déprimées. L'ouverture des arrière-narines est rejetée fort loin en arrière, au delà du niveau de l'articulation de la mâchoire inférieure. La troisième incisive supérieure est très-oblique et s'étend presque jusqu'à la canine, de façon à être profondément usée en arrière par le frottement de la canine inférieure. La tuberculeuse est relativement peu développée. Ces deux espèces habitent les environs de Pékin. Les Panthères sont assez communes dans cette partie de la Chine; M. Fontanier nous a rapporté la dépouille de plusieurs de ces grands Carnassiers tués à peu de distance de la ville. Des particularités notables ne me permettent pas d'identifier cette espèce avec celle qui habite l'Inde. Le poil est beaucoup plus long, plus fourni ; la queue est extrêmement touffue de la base à l'extrémité. Les taches, un peu confondues dans le jeune âge, s'isolent et se dessinent nettement chez l'adulte. La tête os- seuse est beaucoup plus bombée d'avant en arrière que chez les Pan- thères de l'Afrique et de l'Inde. La boîte crânienne est relativement plus développée, surtout en largeur. La région fronto-nasale est plus allongée. Le bord palatin postérieur est fortement échancré en dedans des tuber- culeuses, et l'ouverture des arrière-narines est courte et large. Le crâne, d'après lequel le docteur J. E. Gray a établi récemment son Leopardm chinensis, paraît différer notablement de celui de notre espèce et se rap- proche davantage de celui de la Panthère indienne ; peut-être même, d'après ce zoologiste célèbre, appartiendrait -il au Leopardus brachyurus (Swinhoe) ou Neofdis brachyurus (Gray). De plus, d'après les renseigne- ments que je dois à l'obligeance de M. Fontanier, il existerait aux envi- rons de Pékin deux espèces de Panthères, par conséquent le Leopardus chinensis est peut-être l'espèce que le Muséum n'a pas encore reçue; celle dont je viens d'indiquer les caractères a été placée dans notre galerie mammalogique sous le nom de Felis Fontanierii. Les forêts qui couvrent la chaîne montagneuse du Tscheli sont habitées par deux grandes espèces de PUromys, qui n'ont pas encore été décrites. La plus grande, ou Pterornys melanoptetms, atteint à peu près la taille du ii76 ALPU. MILKE l^DWAKDS. Pt. momoga du Japon; mais elle s'en distingue par la longueur beaucoup plus considérable de la queue, par la couleur grise tirant un peu sur le fauve de tout le dessus du corps : teinte qui contraste avec la nuance beaucoup plus foncée et presque noire de la face supérieure des para- chutes et des pattes , L'autre Ecureuil volant, que j'ai nommé Pleromys Xanthipes, est un peu plus petit et se fait remarquer par sa queue courte, mais extrême- ment touffue. Le dessus du corps est d'un gris jaunâtre qui passe au fauve sur la membrane des flancs et sur les pattes. La face inférieure du corps est grisâtre. M. Fontanier a également rapporté des environs de Pékin un Cerf dont la taille est au moins égale à celle du Cerous elaphus et qui, à raison de l'ensemble de ses caractères, doit prendre place à côté de ce dernier. 11 s'en distingue nettement par la forme plus allongée de sa tête, par la couleur plus grise du pelage et par le grand développement de l'écusson iscliiatique, qui est teinté en jaune. Je proposerai de donner à ce Rumi- nant le nom de Cervus Xanthopygus. OBSERVATIONS SUR DES CRUSTACÉS RARES OU NOUVEAUX DES COTES DE FRANCE, Par n. HEUiSE. (Quatorzième article.) Description de deux Saccuiinidiens, d'un Peltogastre, d'un Pehjchli- c niophile et de deux Cryptopodes nouveaux. Depuis la publication que nous avons faite de nos recherches sur les Saccuiinidiens qui vivent sur le Cancer Mœnas (1), nous avons découvert deux animaux de ce genre que nous avons trouvés fixés sur deux Crustacés différents ; de sorte qu'à rai- son de leur habitat, et plus encore de leurs formes spéciales et caractéristiques, nous les décrivons comme deux nouvelles espèces. L'habitat, pour les Crustacés parasites, n'est pas, croyons- nous, une chose insignifiante et de laquelle on ne doive pas tenir compte, lorsqu'il s'agit de les déterminer; il peut en cas d'in- certitude servir à fixer sur leur identité, car il est à remarquer que les mêmes espèces se rencontrent presque toujours sur les mêmes Crustacés ou sur les mêmes Poissons (2). Cette règle, qui nous semble générale, ne nous a encore présenté que de rares exceptions ; elle paraît môme être une loi de la nature, car elle s'applique également aux végétaux parasites, qui se fixent aussi (1) Voy. Ann. des sc.nat., 3" série, t. II, 1864, p. 275 à 288, pi. 19; voyez éga- lement le même ouvrage, 5'= série, t. VI, 1866, p. 321 à 360. (2) Cette règle s'étend encore aux parasites qui vivent sur les autres animaux, soit à l'extérieur, soit à l'intérieur. Les travaux de M. Dujardin, de M. Van Beneden et les nôtres, ainsi que ceux d'autres zoologistes, le prouvent suffisamment. 378 BESSF. sur les mêmes plantes. Il y a donc, pnraîtrait-il . un intérêt très- puissant à ce que les parasistes, qui sont réduits à ne s'alimenter que de sucs déjà élaborés, tels que du sang ou de la sève des individus sur lesquels ils sont fixés, se trouvent toujours dans les mêmes conditions ; et comment en serait-il autrement pour cer- tains Crustacés surtout, dont les femelles sont fixées à leur proie, et sont conséquemment dans l'impossibilité de changer de place? D'ailleurs leurs embryons ne sont pourvus, pendant la contre- période où ils pourraient le faire, que d'organes de locomotion trop insuffisants pour qu'ils puissent s'éloigner beaucoup du lieu où ils ont pris naissance. 11 y a donc, comme on le voit, des mo- tifs très-fondés, pour que les mêmes Poissons et les mêmes Crus- tacés nourrissent toujours les mêmes parasites. La découverte que nous avons faite de Sacculinidiens vivant sur d'autres Crustacés que ceux où on les avait rencontrés jus- qu'à ce jour peut faire supposer que ces parasites sont plus nombreux et plus répandus qu'on ne le croyait; on peut donc espérer de les trouver sur les espèces qui, par leur conforma- tion, présentent les conditions qu'ils recherchent poiu' se fixer sur leur proie. SACCULINIDE DU PISE GIBBS. Sacculinidia GiBBSii (Nobis.). Elle est plus grande que ne le sont généralement les individus qui vivent sur le Cancer- Mœnas; elle a 25 millimètres de large sur 20 de hauteur et 10 d'épaisseur. Sa forme est celle d'un caiTé dont on aurait arrondi les angles, ou plutôt d'un ovale presque rond. Elle est légèrement aplatie latéralement, et le pédicule^ qui est assez court, présente de chaque côté deux pro- tubérances arrondies, qui se retournent en volute vers la partie supérieure du corps. L'orifice anal est absolument conformé comme dans l'autre espèce ; sa position varie, à raison des contractions du corps; mais généralement elle occupe, à la partie inférieure de celui-ci, le point diamétralement opposé au pédicule; elle est fixée. CRUSTACÉS NOUVEAUX DES CÔTES DE FRANCE. 379 comme dans le Cancer Mœnas, sur le trajet et au milieu du canal intestinal. La peau qui recouvre le corps est assez mince, pour laisser apercevoir au travers les méandres qui forment les tubes ovi- fères. Elle semble veloutée, et comme recouverte d'un duvet extrêmement court, très-tin et très-serré ; elle est très-tendue, et l'on ne voit pas, comme dans l'autre espèce, de rides, d'au- tant qu'elle ne présente pas de pointes latérales, sur lesquelles elles sont plus apparentes que dans les antres parties du corps. Les œufs sont assez gros ; ils sont de forme ovale, et ne con- tiennent qu'un seul vitellus. Nous ne les avons vus que renfer- més dans leur enveloppe ; et, à cette période, on aperçoit un limbe très-large qui s'est fait autour de l'embryon, à raison de la concentration de la masse cellulaire qui semble homogène, et composée d'une matière granuleuse destinée à former la toile cellulaire, qui est le prélude d'une organisation plus avancée. L'œil se manifeste par une tache pigmentaire rouge ; on aperçoit aussi latéralement, et au milieu du corps, deux taches noires, arrondies, qui occupent toujours la même place. Coloration. — Le corps est d'un jaune très-foncé tirant sur le rouge brun. Habitat. — Trouvée, le 20 janvier 1867, sur la partie abdo- minale d'un Pise Gibbs, Pisa Gibbsiimkle, où elle n'était nulle- ment protégée par la carapace, qui, dans ces Crustacés est extrêmement étroite chez les mâles surtout, et ne forme qu'une bande qui laisse entièrement à découvert les deux parties laté- rales de son parasite. Dans cette position, il semble bien extraor- dinaire que le Pise, qui est nunii de pattes très-longues et très- robustes, armées de griffes fortes et acérées, ne se débarrasse pas de son ennemi, qu'il pourrait cependant atteindre facile- ment. Remarque. — Nous avons conservé autant que nous 'avons pu, mais au moins plusieurs mois, dans le but de suivre leurs transformations, des Cancer Mœnas^ sur lesquels étaient fixés des Sacculinidiens. Au bout d'un certain temps, ceux-ci 380 . HESSE. se débarrassent complètement de leurs œufs, et alors l'enve- loppe du corps devient d'une transparence extrême, et se colore en bleu clair. On aperçoit facilement à travers son tissu le corps du Succu- linidien, dont l'opacité et la couleur jaune-soufre délimite par- faitement les contours ; celui-ci est relégué dans la partie supé- rieure de son enveloppe, c'est-à-dire celle où se trouve l'ouverture buccale et le pédicule. Les formes du corps ne paraissent pas bien arrêtées, attendu qu'il est continuellement agité par des contractions qui s'exercent en différents sens. Au bout d'un certain temps, ces parasites ne se trouvant pas, sans doute, dans un milieu convenable, finissent par périr, et l'on voit alors le corps se flétrir et abandonner la position qu'il occupait, qui n'est plus indiquée que par le cercle chitineux qui en délimitait le contour. De ce bord on voit rayonner vers le centre plusieurs pièces plates, squameuses et cornées, à bords dentelés, se superposant, et laissant au centre une ouverture ovale, par laquelle s'établissaient les communications que le parasite avait avec sa victime. Ces opercules sont probablement mobiles, et peuvent, en se soulevant ou s'abaissant, agrandir ou restreindre cette ouverture. Au bout d'un certain temps, tous ces vestiges disparaissent ; la perforation qui existait au canal intestinal du Cancer s'oblitère, et tout rentre dans son état normal. SACCULINIDE DE L'HERBSTIE NOUEUSE. ■ Sacculinida herbstia nodosa (Nobis). Elle a environ 2 centimètres de diamètre dans sa plus grande largeur, et 1 centimètre et demi de hauteur sur 5 millimètres d'épaisseur. Son corps se rapproche pour la forme des Succuli- nides du Cancer Mœnas; il présente latéralement deux expan- sions horizontales, dont l'une surtout forme un prolongement cylindrique, dont l'extrémité, qui est arrondie, se recourbe en bas en forme de crochet. L'ouverture anale est placée au milieu et à la partie inférieure CRUSTACÉS NOUVEAUX DES COTES DE FRANCE. 381 du corps; elle n'offre rien de particulier. L'individu que nous avons trouvé était, quoique mort, bien conservé ; mais la peau qui le recouvrait, et qui est très-mince, était distendue et presque vide, de sorte qu'elle formait un grand nombre de plis, de creux et d'élévations, qui probablement n'existent pas chez les indi- vidus vivants et gonflés par leurs œufs, que nous n'avons pas vus. Le pédicule est assez long et très-évasé à sa base. Coloration. — Il est d'un jaune clair, sans aucune autre nuance. Habitat. — Trouvé, le 27 novembre 1867, fixé sur le tube intestinal de XHerbstie noueuse; nous n'en n'avons rencontré qu'un seul exemplaire. [La suite au prochain cahier. ) FIN DU HUITIEME VOLUME. ERRATA. Page. 5, ligne 6, 10, — 35, 11, — 25, u, — 29, 13, — 8, U, — 32, 15, — 31, 15, — 36, 16, — 14, 17, — 27, 18, — 23, 20, — 29, 23, — i. 23, — 26, 23, — 27, 24, — 34, 24, — 36, 27, — 11, 28, — 6, 28, — 33, 29, — 5, 30, — 24, 31. — 3, 31, — 9, 31, — 14, 32, — 11, 32, — 17, 32, — 18, 32. — 19, 32, — 21, 32, — 35, 33, — 24, 33, — 32, 34, — 21, 35, — 2, 35, — 2, 35, — 19, 36, — 21, 36, — 25, 36, au bas de la page de M. Barthélémy. au lieu de Dalrimple lise. — amoug — — Leidig — — purement — — répressive — — Olygochètes — — animalculs. . . — — zoues — — Olypachètes — — Ichlhidinicus — — Monocereus — — Tharagotriches — — Agaro — — Herpillalnus — — Pinlictitys — — Alcyonum — — Je u'a — — enfin une — — V. sp., Bryzoaire — — Nicdcronthiere — — Kerfesteinii — — gf^nre de — — les familles — — globée — — ado\ aie — — décrit — — tubercula — — Griibe — — Psyrmobranclms — — Davis — — in — adovale . . . . , — — les contours — — Urceolarius — — d, zone — — e, zone — — Sprd _ — Sprd — Anerbachii — manque une note imprimée par erreur à 1 z Dalrymple. among. Leydig. purement, régressive. Oligochètes. animalcules. ■ roues. Oligochètes. Ichthydiniens. monocereus. tlioracotriches, ' Agiiso. Herpillobius. Philichthys. ■ Alcyonium. Je n'ai, enfin d'une, n. sp.,Bryozoaire. niederen Thiere, Kcl'crstcinii. genre voisin de. ■ la famille. ■ glabre. • adorale. décrite. • tuberculatuni. ■ Giube. Psygmobrnnchus . Doris. ■ im. ■ adorale • le contour. Urcéolariens . ■ d, roue. - e, roue. ■ Clprd. Clprd. ■ Anerbachii. i suite du mémoire TABLE DES ARTICLES CONTENUS DANS CE VOLUME. ANIMAUX VERTEBRES. Recherches sur la disposition des lignes papillaires de la main et du pied, par M. Alix 295 Recherches sur les nerfs du névrilème om nervi nervorum, par M. Sappey. . 139 Contribution à l'étude de l'organisation du pied chez le cheval, par M. S. Ar- LOING 55 Observations sur quelques Mammifères du nord de la Chine, par M. Alphonse MiLNE Edwards 374 Description d'une nouvelle espèce de Chirogale découverte sur la côte ouest de Madagascar, par M. A. Grandidier 296 Note sur un Ursus nouveau découvert dans la grande caverne du Thaya, par M. BOURGUIGNAT 41 Note sur deux têtes de Carnassiers fossiles {Ursus et Felis), et sur quelques débris de Rhinocéros provenant des découvertes faites par M. Bourguignat dans les cavernes du midi de la France, par AI. Lartet 157 Note sur une station de l'âge du Renne, par M. 0. Fraas 52 Age du Renne dans la grotte de la Vache, par M. F. Garrigou 89 Note sur i'ostéologie des Insectivores, par M. Saint-George Mivart .... 221 Note sur un Gétacé [Grampus griseus) échoué sur les côtes de France, par M. Fischer 363 Mémoire sur un Psittacien fossile de l'île Rodrigues, par M. Alphonse Milne Edwards 145 Mémoire sur une espèce éteinte du genre Fulica, qui habitait autrefois l'ile Mau- rice, par M. Alphonse Milne Edwards 195 Note sur l'existence d'un Pélican de grande taille, dans les Tourbières de l'An- gleterre, par M. Alphonse Milne Edwards 285 Note sur le système lymphatique des Poissons, par M. Jourdain 139 ANIMAUX II^VERTÉBRÉS. Mémoire sur la Puce pénétrante, par M. Bonnet. (Extrait.) 185 Observations sur le mémoire de M. Pérez, concernant lé Rhahditis tcrricola ou Anguillule terrestre, par M. Barthélémy 37 Observations sur quelques points de l'histoire naturelle des Céphalopodes, par M. P. Fischer 97 Recherches sur la salive et sur les organes salivaires du Dolium galea, par MM. S. de LncA et P. Panceri 82 Miscellanées zoologiques, par M. Ed. Claparède 5 Observations sur des Crustacés rares ou nouveaux des côtes de France, par M. Hesse. '. 377 TABLE DES MATIERES PAR NOMS d'auteurs. Alix. — Recherches sur la disposition des lignes papillaires de la main et du pied Arloi.\g. — Contribution à Ictude de l'organisation du pied chez le clicval Barthélémy. — Observations sur le mémoire de M. Pérez, concernant le Rhaljditis terricola ou Anguillule terrestre BoNET. — Mémoire sur la Puce pénétrante BouRGuiGNAT. — Note sur un i'rsui nouveau découvert dans la grande caverne du Thaya Claparéde. — Miscellanées zoolo- mue» Edwards (Alph. Milne). — Mémoire sur un Psittacien fossile de l'île Uodrigues — Mémoire sur une espèce éteinte du genre Fulica, qui habitait autre- fois l'ilc Maurice — Note sur l'existence d'un Pélican de grande taille, dans les Tour- bières de l'Angleterre — Observations sur quelques Mani-| mifères du nord de la Cbinc. . . Fischer. — Observations sur quel- ques points de l'histoire naturelle des Céphalopodes 295 55 37 185 al 5 145 195 285 374 97 — Note sur un Cétacc {Grampus Qriseui) échoué sur les côtes de Franco 363 Fraas fO.). — Note sur une station de l'âge du Renne 52 Garrigou (F.). — Age du Renne dans la grotte de la Vache. ... 89 Grandidier (A.). — Description dune nouvelle espèce de Chirogalc dé- couverte sur la côte ouest de Ma- dagascar 296 Hesse. — Observations sur des Crus- tacés rares ou nouveaux des côtes de France. 377 Jourdain. — Note sur le système lymphatique du Gadus morrhua. 339 Lartet — Note sur deux têtes de Carnassiers fossiles {Ursus et Fe/is) et sur quelques débris de Rhinocé- ros provenant des découvertes faites par M. Bourguignat dans les cavernes du midi de la France. . 157 LuccA (de) et Panceri (P.). — Recher- ches sur la salive et sur les or- ganes saUvaires du Dolium galea. 82 MiVART (Saint-George). — Note sur l'ostéologie des Insectivores. . . . 221 Sappev. — Recherches sur les nerfs du névrilème ou nervi nervorutn. 139 4 TABLE DES PLANCHES RELATIVES AUX MÉMOIRES CONTENUS DANS CE VOLUME. Planches 1 et 2 . Chevaux polydactyles . — 3. Melicerte. — Rôti fer. — 4. Melicerte. — Balatho, — Hemidasys. — 5. Lamippe proteus. — 6. Loxoma. — Lichnophores . — 7 et 8. Ostéologie des Psittaciens. — 9. Ursm Bourguignatii. — Felis Leopardus. — Rhinocéros Merkii. — 10, 11, 12 et 13. Ostéologie du Fulica Neiutonii. — 14. Pélican des Tourbières de l'Angleterre. — PéUcan onocrotale. Paris. — Inirrimerie de E. Makilnet, rue Mignon, 2. \ini des Sciencnat. 5^ Série. Zool. T. 6. PL.I, £v c _ V Arioind iel. Chevaux polj dactyle s Pormant lith , 7 J^^RH ^us^^^ /^ - - ris ^r at^ ,i5 Pi/rt'.\' '* 7 • *} .■«<■•' ^^nj7 . de<î- Scie/u- ■ /lut . S" Série . Zool. n>„u- S FI . 4 3. y!^"-.- 4-r' M -fi) \-â ,f . !?■■ 11 r ! ,?,P.S?o„- y /V. ■■■•Vw~C°0oO°fl\_.•,j,■ poojcO pO •■•■* {7. 7- .^■ ^ 2 :i . /ùj/j'/cr,- 3. /3^//a/ro,- S -j/ //e/7Ucùi.rys . yf. Snimvn . wt^>. r FieiTét^ -AI j-Zr-ti/ta^e . iS, /hrt . Aa //ii/>n(^ /?/^()/^^^//,i^ . A. XUi fiion . intp ■ /■. /Vf Ft<;r7/i'-^s^\iptfJ'-As/r'u/i yf/i/i . r/(^^r Sci'e/ic. riaâ . S"^ Sc/'ie . Zool . Tome S PI 7. //. \ J—3. /.Û.V0.1^()//Ul ; ^-y<9, Z{cvion/i<)/\^s ^■i. Setimon. ifnt> /'. l^e't/ieSj-ir'ii^at/e.jS. //tz-ur . Ann. des Sc.nat. 5® Série 7 Zool.T. 8. PL. 7. Louveau litK. Ostéologrie des Psittacides . Imp,. lecfju.et. fans . Àim .'des Se. uat, S ^ S érie 4 ..ouveau litk Itnp .B eccfuet , Paris . Ostéologie des Psittacides ; vr <^5lL H-^ -^o'! Atiu, des Sc.Tiat. S® Seri G. FoTTnémt litt. I ' llrsus Bourpiignali s «-Mis Icopardus ? fossiles _S.6- Rhmoceros W I AiHi ilf.s Scicncii.il 5" SiM-ic, . 7 ZooJ . T. 8 . JM, . 1 1 ■1^ — - 15 16 _^^^^c#^^5^. I.nuvcrju- litK. J"mp.i]ecquel,Pacis . OsleoioPie des Rallides Ann.des Sciencuat. 5!" Sëne 3 n Zool.T.8'.PT,.I2. T. ou veau lIGi. Osteologie des Rallides iinp .B ecouet, Paris / Arm. des Scienc.Tial. S^ Série . 3 m I J2 / Louve au lith. Zool T. 6. PL. 13. •i Ostéolooie des Rallides Imp.IecqTLel, Paris , . - C y-' :ool . T. 3. PL. 14 juiii- liccf|\ie.l .1 Vrivvz . Pélican de '["o\irbip.t\:s. ô Pélican oimcrotalc y i